Suède - Russie (7 mai 2007)

 

Championnats du monde, deuxième tour, groupe E.

À qui perd gagne ?

C'est le choc attendu depuis longtemps entre les deux équipes qui n'ont encore perdu aucun point dans ce tournoi : la très offensive Russie et une Tre Kronor qui reste sur une démonstration défensive contre la Finlande (1-0). L'enjeu, la première place de la poule, est à double tranchant : le vainqueur affrontera les Tchèques alors que le perdant tombera sur les Slovaques. De quoi se poser des questions ? Pas pour Vyacheslav Bykov, qui a très tôt annoncé la couleur en expliquant qu'il jouerait ce match contre la Suède pour le gagner. Il y a tout lieu de le croire, puisqu'il a ajouté, après avoir vu leur affrontement samedi soir, que la République Tchèque et la Slovaquie étaient toutes deux imprévisibles, capables d'être excellentes et médiocres dans le même match.

En revanche, on se souvient que Bengt-Åke Gustafsson avait plus ou moins "programmé" une défaite aux JO pour rencontrer la Suisse en quarts de finale. On reste donc dans l'expectative, et on peut sourire en constatant qu'il aligne ce soir son troisième gardien Erik Ersberg et qu'il fait débuter Mattias Månsson et Magnus Kahnberg. Trois joueurs importants sont laissés au repos, les attaquants Jonathan Hedström et Fredrik Warg ainsi que le capitaine Kenny Jönsson. Il n'y a donc pas de "C" dans la formation suédoise, et c'est Jörgen Jönsson qui assume la fonction à la place de son frère, tout en gardant son "A" sur son maillot.

Mais il y a une autre manière d'interpréter le choix de "BAG" : en incorporant volontairement ses réservistes, il a grillé tous ses jokers, et il prouve ainsi à ceux qui en douteraient encore qu'il n'attend aucun autre renfort de NHL. Il réaffirme ainsi son intention d'aller au bout avec cette équipe. C'est tout le contraire du côté russe : malgré l'absence d'Ovechkin suspendu un match, Bykov ne prend aucun joker et accepte de jouer avec onze attaquants ce soir, quitte à faire tourner ses joueurs à l'aile gauche. Il souhaite prendre son temps avant d'étudier les deux noms (plus un gardien...) à éventuellement ajouter pour la phase finale. Le quotidien Sport-Express a repris sa campagne qui dure depuis deux ans en faveur de Sergei Brylin, qui est considéré comme un des meilleurs attaquants défensifs de NHL mais qui n'a jamais été appelé en équipe de Russie depuis onze ans, même pas quand il jouait la porte à côté (à Voskresensk) pendant le lock-out.

Les Russes commencent le match par une supériorité numérique poussive, sans effort de patinage. Denis Grebeshkov (qui forme avec Atyushov la paire la plus critiquée de la défense russe) veut intercepter un dégagement suédois sans y parvenir, et le palet est alors contrôlé du gant par Johan Davidsson qui prend un premier tir à bout portant sur Eremenko. La deuxième situation chaude arrive à la neuvième minute, lorsque les trois attaquants de la première ligne suédoise sont tous trois dans l'enclave pour un rebond. La reprise de Jörgen Jönsson n'est pas cadrée, mais dans le même temps, Martin Thörnberg est accroché par Proshkin. Les mêmes joueurs restent sur la glace pour la supériorité numérique, et ils marquent vingt secondes plus tard sur une jolie passe de Tony Mårtensson déviée par Thörnberg (1-0, 08'43").

Ce but a le mérite de piquer au vif les Russes, enfin dans le match. Lors d'un tir de Zinoviev en angle fermé, Kovalchuk lancé vers la cage trébuche sur la crosse de Strålman et vient percuter le gardien Ersberg qui décolle et ne peut pas empêcher le palet de rentrer. L'arbitre indique tout de suite qu'il ne valide pas ce but célébrer par "Kovy" et ses coéquipiers. Il consulte ses assistants, va voir la vidéo et... ne change pas d'avis. But refusé. Le rythme s'est élevé, et il y a de nouveau le feu dans la zone suédoise sur un rebond que Jörgen Jönsson perd de vue alors qu'il est juste derrière son dos. Ce palet traînant finit sur la transversale dans la confusion. À deux minutes de la fin du tiers, la vivacité retrouvée des Russes est récompensée : Anton Strålman fait trébucher Aleksandr Kharitonov qui a percé la défense, et c'est le tir de pénalité ! Aleksei Morozov place bien son revers dans le haut du filet (1-1, 17'39"). Alors que la Suède est normalement sereine quand elle marque le premier but (on l'a vu hier), c'est tout le contraire qui s'est produit : elle a été dépassée par l'envie débordante de l'ours russe sorti de son hibernation.

La Suède reprend le jeu en avantage numérique à cause d'une pénalité de Zaripov avant la pause, et un lancer d'Anton Strålman frappe le poteau puis le dos d'Eremenko, tout heureux de voir ce palet filet sur le côté et être écarté par Emelin. Une phase de jeu à quatre contre quatre (faute de Tärnström et plongeon de Morozov en même temps) permet à la Russie de monopoliser le palet. Au retour au complet, un magnifique échange entre Evgeni Malkin dans l'axe et Aleksandr Kharitonov sur l'aile gauche déroute la défense suédoise, et Grebshkov n'a plus qu'à mettre le rebond au fond (1-2, 23'27"). Malkin n'est donc plus diminué ou malade. Cinq minutes plus tard, il contre une relance de Dick Tärnström en zone neutre, mais sur sa lancée il est hors-jeu au moment de reprendre le contrôle du palet, et il bat donc Ersberg pour rien.

La peste de cette équipe suédoise, Patric Hörnqvist, provoque des réactions épidermiques de Nikulin et Kovalchuk et obtient deux supériorités numériques, mais elles sont beaucoup moins favorables à la Tre Kronor que les précédentes. Le jeu devient plus rude. Aleksei Emelin balance Mårtensson contre la cage et en rajoute sur Steen au sol : le rugueux défenseur de Togliatti s'en sort sans la moindre pénalité. Un peu plus tard, par contre, Hållberg est sanctionné pour dureté alors qu'il n'est vraiment pas le plus virulent. L'arbitre canadien Guy Pellerin a la tâche difficile et peine à gérer la tension qui monte. Il en est un par contre qui tient bien la pression, c'est Erik Ersberg, pour son premier match dans un championnat du monde. Le gardien suédois se repositionne très bien pendant cette infériorité face aux lancers de Morozov. Il résiste encore à une autre pénalité contre Mårtensson qui a chargé Radulov dans le dos. Et la Suède, dominée, transforme la contre-attaque suivante : Nicklas Bäckström passe derrière la cage et glisse le palet au premier poteau à Alexander Steen. Le seul joueur NHL de la Tre Kronor est en complet déséquilibre arrière, mais sa reprise manquée passe à deux à l'heure entre les jambes d'Eremenko - qui avait suivi Bäckström du regard - pour un but inattendu, certes cocasse mais qui vient d'une passe astucieuse (2-2, 38'22").

La troisième période commence par un tir de Hörnqvist qui s'envole à bout portant sur une bonne passe de derrière la cage de Bremberg, puis le jeu se calme nettement. Aucune équipe ne veut commettre d'erreur et on se neutralise. Si la Suède est un peu plus mise en danger, c'est essentiellement à cause de ses relances moins sûres. Mais c'est sur un jeu installé, peu après un engagement en zone offensive, que la Russie prend l'avantage sur un beau lancer du haut de l'enclave d'Evgeni Malkin (2-3, 49'51"). La Russie poursuit son effort jusqu'au bout. Après une récupération de palet en zone défensive, Aleksei Morozov cherche une longue passe vers Sergei Zinoviev à la bleue. Johan Davidsson plonge pour contrer la passe in extremis, mais Zinoviev va rechercher le palet en fond de zone et le ressortir pour une volée de Morozov (4-2, 56'33"). La vaine tentative d'interception de Davidsson n'aura donc servi à rien : pour accentuer sa défaite, il voit le buteur Morozov lui passer devant au classement des marqueurs et le passeur Zinoviev le rejoindre à douze points.

La Russie a gagné ce match sur ses qualités techniques individuelles, sensibles notamment dans la facilité des entrées de zone. C'est donc elle qui affrontera cette mystérieuse sélection tchèque. Une équipe que les Suédois auraient pu aborder en confiance vu leurs confrontations récentes, mais qui a par contre éliminé les Russes en quart de finale l'an passé. En acceptant l'augure de cet adversaire et en se battant pour cette victoire, les Russes ont montré qu'ils n'ont plus peur de leur histoire récente et qu'ils sont déterminés à mettre un terme à leur disette.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Aleksei Morozov (attaquant de la Russie) : "En montant sur la glace, nous ne pensions pas du tout à l'adversaire pour le quart de finale. Nous avions déjà conclu que ça n'avait pas d'importance et que le principal, c'était de montrer du bon hockey. Ce genre de victoires donne des forces supplémentaires. Le match a été physique, mais ils le seront tous en play-offs. Il se trouve que nous rencontrerons les Tchèques. Imposons notre hockey et faisons tout pour gagner. De mon point de vue, Cechmanek est un gardien instable. Il peut bien jouer, mais il peut aussi prendre des buts absurdes."

 

Suède - Russie 2-4 (1-1, 1-1, 0-2)

Lundi 7 mai 2007 à 20h15 à la Khodynka Arena, Moscou. 14000 spectateurs.

Arbitrage de Guy Pellerin (CAN) assisté de Sylvain Losier (CAN) et Milan Masik (SVK).

Pénalités : Suède 12' (4', 6', 2'), Russie 16' (6', 6', 4').

Tirs : Suède 30 (11, 10, 9), Russie 31 (9, 10, 12).

Évolution du score :

1-0 à 08'44" : Thörnberg assisté de Mårtensson et J. Jönsson (sup. num.)

1-1 à 17'39" : Morozov (tir de pénalité)

1-2 à 23'27" : Grebeshkov assisté de Kharitonov et Malkin

2-2 à 38'22" : Steen assisté de Mårtensson et Bäckström

2-3 à 49'51" : Malkin assisté de Frolov et Markov

2-4 à 56'33" : Morozov assisté de Zinoviev

 

Suède

Gardien : Erik Ersberg (sorti de 58'42" à 59'34").

Défenseurs : Dick Tärnström - Johan Åkerman ; Per Hållberg - Tobias Enström ; Jan Sandström - Magnus Johansson ; Anton Strålman.

Attaquants : Fredrik Emwall - Rickard Wallin - Magnus Kahnberg ; Fredrik Bremberg - Johan Davidsson - Patric Hörnqvist ; Martin Thörnberg - Jörgen Jönsson (A) - Tony Mårtensson ; Mattias Månsson - Nicklas Bäckström - Alexander Steen.

Remplaçant : Johan Backlund (G). En réserve : Kenny Jönsson (C), Jonathan Hedström, Fredrik Warg, Daniel Henriksson (G)

Russie

Gardien : Aleksandr Eremenko.

Défenseurs : Ilya Nikulin - Vitali Proshkin ; Andrei Markov - Sergei Gonchar ; Denis Grebeshkov - Vitali Atyushov ; Maksim Kondratiev - Aleksei Emelin.

Attaquants : Ilya Kovalchuk - Evgeni Malkin - Aleksandr Frolov ; Danis Zaripov - Sergei Zinoviev - Aleksei Morozov ; Aleksandr Kharitonov - Piotr Schastlivy (C) - Aleksandr Radulov ; Ivan Nepryaev - Nikolai Kulemin.

Remplaçant : Vassili Koshechkin (G). Absent : Aleksandr Ovechkin (suspendu).

 

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