États-Unis - Tchécoslovaquie (14 février 1980)

 

Jeux Olympiques 1980, première phase, groupe bleu.

Les Américains ont fait le plein de confiance avec leur égalisation in extremis contre la Suède (2-2) pour leur entrée dans la compétition. Après avoir tenu en échec un favori du groupe, ils en affrontent maintenant un autre, la Tchécoslovaquie, qui a procédé à un dépecage en règle des Norvégiens (11-0) en ouverture du tournoi. Le vainqueur de ce match aura posé un patin dans le tour final.

Les Tchécoslovaques ouvrent le score dès la troisième minute. Jaroslav Pouzar contrôle du patin la passe de derrière la cage de Milan Nový, attend que le défenseur Bill Baker se jette devant le lancer et a ensuite le temps de placer son palet entre les jambes de Jim Craig (0-1). Baker reste en revanche bien en place sur un 3 contre 1 mal géré par la deuxième ligne tchécoslovaque. En plus de ne pas conclure, Vladimir Martinec se blesse à la main dans la continuité de l'action sur une charge de Phil Verchota dans le coin de la patinoire. Les États-Unis égalisent juste après. Neal Broten perce en force sur un engagement avant la ligne bleue et décale côté gauche Mike Eruzione, dont le tir croisé bat le gardien Jiří Králík au-dessus de la botte (1-1). Les Américains sont alors déchaînés. Mark Pavelich sert sur sa droite John Harrington, Králík s'interpose d'un lancer de jambières. Mais Bill Baker lance une seconde offensive dans la foulée : le centre Pavelich s'appuie cette fois sur Buzz Schneider pour l'entrée en zone offensive puis va à la cage où il prend, du revers, le rebond après le premier tir de son ailier (2-1).

Face à une équipe locale qui se sent pousser des ailes, Králík doit réaliser des prouesses sur des tirs de Strobel puis de Ramsey pour éviter que le score ne bascule encore plus. Mais Craig signe aussi deux arrêts consécutifs devant Peter Šťastný : les occasions s'enchaînent d'un but à l'autre à un rythme fou ! Marián Šťastný égalise finalement au rebond d'un premier tir de son frère Peter (2-2). Dès l'engagement, Ebermann est accueilli en entrant en zone offensive par un cross-check de Verchota. Les Américains font de l'excellent travail en infériorité numérique : Christoff prend le tir le plus dangereux alors que Baker se couche devant le lancer lointain de Duriš. Les fautes suivantes sont rouges : Chalupa fait trébucher Pavelich avant la ligne bleue, puis Anton Šťastný accroche Harrington contre la bande. La Tchécoslovaquie subit clairement la fin du premier tiers, que ce soit pendant ou entre ces pénalités. Les États-Unis rentrent aux vestiaires sur une ovation debout de la foule, qu'ils ont bien méritée après un solide premier tiers.

En début de deuxième période, il reste 29 secondes d'infériorité numérique aux Tchécoslovaques, et pourtant une bonne passe de Marian Šťastný envoie son frère Peter dans une échappée solitaire sur la droite : son revers est repoussé par un réflexe du bras de Jim Craig. L'engagement est total de part et d'autre et Miroslav Dvořák se couche devant un lancer de Christoff entre les cercles. Mais malgré son expérience, ce même Dvořák laisse filer dans son dos Buzz Schneider qui reprend face au but le centre du revers de Mark Pavelich (3-2). Une minute plus tard, un centre de Milan Novy est dévié à bout portant par Miroslav Fryčer (rentré en jeu pour cette dernière période après la blessure de Martinec) : le palet franchit le gardien mais Dave Christian le sauve avant la ligne, un arrêt tout aussi décisif que le but qui précède !

Soutenus par des chants inédits ("USA, USA"), les Américains sont prêts au combat. Même lorsque McClanahan part en prison pour un cinglage, ils installent les barbelés à la ligne bleue. Leurs défenseurs infligent de sévères mises en échec, notamment un Bill Baker impressionnant qui s'engage à fond. Le jeu est devenu très physique et les Tchécoslovaques n'hésitent pas à riposter aux coups qu'ils prennent. Les duels sont majoritairement remportés par les États-Unis et ce travail de sape aboutit au but de leur joueur le plus technique Mark Johnson : parti de la bande, il dribble superbement le défenseur Duriš et marque du revers (4-2). Dès la mise au jeu, Ebermann et Lukac partent à 2 contre 1 et leur redoublement de passes est parfait... mais Vincent Lukáč rate la cible.

Les États-Unis enfoncent le clou au début de la dernière période. Dave Christian réalise d'abord une sensationnelle : parti de la position - quasiment inédite pour lui - de défenseur, il prend de la vitesse en zone neutre, dépasse Dvořák et feinte Chalupa en évitant sa charge à la hanche pour se faufiler avec souplesse jusqu'au but. Il bute sur Králík mais celui-ci est battu sur le rebond, officiellement par Phil Verchota qui indiquera que c'est Mark Wells qui a en fait marqué juste à côté de lui (5-2). La Tchécoslovaquie déjoue complètement, talent offensivement que défensivement. Il y a trois rouges derrière leur ligne de fond car Pavelich y a attiré Pouzar et Neliba tandis que Buzz Schneider est absolument seul dans l'enclave pour recevoir la passe en retrait de John Harrington et ajuster le gardien (6-2). Jiří Novák passe un peu de pommade en convertissant un 2 contre 1 sur service de Vincent Lukáč (6-3). Les Américains beaucoup plus vite que leurs adversaires en cette fin de match. Mark Johnson part de son but dans une chevauchée fantastique avant de décaler McClanahan qui clôt le score en angle (7-3).

Le match est évidemment plié, mais Mark Johnson, qui regarde l'action sur le côté, fonce à pleine vitesse, droit sur Jan Neliba qui lève les bras à son encontre. En voyant son joueur-vedette qui reste au sol en se tenant l'épaule, Herb Brooks entre dans une colère froide dans son costume-cravate et hurle sur le défenseur tchèque : "Je vais enfoncer ta p... de crosse dans ta gorge. Tu vas la bouffer." Il n'exprimera comme regret que le fait que sa maman ait pu entendre cette phrase bien distinctement, en gros plan à la télévision.... La luxation de l'épaule redoutée sera heureusement moins grave que prévu.

Les Tchécoslovaques ont d'abord été battus dans l'impact physique, puis par la vitesse. Ils ont de moins en moins tenu la cadence d'un match commencé à haute intensité, et ce n'est pas si étonnant puisqu'ils alignaient 3 lignes offensives face aux 4 blocs américains. Cette équipe est-elle restée à la traîne dans un schéma dépassé ? Ou paye-t-elle surtout l'absence de ses deux grands joueurs de la décennie écoulée ? Déjà privée de son capitaine habituel Ivan Hlinka (opéré du genou), elle a perdu Vladimir Martinec. Si elle peut toujours se qualifier en battant la Suède, il va lui falloir se remettre de la baffe reçue ce soir.

Les Américains, eux, ont sans doute fait le plus dur pour se qualifier pour le tour final à quatre après une prestation de haut niveau. Ils ont bénéficié d'un grand match de la ligne "Iron Range", du nom de la chaîne de montagnes du Nord-Est du Minnesota connue pour l'exploitation des mines de fer, mais aussi pour être un bastion du hockey. Buzz Schneider, Mark Pavelich et John Harrington sont tous originaires de petites villes de cette région : Mark Pavelich vient ainsi d'Eveleth, ville de cinq mille habitants qui a formé tant de grands joueurs qu'elle abrite depuis 7 ans le Hall of Fame du hockey américain. Ces trois hommes formaient le troisième trio à l'origine, mais ils sont entrés en jeu au premier au troisième tiers-temps, récompensés par Herb Brooks de leur excellente prestation.

Étoiles du match Hockey Archives : *** Mark Pavelich (USA), ** Bill Baker (USA) et Buzz Schneider (USA), * Dave Christian (USA) et Mark Johnson (USA).

Compte-rendu signé Marc Branchu

Commentaires d'après-match

Herb Brooks (entraîneur des États-Unis) : "La jeunesse engendre la faim. Et à mon avis, les affamés hériteront des médailles. Contre la Suède, les gars se tenaient autour en regardant [Mark] Johnson nous porter. Chaque ligne a porté sa charge ce soir. Mais je devais donner aux Iron Rangers plus de temps de jeu parce qu'ils jouaient si bien. Ils sont le produit d'un groupe de gens très fiers du Minnesota. Si vous avez déjà vu les gens des Iron Range jouer au hockey, ils jouent comme ça chaque soir. Ils sont le produit d'un environnement très affamé. [...] Les deux prochains matches [contre la Norvège et la Roumanie] seront plus un test pour nous que les deux premiers. Nous devrons vraiment montrer de quoi nous sommes faits. Une bonne équipe doit gagner les rencontres qu'elle est censée gagner et surprendre quelques équipes qu'elle n'est pas censée battre. J'ai peur des gamins américains parce qu'ils deviennent trop sûrs d'eux."

John Harrington (attaquant des États-Unis) : "Les skieurs américains tombent, [la patineuse de vitesse] Beth Heiden a perdu, et tout le monde parle d'eux et des problèmes des sportifs américains. Nous continuons, peut-être que personne ne parle de nous, mais nous avons joué nos deux matches les plus difficiles et nous sommes invaincus. Nous sommes trop jeunes, peut-être, mais nous donnons nos émotions sur la glace. Herbie nous pousse, parfois on déteste ça, mais c'est bien parce qu'on connaît nos seuils maintenant, on sait jusqu'où on peut aller."

Ludek Bukac (entraîneur de la Tchécoslovaquie) : "Nous étions inquiets pour ce match. L'équipe américaine était imprégnée du désir de vaincre. Elle nous a posé des problèmes principalement par sa vitesse et par sa rudesse, dans les règles. Nous avons eu de grosses failles dans nos activités défensives et nous n'avons pas su concrétiser même nos occasions les plus nettes. Martinec, qui a une fracture de la main, sera absent tout le tournoi et c'est une grosse perte. Nous devons nous battre."

 

États-Unis - Tchécoslovaquie 7-3 (2-2, 2-0, 3-1)
Jeudi 14 février 1980 à 20h30 à la Olympic Fieldhouse de Lake Placid. 7125 spectateurs.
Arbitrage de M. Lindgren (SUE) assisté de MM. Hollett et Larochelle (CAN).
Pénalités : États-Unis 10' (2', 4', 4'), Tchécoslovaquie 10' (4', 2', 4').
Tirs (cadrés+bloqués) : États-Unis 27 (11, 5, 11), Tchécoslovaquie 31 (13, 6, 12).

Évolution du score :
1-0 à 02'23" : Pouzar assisté de Nový et Kaberle
1-1 à 04'39" : Eruzione assisté de Broten
2-1 à 05'45" : Pavelich assisté de Schneider et Harrington
2-2 à 12'07" : M. Šťastný assisté de P. Šťastný
3-2 à 24'33" : Schneider assisté de Pavelich
4-2 à 35'28" : Johnson assisté de McClanahan
5-2 à 42'59" : Verchota assisté de Christian
6-2 à 43'59" : Schneider assisté de Harrington
6-3 à 45'36" : Novák assisté de Lukáč
7-3 à 50'54" : McClanahan assisté de Johnson
 

États-Unis

Attaquants :
24 Rob McClanahan (+2, 2') - 10 Mark Johnson (+2) - 19 Eric Strobel (+2)
21 Mike Eruzione (C) - 9 Neal Broten - 11 Steve Christoff (+1, 4')
25 Buzz Schneider (+2) - 16 Mark Pavelich (+2) - 28 John Harrington (+2)
27 Phil Verchota (2') - 15 Mark Wells - 8 David Silk

Défenseurs :
5 Mike Ramsey (+3) - 3 Ken Morrow (+2)
23 Dave Christian (+1, 2') - 6 Bill Baker (A, +1)
20 Bob Suter (+1)

Gardien :
30 Jim Craig (2')

Remplaçants : 1 Steve Janaszak (G), 17 Jack O'Callahan (déchirure partielle du ligament collatéral médial du genou gauche).

Tchécoslovaquie

Attaquants :
20 Anton Šťastný (-1, 2') - 26 Peter Šťastný (4') - 18 Marián Šťastný
25 Bohuslav Ebermann (C, -2) - 11 Jiří Novák (-3) - 10 Vladimír Martinec [puis Lukáč à 04'00"]
23 Jaroslav Pouzar (-1, 2') - 6 Milan Nový (-1) - 21 Vincent Lukáč (-3) puis 16 Miroslav Fryčer (-1) à 04'00"

Défenseurs :
4 Vítězslav Ďuriš - 19 Jiří Bubla
9 Miroslav Dvořák (-4) - 5 Milan Chalupa (-4, 2')
3 Jan Neliba - 15 František Kaberle

Gardien :
1 Jiří Králík

Remplaçants : 24 Karel Lang (G), 8 Arnold Kadlec (D), 22 Karel Holý (A).

 

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