Canada - Finlande (13 mai 2007)

 

Finale des championnats du monde 2007.

Un Canada de feu et de glace

La finale n'est certes pas celle attendue (le public russe devra se contenter du bronze) mais reste plus ouverte que jamais. Entre une solide Finlande et un Canada ne cessant de monter en puissance, le choc est prometteur. Toujours placés mais jamais gagnants ces dernières années, les "Suomi" ont des nerfs d'acier et semblent au meilleur de leur forme. Cela tombe bien, les Canadiens aussi, eux qui étaient venus en Russie sans certitudes absolues... mais ont finalement réussi à forger un contingent digne d'être champion du monde. Le Team Canada est la dernière équipe invaincue de ce tournoi... et devra le rester pour glaner une nouvelle couronne mondiale.

Le dénominateur commun à ces deux formations, outre leur présence en finale, est donc la forme étincelante de leurs cerbères. Décisif face aux artistes russes en demi, Kari Lehtonen (Atlanta) va forcément trouver à qui parler avec son alter-ego Cam Ward (Carolina), lui aussi issu de la division sud-est de la LNH.

Même cause, même effet

Fidèle à sa nature, la Finlande s'échine à gêner le jeu canadien et cherche à se placer idéalement pour sévir en contres. La stratégie manque d'être payante mais Ward repousse les premières banderilles nordiques. En quête de solutions, les Canadiens s'en remettent à leur talent intrinsèque pour tenter de bouger le bloc adverse. Ils y parviennent sur une infiltration de Jordan Staal, illicitement déjouée par le Bernois Tommi Söderholm (06'17"), et voient la situation rapidement se décanter. En effet, sitôt le jeu de puissance installé, Rick Nash temporise sur le flanc droit, trouve une brèche, l'exploite en repiquant vers le centre puis trouve la mire dans le petit filet droit de Kari Lehtonen, juste sous son bras (1-0 à 06'30"). L'ex-lauréat du "Maurice-Richard" (en 2004), buteur hors-pair s'il en est, a encore frappé...

L'ouverture du score ne change guère la donne en ce début de partie; les joueurs à la feuille d'érable tentant toujours de faire vivre le danger en zone adverse. Leur maîtrise du disque est toutefois relative car les Finlandais, hermétiques à l'arrière, s'offrent quelques contres saignants, mais finalement sans grand danger pour Cam Ward. Timidement donc, les hommes d'Erkka Westerlund tentent par la suite d'ouvrir davantage le jeu mais s'exposent à leur tour à quelques ripostes canadiennes, annihilées par un repli efficace. Hélas pour eux, un coup de coude inopportun de Tuomo Ruutu en zone neutre (12'17"), loin du palet, offre une deuxième chance au powerplay canadien. Cette fois-ci, ce dernier peine à s'installer et l'arrière-garde finlandaise gère assez bien l'horloge. Pas assez néanmoins pour tuer la pénalité car une remise du revers de Mike Cammalleri donne du champ à Eric Staal, lequel ne laisse pas l'ombre d'une chance à Kari Lehtonen (2-0 à 13'48").

La Finlande n'a dès lors plus le choix et doit se découvrir davantage pour espérer recoller au score. Mais au lieu de ça, elle se complique la vie et offre de nouvelles cartouches au jeu de puissance canadien, cette fois-ci bien muselé malgré l'activité et l'impact du trio Nash-Lombardi-Doan. Un coup de coude d'Eric Staal sur Tommi Söderholm (16'52") vient donc à point nommé pour raviver la flamme finnoise, guère plus inspirée malgré un labeur appréciable en zone offensive. Les Finlandais atteignent donc le premier entracte avec un lourd passif et souffrent de la rapidité canadienne. Ainsi, une montée latérale du Québécois (le seul de cette cuvée 2007) Matthew Lombardi permet à Rick Nash de s'offrir une nouvelle occasion grandeur nature. Le buteur de Columbus fixe bien Lehtonen mais le cerbère à finalement le dernier mot (19'49").

Le Canada, fort de son avance, tient bien ses bases arrières en début de deuxième période face aux assauts brouillons d'une Finlande en panne d'inspiration. Un "bonus" lui est même accordé sur un débordement de Jordan Staal, retenu par Pekka Saravo (22'57"). La nervosité du capitaine Aki-Petteri Berg, coupable d'un accrocher sur Matthew Lombardi (23'29"), double même la pénitence des siens. Quatre-vingt dix secondes de double avantage numérique sont donc offertes aux Nord-Américains mais ceux-ci, en dépit d'une circulation rapide du disque dans la zone, se heurtent à un Kari Lehtonen retrouvé.

Est-ce là le renouveau finlandais ? Pas vraiment car l'absence de Petteri Nummelin, le contremaître du powerplay qui faisait autrefois le bonheur de Lugano, se fait cruellement sentir sur un avantage numérique concédé par Shea Weber (25'41"). Il faut dire que le slot de Cam Ward est relativement bien sécurisé par une défense solide et réactive, et les diverses montées blanches et bleues n'aboutissent à rien de concret. À ce rythme, les contres fleurissent et un rush de Jordan Staal libère Colby Armstrong sur le côté gauche. Libre de tout marquage, l'attaquant de Pittsburgh s'avance et trompe la garde de Lehtonen d'un slap filant dans un trou de souris, entre le bras gauche et la botte du gardien d'Atlanta (3-0 à 29'11"). Le verdict est alors sans appel et rien, pas même la roublardise des vétérans Ville Peltonen et Jere Lehtinen, ne permet de troubler la relative sérénité de Cam Ward.

Fraîchement nominé dans l'équipe-étoile du mondial, son alter-ego Kari Lehtonen sort pour sa part le grand jeu devant Rick Nash en bouchant parfaitement son angle droit sur un énième powerplay canadien (36'27"). Il récidive même devant le revers d'Armstrong en toute fin de période (39e).

Le "Team Canada" mène au mieux sa barque à l'amorce du derniers tiers. En supposant, bien sûr, que la Finlande ne remonte pas son déficit... Cela n'en prend guère le chemin, la faute, dans un premier temps, au manque de précision de Ville Peltonen et Mikko Koivu en supériorité numérique. Qu'importe, la Finlande n'en démord pas et poursuit ses offensives précipitées. Certes, Matthew Lombardi se signale d'un bâton haut dans un duel engagé avec Tuomo Ruutu (46'51") mais la boîte canadienne tient encore et toujours en respect un powerplay bien stérile.

Un réveil trop tardif

Tout semble alors indiquer une fin de match sans histoire; la partition canadienne se déroulant sans trop d'accrocs malgré une domination certaine des Finlandais. Mais voilà, la jeune troupe mise sur pied par Steve Yzerman et son staff manque d'expérience. C'est du moins ce qu'il en ressort sur la réussite de Petri Kontiola, libéré par un bon travail de Ville Peltonen à l'arrière du but (3-1 à 51'08").

Il n'en faut pas plus pour relancer l'intérêt de ce match, mais les Finlandais restent improductifs et laissent même quelques espaces, heureusement pas exploités par ce diable de Rick Nash. Les Canadiens tuent donc le chrono, en se dirigeant lentement, mais sûrement, vers une vingt-quatrième couronne mondiale. Mais une fois encore, alors que le match semblait plié, une négligence dans l'enclave leur coûte un but fâcheux, œuvre d'Antti Miettinen sur un cafouillage au-devant de Cam Ward (3-2 à 57'44'). L'ailier des Stars de Dallas relance de ce fait les cartes et promet une fin de partie animée. La roulette tournerait-elle désormais dans le sens finlandais ?

Rick Nash porte l'estocade

La question est à peine posée qu'elle se voit rapidement tranchée. Logiquement élu dans le trio offensif par excellence de ce mondial, le franc-tireur Rick Nash se mue en bourreau des cœurs finlandais. Lancé en zone neutre, il s'échappe, résiste au retour désespéré de Pekka Saravo puis dépose le puck du sacre sur la gauche d'un Kari Lehtonen pris à contre-pied (4-2 à 58'54"). Le sort en est désormais jeté, le Canada est sacré !

Loin du laborieux préchauffage inaugural, le Team Canada a su monter en régime au fil des matchs, s'affirmant comme une force redoutable. Et apparemment sans égal sur ce tournoi. La flamboyante Sbornaïa aurait peut-être pu leur contester, mais ça, personne ne le saura jamais...

En attendant, le Canada, cette force tranquille sans vedettes, hormis peut-être un Rick Nash impressionnant, a rapidement mis son adversaire finlandais dos au mur. Celui-ci, fort emprunté, a payé au prix fort ses deux premières infractions de la partie, qui furent autant de réussite pour les hommes d'Andy Murray. Dès lors, les Canadiens ont su réduire le tempo et se baser sur une défense solide et dont les arrières furent bien gardés avec un Cam Ward assez fiable. Le sursaut finlandais fut une péripétie tant il aura semblé maîtriser son sujet (et les situations spéciales) durant ce match fermé.

Le premier essai du nouveau manager général Steve Yzerman fut donc un coup de maître. Cet alliage de role-players (McClement, Mayers, Schultz et autres Chimera), de jeunes loups (Armstrong, Weber, Jordan Staal et la révélation Toews, bien qu'en retrait ce soir) et d'éléments confirmés de la LNH avait bien l'étoffe d'un champion du monde. La fin est heureuse pour le capitaine Shane Doan, tourmenté par ses "déboires francophones", pour ce qui est devenu une affaire d'état au pays. Son "Team Canada", souverain à Moscou, aura l'honneur de défendre son titre sur ses terres, à Québec et Halifax.

Désignés meilleurs joueurs du match : Rick Nash (Canada) et Ville Koistinen (Finlande).

Meilleurs joueurs canadiens du tournoi selon leur coach : Matthew Lombardi, Shane Doan et Rick Nash.

Meilleurs joueurs finlandais du tournoi selon leur coach : Kari Lehtonen, Petteri Nummelin et Tuomo Ruutu.

Compte-rendu signé Jérémie Dubief

 

Commentaires d'après-match :

Mike Cammalleri (attaquant du Canada) : "Pas besoin de vous dire que Rick Nash a probablement dominé ce tournoi pour nous. Il s'est élevé un cran au-dessus et il a été énorme. C'était un des meilleurs hockeys que j'ai jamais vu jouer."

Rick Nash (attaquant du Canada) : "C'était dur. Quand ils ont réduit le score, nous avons peut-être un peu paniqué, mais Andy [Murray] nous a calmés. Cela aurait été bien de jouer la Russie. Nous avons fait notre moitié du chemin, mais la Finlande a fait un grand match hier et mérite d'être ici. Quand nous sommes arrivés ensemble, nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre. Nous devons beaucoup à Andy. Nous avons joué de mieux en mieux à chaque match."

Andy Murray (entraîneur du Canada) : "Avant la demi-finale contre la Suède, toute l'équipe a regardé des séquences d'un film au sujet de la bataille de la crête de Vimy. Les protagonistes racontaient comment les Canadiens se supportaient les uns les autres durant les moments difficiles de la bataille. On ne peut jamais comparer le hockey avec la guerre. Mais cela nous a aidés à inspirer les joueurs et à réveiller en eux au plus haut point un sentiment patriotique. Quand Rick Nash a foncé sur le but finlandais avec un défenseur sur le dos, les émotions de 31 millions de Canadiens l'ont fait avancer."

Jonathan Toews (attaquant du Canada) : "C'est incroyable. Au début, on ne regarde pas trop loin vers la médaille d'or, on y va pas à pas. Je pense que je me suis amélioré à chaque match et que j'ai fait ma part. Mon rôle est différent par rapport à ce qu'il était dans l'équipe championne du monde junior, mais c'est formidable de gagner avec cette équipe et d'apprendre à connaître ces gars pendant ces quelques semaines ensemble. Je pense qu'Andy Murray et notre staff ont fait un grand travail pour nous préparer à chaque adversaire et nous faire connaître leurs joueurs clés. Nous avons un grand leadership dans le vestiaire avec Mayers, Doan et les autres. C'est très facile de s'entendre avec eux, ce qui rend facile de jouer avec eux sur la glace."

Shane Doan (capitaine du Canada) : "Les gens se demandaient si nous étions assez vieux, si nous avions assez d'expérience et de stars. On aime toujours répondre de cette façon à ces questions."

Eric Staal (attaquant du Canada) : "C'est grand d'avoir cette médaille d'or autour de mon cou après la Coupe Stanley l'an passé. Maintenant, j'ai juste à avoir la médaille d'or olympique en 2010, et j'aurai les trois."

Erkka Westerlund (entraîneur de la Finlande) : "Je félicite les Canadiens pour leur médaille d'or. Ils ont commencé vite, ils ont marqué en supériorité. Nous avons dû courir après le score tout au long de la rencontre. Ils étaient les plus forts dans ce championnat. Mais je suis fier de cette équipe. Nous avons eu une attitude fantastique pendant tout le match."

Jarkko Ruutu (attaquant de la Finlande) : "Le Canada était meilleur. Leur powerplay a tout de suite fonctionné et ils ont vraiment bien défendu leur avance. Nous n'avons rien pu faire jusqu'à la dernière période. Nash a fait un gros travail sur le dernier but. Les attaquants russes sont les plus talentueux au monde, on ne peut pas nier ça. Mais ce qui compte, ce n'est pas le talent individuel, c'est l'effort collectif. C'est à cela que les Canadiens sont bons, ils ont différents types de joueurs qui peuvent jouer n'importe quel rôle et ils ont un gros cœur. C'est en voulant travailler pour ses coéquipiers que l'on gagne."

Mikko Koivu (attaquant de la Finlande) : "C'est toujours dur de perdre une finale. On se sent mal maintenant. Dans quelques heures, nous regarderons en arrière et nous nous sentirons fiers de ce que nous avons fait ici."

 

Canada - Finlande 4-2 (2-0, 1-0, 1-2)

Dimanche 13 mai 2007 à 20h15 à l'Arena Khodynka de Moscou. 12000 spectateurs.

Arbitrage de Marcus Vinnerborg (SUE) assisté d'Ivan Dedioulia (BLR) et Anders Karlberg (SUE).

Pénalités : Canada 8' (2', 2', 4'), Finlande 12' (6', 6', 0').

Tirs : Canada 18 (5, 9, 4), Finlande 22 (5, 6, 11).

Évolution du score :

1-0 à 06'30" : Nash assisté de Lombardi et Murphy (sup. num.)

2-0 à 13'48" : E. Staal assisté de Cammalleri et Williams (sup. num.)

3-0 à 29'11" : Armstrong assisté de J. Staal et Phaneuf

3-1 à 51'08" : Kontiola assisté de Peltonen

3-2 à 57'44" : Miettinen assisté de Pyörälä

4-2 à 58'54" : Nash assisté de Doan et Lombardi

 

Canada

Gardien : Cam Ward.

Défenseurs : Eric Brewer (A) - Mike Commodore ; Barret Jackman - Cory Murphy ; Dan Hamhuis - Shea Weber ; Nick Schultz (A) - Dion Phaneuf.

Attaquants : Rick Nash - Matthew Lombardi - Shane Doan (C) ; Mike Cammalleri - Eric Staal - Justin Williams ; Jason Chimera - Jay McClement - Jamal Mayers ; Jordan Staal - Jonathan Toews - Colby Armstrong.

Remplaçant : Dwayne Roloson (G).

Finlande

Gardien : Kari Lehtonen (sorti de sa cage à 59'12").

Défenseurs : Lasse Kukkonen - Ville Koistinen ; Pekka Saravo - Jukka-Pekka Laamanen ; Aki-Petteri Berg - Toni Söderholm [puis J. Ruutu à 27'].

Attaquants : Ville Peltonen (C) - Jari Viuhkola [puis Petri Kontiola à 37'] - Jere Lehtinen ; Tomi Kallio - Mikko Koivu - Tuomo Ruutu ; Antti Miettinen [puis Timo Pärssinen à 20'] - Niko Kapanen - Jukka Hentunen ; Sean Bergenheim [puis Pyörälä à 40']- Mika Pyörälä [puis Viuhkola à 37'] - Jarkko Ruutu (A) [puis Miettinen à 27'].

Remplaçant : Fredrik Norrena (G). Absents : Tuukka Mäntylä (genou), Petteri Nummelin (genou).

 

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