Marseille, l'idée de jeu avant les recrues
Bordeaux-Marseille, c'était très vendeur comme affiche au départ. Cela rappelait aux plus anciens des souvenirs d'une rivalité footballistique qui n'est pas près de revivre de sitôt. Mais après trois années de suite à échouer en quart de finale contre le même adversaire, le public provençal commence à être escagassé d'assister à des Marseille-Bordeaux... Surtout que l'écart semble s'agrandir chaque année : la série s'est jouée en 7 rencontres en 2024, en 6 en 2025 puis seulement en 5 en 2026.
L'entraîneur Luc Tardif retient néanmoins une progression qui contredit ces chiffres : "Il y avait un plus gros écart l'an dernier même si on avait remporté deux victoires. Cette année, on a eu plus de grit, plus de vitesse, plus d'intensité. On était proches à chaque match. Malheureusement, même si je n'aime pas employer cette excuse, on avait Bouvet, Tavernier et Strömberg blessés et on a dû jouer avec des défenseurs sur notre quatrième ligne d'attaque."
Les spectateurs phocéens n'ont pas forcément le même ressenti et ont semblé y croire de moins en moins. Le problème est que les Spartiates se sont installés très vite comme la cinquième force de la Ligue Magnus, mais que rattraper les quatre grands clubs est une autre paire de manches. Marseille a battu son record de points (68) et dominé les clubs à budget inférieur mais s'est heurté à un mur en affrontant les équipes du top-4 (seulement 9 points sur 48 possibles !). Ce plafond de verre, tout le club veut forcément le briser.
"On est très content d'avoir fait 6, 5, 6, déclare Tardif, mais on a l'ambition de passer des étapes. On s'est rendu compte que tu peux avoir des idées de jeu, il faut que l'effectif fite à 100%. On a bien pesé la vision de l'équipe qu'on voulait faire avant de recruter des joueurs."


Ce qui a "fité", ce sont les gardiens. Bien différent de l'efficacité clinique de son prédécesseur Čiliak, Libor Kašík fonde son jeu sur la rapidité. Même s'il reste très peu en place et n'hésite pas à quitter sa cage, le Tchèque n'a rien d'un "jobastre". Il a confiance dans ses réflexes et s'est comporté en leader, notamment en playoffs. L'intérêt qu'il a manifesté pour le club a donc été mutuel. Ce gardien spectaculaire a été reconduit en même temps que sa doublure Florian Gourdin, qui a eu un peu moins l'occasion de s'exprimer.
Une défense conservée à deux exceptions
Ce qui a en grande partie "fité", c'est la défense. Tout le monde n'a pas été convaincu de Bobbo Pettersson dans les tribunes du POMGE et certains ont pointé des mauvais choix de placement ou de relance qui gâchaient ses qualités techniques. Mais Tardif voit en lui "un joueur fiable", aime son "impact dans le vestiaire" et avait fait une "priorité de le garder". Il balaye l'argument statistique de son désastreux "-18" et enjoine à se "méfier des +/-" même si des fiches similaires l'avaient alerté et incité à changer la quatrième ligne offensive il y a un an. C'est son partenaire suédois Lindgren (-10) qui a été écarté.
Pas de débat sur le maintien des quatre défenseurs français qui avaient tous pour leur part des fiches positives (y compris le septième défenseur Maxime Corvez). Même si Fabien Bourgeois et Yohan Coulaud ont perdu leurs places (inattendues) de titulaires en équipe de France, de manière peut-être irrémédiable pour le premier nommé qui a 31 ans et n'a plus été appelé, ils n'en forment pas une belle troisième paire polyvalente pour Marseille. Ils apportent un soutien offensif non négligable et sont très investis défensivement. Là où leur manque de gabarit les handicape sans doute le plus, c'est toutefois dans la protection du slot en infériorité numérique, secteur où Marseille a fini avant-dernier.
Enzo Cantagallo ne quitte plus le maillot bleu pour sa part et ce n'est pas un hasard pour Luc Tardif qui prend maintenant part à chaque rassemblent de la sélection nationale et le voit des deux côtés de la barrière : "Il ne se repose jamais sur ses lauriers. Chaque fois qu'il est appelé en équipe de France, il fait comme s'il devait gagner sa place." Ce défenseur défensif bien placé a toutefois un point faible, son tir : il n'a pas inscrit un seul but sous le maillot marseillais.





Ces constats ont dicté le choix du recrutement qui ne pouvait pas courir plusieurs lièvres à la fois. Dans l'amélioration des unités spéciales - faibles l'an passé et obérant la bonne tenue à 5 contre 5 - les Spartiates ont privilégié la supériorité numérique, qui était sous les 20% la saison dernière et sous les 10% en playoffs. Deux profils arrivent pour diriger la ligne bleue sur chaque unité. En matière de qualité de lancer, voilà du lourd avec Kevin Spinozzi. Sa naturalisation française s'était tellement fait attendre pendant ses années à Bordeaux qu'elle était peut-être arrivée trop tard. Il n'était plus dans sa meilleure forme et avait connu la relégation avec les Bleus. Trop lent pour le rythme de jeu international ? Après une saison partagée entre ECHL et Danemark, il revient bien décidé à prouver le contraire. "Il a de vraies ambitions, il connaît l'équipe nationale, il a confiance en lui et a la connaissance de la ligue", dixit Tardif.
Quant à Riku Ishida, il suit son collègue de l'équipe du Japon, Kohei Sato (Briançon) : il l'avait rejoint en ECHL où il a cartonné (24 points), il lui emboîte maintenant le pas dans la découverte de la Ligue Magnus. Son nouveau coach ne tarit pas d'éloges sur la valeur montante du hockey japonais : "Il nous a tapé dans l'œil, son acclimatation a été rapide, il a de la qualité technique, de la vitesse." En mai dernier, Ishida a beaucoup manqué à l'équipe du Japon, reléguée de D1A pendant qu'il finissait sa saison américaine. Le calendrier français lui permettra de revenir en sélection. Et la ligue a une potentielle attraction supplémentaire.
Les créateurs partis dès janvier
Pour revenir à ce qui n'avait pas "fité" en 2025/26, c'était clairement l'attaque. En trois jours en janvier, le club s'était séparé de trois des quatre recrues offensives majeures, pour des motifs différents. Le départ de l'ancien roi des compteurs du championnat Alexandre Lavoie (direction Rouen) résultait de la volonté du club, tant il ne correspondait pas aux principes de jeu marseillais. Le retour de Myllymaa en Finlande relevait de motifs de "santé". Dans le cas de Brett Thompson, c'est le joueur qui a demandé congé car il n'était pas satisfait de son temps de jeu. Le quatrième attaquant Tyler Welsh est certes resté jusqu'à la fin, mais il n'adhérait pas au concept lui non plus et son rendement déclinait lui aussi au fil des mois.


Malgré la qualité théorique du recrutement, les Spartiates s'étaient donc retrouvés avec le même meilleur marqueur qu'avant : Jan Dufek, qui concilie qualités techniques et adéquation avec le système de jeu. Comme les jokers arrivés en cours d'année (deux Finlandais et l'ex-olympien chinois Tyler Wong) ne sont pas restés non plus, Dufek reste un pôle de confiance en attaque.
L'autre élément stabilisateur sur lequel compte Luc Tardif, c'est la ligne Paul Joubert - Fabien Colotti - Flavian Dair, qui devrait rester telle quelle : "Elle représente le caractère avec lequel on veut jouer. Elle est solide défensivement, avec de l'intensité, de la vitesse, mais aussi un vrai potentiel offensif."
Les trois nouveaux ailiers recrutés pour le top-6 offensif viennent tous de Cergy. Une coïncidence car Marseille ne vise pas ce club en particulier, d'autant que la greffe des deux ex-Jokers (Myllymaa/Welsh) n'avait pas pris l'an passé. C'est la correspondance des profils qui a été recherchée. Bobby MacIntyre avait été l'attaquant le plus prolifique à partir de son arrivée dans le Val d'Oise mi-novembre. Oscar Gustafsson avait été le meilleur buteur, il allie puissance et vitesse. Et bien sûr, l'attraction Sayan Limtong s'est réadapté à la France plus vite que prévu. Tardif apprécie sa "grit" qu'il combine à "sa touche technique et sa créativité.


Le recrutement de Marseille n'est pas aventureux. Le staff assume de chercher des joueurs dont il a une vraie vision du niveau par rapport à la ligue. Comme l'an passé, il n'y a que deux exceptions en attaque, deux centres. C'est en tout cas le poste auquel sera utilisé Albin Nilsson, le poste qui était le sien en université. Ce "bon élève" a reçu chaque année des distinctions académiques de NCAA alors que son cursus scolaire s'est passé dans trois universités différentes. Il a effectivement toujours eu un bilan positif aux mises au jeu... mais depuis son retour en Suède il y a deux ans, il joue essentiellement à l'aile. Fils d'une légende du club de Troja-Ljungby, Albin y est revenu l'an dernier lors de l'accession à l'Allsvenskan mais n'a pu empêcher la redescente.
Pur centre même s'il peut jouer à l'aile, Semyon Ivanov n'est pas sorti du chapeau - ou de la chapka - car il avait été déjà approché en janvier. Mais son transfert avait achoppé pour des questions de visa, et aussi parce qu'il aurait fallu rémunérer son club russe pour résilier le contrat en cours. L'intersaison a laissé du temps pour les démarches administratives. Le Russe, qui a passé l'essentiel de sa carrière dans des clubs de Sibérie, aura un choc thermique - ou une absence de choc - cet hiver. Son adaptation estivale s'est bien passé et c'est lui qui a finalement été chargé de mener le quatrième trio, entre le rapide Emil Tavernier - revenu d'une convalescence moins longue que celle de son frère car il était déjà proche de rejour en fin de saison - et le nouveau venu Timothé Quattrone, clairement recruté comme ailier même s'il a fait des dépannages en défense à Anglet.


On se souvient l'an dernier que c'est Maurin Bouvet - reparti à Gap - qui avait eu ce rôle d'encadrement des "jeunes". Son remplaçant poste pour poste (en tant que centre JFL) Adel Koudri aspire à autre chose, il est encore dans une phase de développement même s'il plafonne un peu depuis trois saisons. À 27 ans, il ne doit plus seulement toquer à la porte de l'équipe de France, il doit l'ouvrir en grand et la faire claquer avec la force d'une rafale de mistral. Marseille a "fait" quelques internationaux et il espère que ce sera son tour, c'est le sens de son changement d'environnement.
Le semi-retraité Teddy Da Costa est toujours dans l'effectif selon disponibilité et la profondeur est assuré par deux licences bleues pouvant être prêtées à Lyon : l'enfant du pays Grégoire Gonnard et le nouveau venu Mattis Chapuis, qui a complété sa formation en Suisse où travaille son beau-père Andy Foliot.
Le recrutement marseillais en attaque pèse moins lourd en termes de bilans statistiques et de CV. Mais l'abondance de créateurs de jeu en quête de production offensive n'avait pas eu l'effet positif escompté. Luc Tardif est revenu aux fondamentaux, à une recherche d'un équilibre de groupe qui prenne soin du travail défensif. L'identité marseillaise en construction semble adopter une approche modeste : les Spartiates ne se prennent pas pour des cacous, ils se savent moins dotés sur le papier que les quatre cadors. Le coach évoque juste les playoffs, un objectif de place ne fait pas sens pour lui. Mais des valeurs collectives doivent permettre de forger une équipe taillée pour les éliminatoires. Une équipe décidée à franchir enfin le mur des quarts de finale, en coupe comme en championnat.
Marc Branchu
Effectif :
Gardiens
N° Naissance cm kg Club formateur Club & Chpt 2025/26 MJ Min Moy. % 33 GOURDIN Florian 11/11/2001 184 67 Gap Marseille FRA-1 9 423 4,11 86,8% 39 KASIK Libor 31/03/1992 181 80 (Tchèque) Marseille FRA-1 43 2547 2,57 92,0%
Défenseurs
N° Naissance cm kg Club formateur Club & Chpt 2025/26 MJ B A Pts +/- Pén
8 ISHIDA Riku 27/04/2000 178 90 (Japonais) Bloomington ECHL 65 11 16 27 -13 25'
17 COULAUD Yohan 30/08/2000 180 81 Gap Marseille FRA-1 39 5 9 14 +8 12'
24 SPINOZZI Kevin 23/05/1996 188 97 (Fra./Canadien) Allen ECHL 12 1 3 4 -6 10'
Esbjerg DAN-1 31 2 7 9 -1 18'
37 CORVEZ Maxime 02/02/2002 176 78 Grenoble Marseille FRA-1 44 0 4 4 +2 14'
41 CANTAGALLO Enzo 19/10/1998 180 83 Villard Marseille FRA-1 37 0 7 7 +3 51'
53 PETERSSON Bobbo 11/05/1992 181 82 (Suédois) Marseille FRA-1 44 4 6 10 -18 24'
74 BOURGEOIS Fabien 06/04/1995 173 81 Morzine Marseille FRA-1 49 4 17 21 +4 17'
75 CAL Nathan 19/03/2005 173 69 Gap Marseille FRA-1 5 0 0 0 -4 4'
Lyon FRA-2 32 2 10 12 +2 24'
Attaquants
N° Naissance cm kg Club formateur Club & Chpt 2025/26 MJ B A Pts +/- Pén
9 GUSTAFSSON Oscar 05/03/1998 184 90 (Suédois) Cergy FRA-1 48 19 13 32 +9 54'
11 GONNARD Grégoire 11/04/2006 181 74 Marseille Marseille FRA-1 26 0 0 0 -3 8'
Lyon FRA-2 1 0 0 0 0 0'
12 JOUBERT Paul 14/09/2000 178 75 Saint-Pierre Marseille FRA-1 49 15 10 25 -2 41'
16 COLOTTI Fabien (C) 27/08/1996 179 79 Grenoble Marseille FRA-1 47 11 19 30 +6 14'
18 KOUDRI Adel 14/05/1999 182 78 Annecy Grenoble FRA-1 52 12 16 28 +12 12'
20 CHAPUIS Mattis 10/01/2005 180 86 Dijon SaiPa U20 FINjr 23 2 3 5 -13 10'
Fribourg U21 SUIjr 23 11 6 17 31'
23 DAIR Flavian 16/05/2002 176 78 Chambéry Marseille FRA-1 46 7 11 18 -9 18'
27 MacINTYRE Bobby 08/09/1996 175 87 (Canadien) Cergy FRA-1 29 10 21 31 +3 63'
29 TAVERNIER Emil 29/11/2004 183 80 Morzine Marseille FRA-1 29 5 6 11 -2 18'
38 IVANOV Semyon 10/07/1995 180 85 (Russe) Tioumen RUS-2 63 13 19 32 +3 22'
44 DUFEK Jan 20/02/1997 183 83 (Tchèque) Marseille FRA-1 49 17 17 34 -5 22'
77 DA COSTA Teddy 17/02/1986 180 86 Dammarie-les-Lys Marseille FRA-1 28 3 5 8 -4 35'
86 QUATTRONE Timothé 11/05/2001 180 89 Annecy Anglet FRA-1 39 7 11 18 -4 18'
95 LIMTONG Sayam 10/07/2002 177 79 Deuil Cergy FRA-1 49 16 17 33 -8 4'
98 NILSSON Albin 18/09/1998 183 88 (Suédois) IF Troja-L. SUE-2 54 13 16 29 -12 26'
Entraîneur : Luc Tardif junior (41 ans) assisté de Jonathan Zwikel (51 ans).
Partis : Elias Ruusu (D, 4+10, Jukurit, FIN), Albin Lindgren (D, 3+9), Tyler Welsh (A, 10+18, Aalborg, DAN), Kim Strömberg (A, 8+18), Maurin Bouvet (A, 5+12, Gap), Micke-Max Åsten (A, 3+4, arrêt), Noa Nsonsa-Kitala (A, 3+4, Waterloo, USHL).
Revoir la présentation 2025/26