Slovaquie - États-Unis (9 mai 2004)

 

Match pour la troisième place des championnats du monde 2004.

Les États-Unis et la Slovaquie s'étaient déjà rencontrés dans leur groupe et s'étaient quittés sur un score de parité 3-3 très plaisant au cours duquel l'opportunisme américain avait tenu la dragée haute à la domination slovaque. Les deux équipes se retrouvaient pour le match de la troisième place (quand on pense que la Finlande complétait ce groupe, on plaint les pauvres Ukrainiens qui avaient bien peu de chance de passer).

Si la première rencontre avait été plaisante et ouverte avec des retournements de situation, cette deuxième rencontre a atteint des sommets d'ennui qu'on n'avait vu que lors du match de classement sans gros enjeu Suède-Slovaquie (tiens ! déjà les Slovaques). Pourtant, il y avait de l'enjeu pour ce match, et les deux équipes veulent vraiment le gagner : les Slovaques parce qu'ils sont quasiment à domicile, et les Américains... peut-être parce qu'à l'instar du Canada, une bonne performance en équipe nationale pourrait servir de raccourci pour faire partie de l'équipe de la Coupe du Monde. Et c'est cet enjeu qui a bloqué les équipes à développer un jeu excitant. Tout comme lors des matches à élimination directe où les équipes défensives bloquent le jeu plus qu'elle n'en créent.

La Slovaquie commence le match comme d'habitude avec deux attaquants rapides qui essayent de prendre de vitesse et d'affoler la défense adverse (ce qui n'est pas trop dur quand on a la vitesse de Hossa ou de Gáborík) et les autres qui restent en soutien.

Du côté américain, le début de match contre les Suédois (deux buts d'entrée) a dû faire réfléchir un peu tout le monde et ils se contentent de subir le jeu (à moins qu'ils n'y soient forcés par manque de vitesse) mais en respectant un système défensif efficace bien que souvent pris de vitesse, je me répète, qui récupère bien les rebonds et contraint les Slovaques à tirer en angle fermé. Les Slovaques qui privilégient les gris-gris et la passe de trop inefficace au tir lointain systématique des Américains, tout aussi inefficace contre un Lašák bien en place.

Le premier tiers passe, puis le deuxième puis le troisième, sans but. Il y a eu de belles occasions quand même mais il ne faut pas oublier que dans les buts, il y a Ty Conklin (qui sera élu meilleur gardien du tournoi plus tard dans la soirée) et Ján Lašák (quatre blanchissages et le meilleur pourcentage d'arrêts). Il faut reconnaître que, sans surprise, les Slovaques dominent techniquement, et que les Américains gagnent la plupart des duels physiques... sauf contre Chara, que les Américains s'obstinent à charger en vain. Les spectateurs, même en l'absence de spectacle, semblent contents et dansent comme d'habitude à chaque pause lorsque les cinq ou six chansons pop se mettent à brailler, au grand bonheur du réalisateur qui se complait alors à montrer les mêmes supporters grimés plutôt que de montrer un ralenti d'une action précédente.

À quelques minutes de la fin, tout le monde croit au but lorsqu'en infériorité numérique, Šatan s'échappe à toute allure et file en un contre un sur Conklin, le déporte sur la droite hors de ses buts et glisse le palet entre ses jambes. Mais le palet est freiné par les jambières (et un brin aussi par la glace, critiquée - souvent par les perdants - après presque chaque match à Prague et plus encore à Ostrava) et s'arrête devant la ligne.

La prolongation, bien que dominée par les Slovaques ne donnent rien. Les États-Unis vont terminer pour la deuxième fois un match sur les tirs aux buts. La série République Tchèque - États-Unis n'avait vu qu'un seul but. Les Slovaques marquent deux buts sur quatre tirs (ou plutôt sur trois car étonnamment Gáborík, lors du quatrième, rate un contrôle de palet, qui va mourir en glissant lentement à trois mètres des buts). Après le tir sains feinte d'Andy Roach, qui avait marqué le but décisif contre les Tchèques grâce à une très jolie feinte, Erik Westrum réalise le sans-faute, preuve que ces Américains sont individuellement de fines gâchettes. On peut féliciter Lašák de ses blanchissages, mais ils sont bien inutiles si c'est pour se faire planter quatre buts en quatre tirs aux buts après. Au moins, ça aura permis de voir des buts et l'excitation de cette séance de tirs aux buts aura fait oublier combien cette rencontre était soporifique.

Compte-rendu signé Benoît Mantel

 

Commentaires d'après-match :

Ján Lašák (gardien de la Slovaquie) : "Je pense en fait que nous avons eu trop d'occasions de marquer en supériorité numériques, puisque ces nombreuses occasions n'ont amené aucun but. Je ne sais pas ce qui est arrivé à notre attaque. Il manquait juste la touche finale près du but. C'est très dur de perdre ainsi, surtout quand vous encaissez quatre tirs de pénalité. C'est une grande déception pour moi, et je me sens responsable. C'est frustrant de ne pas ramener de médaille, car nos supporters la méritent. À quatre contre quatre, la prolongation était une bonne opportunité pour nous avec les bons patineurs que nous avons. Nous avons essayé dans ce match, y compris en infériorité avec Šatan. Mais c'était notre destin de perdre ce soir. Pour être franc, je pense que les États-Unis méritent cette médaille de bronze."

Chris Drury (capitaine des États-Unis) : "Nous avons 22 joueurs de NHL dans notre équipe, nous sommes des pros, donc je ne dirais pas que cette médaille est improbable. Elle vient après la troisième place de l'an passé, mais nous n'avons gardé que trois joueurs de l'an passé. On ne sait jamais ce qui peut se passer d'une année à l'autre, le staff a changé aussi. Notre but était de ramener une médaille, donc nous sommes très heureux. Andy Roach n'a peut-être que deux mouvements, mais ce sont deux mouvements spectaculaires, et nous avons pu voir les deux ! Notre victoire après avoir été menés au score contre la Russie nous a fait réaliser que nous avions une bonne équipe capable de gagner quelques matches dans ce tournoi."

Ty Conklin (gardien des États-Unis) : "C'est bien de gagner le dernier match de la saison. Vous avez pu voir qu'ils ont eu quelques bonnes occasions, surtout en deuxième période. Sinon, nous étions solides défensivement. Nous n'avons rien cédé en prolongation. Les rebonds ont été dégagés. Nous avons fait les petites choses qui ne se voient pas forcément au tableau d'affichage mais qui comptent dans le résultat. Ce serait un honneur d'être sélectionné pour la Coupe du monde, mais nous avons beaucoup de bons gardiens. En ce qui concerne les Slovaques qui ont essayé entre mes jambières, je connais quatre types dans l'équipe du Canada [les joueurs d'Edmonton] qui m'auraient mis un 4-0. Ils auraient su où tirer."

Andy Roach (défenseur des États-Unis) : "C'était une opportunité pour moi de voir ce que je pouvais faire contre les meilleurs joueurs du monde. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Maintenant que c'est fini, je suis content de la façon dont j'ai jouée. Je pense que la Deutschland Cup y est pour beaucoup. Peter Laviolette coachait déjà l'équipe, et depuis qu'il est là je sais qu'il a une grande influence sur la sélection [Hauer, Sloan, Westlund et Westrum avaient aussi joué la Deutschland Cup]. Je voulais une chance de tirer un penalty, donc j'ai dit à Peter que je passerai en troisième. J'ai réussi mon tir au but, sans trop le célébrer car il y avait d'autres tireurs derrière. Je suis en train de vivre le plus grand moment de ma vie dans ce tournoi, c'est quelque chose que je me rappellerai à jamais. J'ai encore deux ans de contrat à Mannheim, nous verrons ce qui arrivera maintenant."

 

Slovaquie - États-Unis 0-0 (0-0, 0-0, 0-0, 0-0) / 2-4 aux tirs au but

Dimanche 9 mai à 16h15 à la Sazka Arena de Prague. 16152 spectateurs.

Arbitrage de Christer Lärking (SUE) assisté de Dean Laschowski (CAN) et Leo Takula (SUE).

Pénalités : Slovaquie 14' (6', 2', 4', 2'), États-Unis 16' (4', 4', 6', 2').

Tirs : Slovaquie 25 (9, 9, 3, 4), États-Unis 34 (9, 9, 12, 5).

Tirs au but :

Slovaquie : Šatan (réussi), Hossa (réussi), Demitra (manqué), Gáborík (à côté).

États-Unis : Drury (réussi), Cullen (réussi), Roach (réussi), Westrum (réussi).

 

Slovaquie

Gardien : Ján Lašák.

Défenseurs : Martin Štrbák - Ladislav Cierny ; Zdeno Chára - Branislav Mezei ; Dominik Granák - Ivan Majeský ; Andrej Meszároš.

Attaquants : Marián Gáborík - Jozef Stumpel - Miroslav Šatan ; Luboš Bartecko - Pavol Demitra - Marián Hossa ; Ronald Petrovický - Rastislav Pavlikovský - Vladimír Országh ; Juraj Štefanka - Roman Kukumberg - Richard Kapuš.

Remplaçants : Rastislav Stana (G), Juraj Kolnik. Absent : Richard Lintner.

États-Unis

Gardien : Ty Conklin.

Défenseurs : Paul Mara - Aaron Miller ; Hal Gill - Brett Hauer ; Andy Roach - Eric Weinrich ; Jeff Jillson.

Attaquants : Bates Battaglia - Mike Grier - Erik Westrum ; Ryan Malone - Jeff Halpern - Chris Drury ; Richard Park - Matt Cullen - Adam Hall ; Blake Sloan - Jeff Hamilton - Dustin Brown ; Andy Hilbert.

Remplaçant : Mike Dunham (G).

 

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