République Tchèque - Canada (6 mai 2007)

 

Championnats du monde 2007, deuxième tour, groupe F.

Un point c'est tout

Un point, un petit point, c'est ce dont les Tchèques ont besoin ce soir pour ne pas regarder l'Allemagne jouer demain pour leur infliger une élimination historique. Un point, cela n'a l'air de rien, mais le Canada, même dans la douleur, n'en a abandonné aucun en route. Le passé entre les deux équipes parle néanmoins pour eux : dans cette affiche classique qui se joue chaque année aux Mondiaux, la République Tchèque a remporté huit des neuf dernières confrontations, n'ayant perdu que... chez elle à Prague.

Dans les premières minutes, Jaroslav Hlinka est le maître à jouer sur la glace : le meilleur marqueur d'Extraliga apporte un danger permanent, par un tir, par une passe, par un jeu inattendu, ou par sa vitesse qui provoque la première pénalité canadienne. Le problème, c'est que les autres lignes tchèques sont dominées dans les bandes. La meilleure occasion est donc pour le Canada, avec une transversale de Jason Chimera en 2 contre 1.

Zbynek Irgl se constitue ensuite un tableau de chasse impressionnant. Une très bonne présence à la treizième minute amène une pénalité de Jason Williams, puis, pendant l'avantage numérique, sa vivacité sur une mise au jeu pousse Eric Brewer à faire obstruction. C'est donc grâce à lui que la République tchèque joue trente secondes à cinq contre trois. Jordan Staal gagne l'engagement qui suit et défend bien les secondes qui restent. Les efforts du jeune penalty killer de Pittsburgh sont cependant insuffisants : Marek Zidlicky ouvre le score par un lancer de la bleue masqué voire dévié par Shea Weber, malheureux pour son retour de suspension (1-0, 13'17"). Le Canada perd alors de sa présence défensive, autorisant Tenkrat à traîner devant Roloson pendant que Barinka prend un tir en bonne position du cercle gauche. La fin de période est beaucoup plus complète pour les Tchèques, qui ne dominent plus seulement aux tirs, mais dans tous les compartiments du jeu.

Ils vont pourtant être victime d'un but navrant : on entend distinctement un coup de sifflet, tous les joueurs s'arrêtent de jouer, et le premier à se rendre compte que ce n'est pas l'arbitre qui a sifflé est Jay McClement, qui se saisit du palet et l'envoie dans les filets avant que Cechmanek ou ses défenseurs aient pu réagir (1-1, 22'15"). Même si le promu allemand peut inspirer la sympathie, on est pris d'une inquiétude : et si la République Tchèque était éliminée là-dessus ? Boutée hors des quarts de finale par un spectateur imbécile ?

Un joueur va en prison de chaque côté : Barinka, qui accroche Williams, puis Camalleri, qui fait obstruction sur Hubacek. À la fin de la situation de 4 contre 4, les Tchèques partent en deux contre un : passe levée de Tomas Plekanec au-dessus de la crosse de Hamhuis pour le tir de David Vyborny... La cage a bougé. Roloson, qui avait été emporté par Hamhuis qui s'était couché, est sanctionné. Une décision d'autant plus contestable pour le Canada que le capitaine tchèque n'avait pas réussi à cadrer sa reprise, mais l'arbitre fait le signe "2" avec ses doigts pour expliquer que le gardien avait été averti en première période quand la cage s'était déjà désolidarisée. La séquence à cinq contre trois commence par une passe ratée de Sykora à la bleue, le palet s'échappant hors de la zone. Les Tchèques se réinstallent tout de suite avec une bonne circulation en carré. La passe transversale de Vyborny trouve Jan Marek au second poteau, mais le poteau repousse le tir du champion de Russie ! Le destin tourne-t-il le dos aux Tchèques ?

Jason Williams fait un large tour de la cage, Roman Cechmanek en a perdu ses appuis et Barinka déplace la cage : cette fois ce sont les Canadiens qui se retrouvent en supériorité. Cechmanek sort le grand jeu pendant une minute et demie très soutenue, qui débute par un fulgurant tir sur engagement de Rick Nash et se poursuit par une démonstration des belles qualités offensives de Cory Murphy (slap lointain, bon décalage pour Doan sur un rebond, et une dernière montée pour finir). C'est Williams qui met fin à la séquence qu'il avait provoquée, car il y va du coude sur Rolinek dans le coin. La supériorité numérique s'inverse. Quand quatre Tchèques et trois Canadiens sont dans un petit périmètre autour de la cage, cela fait du monde, alors Vyborny se donne de l'air en amenant le palet derrière la cage pour le passer aussitôt à Plekanec au poteau opposé (2-1, 32'05"). Le sens du jeu de leur capitaine est venu au secours des Tchèques au meilleur moment.

Vyborny est encore dans le coup pour leurrer les défenseurs à vingt secondes de la fin du deuxième tiers. Rastislav Olesz, libre derrière la cage, peut alors essayer de piéger Roloson à son poteau. L'arbitre demande la vidéo, mais si elle donne d'éventuels indices de but (Roloson qui descend son gant derrière sa bote comme s'il sentait quelque chose passer dessous), elle ne permet pas de voir clairement que le palet est rentré.

L'avantage tchèque est donc minimal à la pause, et il est annulé en un rien de temps. Un plongeon défensif dégage le palet, que récupère Phaneuf avant la ligne médiane. Cela laisse peu de marge pour changer de lignes, et c'est pourtant ce que font trois Tchèques. Un relais de Camalleri à la bleue permet alors à Éric Staal de percer seul dans l'axe, de feinter et d'égaliser du revers (2-2, 43'22"). Cechmanek a aussi motif de se plaindre de ce but, car le palet avait heurté son masque trente secondes plus tôt. L'arbitre n'avait pas sifflé et le jeu s'était installé en zone tchèque avec les conséquences que l'on sait.

Les Tchèques repassent vite devant, ils attendent simplement la pénalité suivante contre Weber, qui a trop levé le bras dans une tête tchèque en finissant une charge : lancer de la bleue de Sykora, écran de Vyborny, premier rebond pour Plekanec et cage ouverte pour Olesz (3-2, 46'39"). L'écart pourrait même se creuser pour de bon quand Vyborny dépose le palet juste devant la cage pour Plekanec, qui manque un peu son tir. Et c'est donc le Canada qui revient à hauteur. Matthew Lombardi gagne une mise au jeu en zone offensive et oriente le palet dans l'axe vers Shane Doan, qui le contrôle et le place entre les jambières de Cechmanek (3-3, 50'57").

La République Tchèque a peur, sa qualification ne tient qu'à un fil. Le Canada travaille très fort en fond de zone. Rastislav Klesla y fait trébucher Williams. Il reste à peine plus de deux minutes à jouer et cette pénalité ne peut pas tomber plus mal. La mitaine de Cechmanek capte le lancer axial de la bleue de Brewer, il encaisse les coups sur un dernier rebond, et voilà. La mission tchèque est accomplie : Hadamczik et ses adjoints se serrent déjà la main.

La prolongation instituée cette année n'intéresse pas Roman Cechmanek qui demande à sortir : il faut dire qu'il ne s'est pas accordé beaucoup de pauses puisqu'il les a passées à parlementer avec l'arbitre. Marek Pinc prend place dans la cage tchèque. Dès l'engagement, il voit le grand Nash arriver droit face à lui. Une pénalité différée est sifflée et aucun Tchèque n'a encore touché le palet dans cette prolongation. Eric Brewer prend un lancer de la bleue et Eric Staal marque le but vainqueur pour préserver l'invincibilité canadienne (3-4, 60'23").

Désignés joueurs du match : Marek Zidlicky pour la République Tchèque et Jay McClement pour le Canada.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Roman Cechmanek (gardien de la République Tchèque) : "À la fin du match, les Canadiens restaient si longtemps dans notre zone que l'on se sentait par moments en infériorité. La situation était nerveuse parce que le score était nul et qu'une erreur pouvait ruiner tous nos efforts. Je ne savais pas quoi attendre de l'attaque canadienne : le premier attaquant s'ouvrait le chemin vers la cage, mais faisait une passe aveugle mais de qualité pour son arrière, puis le palet allait d'aile en aile et se retrouvait rapidement à proximité de la cage. Il va falloir récupérer pour que j'ai assez de forces pour jouer jusqu'à la fin du match."

Jan Marek (attaquant de la République Tchèque) : "On n'a rien à faire de cette prolongation. Notre tâche était de prendre un point, et quand la sirène a retenti, plus personne ne pensait au point supplémentaire. On ne pouvait plus dépasser les Canadiens et les Américains au classement. Les play-offs ont commencé en avance : en cas de défaite, nous aurions quitté le tournoi. Nous nous sommes livrés. À la fin, il leur restait plus de forces, mais nous avions déjà beaucoup attaqué pendant les 50 minutes précédentes. Les Canadiens jouaient avec des combinaisons inattendues, un jeu de passe proche de celui des Russes que nous pourrions retrouver en quarts. Nous avons essayé de tirer autant que possible de différentes position. Cette tactique a été efficace."

Shane Doan (capitaine du Canada) : "C'est dommage ! Les Tchèques sont une équipe à qui il ne vaut mieux pas donner une seconde vie, quand il y a la possibilité de les priver de la première. Mais il faut leur rendre justice : ils ont bien joué dans le temps régulier, nous avons passé la soirée à courir après le score."

 

République Tchèque - Canada 3-4 après prolongation (1-0, 1-1, 0-1, 0-1)

Dimanche 6 mai 2007 à 20h15 à l'Arena Mytischi. 6500 spectateurs.

Arbitrage de Vyacheslav Bulanov (RUS) assisté de Stefan Fonselius (SUE) et Thomas Gemeinhardt (ALL).

Pénalités : République Tchèque 12' (2', 8', 2', 0'), Canada 18' (8', 6', 4', 0').

Tirs : République Tchèque 32 (18, 8, 6, 0), Canada 35 (7, 13, 13, 2).

Évolution du score :

1-0 à 13'17" : Zidlicky assisté de Hlinka et Vyborny (sup. num.)

1-1 à 22'15" : McClement

2-1 à 32'05" : Plekanec assisté de Vyborny (sup. num.)

2-2 à 43'22" : E. Staal assisté de Cammalleri et Phaneuf

3-2 à 46'39" : Olesz (sup. num.)

3-3 à 50'57" : Doan assisté de Lombardi

3-4 à 60'23" : E. Staal assisté de Brewer et Murphy

 

République Tchèque

Gardien : Roman Cechmanek puis Marek Pinc à 60'00".

Défenseurs : Petr Caslava - Marek Zidlicky ; Rastislav Klesla - Zbynek Michalek ; Michal Barinka - Radek Hamr ; Ladislav Smid.

Attaquants : Rostislav Olesz - David Vyborny (C) - Tomas Plekanec ; Petr Hubacek - Petr Cajanek (A) - Zbynek Irgl ; Petr Tenkrat - Jan Marek - Jaroslav Bednar ; Tomas Rolinek - Jaroslav Hlinka (A) - Jaroslav Balastik ; Petr Sykora (en supériorité).

En réserve : Jan Platil, Jiri Novotny.

Canada

Gardien : Dwayne Roloson.

Défenseurs : Eric Brewer (A) - Mike Commodore ; Shea Weber - Dan Hamhuis ; Dion Phaneuf - Nick Schultz ; Barret Jackman (A) - Cory Murphy.

Attaquants : Jason Chimera - Jay McClement - Jamal Mayers ; Mike Cammalleri - Eric Staal - Justin Williams [puis J. Staal à 51'40"] ; Rick Nash - Matthew Lombardi - Shane Doan (C) ; Jordan Staal [puis Williams à 51'40"] - Jonathan Toews - Colby Armstrong.

Remplaçant : Cam Ward (G).

 

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