États-Unis - Finlande (24 février 1980)

 

Jeux Olympiques 1980, poule pour le titre.

C'est dans une ambiance d'extrême ferveur patriotique et avec une standing ovation que les héros américains entrent dans la patinoire. Des drapeaux à la bannière étoilée flottent dans les tribunes : c'est toute une nation peu habituée aux rencontres d'équipes nationales qui se passionne comme jamais pour ses hockeyeurs, cette escouade de jeunes gens qui a terrassé l'ogre soviétique.

L'ambiance est bien différente d'il y a deux jours. Tout le public attend la conquête de la médaille d'or, qui paraît tendre les bras aux États-Unis. Les joueurs locaux ont une pression nouvelle, ils sont soudain devenus les favoris. L'adversaire est théoriquement à leur portée, mais après un début de tournoi raté (défaite contre la Pologne et victoire difficile contre le Japon), cette équipe de Finlande a éliminé le Canada, mené contre les Soviétiques à cinq minutes de la fin et tenu en échec la Suède. Ce dernier résultat simplifie l'enjeu du présent match : il suffit d'une victoire, et les États-Unis auront l'or ! Tout autre score les rendrait dépendants de la dernière rencontre URSS-Suède. A contrario, les Finlandais ont besoin d'au moins un point pour décrocher leur première médaille olympique.

Les États-Unis ont toujours connu des débuts de match difficiles. Jim Craig réalise cinq arrêts avant le premier tir américain, un revers à ras glace du défenseur Ken Morrow. Mais à la cinquième minute, deux passes-abandons successives de Steve Christoff et Neal Broten ouvrent une position de tir à Mike Eruzione, accroché par Hannu Koskinen. Le jeu de puissance américaine se procure deux lancers dangereux par Dave Silk et Mark Johnson, respectivement sur des passes de derrière la cage de McClanahan et de Harrington. Le gardien finlandais Jorma Valtonen, aligné en rotation avec Kivelä et titularisé pour ce dernier match, s'interpose à deux reprises.

Pour la sixième fois en sept rencntres (!), les Américains concèdent l'ouverture du score : une relance croisée de Ken Morrow est interceptée dans l'axe par Lasse Litma, et Mikko Leinonen décale alors le capitaine moustachu Jukka Porvari - qui doit cumuler des présences sur deux lignes ce soir pour pallier l'absence de Leppänen - pour un slap puissant qui passe au-dessus de la mitaine de Craig (0-1). La Finlande semble maîtriser la possession, mais Hannu Haapalainen se fait contrer dans sa zone par Broten qui trouve la déviation de Christoff devant la cage. Le palet est d'abord détourné en l'air par le lancer de bottes de Valtonen, puis gobé par sa mitaine juste avant qu'il ne franchisse la frontière du filet. Un arrêt très spectaculaire.

Alors que les Américains mettent enfin plus de pression en début de deuxième période, Mike Ramsey donne un coup de poing lors d'une explication devant la cage adverse. La supériorité numérique finlandaise est complètement neutralisée par la défense américaine, conquérante dans le gain de la rondelle. Au moment où la pénalité se termine, Hakulinen et Villa perdent même le palet dans leur zone face au pressing de Steve Christoff, qui marque du revers entre les bottes de Valtonen (1-1).

La joie américaine est de courte durée à cause d'une nouvelle indiscipline. Buzz Schneider rate le palet dans l'enclave sur un centre de Pavelich et donne un grand mouvement de crosse, évidemment sanctionné pour cinglage. Dès que la Finlande installe son jeu de puissance, Mikko Leinonen, laissé seul devant la cage par Baker et Christian, dévie dans la cage grande ouverte une passe de Hannu Haapalainen (1-2). C'est l'unique drapeau finlandais isolé qui s'agite maintenant dans les gradins...

Chaque équipe a alors de quoi profiter des erreurs adverses. Olli Saarinen s'interpose magnifiquement en se couchant pour bloquer de la crosse la passe de Broten sur un 2 contre 1 américain. Bill Baker est contré à la ligne bleue par Mikko Leinonen, qui s'échappe seul mais voit son revers bloqué par les bottes de Jim Craig. Suoraniemi est pénalisé pour avoir sorti le palet de l'aire de jeu au niveau du banc, mais Valtonen se déplace bien sur la passe de Johnson pour Silk au second poteau et Saarinen abat un énorme travail pendant cette infériorité numérique. Jim Craig signe un bel arrêt-mitaine avant la pause sur un tir bas de Koskinen.

L'ambiance a bien changé en deux périodes à Lake Placid. L'enthousiasme initial a disparu et on entend même quelques huées quand les Américains quittent la glace. Herb Brooks est le plus frustré de ce qui apparaît comme un gâchis et ne rentre même pas dans son vestiaire. Il laisse son adjoint Craig Patrick tenir le discours d'équipe, mais il ouvre à peine la bouche que les joueurs interviennent les uns après les autres pour se remotiver. Les Américains repartent fort et égalisent... pendant que la télévision américaine passe un de ses très nombreux spots publicitaires ! Retrouvant ses sensations originelles d'attaquant, Dave Christian attire deux défenseurs en entrée en zone et décale Phil Verchota qui bat Valtonen d'un tir croisé à ras glace (2-2). Les coupures pub d'ABC portent bonheur aux Américains : pendant la suivante, Mark Johnson attire deux joueurs derrière la cage (Makitalo et Saarinen) et sert en retrait Rob McClanahan qui place le palet sous les jambes de Valtonen (3-2).

Les États-Unis se remettent à nouveau en difficulté par des pénalités bêtes. Neal Broten fait trébucher Villa au centre de la glace ; Ken Morrow se couche alors dans le slot devant Hakulinen, puis se sacrifie devant un slap du junior Jari Kurri, utilisé en quatrième attaquant en avantage numérique. Au moment où le fautif rentre sur la glace, Dave Christian fait à son tour trébucher Koskilahti, mais les Américains contrent encore tous les palets dans une ambiance redevenue confiante et joyeuse. Le moral des hommes de Herb Brooks est regonflé à bloc. Même la pénalité idiote de Verchota en zone offensive (un petit coup de poing par derrière sur un joueur finlandais qui avait bien annihilé son action) ne les trouble plus. Christoff prend le palet à Kurri derrière la cage et les Américains monopolisent alors la rondelle malgré l'infériorité numérique. Litma essaie bien de dégager pendant que les deux équipes changent de lignes, mais Mark Johnson, le joueur le plus complet de cette formation américaine, surgit pour intercepter le palet à la ligne bleue et venir marquer en deux temps de près (4-2). Les États-Unis restent ensuite en zone offensive pendant toute la fin de match, avec même un lancer sur le poteau de Buzz Schneider dans la dernière minute !

Les Américains ont clairement bâti ce succès olympique inespéré sur leur condition physique remarquable. S'ils ont étonné les Soviétiques en rivalisant en patinage, ce n'est pas hasard. Leur bilan des buts marqués et encaissés par période pendant ce tournoi est on ne peut plus clair : 6 à 9 au premier tiers-temps, 11 à 3 au deuxième et 16 à 3 au troisième ! Ils ont de nouveau retourné la situation en leur faveur avec un moral à toute épreuve. Le positionnement peu optimisé du gardien finlandais Valtonen sur les deux buts rapprochés les a aussi aidés.

Le vice-président Walter Mondale est dans les coulisses, devant les caméras de télévision, et tend un combiné de téléphone blanc à Herb Brooks : le président Carter est au bout du fil, et prend rendez-vous pour le lendemain à la Maison Blanche.

Étoiles du match Hockey Archives : *** Steve Christoff (USA), ** Mark Johnson (USA), * Neal Broten (USA) et Olli Saarinen (Finlande).

Compte-rendu signé Marc Branchu

Commentaires d'après-match (sur ABC)

Mike Eruzione (capitaine des États-Unis) : "Si on ne gagnait pas aujourd'hui, le but contre les Soviétiques aurait été un but comme les autres. Je suis fier de ces vingt gars, de cette équipe."

Herb Brooks (entraîneur des États-Unis) : "En prenant ces pénalités, j'ai senti que notre détermination se renforçait, que nous allions nous en sortir quand même. C'était un catalyseur, et peut-être que nous en avions besoin."

Jim Craig (gardien des États-Unis) : "C'est incroyable. Chaque troisième période était meilleure. J'ai tellement confiance en ces vingt gars. C'est une équipe qui a gagné, chacun d'entre eux, et les entraîneurs. Quand on a 60 minutes à jouer, il y a peut-être 40 minutes où on peut réfléchir. En sortant pour la dernière période, on n'avait à penser qu'à gagner, sinon nous serions rentrés aux vestiaires en pensant qu'on n'avait pas donné notre meilleur à la fin."

Mark Johnson (attaquant des États-Unis) : "Je ne peux pas croire à l'effort qu'on a effectué dans cette troisième période, et dans toutes les troisièmes périodes de ce tournoi. Ce sont les valeurs de notre équipe. Quand on en a eu besoin, on est resté rassemblés, on a travaillé dur, on est resté confiant et positif."

 

États-Unis - Finlande 4-2 (0-1, 1-1, 3-0)
Dimanche 24 février 1980 à 11h00 à la Olympic Fieldhouse de Lake Placid. 8100 spectateurs.
Arbitrage de Miroslav Subrt (TCH) assisté de Hollett (CAN) et Nico Toemen (HOL).
Pénalités : États-Unis 10' (0', 4', 6'), Finlande 4' (2', 2', 0').
Tirs (cadrés+bloqués) : États-Unis 29 (14, 8, 7), Finlande 23 (7, 6, 10).

Évolution du score :
0-1 à 09'20" : Porvari assisté de Leinonen et Litma
1-1 à 24'39" : Christoff
1-2 à 26'30" : Leinonen assisté de Haapalainen et Kiimalainen (sup. num.)
2-2 à 42'25" : Verchota assisté de Christian
3-2 à 46'05" : McClanahan assisté de Johnson et Christian
4-2 à 56'25" : Johnson assisté de Christoff (inf. num.)
 

États-Unis

Attaquants :
24 Rob McClanahan - 10 Mark Johnson (+1) - 8 David Silk (-1)
25 Buzz Schneider (2') - 16 Mark Pavelich - 28 John Harrington
21 Mike Eruzione (C) - 9 Neal Broten (+1, 2') - 11 Steve Christoff (+2)
27 Phil Verchota (+1, 2') - 15 Mark Wells (+1) - 19 Eric Strobel (+2)

Défenseurs :
5 Mike Ramsey (+1, 2') - 3 Ken Morrow (+1)
23 Dave Christian (+2, 2') - 6 Bill Baker (A, +2)
17 Jack O'Callahan (+1)

Gardien :
30 Jim Craig (2')

Remplaçants : 1 Steve Janaszak (G), 20 Bob Suter.

Finlande

Attaquants :
16 Markku Kiimilainen - 15 Mikko Leinonen (+1) - 25 Jukka Porvari (C, +1)
13 Ismo Villa (-2) - 21 Hannu Koskinen (2') - 20 Jukka Koskilahti (-1)
23 Markku Hakulinen (-1) - 12 Esa Peltonen (A, -1) - [Porvari]
29 Timo Susi (-2) - 28 Jarmo Makitalo (-2) - 17 Jari Kurri (-3)

Défenseurs :
6 Hannu Haapalainen (-2) - 3 Seppo Suoraniemi (-1, 2')
10 Lasse Litma (-1) - 9 Kari Eloranta
4 Olli Saarinen (-1)

Gardien :
19 Jorma Valtonen

Remplaçant : 1 Antero Kivelä (G). Absents : Tapio Levo (D), Reijo Leppänen (A).

 

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