Canada - Suède (20 mai 2006)

 

Demi-finale des championnats du monde 2006.

Tragédie en trois actes à l'opéra de Sidney

L'entraîneur canadien Marc Habscheid a légèrement modifié ses lignes, notamment aux dépens de Mike Comrie qui aura tout de même du temps de glace en jeu de puissance à défaut d'en avoir beaucoup dans le jeu où l'on tourne le plus souvent à trois lignes. Or, Comrie a été remplacé par Mike Cammalleri sur la ligne du capitaine Shanahan, qui n'est plus que la troisième puisque c'est celle du duo Richards-Carter qui est alignée au coup d'envoi. Mais la ligne la plus observée, c'est toujours la deuxième, celle de Sidney Crosby. Son entrée en jeu n'est cependant pas formidable puisqu'il perd une mise au jeu dans sa zone face à l'expérimenté Mikael Nylander. Posté à la bleue, Niklas Kronwall expédie un missile en pleine lucarne (0-1, 01'27"). Une prison discutable de Shanahan coûte cher, puisque Jörgen Jönsson double la mise sur un nouveau beau lancer, du haut de l'enclave (0-2, 04'11"). Le Canada, en retard de cinq minutes à l'échauffement, est aussi en retard dans son match...

Nordquist fait trébucher Bergeron, et en avantage numérique, Comrie démarqué peut revenir devant la cage tester du revers si Holmqvist a couvert son poteau. Au retour à égalité numérique, le marquage défensif suédois est à nouveau suspect : tout seul devant le gardien, Kyle Calder peut aisément récupérer le palet envoyé par Richards et contourner Holmqvist sur son revers (1-2, 08'11"). À la douzième minute, Tony Mårtensson reçoit un long palet à la bleue de Timander et prend un tir du poignet excentré. Le défenseur canadien n'arrive pas à contrôler le rebond avec son patin et marque un but-gag contre son camp à trois mètres de distance alors qu'il n'y avait pas danger (1-3, 11'52"). Franzen perce la défense et sa crosse est cassée par un cinglage de Shanahan, mais le jeu de puissance suédois est maintenu sous contrôle. Jonas Nordquist a du mal à suivre la ligne de feu et accroche l'insasissable Crosby : sur la supériorité, un lancer de Cammalleri rebondit sur le patin de Holmqvist et Mike Comrie rabat le palet dans les airs (2-3, 16'38"). Shanahan prend ensuite sa troisième pénalité du tiers-temps pour un geste de rudesse inutile. La boîte canadienne très agressive joue bien le coup, et Richards aussi en contre-attaque quand il s'agit de faire siffler une faute de Kronwall. Le Canada termine donc le tiers-temps à cinq contre quatre, et Johan Holmqvist a un arrêt important à faire face à Bergeron à bout portant, évidemment après un centre de Crosby.

Le festival de buts ne veut toujours pas s'arrêter à la reprise. Michael Nylander réalise son habituel numéro magistral de conservation du palet avec virages en petit périmètre dans le coin, puis il ressort la rondelle à la bleue pour Per Hållberg dont le lancer est dévié par Mikael Samuelsson (2-4, 21'33"). La Suède a repris ses deux buts d'avance, mais elle ne s'en contente pas. Si au début de match elle oubliait les Canadiens devant sa cage, c'est maintenant elle qui est agressive sur les buts adverses. Sur un nouveau lancer dévié de Ronnie Sundin, Mika Hannula prend le premier rebond et Jonas Nordquist le second (2-5, 22'41"). Un but fatal à Marc Denis, qui avait encore les meilleures statistiques des gardiens du Mondial il y a une heure. Il cède maintenant sa place à Alex Auld. Celui-ci effectue vite un arrêt important face à Magnus Johansson, servi en deux contre un en infériorité par Zetterberg, un arrêt suivi tout de suite d'une contre-attaque de Bergeron, retenu de manière pas si licite que ça par Nordquist. Les occasions se succèdent toujours à un rythme élevé car la Suède ne change rien à sa tactique. Elle continue de presser les défenseurs et de dicter le jeu par sa mobilité permanente. Déjà, l'essentiel de la menace canadienne se résume à la ligne de Sidney Crosby. C'est d'ailleurs lui qui réduit le score juste avant la pause en allant chercher son propre rebond bloqué dans les jambières de Holmqvist (3-5, 39'25"). Parti dans l'intention de protéger son gardien, Mika Hannula assène alors un cross-check au visage de Crosby en train de lever les bras, un attentat sur l'enfant chéri du Canada qui lui vaut un châtiment immédiat infligé par Calder et Bergeron. L'arbitre gère bien la situation et les deux équipes gardent leur sang-froid : le triple buteur du quart de finale est logiquement renvoyé aux vestiaires, les cinq minutes de pénalité étant compensées dans un premier temps par une pénalité mineure canadienne.

Sidney Crosby est de retour à l'engagement de la troisième période à quatre contre quatre, et il le fait savoir en se créant deux occasions en trente secondes. Sa ligne est évidemment de retour en supériorité numérique, et comme un joueur - le meilleur défenseur Kenny Jönsson bien sûr - se charge de le tenir à l'il en permanence, cela ouvre forcément des espaces à son complice Martin Bergeron. Lors de l'apparition suivante du duo magique, le capitaine suédois adopte donc un rôle plus mobile. Peine perdue : il est bien obligé de surveiller Crosby qui va derrière la cage, et même s'il se retourne très vite, la rapidité d'exécution de la passe de Crosby et de la reprise instantanée de Bergeron sont telles qu'il n'y a vraiment rien d'autre à faire qu'à admirer sur une action pareille (4-5, 43'38"). Le Canada est revenu avec une énergie décuplée depuis l'agression sur Crosby. La pression, l'élan et la vitesse sont maintenant de son côté. Une crosse de Bergeron au visage de Franzen ne permet pas à la Tre Kronor de se mettre à l'abri, malgré l'effort du rapide Mikael Samuelsson, clairement le Suédois le plus en vue en cette fin de match. Le jeu est devenu plus direct et on cherche le KO.

Dans les dernières minutes, ce n'est plus le cas. Les Suédois sont désormais beaucoup plus prudents et attentistes. Ils ne cherchent plus à construire d'attaques. Leur nouvelle priorité n1 : gagner du temps, à chaque action. Un retournement tactique radical qui porte ses fruits. Il ne reste plus qu'une minute et demie à jour quand Auld est rappelé sur son banc. Le Canada est parfois à la limite de l'interception et du but en cage vide, mais il parvient à revenir mettre la pression pour les trente dernières secondes. Après une déviation devant le but de Calder, il obtient une dernière mise au jeu à huit secondes de la fin... mais c'est Henrik Zetterberg qui la remporte.

La Suède a pris ce soir la revanche de ses deux finales perdues (2003 et 2004). Ce Graal inaccessible, battre les Canadiens dans un match à élimination directe, a été atteint, et elle a dû pour cela faire face à ses démons quand elle a craint se faire rejoindre en troisième période. L'uvre de Hardy Nilsson a paradoxalement été parachevée par son successeur, Bengt-Åke Gustafsson, en réussissant à amener à la victoire une conception du jeu plus ambitieuse que prévu. L'avantage au score a été préservé par un esprit conquérant, et en laissant encore s'exprimer des joueurs créatifs comme Nylander. "Gérer" une avance, cela ne peut décemment se faire en hockey que pendant quelques minutes, les Suédois l'ont bien compris. Ils avaient bien moins confiance que les Finlandais dans leurs capacités défensives, et ils avaient bien raison.

En effet, la meilleure organisation du monde ne peut pas contenir des joueurs de la qualité de Crosby et Bergeron quand ils mettent toute leur classe dans une action. Ils ont encore marqué, aussi bien les esprits que le tableau d'affichage. Ce duo donnera ses lettres de noblesse au hockey pour de grandes années.

Désignés joueurs du match : Sidney Crosby pour le Canada et Ronnie Sundin pour la Suède.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Marc Habscheid (entraîneur du Canada) : "Quelques palets sont arrivés dans nos filets de manière malheureuse au début, mais nous gars se sont battus. Nous avons eu beaucoup de courage pour revenir. [...] C'était un flagrant cross-check au visage. C'est décevant, surtout quand l'on voit des rires ou des sourires sur leur banc."

Bengt-Åke Gustafsson (entraîneur de la Suède) : "Ce sont des propos ridicules. Ils venaient de marquer un but, nous n'en avions plus que deux d'avance et nous devions maintenant tuer une pénalité. Personne ne riait. Ça ne vaut même pas la peine d'en discuter."

Sidney Crosby (attaquant du Canada) : "J'ai été un peu sonné, mais heureusement ce n'est rien de grave. Dans les matches importants, il faut juste continuer à jouer. On n'aime jamais perdre. Quelques mauvaises pénalités et quelques breaks chanceux sont allés dans leur sens. Je pense que la seule chose qu'il faut en retenir, c'est que nous n'avons pas abandonné. Cela aurait été facile, on aurait dit que tout allait de travers. Il n'y a pas eu une présence où quelqu'un a laissé tomber."

Mikael Samuelsson (attaquant de la Suède) : "Nous avons bien mené notre affaire en deuxième période. C'est toujours facile de jouer comme on mène. C'était un match sympa à jouer, mais c'est devenu difficile à la fin. Nous avons fait une erreur en reculant. Nous n'avions plus autant le palet qu'en début de match."

 

Canada - Suède 4-5 (2-3, 1-2, 1-0)

Samedi 20 mai 2006 à 20h15 à l'Arena Riga. 8845 spectateurs.

Arbitrage de Milan Minar (TCH) assisté de Roman Pouzar (TCH) et Joseph Ross (USA).

Pénalités : Canada 18' (8', 8', 2'), Suède 39' (8', 6'+5'+20', 0').

Tirs : Canada 32 (12, 5, 15), Suède 25 (9, 2+6, 8).

Évolution du score :

0-1 à 01'27" : Kronwall assisté de Nylander

0-2 à 04'11" : J. Jönsson assisté de Samuelsson et Nylander (sup. num.)

1-2 à 08'11" : Calder assisté de Richards

1-3 à 11'52" : Mårtensson assisté de Timander

2-3 à 16'38" : Comrie assisté de Cammalleri (sup. num.)

2-4 à 21'33" : Samuelsson assisté de Hållberg et Nylander

2-5 à 22'41" : Nordquist assisté de Hannula

3-5 à 39'25" : Crosby

4-5 à 43'38" : Bergeron assisté de Crosby et Williams (sup. num.)

 

Canada

Gardiens : Marc Denis puis Alex Auld à 22'41".

Défenseurs : Nick Schultz - Stéphane Robidas (A) ; Brad Stuart - Dan Hamhuis ; Trevor Daley - Brent Seabrook ; Micki DuPont.

Attaquants : Kyle Calder - Mike Richards (A) - Jeff Carter ; Bradley Boyes - Sidney Crosby (A) - Patrice Bergeron ; Jason Williams - Mike Cammalleri - Brendan Shanahan (C) ; Matt Pettinger - Mike Comrie - Glen Metropolit.

Remplaçant : Scott Hartnell.

Suède

Gardien : Johan Holmqvist.

Défenseurs : Ronnie Sundin - Magnus Johansson (A) ; Kenny Jönsson (C) - Niklas Kronwall ; Per Hållberg - Matthias Timander.

Attaquants : Johan Franzén - Henrik Zetterberg (A) - Nicklas Bäckström ; Fredrik Emwall - Andreas Karlsson - Tony Mårtensson ou Jesper Mattsson ; Jörgen Jönsson - Michael Nylander - Mikael Samuelsson ; Joel Lundqvist - Jonas Nordquist - Mika Hannula.

Remplaçants : Stefan Liv (G), Andreas Holmqvist. En réserve : Daniel Henriksson (G), Björn Melin, Matthias Johansson.

 

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