Jeux Olympiques de Chamonix 1924

 

Après un premier tournoi lors des Jeux d'été, le hockey sur glace est tout naturellement incorporé au programme des Jeux Olympiques d'Hiver disputés à Chamonix. Les pays scandinaves - craignant la concurrence de leurs Jeux Nordiques organisés eux aussi tous les quatre ans - n'acceptent leur participation que si label olympique n'est pas employé. La presse nord-américaine n'est pas dupe et considère sans ambiguié qu'il s'agit d'une compétition olympique (avec le même directeur que les JO d'été de Paris qui suivent, Frantz Reichel). Les journaux suédois parlent au début de "Jeux d'hiver" ou de "Jeux de Chamonix", mais même eux finissent par lâcher le mot olympique au bout de quelques jours.

L'organisation est un franc succès. Jusqu'à l'ouverture des Jeux, rien n'était acquis. Tout serait-il prêt ? 1,70 mètre de neige tombées en 24 heures (du jamais vu !) ont fait craindre une annulation, mais l'armée et des centaines d'habitants ont relevé leur manche pour déneiger. Les rencontres de hockey, qui se déroulent sur la glace naturelle du Stade Olympique (70 mètres sur 30) aménagé le long de l'Arve, sont désormais découpés en trois périodes de vingt minutes.

 

Groupe A

28 janvier
Suède - Suisse 9-0 (3-0,3-0,3-0)
Canada - Tchécoslovaquie 30-0 (8-0,14-0,8-0)
29 janvier
Canada - Suède 22-0 (5-0,7-0,10-0)
30 janvier
Canada - Suisse 33-0 (8-0,11-0,14-0)
31 janvier
Suède - Tchécoslovaquie 9-3 (5-1,1-1,3-1)
1er février
Tchécoslovaquie - Suisse 11-2 (4-0,3-2,4-0)

Classement : 1 Canada 6, 2 Suède 4, 3 Tchécoslovaquie 2, 4 Suisse 0.

En passant trente buts aux Tchécoslovaques et trente-trois aux Suisses, le Canada, représenté par les Toronto Granites entraînés par Frank Rankin, bat le record de 1920 établi par les États-Unis, qui avaient trouvé vingt-neuf fois le chemin des filets helvétiques.

 

Groupe B

28 janvier
États-Unis - Belgique 19-0 (9-0,6-0,4-0)
29 janvier
Grande-Bretagne - France 15-2 (5-1,3-1,7-0)
30 janvier
Grande-Bretagne - Belgique 19-3 (8-1,6-1,5-1)
États-Unis - France 22-0 (12-0,1-0,9-0)
31 janvier
France - Belgique 7-5 (3-3,3-1,1-1)
États-Unis - Grande-Bretagne 11-0 (6-0,2-0,3-0)

Classement : 1 États-Unis 6, 2 Grande-Bretagne 4, 3 France 2, 4 Belgique 0.

Obligée de rappeler de sa retraite le vieux Maurice del Valle et de lui adjoindre un jeune Chamoniard inexpérimenté comme gardiens, la France est laminée.

 

Tour final

Rappel : Canada - Suède 22-0
         États-Unis - Grande-Bretagne 11-0
1er février
Canada - Grande-Bretagne 19-2 (6-2,6-0,7-0)
États-Unis - Suède 20-0 (5-0,7-0,8-0)
2 février
Grande-Bretagne - Suède 4-3 (0-1,2-2,2-0)
3 février
Canada - États-Unis 6-1 (2-1,3-0,1-0)

Classement : 1 Canada 6, 2 États-Unis 4, 3 Grande-Bretagne 2, 4 Suède 0.

La finale - à laquelle il ne manque que le nom - entre le Canada et les États-Unis est enthousiasmante car les Nord-Américains ne pratiquent pas à cette époque le jeu stéréotypé qui se développera en NHL dans les décennies suivantes : les renversements d'attaque sont permanents et les joueurs portent le jeu sur toute la surface de la glace, n'hésitant pas à croiser leurs courses et à étaler leur technique.

Harry Watson avait écrit dans le Toronto Telegram - journal où il écrit une chronique pendant la durée des Jeux - que son équipe battrait les Américains par dix buts d'écart. Mais ceux-ci ne s'en laissent pas compter, et ils font savoir ce qu'ils pensent de ce pronostic optimiste par une crosse haute intentionnelle de Clarence Abel au visage de son auteur. Mais rien n'arrête Watson et ses collègues.

Herb Drury (avec le palet sur la photo ci-dessous) est tellement au-dessus de ses équipiers américains qu'il devrait trop baisser son niveau de jeu pour construire des mouvements collectifs. Il est donc contraint à des actions individuelles certes virtuoses de patinage et de dribble, mais qui ne servent plus l'équipe. Les Américains ne peuvent maintenir le rythme du premier tiers et s'essoufflent en deuxième période (un peu comme Paul Loicq qui n'a jamais arbitré une partie aussi rapide et intense). Ils reconnaissent finalement la supériorité de leurs adversaires. Selon le Toronto Star, "après le match les Américains ont déclaré Watson meilleur hockeyeur de tous les temps. Ils ont dit qu'aucun autre joueur n'a jamais subi autant de châtiment physique joué un hockey aussi excellent."

Deux articles parus dans le Miroir des Sports de février 1924 constituent un formidable document sur la presse sportive de l'époque et sur le regard qu'elle portait sur le tournoi olympique de Chamonix, première démonstration du hockey de très haut niveau en France, disputée dans un stade olympique comble.

Le premier article, un compte-rendu de la finale Canada - États-Unis, est carrément dithyrambique sur le hockey sur glace. Vétéran du journalisme sportif, l'auteur André Glarner explique qu'il n'avait "encore jamais vu spectacle de sport pur plus poignant, plus enthousiasmant, plus émouvant et plus étincelant que cette partie de hockey" et tente de décrire ce sport insolite par des comparaisons toutes plus laudatives. Encore une fois, le journaliste a des idées très arrêtées sur le sport, et on observera avec amusement le mépris avec lequel il qualifie le patinage et même le bobsleigh (jugé alors non athlétique !), à qui il nie le statut de sport.

Le second article est un extrait d'une chronique signée d'une des plus célèbres plumes de l'histoire de la presse sportive, Gabriel Hanot, qui n'est autre que l'homme qui créera les coupes d'Europe de football. Il est plus mesuré et explique que le hockey sur glace n'est pas évident d'accès et nécessite d'être connaisseur. Il distingue également l'attrait d'un match de haut niveau et la monotonie d'une partie plus quelconque, comme celle de la France, encore loin du haut niveau même s'il mentionne déjà le nom d'Albert Hassler, le premier grand joueur français de l'histoire. Comme l'autre article, il porte un trait caractéristique de la presse sportive de son temps : du retrait bien logique des Français en hockey, il en tire des conséquences sur la médiocrité athlétique de toute la nation et donne la leçon.

Meilleurs marqueurs

                           B   A  Pts
1 Harry Watson         37   9   46
2 Bert McCaffrey       21  15   36
3 Reginald Smith       17  16   33
4 Herb Drury           23   4   27
5 Dunc Munro           16   5   21

 

 

Les JO précédents (Anvers 1920)

Les JO suivants (Saint-Moritz 1928)

 

Retour aux archives