États-Unis - Russie (7 septembre 2004)

 

Quart de finale de la coupe du monde 2004.

Lors du match de poule, les Américains avaient été complètement dépassés en patinage, et Robert Esche, qui avait blanchi la Russie deux fois sur deux auparavant, avait finalement dû s'incliner devant une véritable avalanche de tirs. Cette défaite avait provoqué une réaction cinglante de Ron Wilson, qui avait renvoyé cinq joueurs dont Brett Hull en tribunes au match suivant. La sanction est sérieuse car le vétéran, qui n'a pas entretenu sa condition physique cet été, ne revient pas pour ce duel à élimination directe, Wilson expliquant qu'il ne pouvait décemment pas dire aux remplaçants qui avaient si bien joué contre la Slovaquie qu'il les sortait de l'équipe.

Cependant, ce match n'a plus grand-chose à voir avec le précédent. Le jeu est bien plus fermé et les Américains, appliqués à contrôler les Russes, attendent que les occasions se présentent. Keith Tkachuk ouvre le score en déviant vers le bas, entre les jambières de Bryzgalov, un revers du haut de l'enclave de Bill Guerin. Or, jamais une équipe n'a réussi à gagner lors de cette coupe du monde après avoir encaissé ce premier but. Certes, le vieux Chris Chelios est toujours totalement pris de vitesse par les attaquants russes, et il est ainsi contraint d'accrocher Yashin à moins de deux minutes de la fin du tiers. Mais comme les Russes n'ont encore jamais trouvé le chemin des filets en supériorité numérique, c'est sans conséquence.

Le problème n°1, c'est que Keith Tkachuk a pu installer son camp de base devant la cage de Bryzgalov. Passé entre Gonchar et Kovalev et presque déséquilibré, Mike Modano s'arrache pour se relever et transmettre le palet à Bill Guerin qui traverse derrière le but et retrouve Tkachuk, tout seul donc, pour une reprise à bout portant. Il y a alors deux Russes derrière la cage et aucun devant. Cherchez l'erreur ! En l'occurrence, le fautif est Alekseï Kovalev, qui a suivi inutilement Guerin pourtant déjà pris par Kasparaitis. Le héros de la première confrontation, qui a marqué les esprits par un but d'anthologie, est aujourd'hui coupable d'une erreur lourde de conséquences : ce n'est plus le même match, on vous dit !

Même avec deux buts de retard, les Russes n'ont pas abdiqué. Aleksandr Frolov marque même en infériorité en rabattant le palet dans le cage après un lancer contré. Comme il a touché la rondelle un bon mètre au-dessus de la cage, le but est bien sûr refusé. Il le sait d'avance et en sourit. Ce n'est que partie remise car les fautes de placement ne sont pas l'apanage des Russes. Ken Klee et Chris Chelios (qui eux n'ont pas d'excuse car ils sont défenseurs) sont fixés tous deux par Artem Chubarov, qui peut alors décaler Dmitri Afanasenkov pour revenir à 1-2. On comprend que les Russes étaient pressés de marquer car il y avait alors une pénalité différée d'appelée. Ouf, la supériorité numérique sera épargnée au catastrophique jeu de puissance russe ! Les Américains peuvent très vite répliquer quand Jason Blake est un peu accroché en fonçant vers la cage. Il se voit ainsi accorder un tir de pénalité et cherche le trou entre les jambières d'Ilya Bryzgalov, mais celui-ci n'ouvre pas la porte.

En reprenant le troisième tiers-temps, les Russes ont le coup de patin plus vif que les Américains. Dainius Zubrus récupère un palet en zone neutre et s'appuie en une-deux sur Yashin pour une reprise en lucarne à bout portant. Tout est à refaire pour les États-Unis... mais ça ne prendra pas longtemps. Dmitri Kalinin, qui n'a jamais rattrapé les jours d'entraînement perdus à cause de problèmes de visa, est trop lent à la détente et cède le palet en zone neutre face à Tkachuk qui fonce sur lui. Le puissant n°7 s'impose dans la défense et décale Scott Gomez pour redonner l'avantage aux locaux. Vingt-deux secondes plus tard, Keith Tkachuk reprend au second poteau un centre de Bill Guerin. Quelques casquettes volent pour célébrer son hat-trick.

Dernière chance pour la Russie : Zubrus saigne à cause d'une crosse haute de Brian Leetch. Elle est jugée involontaire, c'est donc 2'+2'. Le jeu de puissance russe n'a plus le choix, c'est maintenant ou jamais. Et comme un signe que tout ce qui s'est passé jusqu'ici ne compte plus, c'est Ilya Kovalchuk, le joueur russe le plus décevant du tournoi, qui marque enfin au ras de la glace. C'est encore lui le plus actif dans la seconde partie de l'avantage numérique, mais sans succès. La Russie sort son gardien à l'avant-dernière minute, mais les Américains se mettent à l'abri par un but en cage vide de... Keith Tkachuk. Le quatrième ! Celui qui n'avait fait parler que ses poings lors du match précédent contre les Russes s'est cette fois décidé à jouer. Une soirée mémorable pour lui et pour le trio de vétérans Tkachuk-Modano-Guerin qui décidé de prolonger encore le plaisir dans sa carrière internationale.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Ron Wilson (entraîneur des États-Unis) : "Nous avons fait des ajustements par rapport aux autres équipes. Nous étions les seuls à fore-checker pendant que les sept autres jouaient la trappe, alors on fait pareil. Nous avons provoqué des pertes de palet en zone neutre et nous sommes partis en contre. Tkachuk est allé à la cage et en a été récompensé. Modano a fait de loin son meilleur match et Guerin. Ces trois-là étaient dominants. Mais ils sortaient aussi de la glace à la première opportunité pour faire des courtes présences, comme nous l'avions demandé avant le match pour jouer de façon intense et ne pas se fatiguer. Je ne sais pas pourquoi de telles statistiques ne sont pas relevées lors de la coupe du monde, mais je vous le garantis : Mike Modano a gagné aujourd'hui au moins 90% de ses engagements."

Zinetula Bilyaletdinov (entraîneur de la Russie) : "Les sensations sont ambivalentes. Il est très dommage que nous n'ayons pas passé ce quart de finale que nous pouvions gagner, mais je suis convaincu qu'une très bonne sélection est enfin apparue en Russie. Les joueurs réunis étaient jeunes et talentueux, ils voulaient gagner et étaient prêts pour cela. Nous sommes restés unis pendant tout le tournoi. Tkachuk, Modano et Guerin sont des joueurs d'expérience qui n'ont aucun mal à profiter de notre inadvertance. À ce niveau, nos défenseurs ne peuvent pas se permettre des erreurs de gamins, mais l'expérience, cela s'acquiert. Dans le futur, ils sauront gérer ces situations. Les erreurs proviennent soit de la préparation insuffisante soit de la fatigue. Nous avons joué nos trois matches de poule en quatre jours et nous n'avons eu qu'un jour de repos avant ce quart de finale, le temps d'aller de Toronto à St. Paul. Les Américains sont restés sur place et ont eu trois jours pour préparer la rencontre. Pensez-vous que l'on puisse parler de conditions équitables ?"

Alekseï Kovalev (attaquant de la Russie) : "Je pense que nous avons fait ce que nous avions prévu. Sauf que perdre le palet aux deux lignes bleues ne faisait pas partie de notre plan. Nous leur avons donné tous les buts. Nous avons forcé des passes en zone neutre et à la ligne bleue face à trois adversaires, des choses qu'on ne peut pas faire face à de bons joueurs. J'ai remarqué dès le début qu'ils avaient commencé à jouer la trappe. Ils attendaient nos erreurs, comme nous l'avions fait la dernière fois."

 

États-Unis - Russie 5-3 (1-0, 1-1, 3-2)

Mardi 7 septembre 2004 à 19h00 au Xcel Energy Center de St. Paul. 17218 spectateurs.

Arbitrage de Brad Watson et Paul Devorski (CAN) assisté de Brian Murphy et Tim Nowak (USA).

Pénalités : États-Unis 10' (2', 4', 4'), Russie 6' (0', 6', 0').

Tirs : États-Unis 21 (5, 9, 7), Russie 21 (7, 6, 8).

Évolution du score :

1-0 à 11'20" : Tkachuk assisté de Modano et Rafalski

2-0 à 21'56" : Tkachuk assisté de Guerin et Modano

2-1 à 27'14" : Afanasenkov assisté de Chubarov et Gonchar

2-2 à 40'36" : Zubrus assisté de Yashin et Kasparaitis

3-2 à 44'25" : Gomez assisté de Tkachuk

4-2 à 44'47" : Tkachuk assisté de Guerin et Modano

4-3 à 51'04" : Kovalchuk assisté de Samsonov et Kovalev (sup. num.)

5-3 à 59'05" : Tkachuk assisté de Modano et Rafalski (cage vide)

 

États-Unis

Gardien : Robert Esche.

Défenseurs : Brian Leetch (6') - Aaron Miller ; Paul Martin - Brian Rafalski (2') ; Ken Klee - Chris Chelios (C, 2').

Attaquants : Steve Konowalchuk - Jeff Halpern - Jamie Langenbrunner ; Keith Tkachuk - Mike Modano - Bill Guerin ; Tony Amonte - Doug Weight - Bryan Smolinski ; Jason Blake - Scott Gomez - Chris Drury.

Remplaçant : Rick DiPietro (G).

Réservistes : John-Michael Liles, Eric Weinrich, Craig Conroy, Brett Hull, Brian Rolston, et Ty Conklin (G).

Russie

Gardien : Ilya Bryzgalov (sorti de sa cage de 58'55" à 59'05").

Défenseurs : Darius Kasparaitis (4') - Sergueï Gonchar ; Oleg Tverdovsky - Aleksandr Khavanov (2') ; Dmitri Kalinin - Vitaly Vishnevski.

Attaquants : Sergueï Samsonov - Viktor Kozlov - Alekseï Kovalev ; Alexander Frolov - Alekseï Yashin - Dainius Zubrus ; Ilya Kolvachuk - Pavel Datsyuk - Maksim Afinogenov ; Aleksandr Ovechkin - Artem Chubarov - Dmitri Afanasenkov.

Remplaçant : Maksim Sokolov (G).

Réservistes : Andrei Kovalenko, Oleg Kvasha, Oleg Petrov, Anton Volchenkov, Andreï Markov et Aleksandr Fomichev (G).

 

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