États-Unis - Norvège (16 février 1980)

 

Jeux Olympiques 1980, groupe bleu.

Après le gros match livré par son équipe contre les Tchécoslovaques, l'entraîneur américain Herb Brooks avait immédiatement fait part de ses doutes. Il serait dommage de tout gâcher contre des adversaires présumés plus faibles. Après deux journées, la Norvège est la seule équipe sans victoire dans ce groupe, et c'est peut-être ce qui la rend plus dangereuse car il serait facile de la sous-estimer. Les États-Unis avaient affronté ce pays au tout début de leur préparation, un match nul 3-3 après lequel Brooks avait fait patiner ses hommes jusqu'à ce que les employés de la patinoire éteignent les lumières. Mark Johnson avait même heurté la bande dans l'obscurité... Les joueurs de l'Université de Minnesota étaient habitués à ces séances punitives, les autres avaient découvert les méthodes de leur nouveau coach, mais tous avaient réagi le lendemain dans une victoire 9-0 contre ces mêmes Norvégiens.

Il n'y aura plus de seconde chance le lendemain cette fois, il ne s'agirait pas de lâcher de point en route. Les conditions du match risquent d'accentuer le risque de relâchement inconscient des Américains. Le tournoi olympique est en effet divisé entre deux patinoires, la toute nouvelle et celle qui avait été construite pour les JO... de 1932. Par équité, chaque équipe doit jouer au moins une fois dans la petite patinoire, même le pays-hôte. Juste au moment où cette équipe américaine a capté l'intérêt par ses résultats, elle se retrouve donc à jouer dans une patinoire de seulement 1400 places ! Une bonne affaire pour les revendeurs du marché noir !

Le match débute sans le moindre rythme et de manière très hachée. En six minutes, les équipes alterneront cinq pénalités, à peu près à une minute d'intervalle à chaque fois. On joue donc la majorité du temps à 4 contre 4. Dans cette situation de jeu, Mike Ramsey obtient le premier tir dangereux sur une passe de derrière la cage de Strobel. Mais c'est la Norvège qui marque sur sa première installation en zone offensive quand Geir Myhre dévie un lancer de la ligne bleue d'Øivind Løsåmoen (0-1). Une belle relance de Dave Christian envoie Buzz Schneider en échappée, mais son revers échoue dans les bottes du jeune gardien Jim Marthinsen. Ce sera la seule occasion vraiment franche d'une équipe américaine sans beaucoup de mordant en première période. Les États-Unis se mettent au niveau de leur adversaire, mais contrairement au match précédent, ce n'est pas un compliment cette fois.

De compliments, il en sera question dans le vestiaire des États-Unis. Plutôt que des engueulades, Dave Silk suggère que chacun ait un mot gentil pour son voisin. Les Américains se mettent à vanter les coiffures ou les couleurs de yeux de leurs collègues, de manière un peu plus absurde à chaque fois. L'atmosphère se détend avant le retour sur la glace.

La deuxième période débute à peine que Knut Andresen fait un croc-en-jambe à Pavelich dans la zone américaine. Une opportunité idéale pour les États-Unis : en avantage numérique, Dave Christian envoie un tir tactique dans les bottes de Marthinsen et le capitaine Mike Eruzione est au bon endroit pour prendre le rebond avec un peu de chance - le palet touche le poteau puis l'arrière de la jambe du gardien avant de rentrer (1-1). Craig fait son arrêt le plus déterminant en arrêtant une échappée de Stephen Foyn. Les Américains reprennent leur domination territoriale et prennent l'avantage. Christian remonte en dribblant depuis sa zone et lance sur l'aile gauche McClanahan. Celui-ci sort le palet du coin pour Mark Johnson entre les cercles qui reprend du poignet au ras du poteau (2-1). Knut Andresen, décidément dangereux avec ses jambes, fait une béquille à Harrington et retourne en prison. La Norvège tue la pénalité, mais peu après, Dave Silk place palet entre les cuisses du gardien sur une passe en retrait du revers de Pavelich (3-1). Herb Brooks maintient la pression sur son équipe : on le voit sortir son gardien avec une mise au jeu en zone adverse à deux secondes de la pause.

La Norvège survit à une crosse haute d'Erik Pedersen au début du troisième tiers-temps, mais encaisse un but peu après la fin de pénalité. Mark Wells prend un premier lancer du cercle gauche, et le palet repoussé par le gardien lui revient via un ricochet sur le patin du défenseur pour une seconde chance (4-1). Le barbu Ken Morrow, défenseur défensif pas réputé pour son tir, est rigolard quand son lancer sans force entre à ras glace au poteau opposé (5-1). Le score en reste là car Harrington tire à côté sur un breakaway.

Dans un match qui n'a jamais ne serait-ce qu'approché l'intensité du précédent, les Américains ont obtenu l'essentiel en restant invancus dans leur tournoi olympique. Quant à la Norvège, elle est contente d'avoir limité les dégâts après avoir encaissé un 11-0 contre les Tchécoslovaques et un 10-4 contre les Allemands.

Étoiles du match Hockey Archives : *** Dave Christian (USA), ** Geir Myrhe (USA), * Ken Morrow (USA).

Compte-rendu signé Marc Branchu

Commentaires d'après-match

Herb Brooks (entraîneur des États-Unis) : "J'étais vraiment effrayé par ce match. J'aime les rencontres où l'on n'est pas censé gagner, ou bien quand les chances sont 50/50. Je hais celles qu'on est censé gagner. Mon équipe n'a pas très bien joué, mais d'une part la Norvège a défendu de façon très serrée, d'autre part nous sortions d'un match émotionnel contre les Tchèques. Mes gars sont jeunes, j'étais inquiet d'une fatigue psychologique. Mais nous avons survécu."

 

États-Unis - Norvège 5-1 (0-1, 3-0, 2-0)
Samedi 16 février 1980 à 13h00 à la Olympic Ice Arena de Lake Placid. 1400 spectateurs.
Arbitrage de Karl-Gustav Kaisla (FIN) assisté de Norio Fukuda (JAP) et Nico Toemen (HOL).
Pénalités : États-Unis 16' (6', 2', 8'), Norvège 18' (6', 6', 6').
Tirs (cadrés+bloqués) : États-Unis 43 (16, 16, 11), Norvège 22 (9, 7, 6).

Évolution du score :
0-1 à 04'19" : Myrhe assisté de Løsåmoen
1-1 à 20'41" : Eruzione assisté de Christian (sup. num.)
2-1 à 05'45" : Johnson assisté de McClanahan et Christian
3-1 à 33'31" : Silk assisté de Pavelich et Morrow
4-1 à 44'28" : Wells assisté de Silk et Verchota
5-1 à 51'29" : Morrow assisté de McClanahan et Strobel
en noir, la feuille de match officielle ; en rouge, les corrections de Hockey Archives
 

États-Unis

Attaquants :
25 Buzz Schneider (2') - 16 Mark Pavelich (+1) - 28 John Harrington
21 Mike Eruzione (C) - 9 Neal Broten - 11 Steve Christoff
24 Rob McClanahan (+2) - 10 Mark Johnson (+2, 2') - 19 Eric Strobel (+2, 2')
27 Phil Verchota (+1, 2') - 15 Mark Wells - 8 David Silk (+2)

Défenseurs :
23 Dave Christian - 6 Bill Baker (A, +2, 4')
5 Mike Ramsey (+1) - 3 Ken Morrow (+3)
20 Bob Suter (4')

Gardien :
30 Jim Craig [sorti de 39'58" à 40'00"]

Remplaçants : 1 Steve Janaszak (G), 17 Jack O'Callahan (déchirure partielle du ligament collatéral médial du genou gauche).

Norvège

Attaquants :
11 Knut Andresen (4') - 10 Morten Sethereng (A, -1) - 9 Morten Johansen (-2)
22 Stephen Foyn (-3) - 13 Tom Røymark (-2) - 18 Knut Fjeldsgaard (-1)
12 Tore Falk Nilsen - 8 Geir Myrhe (4') - 17 Petter Thoresen (-1)

Défenseurs :
21 Øystein Jarlsbo (-2) - 3 Nils Nilsen (-2, 2')
6 Trond Abrahamsen (-1) - 7 Rune Molberg (C, -1, 4')
14 Øivind Løsåmoen - 16 Erik Pedersen (A, 4')

Gardien :
1 Jim Marthinsen

Remplaçants : 20 Tore Wålberg (G), 4 Thor Martinsen (D), 5 Håkon Lundenes (A), 15 Vidar Johansen (A).

 

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