Roumanie - Allemagne de l'Ouest (12 février 1980)

 

Jeux Olympiques 1980, première phase, groupe bleu.

En 1976, l'Allemagne de l'Ouest obtenait une historique médaille de bronze aux Jeux olymiques... après avoir touché le fond peu avant le tournoi en perdant contre la Roumanie en match de préparation. Ironie du sort, pour son premier match du tournoi olympique quatre ans plus tard, la RFA affronte justement cet adversaire. Il s'agit normalement d'une entrée en douceur contre une nation du groupe B mondial, que les Allemands avaient battue deux fois lors de son seul passage dans l'élite en 1977. Mais le plus dangereux serait de sous-estimer cette équipe en la jugeant un peu folklorique, à l'image de la dégaine de son coach bedonnant Stefan Ionescu, qui porte un bonnet jaune assez peu seyant avec le mot "HOCKEY" écrit en noir de chaque côté.

Le seul rythme du début de match est celui des coups de sifflet. Après avoir pris la première pénalité, Holger Meitinger revient sur la glace à 5 contre 4 (du fait d'un cinglage de Bela Nagy), mais il rate la cage grande ouverte, du revers, au rebond d'un tir de la ligne bleue d'Udo Kießling. Puis Marcus Kuhl fait trébucher Morosan dans la zone roumaine juste avant la fin de la supériorité numérique. C'est donc au tour des rouges d'être en powerplay, occasion qu'ils convertissent aussitôt. Doru Tureanu dribble d'abord dans la défense allemande et prend un tir du revers. Le gardien Sigmund Suttner fait alors des jongleries avec la rondelle comme s'il s'agissait d'une savonnette, jusqu'à se retrouver très loin de ses cages. Il parvient à venir bloquer la jambière un tir de Marian Costea qui visait les filets déserts, mais le Roumain est précis du revers sur sa seconde chance (1-0 à 05'15").

Un peu passif sur cette ouverture du score, Vladimir Vacatko réagit en contribuant à l'égalisation : il intercepte une passe de George Justinian en zone roumaine au début de l'action, donne à Harald Krüll pour un slap de la ligne bleue puis récupère le rebond pour envoyer le palet en cage vide (1-1 à 11'50"). L'Allemagne a pris progressivement le contrôle du jeu dans cette première période, mais sans conclure. Le gardien Netedu s'est notamment interposé deux fois devant Uli Egen, qui a bénéficié de deux caviars de son centre Gerd Truntschka. Quand une contre-attaque de Dumitru Axinte oblige Udo Kießling à la faute et à rejoindre Auhuber en prison, la Roumanie finit le tiers à 5 contre 3. Tureanu lève les bras mais ne dupe pas le juge derrière le but : il a en fait raté la cible après un décalage parfait de Costea.

Morusan lève lui aussi brièvement les bras en début de deuxième période, croyant bien que László Sólyom ou Béla Nagy vont convertir le palet dans l'angle ouvert au rebond de son lancer. Au lieu de ça, c'est l'Allemagne qui marque sur l'attaque suivante. Uli Egen est frustré une troisième fois par Netedu après un une-deux avec Udo Kießling, mais le gardien laisse échapper le palet que Gerd Truntschka envoie au fond (1-2 à 22'37"). Trente secondes plus tard, Joachim Reil fait trébucher Pisaru. Après un échange de coups entre Berdila et Vacatko dans le coin, les arbitres laissent la Roumanie jouer à 4 contre 3. Marian Costea échappe au marquage de Peter Scharf et reçoit une parfaite passe transversale de son capitaine Doru Tureanu pour égaliser (2-2 à 26'13"). L'Allemagne reprend immédiatement l'avantage sur un but entaché d'une faute de Rainer Philipp sur István Antal pour récupérer le palet dans le coin au départ de l'action ; toujours est-il que Ion Berdila rate le palet en voulant le dégager et que Marcus Kuhl peut ainsi le glisser vers Vacatko qui marque en angle (2-3). Même si Rainer Philipp est malchanceux en voyant son revers heurter la transversale, l'Allemagne parvient se détacher par un tir à mi-distance d'Uli Egen en profitant d'une faute en zone offensive - un coup de coude - de Nistor (2-4 à 35'34").

À l'origine de ce but, une perte de palet de Doru Tureanu, mis en échec par Peter Scharf : on peut alors penser que le capitaine roumain commence à accuse le coup de la fatigue à force d'être utilisé dans toutes les situations de jeu, en supériorité comme en infériorité numérique. C'est bien mal le connaître ! Sur sa présence suivante, Tureanu reçoit le palet de Costea et feinte le gardien en lui faisant faire le premier mouvement (3-4 à 37'46"). En troisième période, Marian Costea charge dans le coin le jeune Marcus Kühl - encore un peu léger - et ressort le palet pour Tureanu entre les cercles, qui dribble de nouveau Suttner loin de son but (4-4 à 44'12"). Dès que la première ligne roumaine revient sur la glace, elle frappe à nouveau : Axinte intercepte le palet dans les airs et Sándor Gál - qui doit sûrement aimer le billard - réussit alors une relance géniale "par la bande" qui envoie Tureanu en breakaway. Le gardien Suttner couvre cette fois son filet en grand écart, mais le capitaine lève parfaitement son palet d'un tir précis (5-4 à 46'30"). Tureanu est tout près de récolter une passe décisive en filant à 2 contre 1 et en centrant pour Axinte seul face au but, mais Suttner repousse (51'20"). Le contre fatal est finalement l'échappée d'Adrian Olenici qui feinte à droite et marque du revers à sept minutes de la fin (6-4 à 53'17"). Dans sa joie, le buteur se jette dans la bande et retombe dans les jambes de Krüll, se faisant assommer ! Il doit être soutenu par son coéquipier Nistor pour quitter la glace. Les Roumains défendent proprement jusqu'à la fin avant de se congratuler de ce succès historique.

La Roumanie a été dangereuse à chaque fois que son cinq majeur foulait la glace, même si elle a été dominée le reste du temps. Elle n'a pas une grande profondeur de banc, même si elle a mieux tenu après les changements opérés dans l'alignement au troisième tiers-temps, mais elle dispose vraiment de quelques joueurs de haute qualité. Doru Tureanu et Marian Costea donnent l'impression de se trouver les yeux fermés avec une grande aisance technique. Une sûreté qui caractérise aussi la paire défensive Antal/Gál : si Sándor Gál se distingue par ses relances redoutables, Előd Antal est lui aussi capable de bonnes passes mais ajoute à sa palette technique un bon slap.

Étoiles du match Hockey Archives : *** Doru Tureanu (ROU), ** Marian Costea (ROU), * Előd Antal et Sándor Gál (ROU).

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Roumanie - Allemagne de l'Ouest 6-4 (1-1, 2-3, 3-0)
Mardi 12 février 1980 à 16h30 à la Olympic Arena de Lake Placid.
Arbitrage de M. Neagles (CAN) assisté de MM. Hollett et Larochelle (CAN).
Pénalités : Roumanie 16' (6', 10', 0'), RFA 16' (8', 8', 0').
Tirs (cadrés+bloqués) : Roumanie 38 (17, 16, 5), RFA 58 (18, 22, 13).

Évolution du score :
1-0 à 05'15" : Costea assisté de Morosan Tureanu et Axinte (sup. num.)
1-1 à 11'50" : Vacatko assisté de Philipp et Krüll
1-2 à 22'37" : Truntschka assisté d'Egen et Kiessling
2-2 à 24'46" : Costea assisté de E. Antal et Tureanu Tureanu et E. Antal (sup. num.)
2-3 à 26'13" : Vacatko assisté de Kuhl et Philipp Kiessling
2-4 à 35'34" : Egen assisté de Scharf Kretschmer (sup. num.)
3-4 à 37'46" : Tureanu assisté de Gall et Costea Costea et Axinte
4-4 à 44'12" : Tureanu assisté de Costea
5-4 à 46'30" : Tureanu assisté de Gall et Axinte
6-4 à 53'17" : Olenici
en noir, la feuille de match officielle ; en rouge, les corrections de Hockey Archives
 

Roumanie

Attaquants :
7 Dumitru Axinte (+3) - 6 Doru Tureanu (C, +3) - 10 Marian Costea (+3, 2')
21 Marian Pisaru (-1) [puis Halauca à 40'] - 20 Adrian Olenici (2') [puis Cazacu à 40'] - 12 Constantin Nistor (2')
24 Zoltan István Nagy (-2) [puis Olenici à 40'] - 16 László Sólyom (-1) - 17 Béla Nagy (-1, 2')
15 Alexandru Hălăucă (-1, 4'), 18 Traian Cazacu (A)

Défenseurs :
8 Előd Antal (+4) - 5 Sándor Gál (+4)
19 George Justinian (-2) - 14 Doru Moroşan (A, -2)
4 Ion Berdila (-1, 4') - 9 István Antal (-1)

Gardien :
1 Valerian Netedu

Remplaçants : 22 Gheorghe Hutan (G), 2 Mihail Popescu (D).

Allemagne de l'Ouest

Attaquants :
8 Rainer Philipp (C) - 20 Vladimir Vacatko (2') - 11 Marcus Kühl (+1, 4') puis 12 Martin Hinterstocker (-1) à 50'34"
22 Holger Meitinger (2') - 16 Gerd Truntschka - 14 Ulrich Egen
21 Martin Wild (-1) - 19 Ernst Höfner (-1) - 10 Franz Reindl (-1)

Défenseurs :
5 Harald Krüll (+1) - 4 Udo Kießling (A, +1, 2')
6 Peter Scharf (-1) - 23 Horst-Peter Kretschmer (-1, 2')
24 Joachim Reil (-1, 2') - 7 Klaus Auhuber (-1, 2')

Gardien :
2 Sigmund Suttner

Remplaçants : 1 Bernhard Englbrecht (G), 17 Hans Zach (A), 18 Hermann Hinterstocker (A).

 

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