Grenoble

Chapitre II - Les années internationales

 

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Sur la lancée des Jeux Olympiques de 1968, le hockey grenoblois se tourne vers l'international. La Coupe Internationale des Pays-Bas rythme le début des années soixante-dix.

Après l'apothéose de la saison précédente, placée sous les feux de l'olympisme, on attend monts et merveilles de cette nouvelle année de hockey. Elle sera en fait très difficile. Cela commence d'ailleurs par une très mauvaise nouvelle, le départ à Gap du populaire et talentueux gardien grenoblois Jean-Claude Sozzi : "Le club m'avait fait une proposition intéressante et je voulais rester en équipe de France". C'est Gilles Duru, 18 ans à peine, qui à la grande charge de le remplacer. En revanche, on signal, le retour après un an d'arrêt du jeune ailier Bertrand Girard et l'arrivée d'un Chamoniard, le défenseur Claude Guichard, électricien, mesurant 1m75 pour 75 kilos : "À Chamonix, les anciens Gilloz ou Pianfetti jouaient pratiquement soixante minutes par match, explique-t-il aujourd'hui. Alors durant l'été, Pete, lors d'un stage à Chamonix, m'a proposé de venir à Grenoble. J'ai passé une superbe saison, d'abord je jouais et en plus l'ambiance était vraiment super avec un Jimmy Biguet boute-en-train. Et comment oublier tous ces matches internationaux et ces tournées. Je m'en rappelle avec plaisir, comme si c'était hier !"

En ce qui concerne les matches internationaux arrivées de deux nouveaux Canadiens, deux étudiants. Michel Wingeder, 21 ans et Richard Marcotte, 20 ans, natif de Pointe aux Trembles, un étudiant en médecine et champion du Québec de tennis ! Décidément, après Pierre Joly, c'est le deuxième tennisman de l'histoire du hockey grenoblois. Un troisième Canadien les rejoint un peu plus tard, il s'agit d'Yvon Leblanc.

La garde des enfants

Le premier match de la saison se dispute le 27 septembre 1968 à Clémenceau contre les Suisses de Sierre. Le G.V.H.C. s'incline largement 12-4. Il est vrai qu'il manque les Villardiens qui n'ont pas encore signé leurs licences pour cette nouvelle saison. En fait, ces absences ne sont pas innocentes. Elles annoncent la mort du G.V.H.C. Les "anciens" de Villard n'ont jamais vraiment accepté cette fusion, qui vu du plateau, fait craindre sur le moyen terme une "annexion" par les Grenoblois. Or le club de Villard a un long passé et une forte identité qu'il a peur de perdre. De plus, il faut bien dire que cette fusion ne s'est jamais transformée en amour passionnel entre les deux entités. C'était, on l'a déjà dit, plus un mariage de raison que d'amour.

"Cette fusion n'avait jamais vraiment été acceptée de part et d'autre, se souvient Jimmy Biguet. Chacun avait gardé ses particularités, cela ne pouvait pas durer." Sensation confirmée par Roland Gaillard : "La première année, cela avait bien marché, et puis au fil du temps, on s'est aperçu que les différences perduraient. Il y avait les Grenoblois et les Villardiens et chacun l'était resté un peu, car les mentalités étaient différentes. En plus, les anciens derbies avaient été chauds, donc cela ne pouvait pas durer...".

Pour Michel Latour également, ce divorce couvait : "La notion de derby était restée latente...". En revanche pour le regretté Jean-Claude Eymard : "C'étaient des querelles de dirigeants, parce que chez les joueurs, qu'ils soient Villardiens ou Grenoblois, il n'y avait pas de problèmes entre nous. On aurait bien continué ensemble, on aurait pu même être champions, car on était au niveau de Chamonix."

En ce mois d'octobre 1969, le C.S. Villard-de-Lans reprend donc ses activités mettant fin au Grenoble-Villard Hockey Club qui aura duré deux ans et obtenu deux titres de vice-champions en 1re série et un titre de champion en 2e série. Comme dans tous les divorces, il faut régler la question de la garde des "enfants", en l'occurrence des joueurs. Eh bien, c'est simple, les Villardiens repartent au C.S. Villard-de-Lans et les Grenoblois au Grenoble H.C. ! Oui mais, il y a quand même un problème. Les deux jeunes brillants espoirs villardiens Louis Smaniotto et Jean Vassieux, qui ont progressé vitesse grand V lors de cette fusion, aimeraient bien rester à Grenoble, où en plus ils travaillent...

Branle bas de combat sur la plateau qui ne veut pas "donner" à l'ennemi deux de ses plus brillants joyaux. Comme à l'époque la majorité est encore à 21 ans, les parents refusent de signer la licence de leurs fils pour Grenoble. Smaniotto et Vassieux resteront donc à Villard où ils joueront toutes leurs brillantes carrières...

Un Villardien reste cependant à Grenoble, le capitaine du G.V.H.C. Roland Gaillard, qui lui à 32 ans n'a pas besoin d'autorisation parentale... "J'habitais et travaillais à Grenoble, c'était donc plus simple de rester au G.H.C., plutôt que de remonter pour les entraînements à Villard. Mais je suis resté en excellent termes avec les Villardiens, ce sont mes amis et même dans les derbies tout c'est bien passé."

Il devient alors l'inamovible capitaine du Grenoble H.C. Le Grenoblois Joël Gauvin fait le chemin inverse et part à Villard-de-Lans où il rejoint Jean-Claude Laplassotte qui a quitté Gap pour devenir entraîneur-joueur des Ours. Joël Gauvin restera quatre saisons sur le plateau avant de redescendre. En tout cas, c'est le quatrième international des débuts qui part de Grenoble.

Grenoble snobe le championnat !

Avec ces départs et le désistement des deux jeunes Villardiens, les dirigeants du G.H.C., le président André Barassi et les vice-présidents Jean Butel et Pierre Couderc, renoncent à s'engager en championnat de France. Pete s'en explique : "On n'avait pas assez de joueurs. Nos jeunes étaient très bons, mais vraiment trop jeunes, les Treille, Leblond ou Maric n'étaient encore que minimes..."

Le G.H.C. jouera donc une saison uniquement de matches internationaux. Comme de toute façon, c'est ce que préfère le public..."Cela ne nous a pas vraiment gêné, précise Claude Guichard. Ces matches internationaux étaient d'un niveau tellement plus intéressant". Et Roland Gaillard d'ajouter : "De toute façon, le championnat n'était pas intéressant. D'abord, il n'y avait pas beaucoup d'équipes, et en plus, Chamonix était imbattable, alors on a beaucoup plus appris en affrontant les équipes étrangères." "On était nettement plus heureux de jouer le vendredi soir contre les meilleurs européens que dans un championnat de France pas du tout intéressant" conclut Michel Latour. Il faut bien comprendre que dans les années soixante, le match du vendredi soir est le rendez-vous chic des Grenoblois.

"Les soirs de matches, on dîne aux chandelles et au champagne dans le restaurant de la patinoire. Les élégantes s'y rendent même parfois en robe du soir, et après le match, il est de bon ton de finir la soirée au bowling attenant à la patinoire..." nous rappelle Jimmy Biguet ! Le hockey est vite devenu l'endroit où il faut être vu et les joueurs de véritables "idoles" qui sortent souvent de la patinoire sous des haies d'honneurs du public...

"On avait vingt ans, et on aurait pu prendre la grosse tête, mais en fait on avait tous les pieds sur terre et chacun un métier en dehors du hockey pour éviter de déraper" précise Jean-Claude Sozzi. Jimmy Biguet, par exemple, est à l'époque directeur régional des ventes pour le Rhône, l'Isère et la Drôme d'une grande compagnie ! Il est donc logique que les dirigeants préfèrent mettre en veilleuse le championnat pour ces joutes internationales qui se font pâmer toute la ville...

Cette fusion avortée aura juste des conséquences sportives, pour Villard qui ne sera jamais champion, alors que le titre était tout proche par deux fois pour le G.V.H.C., et pour Grenoble, qui sans l'aide des talentueux joueurs villardiens, mettra plus de temps que prévu pour atteindre les sommets de la hiérarchie française. Joël Surle ajoutant même : "Si la fusion avait duré, on aurait pu détrôner Chamonix."

Mais il n'y a pas que le hockey dauphinois qui connaît des soubresauts en cette année, la Fédération annonce qu'elle n'enverra pas l'équipe de France aux Championnats du monde du Groupe C par crainte des mauvais résultats. C'est certainement ce qu'on appelle gérer l'effet J.O. !

Partons donc pour une saison internationale, et que ça brille ! Le 4 octobre, le spectacle est en tout cas présent avec la réception des Suisses d'Olten. Après un match incroyable en rebondissements le G.H.C. s'incline 8-7... Deux semaines plus tard, gros choc à Clémenceau avec la venue des Autrichiens du Feldkirch E.H.C., son Américain Randy O'Connor et ses trois internationaux présents à Grenoble lors des J.O. : Walter Znenahlik, Adolf Bachura et Heinz Kubelbeck. Et pourtant, les Dauphinois ne s'en laissent pas compter et s'imposent largement 7-2. On l'a vu en cette saison 1968/69, Jean-Claude Sozzi est donc parti à Gap, mais cela ne l'empêche pas de temps en temps de revenir jouer avec son ancienne équipe des matches internationaux. C'est le cas contre les Allemands de Pfronten pour le succès grenoblois 6-4. Le mois de novembre débute par une défaite à domicile contre les Diavoli. Les Italiens, battus chez eux quelques semaines plus tôt et emmenés par le Canadien Pat Adair qui avait fait tant de mal aux Grenoblois avec son ancienne équipe de Kitzbühel, viennent gagner à Clémenceau 7-5. Les Diavoli, toujours soutenus à Grenoble par la forte communauté italienne de la ville, remportent le dernier tiers 4-0 ! Il faut dire que Jean-Claude Sozzi était blessé...

Le 24 novembre, c'est carrément l'équipe nationale des États-Unis qui vient défier le G.H.C. ! Dans les rangs américains, le public retrouve avec plaisir un ancien Grenoblois, le défenseur John Landis. Les "boys" l'emportent sans problème 10-1. Au cours de ce match, une mésaventure arrive à un joueur américain, il est enfermé, involontairement, par un employé municipal dans le vestiaire pendant tout le deuxième tiers-temps... Il aura beau crier, taper, rien n'y fera, il ne sera libéré qu'à la fin de la deuxième période ! Le 6 décembre, une rencontre beaucoup trop virile contre le Berlin E.H.C. qui se solde par un match nul 5-5. Mais s'il y a eu combat, c'est peut être parce que le coup d'envoi avait été donné par Daniel Robin. Le Grenoblois est champion du monde de lutte... Cette année 1968 s'achève par un grand match de gala le 27 décembre avec la venue des Tchécoslovaques de Brno. Devant trois mille spectateurs, les Moraves triomphent facilement 15-5 avec le jeune Gilles Duru dans les cages.

Et voilà les Brûleurs de Loups...

L'année 1969 débute par une simple anecdote, une sorte de plaisanterie qui va avoir (mais on ne le sait pas encore bien sûr) des répercussions pour toute l'histoire du hockey à Grenoble. Le 3 janvier, on décide d'organiser à Grenoble, un match d'entraînement contre Villard-de-Lans. Et comme les joueurs du plateau sont surnommés les Ours du Vercors, le journaliste du Dauphiné Libéré, Albert Fontaine ("Un sacré personnage toujours prêt pour s'amuser" se rappelle Claude Guichard) décide, de trouver un surnom aux Grenoblois. Et il déniche, mais vous l'aviez deviné, les Brûleurs de Loups, le surnom des Dauphinois depuis l'époque où la région était infestée par les loups. Un surnom correspondant tout à fait au côté frondeur, indiscipliné et amoureux de la liberté des Dauphinois... des hockeyeurs grenoblois et de leur public. Malheureusement pour l'instant, ce surnom retombe vite dans l'oubli...

Les Grenoblois se rendent ensuite pour leur mini-tournée dans les bases nord américaines en Allemagne avec deux défaites : 11-6 à Baden-Baden chez les Canadiens et 8-6 à Zweibrücken, chez les Américains. Mais les Dauphinois prennent leur revanche sur les militaires américains le 17 janvier en dominant Zweibrücken 7-6 grâce à cinq buts de Pete Laliberté. Pete qui inscrit à l'occasion de ce match son 300e but grenoblois à l'âge de 38 ans ! Un véritable monument, celui que la presse surnomme le Lion de Montréal ! Un lion qui parfois rugissait : "Fallait pas faire d'erreur, précise Joël Surle, sinon, on avait droit au coup de gueule dans le vestiaire". Mais quel talent, il le prouve encore lors du match suivant contre les Young Sprinters de Neuchâtel. Pete inscrit le but victorieux d'un succès 13-12 à cinquante secondes de la fin de la rencontre... Du coup, les Grenoblois sont déchaînés et remportent leur troisième match de suite en écartant les Suisses de La Chaux-de-Fonds 9-5. Une fin de saison en boulet de canon pour le GHC qui pour son dernier match obtient le nul 4-4 face aux Allemands de Cologne, avec une égalisation Dauphinoise à cinq minutes de la fin par... Pete Laliberté. En ce qui concerne les matches internationaux, le bilan du GHC est équilibré : huit victoires, sept défaites et deux nuls. Pas si mal pour une équipe en reconstruction après le retrait villardien...

Pete est vraiment au four et au moulin dans ce club puisque, la formation étant sa principale préoccupation, il organise une tournée dans les bases nord-américaines pour les minimes du club, pour qu'ils aillent se frotter au rugueux hockey canadien. Ainsi s'achève une bien curieuse saison, sans championnat pour Grenoble, sans championnat du monde pour l'équipe de France et sans Chamonix comme champion, car, grande nouveauté, Saint-Gervais obtient son premier titre de champion de France. Cela faisait 25 ans que Saint-Gervais n'avait pas battu en championnat son puissant voisin...

Toujours plus d'Europe !

Bien que le championnat ne soit toujours pas la préoccupation première du hockey grenoblois, les dirigeants du G.H.C. décident cependant qu'il est impensable de faire comme l'an passé et de ne pas engager d'équipe senior dans le championnat 1969/70. Mais comme la fédération a "modérément" apprécié le non engagement de l'an passé, le Grenoble Hockey Club évoluera en deuxième série, alors que la première série, l'élite, ne compte pourtant que sept équipes. Pour cette nouvelle saison, des arrivées : celle d'un gardien franco-suisse, Bernard Despraz, et celle du Gapençais Jean Paupardin (photo), encore un ancien de la grande équipe de l'A.C.B.B. Et puis des retours, celui très important de Jean-Claude Laplassotte après les escapades à Saint-Pierre-et-Miquelon, Gap et Villard, et celui de Pierre Botari. Et puis, autre retour, une fois la saison débutée, celui de Jean-Claude Sozzi qui ne reste pas à Gap, malgré les demandes des supporters locaux, qui cherche un temps un club... et qui finalement rentre à la maison : "J'avais monté une affaire à Gap, je tenais le bar de la patinoire, mais les dirigeants m'avaient fait des promesses qu'ils n'ont pas tenues. De plus, je me serais bien investi dans la vie locale et le club, mais je ne me sentais pas bien intégré, je restais un étranger, donc je suis rentré, car j'étais et je suis resté grenoblois."

Un départ, celui du Chamoniard Claude Guichard qui rentre au pied du Mont-Blanc pour raisons familiales : "Je serais bien resté, mais mon frère venait de mourir dans un accident de voiture à 23 ans et je ne voulais pas laisser ma mère seule à Chamonix. Ensuite, je me suis marié et je suis resté à Chamonix." Et un arrêt momentané, celui de Joël Surle obligé d'aller faire son service militaire en Alsace.

La composition du G.H.C. pour les matches de championnat est donc la suivante. Dans les cages : Bernard Despraz, Jean-Claude Sozzi et Daniel Blanc En défense : Jimmy Biguet, Pierre Bottari, Pascal Del Monaco, et Didier Drablier. En attaque : Roland Gaillard, toujours capitaine, Jean-Pierre Cabuis, Gérard Goubin, Jean-Claude Laplassotte, Michel Latour, Gérard Aroles, Christian Maillet et Bernard Nogaretto. L'entraîneur reste bien évidement Pete qui en tant que Canadien n'a pas le droit d'évoluer en championnat. En ce qui concerne les matches internationaux, les Canadiens Leblanc et Wigender sont repartis dans leur pays. Ils ne sont pas remplacés, le G.H.C. ne compte que sur ses propres forces.

D'ailleurs, la formation continue a être une priorité avec par exemple 80 minimes et cadets licenciés au club. Enfin, grande nouveauté cette saison : le port du casque devient obligatoire pour jouer au hockey sur glace...

Le 16 novembre, c'est l'ouverture du championnat de France de deuxième série pour le Grenoble Hockey Club. Les Dauphinois se rendent chez le C.P. Lyon et s'imposent sans discussion 11-1. Autre carton, une semaine plus tard : 15-0 (!) contre les Allemands du Westfaler Dortmund. Mais à la décharge des Allemands, ils ont été privés de quatre de leurs meilleurs joueurs victimes d'un accident de voiture en venant jouer à Grenoble.

Cette saison voit également l'arrivée d'une nouvelle compétition. Histoire de mettre un peu de piquant à ces matches internationaux du vendredi, autant les transformer en matches comptant pour un classement. C'est la Coupe Internationale des Pays-Bas, organisée à l'initiative des clubs néerlandais. "Il y avait beaucoup d'argent dans le hockey hollandais à l'époque, se souvient Jean-Claude Sozzi, et beaucoup de monde dans les patinoires. Ils pouvaient donc faire venir de très nombreux joueurs canadiens de haut niveau, qu'ils naturalisaient ensuite pour l'équipe nationale". Sont engagés pour cette première, les Néerlandais de La Haye, Tilburg, Den Bosch et Geleen, les bases canadiennes en Allemagne de Baden-Baden et Lahr et les Français de Grenoble et Chamonix. Privé de ses cadres, retenus à Grenoble pour raisons professionnelles, le G.H.C. débute cette coupe internationale par deux lourdes défaites : 8-2 à Den Bosch et 12-4 à la Haye. Toujours pour cette fameuse coupe internationale, les Grenoblois se rendent une nouvelle fois dans les bases canadiennes où ils subissent deux revers début décembre. 12-2 face aux aviateurs des Four Wings Readers de Baden Baden et 4-3 contre les tankistes de Lahr. Dans ce dernier match, les Grenoblois menaient pourtant 3-1 à dix minutes du coup de sirène final, mais en perdant Pascal Del Monaco sur blessure, ils terminent la rencontre à trois défenseurs seulement. Un petit détour le 13 décembre du côté de Bordeaux pour l'inauguration de la patinoire de Pessac avec une victoire en amical 9-3 contre les Suisses de Genève Jonction et revoilà la coupe internationale des Pays-Bas avec un match à Chamonix et une défaite 10-2 face aux vice-champions de France.

Victoires en France, défaites en Europe

Le 19 décembre est une date importante, c'est la première rencontre de cette fameuse coupe des Pays-Bas disputé à Grenoble. Le G.H.C. reçoit Lahr, un match télévisé en direct dans les bases nord-américaines en Allemagne. Et les téléspectateurs sont contents, car les Canadiens s'imposent facilement 8-3. Un match très accroché avec de nombreuses bagarres, l'expulsion de Michel Latour et ce titre le lendemain du Dauphiné Libéré : "Boxe, catch et bagarres"...Le hockey physique des années 60...

Mais également le hockey beaucoup plus technique quand il s'agit d'équipes d'Europe centrale. Le lendemain de Noël, les Tchèques de Gottwaldov (qui reprendra son nom originel de Zlin à la chute du communisme en oubliant bien vite ce nom en hommage à Klement Gottwald, le Staline tchèque) débarquent à Grenoble. Depuis les Jeux de 1968, les équipes tchécoslovaques adorent Grenoble et c'est réciproque. Roland Gaillard se souvient : "On recevait des équipes de très forte notoriété, mais les Tchécoslovaques étaient les plus impressionnants, ils avaient énormément de classe. Lors de ces matches, j'ai vraiment progressé, même si j'avais plus de trente ans." Malgré la présence de Burt Vuillermet et Gaston Pelletier dans les rangs grenoblois et un coup d'envoi donné par le chanteur et enfant du pays, Michel Fugain, les Tchèques s'imposent sans soucis 9-5.

Deux jours plus tard, retour au championnat de France de deuxième série avec la réception à Clémenceau de Briançon pour un succès grenoblois facile 9-2. Et pour terminer l'année, en guise de cadeau aux jeunes du club, les champions du Québec Orioles d'Arvida sont les hôtes prestigieux du tournoi Pee-Wee (minimes) de Noël de Grenoble.

C'est la Coupe des Pays-Bas qui a les honneurs en ce changement d'année avec deux matches à Grenoble. Le 2 janvier, La Haye et ses sept Canadiens s'imposent de justesse 5-3. Une semaine plus tard, nouvelle défaite, 5-2, face aux Arrows (les Flèches) de la base canadienne de Baden-Baden en Allemagne. Le mois de janvier se poursuit sur ce rythme : victoire en championnat et défaite en coupe des Pays-Bas. Succès 8-2 contre Lyon et revers 10-5 contre les Néerlandais de Den Bosch et ses cinq Canadiens, deux Tchécoslovaques et huit Néerlandais. Le 18, carton, Grenoble humilie Pralognan-la-Vanoise 24-2 ! En revanche, le 23 janvier les Grenoblois sont plus justes contre les Néerlandais de Geleen en s'inclinant à Clémenceau 3-2 après avoir mené 2-1 à la fin de la deuxième période.

Mais en championnat, on respire. Après être arrivé avec une heure de retard suite à la neige dans le col du Lautaret, les Grenoblois s'imposent 3-2 à Briançon. Petite tournée dans les pays plats, avec deux matches chez des ténors de cette coupe internationale des Pays-Bas et deux revers sévères : 14-5 le 30 janvier à Tilburg et 11-4 le 1er février à Geleen. Des Néerlandais que l'on retrouve rapidement, puisque le 6 février arrive à Grenoble, l'une des meilleures équipes d'Europe occidentale de l'époque : les Tilburg Trappers. Une équipe avec six Canadiens, trois Tchécoslovaques et les meilleurs Néerlandais. Une équipe encouragée par 80 supporters bataves venus à Grenoble en avion. Des fans ravis du début de match de leurs favoris, 9-4 pour les Trappers à la fin du premier tiers. Malgré une bonne fin de rencontres des Dauphinois, le retard initial sera trop important et le G.H.C. s'incline 11-8. Deux jours plus tard, les Grenoblois passent leurs nerfs en championnat sur l'autre club de Grenoble, le G.U.N.I. comme Grenoble Universitaire Nucléaire et Industriel : 14-1.

C'est ensuite la trêve, l'équipe de France partant disputer les championnats du monde du Groupe C en Roumanie à Galati d'où elle revient avec une très bonne et surprenante troisième place. La saison repart le 27 février avec le célébrissime G.H.C.-Diavoli qui met le feu chaque année à la patinoire sur la glace et dans les tribunes avec la très nombreuse communauté italienne de Grenoble. L'édition 1970 est à la hauteur avec un incroyable 12-10 en faveur de Grenoble...

Deux jours plus tard, c'est un autre succès contre Pralognan-la-Vanoise 7-2. Christian Maillet, l'un des jeunes attaquants du G.H.C., se souvient de ses débuts en équipe première : "J'étais encore cadet. C'était extraordinaire d'avoir un entraîneur aussi mythique que Pete. C'était un éducateur hors pair. Il nous donnait de l'enthousiasme à revendre, c'était notre Dieu !" À signaler que le gardien franco-suisse Bernard Despraz joue à l'attaque ce match, marquant même deux buts ! On en termine avec cette première phase, avec de nouveau un score sévère dans le derby grenoblois avec un 14-0 du G.H.C. contre le G.U.N.I.

Avec huit succès en huit matches, le Grenoble Hockey Club est qualifié pour les play-offs de cette deuxième série. En demi-finale, le G.H.C. affronte le C.S. Megève, vainqueur de l'autre poule des Alpes. Le 8 mars 1970, les Dauphinois s'imposent en Haute-Savoie 3-2. Cinq jours plus tard, match retour à Clémenceau où les supporters megévans ont fait le déplacement. Mais avec Jean-Claude Sozzi dans les cages et Bernard Despraz en attaque (qui marque encore un but) les Dauphinois s'imposent 4-2. Voilà les Dauphinois qualifiés pour la finale avec, en cas de succès, l'accession en première série. Mais en attendant, il faut terminer la saison internationale. Un petit succès en passant sur la nouvelle patinoire de Courchevel 13-3 contre les Suisses de Château d'Oex et une défaite en Coupe des Pays Bas 4-1 contre Chamonix face aux de nouveau champions de France. Une coupe remportée par Tilburg devant Baden-Baden et Den Bosch. Grenoble termine huitième et derniers avec quatorze défaites en autant de matches...

Et arrive cette finale du championnat de France de deuxième série, sur un match à Boulogne-Billancourt face aux banlieusards lillois du C.P.M. Croix.

À la suite d'un match très serré, les Dauphinois s'inclinent finalement 2-1. Le G.H.C. reste donc en deuxième série... Durant l'été, la fédération propose quand même aux Grenoblois de monter, mais ils préfèrent une nouvelle fois rester en deuxième série pour privilégier la coupe des Pays Bas et la formation des jeunes... "On préférait jouer dans une patinoire pleine pour les matches internationaux que dans une vide pour le championnat de première série, précise Pete Laliberté. En plus, on voulait faire mûrir nos jeunes." Toujours cette envie de briller, d'affirmer sa différence, son particularisme. Grenoble a toujours eu ce côté un peu hautain, peut-être, qui enchante tellement ses admirateurs et agace tellement ses détracteurs...

Buteurs en championnat 1969/70 : Jean-Claude Laplassotte 17, Gérard Goubin 13, Roland Gaillard 12, Pierre Bottari 10, Jean-Pierre Cabuis et Michel Latour 8, Jean Paupardin 3, Gérard Aroles, Pascal Delmonaco, Jimmy Biguet, Christian Maillet et Bernard Despraz 2, Bernard Nogaretto, Didier Drablier et Bertrand Girard 1 (manquent les 14 buts du match GUNI-GHC 0-14).

Premier dans son village, deuxième à Rome

Si le Grenoble H.C. a refusé la montée en 1ere série, la santé du club est quand même florissante sous la présidence du nouveau président, le docteur Robert Leblond. Le club compte en effet une centaine de licenciés dans les catégories de jeunes et se trouve être le seul club de France a engager deux équipes en benjamins et minimes. Très peu de changements dans l'effectif, Pierre Bottari et Bernard Despraz partent pour Poitiers et Gérard Aroles pour l'A.S. Grenoble Sud, le nouveau club grenoblois. Côté arrivées, Stéphane Dudas, un Hongrois qui jouait à Villard et au G.V.H.C. durant la fusion et au foot au F.C.G. ! "J'étais revenu habiter à Grenoble pour mon travail, et comme j'avais gardé d'excellents souvenirs de mon passage, je suis naturellement revenu. Surtout que, pour moi, Pete était à la fois, un père, un grand-père et même un père Noël, puisqu'il m'avait offert une toupie en raison de mon style de jeu !". Stéphane Dudas, normalement attaquant, mais qui joue cette année-là en défense avec Pascal Del Monaco ou Didier Drablier, à la demande de Pete...

Arrivée également d'un attaquant canadien, Norman Goulet, pour les matches internationaux. Et puis en cours de saison, l'attaquant Joël Surle revient une fois son armée terminée. L'effectif est donc le suivant : Jean-Claude Sozzi et le jeune Daniel Blanc dans les cages. Le capitaine Roland Gaillard, Jimmy Biguet, Pascal Del Monaco, Didier Drablier, Jean Paupardin et Stéphane Dudas en défense. Pete Laliberté, Norman Goulet, Jean-Pierre Cabuis, Gérard Goubin, Michel Latour, Joël Surle et Jean-Claude Laplassotte en attaque. Un Jean-Claude Laplassotte éclectique puisqu'il a terminé cet été huitième du championnat de France 1970 de voile à Carnac... : "Je faisais de la voile en compétition en série 505, une série olympique. Je m'entraînais sur le lac de Monteynard, près de Grenoble, et faisais toutes les régates internationales. Je continue toujours d'ailleurs à faire du bateau, et quand je me suis retrouvé au chômage à plus de cinquante ans, cela m'a servi puisque désormais je construis des bateaux grâce à un système unique d'assistance par ordinateur". On connaissait déjà, le hockeyeur tennisman, Pierre Joly, mais il y a également le hockeyeur marin !

On l'a dit, un nouveau club de hockey est né cet été-là à Grenoble, ou plus exactement le G.U.N.I. est entré dans le club omnisports de l'A.S. Grenoble Sud. C'est toujours Robert Mégy qui en est l'âme : il est président et joueur ! On y retrouve bon nombre d'anciens du G.H.C. comme Jean-Marie Galéra ou Gérard Aroles. Le 17 octobre, l'A.S.G.S. dispute un match amical à Poitiers, où évoluent Pierre Bottari et Bernard Despraz. Une rencontre diffusée localement sur une télé poitevine !

Le G.H.C. lui débute sa saison traditionnellement par des matches amicaux contre des équipes suisses. Deux matches aux scores fleuves mais aux destins totalement différents. Défaite 14-4 contre Lausanne et succès 14-0 face à Genève Jonction avec quatre buts du nouveau Canadien de Grenoble Norman Goulet. Autre tradition, la venue des Diavoli de Milan et une nouvelle fois un match incroyablement haletant, les Dauphinois s'imposent 5-4 avec un but victorieux à 35 secondes de la fin par... Pete Laliberté !

C'est en novembre, le 8 exactement, que Grenoble débute sa saison en championnat de France de deuxième série en recevant Lyon. Une formalité, 10-1. Même tabac une semaine plus tard avec un 14-0 contre l'A.S. Grenoble Sud... Mais entre-temps, le G.H.C. a commencé sa deuxième Coupe Internationale des Pays-Bas par une défaite à domicile : 8-4 face aux militaires canadiens de Lahr. Un match heurté avec beaucoup de pénalités... et de spectateurs.

Le 22 novembre 1970 est un jour étrange et très original dans l'histoire du hockey isérois. Pour la seule et unique saison, Grenoble affronte la réserve de Villard-de-Lans en championnat de France ! Pas de problème cependant pour les Grenoblois : 12-3 avec un 6-0 dans l'ultime période.

C'est nettement moins drôle une semaine plus tard en coupe des Pays-Bas avec une défaite à la maison 10-5 face aux Néerlandais de Tilburg. Heureusement deux jours plus tard, c'est de nouveau derby contre l'A.S. Grenoble Sud. Et le club "traditionnel" bat le "petit nouveau" sans trembler 12-0. Cela ne devait pas être facile pour des internationaux de se forcer à (bien) jouer dans ce championnat de deuxième série bien trop disproportionné. Jean-Claude Sozzi se rappelle : "On le prenait comme un challenge pour montrer qu'on était toujours au plus haut niveau et puis il y avait les matches internationaux et l'équipe de France pour se maintenir en forme".

L'année s'achève quand même par une bonne nouvelle qui tombe le 29 décembre : la France est désignée pour organiser les championnats du monde des groupes B et C en mars 1972 et cela se déroulera au Palais des Sports de Grenoble, Le Groupe A se disputant lui en Tchécoslovaquie. En fait, ce sera une fausse bonne nouvelle, puisque l'année suivante la France renoncera à organiser ces championnats du monde qui auront finalement lieu en... Roumanie. Mais à l'époque, on ne le sait pas encore et l'on peut réveillonner en joie... Sans excès toutefois, car le 1er janvier 71, le G.H.C. reçoit une visite prestigieuse : celle du club tchécoslovaque de Kladno. Ce club situé en Bohême, près de Prague, est deuxième du championnat de son pays et compte dans ses rangs le fameux Frantisek Pospisil, élu meilleur défenseur du mondial A en 1970 et qui a joué les J.O. de Grenoble en 1968. Kladno fait également jouer six juniors champions nationaux l'an passé. Et comme le public grenoblois est de plus en plus amoureux du hockey tchécoslovaque, il vient en masse, malgré la neige et le verglas qui s'abattent cet hiver sur le Dauphiné, admirer les artistes qui gagnent 14-5. Des Grenoblois privés pour ce match de leur défenseur Didier Drablier... blessé en faisant du ski !

Le 8 janvier 1971 est une date terrible dans la mémoire collective du club grenoblois. Ce jour-là, le jeune Patrick Nicouleau meurt renversé par une voiture. Né au Canada, ce remarquable patineur était le capitaine des benjamins, il avait été d'ailleurs retenu en sélection nationale, l'été dernier, pour un tournoi en Allemagne. C'est en son honneur qu'aujourd'hui encore le tournoi international benjamin de Grenoble se nomme Trophée Nicouleau...

De la bière et des bagarres...

Une nouvelle victoire contre la réserve de Villard-de-Lans, 19-5, et face à Lyon, 5-0 par forfait, et le G.H.C. termine invaincu sa poule de deuxième série devant l'A.S. Grenoble Sud et Villard. S'ensuit une petite tournée difficile aux Pays-Bas avec deux défaites. "C'était un peu ambiance bière en Hollande ! se souvient Joël Surle, avec en plus beaucoup de monde dans les patinoires !". Défaites également en Allemagne à Baden-Baden et Lahr.

Mais les Grenoblois prennent leur revanche d'une manière éclatante 9-3 à Clémenceau contre Den Bosch qui compte dans ses rangs l'ancien joueur de Grenoble, le Canadien Eddy Gosselin. Un match hallucinant encore resté dans les mémoires de ceux qui l'ont vu ! Tout a commencé par une bagarre générale. Rien de plus normal puisque le gardien néerlandais Hans Van Boogaard donne un coup de crosse fendant le crâne du Villardien Jean Vassieux venu renforcer Grenoble pour ce match. Du coup, les coups (justement) pleuvent... et la foule s'en mêle ! Les spectateurs descendent des gradins pour se battre avec les joueurs. Les Néerlandais quittent alors la glace pour se réfugier dans les vestiaires. S'ensuivent de longues, très longues, négociations, pour que finalement Den Bosch revienne terminer le match... sans son gardien frappeur et sous les quolibets du public grenoblois toujours aussi frondeur !

Pete s'en rappelle : "Ces Hollandais jouaient très durs, ils profitaient en fait de la faiblesse des arbitres français." En tout cas, la première victoire grenobloise en Coupe des Pays-Bas est mémorable ! Chamonix a fait encore pire, puisque les Haut-Savoyards sont eux carrément exclus de la compétition suite à de nombreux incidents. Hum les Français !

Autre tradition, mais plus pacifique, les matches de l'équipe de France à Grenoble. Et une tradition qui n'a aucune raison de s'arrêter avec Pete Laliberté entraîneur national. Le 30 janvier, la France reçoit ainsi à Clémenceau la Bulgarie avec dans les cages le Grenoblois Jean-Claude Sozzi. Devant près de 3 000 spectateurs, les Bleus gagnent 5-2, ils remettent d'ailleurs ça le lendemain à Lyon 7-3. En février, le club grenoblois connaît trois nouvelles défaites en Coupe Internationale. Deux aux Pays-Bas, 11-2 à Tilburg contre les Trappers et 12-2 et dont un terrible 8-0 dans le dernier tiers à Geleen face aux Smoke Eaters, et une en Dauphiné 6-4 contre Geleen. Mais il faut quand même préciser que cette équipe de Geleen est très forte avec seulement trois joueurs hollandais et le reste venu du Canada, des États-Unis, de Tchécoslovaquie et même de Pologne. Et en plus sur ce dernier match, c'est le jeune Daniel Blanc qui est dans les cages, et qui s'en sort très bien, remplaçant Jean-Claude Sozzi parti en équipe de France battre la Pologne et la Hongrie. Les Tilburg Trappers remportent donc cette Coupe Internationale. Grenoble doit se contenter de la septième et dernière place (Chamonix ayant été exclu), avec quatre points et de la coupe du fair play qui récompense l'équipe qui a pris le moins de minutes de pénalité. Les Dauphinois auront gagné deux matches, contre Den Bosch, pour dix défaites avec 49 buts marqués pour 87 encaissés.

Course-poursuite sur la promenade des Anglais

Un nul 4-4 contre les Suisses de Bienne (qui eux aussi quittent la glace mécontents pendant un quart d'heure, décidément !) et le G.H.C. attaque les phases finales du championnat de France de deuxième série. Cela commence par deux matches contre le vainqueur de l'autre poule des Alpes, la réserve de Chamonix. Match aller au pied du Mont-Blanc et match nul 3-3. Qualification au match retour 6-3 avec deux buts d'entrée en quarante secondes. Pour ce match, Grenoble a fait jouer trois cadets : Jean-Charles Vérilhac dans les cages puisque Jean-Claude Sozzi est aux championnats du monde, ainsi que Christian Billièras et Christian Maillet. Ces deux derniers inscrivent d'ailleurs un but chacun. Christian Billièras se souvient de son premier match en équipe première : "Pete n'était pas là, retenu par l'équipe de France, le président Couderc m'avait alors demander de jouer, et je marque d'un slap de la ligne rouge !" Christian Billièras qui d'entrée prouve également son "caractère" : "Charly Dessertène, qui était une vraie légende du hockey chamoniard, me charge d'un coup de coude au visage, c'était dans la balustrade près du bar, je réponds, moi le cadet ! Du coup, toute l'équipe chamoniarde me saute dessus !" Celui qui pendant de très longues années va porter le numéro 12 des Brûleurs de Loups a débuté en septembre 1967 par le patinage de vitesse : "J'ai même participé à une exhibition durant les préolympiques, avant de rejoindre le hockey à l'âge de 13 ans dans une équipe où évoluait déjà les Leblond, Butel, Maldéra ou Maric."

En demi-finale, les Grenoblois affrontent Nice. Le match aller se dispute sur la Promenade des Anglais et les Dauphinois se promènent justement 11-1. En revanche, mauvais souvenirs pour Joël Surle et Alain Verdier, attaqués par des voyous sur la promenade des Anglais, et ce dernier est dépossédé de son portefeuille ! Souvenirs de Joël Surle : "J'ai couru, poursuivi jusqu'à l'hôtel par nos agresseurs, qui une fois en face de toute l'équipe, se sont mis eux à courir...".

Le retour a lieu le 27 mars à Clémenceau, et sans soucis une nouvelle fois, les Grenoblois écrasent les Azuréens 19-3. Dès le lendemain (on ne traîne pas...) match aller de la finale du championnat de France de deuxième série contre les Parisiens du C.S.G. Molitor. Comme Jean-Claude Sozzi est toujours aux championnats du monde, c'est le cadet Jean-Charles Vérilhac qui est dans les cages pour un nouveau succès les mains en haut du guidon : 14-4... La finale retour étant prévu pour dans un mois, le G.H.C. peut terminer sereinement sa saison internationale.

Le 2 avril, les Grenoblois dominent les Allemands d'Oberstdorf 8-5. Les jeunes, Christian Maillet, Alain Verdier, Christian Billièras et Jean-Charles Vérilhac, sont même lancés dans le bain international : "Je voulais développer le club, les résultats devaient passer après la formation, car de toutes façons les équipes néerlandaises et les bases canadiennes étaient trop fortes" précise Pete. Un match qui se déroule le jour de la visite à Grenoble du général Mobutu ! Le dictateur zaïrois étant en visite officielle en France.

Jean-Claude Sozzi revient des championnats du monde du groupe C à Tilburg avec une bonne nouvelle : la France accède au groupe B et se qualifie pour les Jeux de Sapporo en 1972. Après la qualification directe pour les J.O. de Grenoble en tant que pays organisateur, c'est un excellent résultat pour l'équipe de France ! Autre bonne nouvelle, mais à l'opposé de l'échelle du hockey français, les minimes de Grenoble remportent le tournoi international organisé par le club du 9 au 12 avril 1971 en battant les Canadiens de la base de Lahr, les Italiens de Milan et les Suisses de Morges. Des minimes vice-champions de France en perdant 2-1 et 4-1 en finale contre les Français Volants de Paris. Dans cette équipe, on trouve des noms qui deviendront célèbres : Daniel Maric, Jean Leblond, Jean-Charles Piccinini, ou encore Gilbert Maldéra. Les hockeyeurs grenoblois terminent ce mois d'avril par trois rencontres internationales, le 9 avec un large succès 10-5 contre les Allemands de Düsseldorf EG pourtant champions d'Allemagne 1967 et vice-champions 1969 et 1971. Une rencontre qui voit Pete inscrire son 400e but sous le maillot grenoblois ! Une semaine plus tard, courte défaite 5-3, en match exhibition contre Tilburg et sa légion étrangère, avec encore tous les buts grenoblois inscrits par Pete Laliberté ! Le 24 avril, le G.H.C. s'offre une victoire de prestige 8-4 contre une sélection des Canadiens de France.

Retrouvailles avec l'élite

Le lendemain, Grenoble dispute donc la finale retour du championnat de France de deuxième série contre le C.S.G. Molitor Paris. Une rencontre sans grand suspense puisque les Dauphinois se sont imposés de dix buts à l'aller. Mais environ cinquante supporters font le déplacement dans la capitale, avec même l'adjoint au maire chargé des sports, Raymond Espagnac, pour voir les Grenoblois devenir champions de France dans la facilité. 15-3 avec sept buts de Joël Surle : "Je m'en rappelle !" dit-il toutes ses années après. Les Grenoblois accèdent donc de nouveau à la première série, l'élite du hockey français.

Buteurs en championnat 1970/71 : Jean-Claude Laplassotte 19, Michel Latour 16, Joël Surle 15, Gérard Goubin 13, Jean-Pierre Cabuis et Christian Maillet 11, Pascal Delmonaco 8, Didier Drablier et Roland Gaillard 6, Alain Verdier 4, Jimmy Biguet 2, Jeff Cabili, Veyron, Jean-Pierre Fialex et Christian Billièras 1 (manquent les buts de la victoire 19-5 à Villard II et un but de la victoire 15-3 à Molitor).

Si la précédente s'était terminée dans la liesse de la montée en élite, la nouvelle saison 1971/72 débute dans la grimace. Quatre joueurs principaux quittent le club. Le gardien international Jean-Claude Sozzi part à Viry : "Ce devait être Saint-Gervais, mais en attente d'une réponse, j'ai choisi Viry pour raisons professionnelles. Je ne savais pas encore que c'était une erreur de partir là-bas !". Les deux piliers Jean-Claude Laplassotte et Jimmy Biguet, en désaccord avec les dirigeants, claquent la porte. Le premier signe à Saint-Gervais, le second à Nice. À ce moment-là, leurs raisons ne sont pas officielles, on les apprendra avec stupeur à la fin de cette saison et une grave crise éclatera au grand jour durant l'été 72. Enfin, Stéphane Dudas quitte également le club pour Villard. Mais pour l'instant, on est surtout interloqué par la décision étrange de la fédération : comme Pete Laliberté est également entraîneur de l'équipe de France, il n'a pas le droit de jouer avec Grenoble en championnat, ni également d'être sur le banc pour coacher ! Il devra suivre les rencontres de son équipe depuis les tribunes.

Le début du championnat est prévu le 12 novembre avec sept équipes dans la poule des Alpes. Il faudra éviter la dernière place synonyme de descente, car pour la poule finale contre les meilleurs clubs du nord, il ne faut pas rêver cette année pour le G.H.C. Pour remplacer l'irremplaçable Jean-Claude Sozzi, les dirigeants font appel à un Américain, une première dans les cages grenobloises. Il s'agit de John Cole, 22 ans, natif de Boston, 1 mètre 80 pour 75 kilos, fils d'un défenseur de l'équipe olympique américaine de 1932. Cet étudiant de Yale a découvert Grenoble, comme la terre entière, à la télévision lors des Jeux de 68. Il est secondé par Jean-Charles Vérilhac et Pierre-François Couderc. En défense, on trouve Roland Gaillard, l'éternel capitaine : "J'avais surtout un rôle relationnel pour faire le lien entre tout le monde, car Pete était le vrai patron, même si je le remplaçais lorsqu'il était absent pour les entraînements". Le tout encadré par quatre Canadiens pour les matches internationaux de la Coupe des Pays-Bas : Pete Laliberté bien sûr, le petit arrière René Labonté qui coache durant les matches de championnat à cause de la décision fédérale, le défenseur Normand Chouinard et l'attaquant Gérard Marcotte de retour au club après deux ans consacrés au tennis.

En ce qui concerne l'autre club grenoblois, l'A.S. Grenoble Sud est devenu l'A.S. Grenoble avec un nouvel entraîneur-joueur, Daniel Grando, en provenance de Saint-Gervais mais qui a déjà joué de nombreux matches internationaux en renforçant le G.H.C., puisqu'il fait ses études dans la cité olympique : "J'ai débuté le hockey à l'âge de 9 ans, la patinoire étant juste au dessus de mon école, et puis de toute façon, à St-Gervais, c'était ski et hockey pour tout le monde ! Je suis ensuite venu faire mes études à Grenoble en 1967, d'abord en maths-physique, mais j'ai continué à faire les allers et retours pour jouer à Saint-Gervais, et puis en 1971, j'étais en dernière année de fac pour être prof d'E.P.S. et le docteur Maigre qui était président de l'A.S.G. et superviseur pour le concours de prof d'E.P.S. m'a demandé de faire mon stage de fin d'étude comme entraîneur-joueur à l'A.S.G., où je suis finalement resté trois saisons." Une section hockey de l'A.S.G. qui compte 60 licenciés dont 27 seniors, 11 juniors, 6 cadets et 2 minimes. Son équipe première est engagée en deuxième série.

"Opéra-baffes" contre Milan

La saison du Grenoble Hockey Club débute le 8 octobre par un match qui va longtemps, mais alors longtemps faire parler. Déjà, il s'agit du traditionnel et explosif match contre les Diavoli qui au fil des ans est pratiquement devenu un derby, mais alors celui-là va être franchement chaud. Les spectateurs vont assister à LA bagarre de l'histoire du hockey à Grenoble ! Dans les rangs milanais cette année-là évolue l'attaquant italo-canadien Franco Gallo, véritable terreur des défenses adverses. On ne saura jamais quelle mouche a piqué ce Gallo, qui en coq de basse cour, a voulu jouer les fiers à bras en s'attaquant au Grenoblois Michel Latour... pourtant réputé dans ce domaine. Erreur fatale, qui s'y frotte s'y pique ! Franco Gallo décoche un magistral coup de crosse en plein visage de Michel Latour, ce dernier, en sang, ayant perdu trois dents dans l'histoire, se rue alors sur son adversaire, lui court après et l'étend pour le compte d'un magistral coup de tête qui laisse le Milanais abasourdi dans une mare de sang, sous les vivats de la foule, comme à la corrida ! Vous me direz, le Gallo en question n'est pas si mort que cela, puisqu'il effectue un tour d'honneur à la fin du match et que le lendemain il est frais comme un gardon pour jouer à Gap : "J'avais quand même été sauvagement agressé par Gallo... Enfin, ça a mis de l'ambiance dans la patinoire !". Les conséquences sont graves pour Michel Latour, suspendu pour quatre mois, soit pour toute la période du championnat de France. Du coup, il s'achète une conduite, pour continuer à patiner durant ces quatre mois : "C'était le deal, je devais obligatoirement devenir arbitre, pendant ma suspension. Il était très difficile de me tromper, car je maîtrisais pas trop mal la palette des coups non autorisés !"

Une semaine plus tard, pour se remettre des émotions milanaises, le G.H.C. met cap au Nord pour l'ouverture de la saison de Coupe des Pays-Bas. "Quels souvenirs extraordinaires se rappelle Christian Maillet, faire de tels matches à 16-17 ans !". Une courte défaite 2-1, à Den Bosch et une superbe victoire à Zweibrücken contre les militaires américains des Warriors 6-4, soit la première victoire à l'extérieur des Grenoblois dans cette compétition ! Mais le 22 octobre les Américains stationnés en Allemagne prennent leur revanche en venant gagner à Grenoble 4-1, malgré un excellent John Cole dans les cages dauphinoises.

Une incompréhensible décision

C'est en ce mois de novembre 1971 que la fédération française des sports de glace prend, sous la pression du ministère de la jeunesse et des sports, l'une de ses décisions les plus aberrantes de son histoire pourtant longue en incohérences... Jean Ferrand, le président du Comité National de Hockey sur Glace et futur président de la F.F.S.G., annonce le plus tranquillement du monde, que la France n'ira pas aux Jeux Olympiques de Sapporo, alors qu'elle s'était pourtant qualifiée brillamment l'an passé lors du mondial C aux Pays-Bas. L'explication tombe sous le sens : "Cela coûte trop cher au ministère d'envoyer les hockeyeurs Français au Japon", trop cher les défaites assurées pour les finances publiques, alors que dans les années 70, l'économie française tourne à plein régime, les trente glorieuses ne se sont pas encore échouées sur le choc pétrolier de 1974.

Quand à la suite des "explications" de Jean Ferrand, elles pourraient faire rire, si cela n'était pas tragique pour le hockey français : " Mais je peux assurer que les sélectionnés Français ne perdront pas au change puisque nous leur avons mijoté un programme de choix avec des matches amicaux contre l'Italie (trois fois), puis la Suisse, la Roumanie et même une tournée au Danemark !". C'est à pleurer !

Surtout que pour couronner le tout, la France n'ira pas au mondial B en Roumanie (celui qui aurait dû se jouer à Grenoble !) en fin de saison. Jean-Claude Sozzi, se souvient amèrement : "Officiellement, c'étaient nos résultats qui étaient moyens, en fait, c'est le ministère qui ne voulait envoyer à Sapporo que des gens capables de ramener des médailles. Quand au mondial, ce sont surtout les joueurs de St-Gervais et Chamonix qui, en représailles à la non-participation olympique, n'ont pas voulu allez en Roumanie". L'une des pages les plus sombres du hockey français, qui en compte déjà pas mal dans ce genre.

Difficile apprentissage de l'élite

C'est dans ce contexte réjouissant que s'ouvre le vendredi 12 novembre 1971, le championnat de France de première série pour le G.H.C. Une entrée en matière pratiquement impossible pour Grenoble privé de ses cadres face au champion de France, le Chamonix Hockey Club, et son redoutable attaquant canadien Normand Descoteaux. Les Chamoniards s'imposent facilement à Clémenceau 7-1 avec 56 tirs contre 19. C'est un autre "ogre" du championnat qui se présente le 26 novembre à Grenoble : le H.C. St-Gervais, seule équipe à contester la suprématie chamoniarde. Et là aussi, pas de miracle, les Dauphinois sont balayés 6-0 et 44 tirs contre 15. Et ça continue deux jours plus tard à Clémenceau avec Gap qui s'impose 13-2. Les Grenoblois peuvent se dire qu'ils ont affronté les meilleurs...

On peut craindre le pire pour les Grenoblois qui se rendent à Milan pour retrouver les Diavoli... après le match, disons mouvementé, disputé à Grenoble. En fait, la rencontre se déroule normalement avec un succès italien 9-5. Et les défaites s'enchaînent : 8-5 contre le CP Liège et 14-0 à Chamonix ! Il y a bien une éclaircie dans cet hiver du hockey grenoblois avec une victoire en Coupe des Pays Bas, à l'extérieur, 6-1 à Viry-Châtillon où évolue pourtant un certain Jean-Claude Sozzi.

Mais c'est de courte durée avec la venue à Grenoble, des redoutables Néerlandais de Tilburg. Le G.H.C. mène pourtant 3-1, mais l'arbitre Canadien Ray Thomas rentre en scène ! Il siffle un pénalty imaginaire aux Trappers, puis envoie Pete pour dix minutes en prison pour avoir contesté cette décision. Il accorde un but non valable, le palet n'est rentré dans la cage que dans son imagination, avant d'envoyer une nouvelle fois Pete dix minutes sur le banc des pénalités... Du coup le public s'en mêle, descend des travées et un spectateur s'empare même d'une crosse dans la mêlée et en donne un coup à un accompagnateur batave. Pour la petite histoire, Tilburg gagne 8-4.

La fin du mois de décembre est un véritable marathon pour les Grenoblois avec cinq rencontres en sept jours ! Défaites en championnat, le 22 à St-Gervais (15-1) et le lendemain à Megève (3-1). Un match nul, le jour de Noël 4-4 en amical contre les juniors Québécois de Rosemont, puis le lendemain, c'est LE derby dauphinois ! Les Grenoblois reçoivent leurs voisins de Villard-de-Lans avec une équipe rajeunie et diminuée : trois arrières seulement, et à chaque changement de ligne un attaquant qui reste sur la glace. Le tout avec cinq juniors et quatre cadets ! Difficile dans ces conditions de faire des miracles et Grenoble s'incline avec les honneurs, c'est un derby quand même, 4-1, but de Joël Surle. Le match retour se déroule sur le Plateau, trois jours plus tard, avec une nouvelle fois un succès villardien 5-2 et un super John Cole dans les cages : "Cette année-là, il était un peu seul pour tenir l'équipe" se souvient Joël Surle.

Les victoires sont rares en cette saison 71-72, alors quand les Grenoblois reçoivent Briançon en championnat le 2 janvier, ils doivent absolument s'imposer pour laisser la dernière place, synonyme de descente, aux Haut-Alpins. C'est chose faite et bien faite 6-2, avec le premier but sous le maillot grenoblois, premier d'une longue série, pour Antoine Sangiorgio et peut-être la relégation laissée aux Briançonnais. Antoine Sangiorgio est arrivé à l'intersaison de Chamonix où il a débuté le hockey en 1959, car ses parents n'avaient pas les moyens de lui faire pratiquer le ski, alors qu'au hockey le matériel était fourni par le club. Un club de Chamonix où il a remporté cinq titres de champion dans les catégories de jeunes.

Le tournant de cette saison se déroule le 16 janvier 1972 avec le match retour à Briançon. Un succès 6-3 qui assure le maintien aux jeunes Grenoblois. Avec une ligne de jeunes qui fait des malheurs, Sangiorgio, Surle et Maillet, une ligne surnommée "les voltigeurs" par Albert Fontaine dans les colonnes du Dauphiné Libéré. Antoine Sangiorgio se souvient : "Comme on n'étaient pas très costauds, on voltigeait pas mal lors des charges ! Mais on compensait par le patinage". Christian Maillet explique cette réussite : "Nous avions un jeu complémentaire, un jeu technique en triangle, qui faisait tourner en bourrique de nombreux défenseurs !". Après ce succès capital dans la plus haute ville d'Europe, le deuxième match en deux jours dans les Hautes-Alpes n'a plus vraiment d'importance et Grenoble perd 6-3 à Gap. Retour à Clémenceau, le 23 janvier pour la suite de ce championnat concentré en quelques semaines avec la venue du C.S. Megève. Il manque Christian Maillet absent à cause de ses études mais on note le retour de Jean-François Maren rétabli de sa fracture de la clavicule. Les Mégevans sont sans pitié : 0-5 ! Dix défaites et deux victoires, 23 buts marqués et 83 encaissés, le bilan est tristounet pour ce championnat, mais l'essentiel est assuré avec le maintien et cette dernière place laissée à Briançon.

Et maintenant, on meuble...

Si le championnat était si concentré, c'était à cause des J.O. de Sapporo, mais comme la France n'y va finalement pas... il faut désormais meubler. Grenoble accueille donc un match de l'équipe de France face au club tchèque de Litvinov qui gagne 5-2. Dans les rangs tricolores débute le jeune Pascal Del Monaco, premier international grenoblois depuis Jean-Claude Sozzi.

"Une consécration pour moi, se souvient Pete. Je me rappelle de ses débuts. Il était venu un mois de septembre me voir avec son copain Pierre Bottari, me dire : 'On veut jouer'. Je leur avais demandé 'Vous savez patiner ?' et ils m'avaient répondu 'On tient debout !'. Et voilà que quelques années plus tard, Pascal était en équipe de France !". Le championnat étant terminé, Grenoble sauvé depuis ses deux succès contre Briançon, la France privée de J.O. et de Mondial B, cette tristounette saison se termine par la Coupe des Pays-Bas où les Grenoblois ne peuvent plus rien espérer, à part faire progresser leurs jeunes. Le G.H.C. reçoit Geleen qui gagne 6-3, pour le retour de Michel Latour après sa suspension de quatre mois : "Après quatre mois d'absence, je me devais d'être efficace dès le début de la rencontre, car ensuite, je manquais bien évidement de rythme. Au cours de ces matches de reprise, j'ai d'ailleurs souvent ouvert la marque, n'étant pas trop maladroit devant la cage...".

Autre défaite contre des Hollandais, 5-4 face au IJS Hokij la Haye et à ses sept Canadiens. Heureusement deux jours plus tard, pour mettre un peu de baume au coeur, les Grenoblois ramènent le nul 5-5 de leur déplacement à Baden-Baden avec un triplé de Gérard Goubin. En revanche, le lendemain, retour aux Pays-Bas et lourde, très lourde défaite à Tilburg, l'ogre de cette Coupe Internationale des Pays-Bas, avec un cinglant 19-1. La plus sévère défaite de l'histoire des Grenoblois dans cette épreuve. Il faut quand même rappeler qu'à l'époque, Tilburg était un grand d'Europe.

Le week-end du 4 et 5 mars, les Allemands de Krefeld sont à Grenoble pour disputer leurs deux matches de Coupe des Pays-Bas, car le championnat allemand est aussi mal foutu que le français et donc fini, et la patinoire de Krefeld déjà fermée... Comme quoi ! Les Allemands s'imposent par deux fois 6-1 et 9-4 avec le jeune Pierre-François Couderc, 17 ans, dans les cages grenobloises. Le 10 mars, les banlieusards parisiens de Viry et leur gardien Jean-Claude Sozzi prennent leur revanche sur Grenoble toujours en coupe des Pays-Bas : 4-2. Heureusement pour la dernière journée de cette compétition, Grenoble termine par une victoire. Un succès 7-5 sur les Américains de Zweïbrucken avec trois buts de Pete Laliberté. C'est Baden-Baden qui remporte cette troisième édition de la Coupe Internationale.

Un dernier match amical contre les Suisses de Bienne remporté 6-0 et voilà cette saison bien moyenne qui s'achève. Bien moyenne, pas si sûr, car pour la première fois de son histoire, le Grenoble Hockey Club est sacré champion de France dans une catégorie de jeunes. Les minimes, deuxièmes l'an passé, sont sacrés champions de France 72 !

Comme quoi tout n'est pas gris. Surtout que l'on s'amuse bien dans ce club. Chaque année, en fin de saison, on remet des prix, au meilleur buteur, attaquant, défenseur, etc. Mais il y a également la remise d'un prix très attendu : le coussin d'or ! Il récompense le joueur qui a passé le plus de temps en prison !

Un prix partagé de longues saisons par Jimmy Biguet et Michel Latour, ce dernier avouant : "Il est vrai que ma carrière a été assez marquée par ce prix !" Avant d'ajouter sur sa réputation de bagarreur : "Les explications entre hommes faisaient aussi partie du folklore..."

Buteurs en championnat 1971/72 : Joël Surle 7, Christian Maillet 4, Antoine Sangiorgio 3, Gérard Goubin 2, Pascal Delmonaco 2, Alain Verdier 1 (manquent quatre buts, contre Gap, à Saint-Gervais et à Megève).

La vie sans Pete

Quelle intersaison 1972 agitée ! La crise qui couvait éclate au Grenoble Hockey Club. Crise financière et morale quand on apprend qu'il y a un trou dans la caisse et que c'est le trésorier qui en est responsable !

Voilà ce qu'avaient découvert et dénoncé la saison précédente Jimmy Biguet et Jean-Claude Laplassotte, ce qui avait entraîné leur départ du club. Des déchirements qui touchent également Pete Laliberté, à qui certains reprochent son rôle d'entraîneur de l'équipe de France qui l'empêcherait de se consacrer entièrement au club. Du coup, après neuf ans à Grenoble, la nouvelle tombe aussi sèchement que le couperet d'une guillotine : Pete Laliberté quitte la ville et part entraîner Lyon : "J'avais eu des mots avec les dirigeants et je suis parti comme cela, sur un coup de tête" semble presque regretter aujourd'hui celui qui restera à jamais l'entraîneur mythique du hockey grenoblois.

"Ces années grenobloises sont quand même mes plus belles années sportives" confesse Pete Laliberté. Un tremblement de terre, une nouvelle à peine croyable pour les supporters de Grenoble qui devront apprendre à vivre sans le "Lion de Montréal". Même si Pete a promis de revenir jouer en renfort quelques matches internationaux au cours de la saison, une page glorieuse de l'histoire du hockey grenoblois se tourne tristement : "Pete est le père du hockey moderne, non seulement bien évidement à Grenoble, mais en France aussi" précise Michel Latour.

La situation est tellement difficile que le G.H.C. n'a plus d'autre solution que de revenir dans le giron du Club des Sports de Glace de Grenoble où il se trouvait en 1965/66. Le président du C.S.G.G. est Serge Bocquet, le président de la section hockey reste le Docteur Robert Leblond, le vice-président, le Docteur Couderc et le secrétaire Jean-Loup Dalaison. Le G.H.C. amène au C.S.G.G. 175 licenciés en hockey, ce qui en fait le plus gros club de France.

Jimmy Biguet et Jean-Claude Laplassotte reviennent à Grenoble, pas encore au C.S.G.G., mais à l'A.S.G. qui l'an passé à raté l'accession en première série lors du dernier match aux Houches.

Jean-Claude Laplassotte explique qu'à St-Gervais "il avait fallu courir derrière son argent toute la saison, il fallait pleurer pour être payé". Il est donc de retour à Grenoble, mais pourquoi à l'A.S.G. ? Marc Braillon, le P.D.G. de l'entreprise de travail temporaire R.M.O., a des ambitions, il a repris l'A.S.G. et veut en faire l'autre grande équipe de hockey de Grenoble : "il avait mis les moyens" se souvient Jean-Claude Laplassotte. Jean-Claude Sozzi revient pour sa part au C.S.G.G., en remplacement de l'Américain John Cole parti au Genève-Servette. Pour lui non plus, cela ne s'est pas bien passé : "Ça a été une erreur d'aller à Viry. On s'est retrouvé dans une chambre d'hôtel minable sur la nationale 7, avec une femme et un gosse, ce n'est pas l'idéal !". Autre retour au club, celui de Stéphane Dudas qui était à Villard. Et puis une recrue inédite : Guy Galiay, un jeune Perpignanais de 20 ans parti tout jeune au Canada, où il a appris le hockey et qui revient en France à Grenoble. Premier club d'une longue et belle carrière dans l'Hexagone. "Comme j'étais français, la fédération canadienne m'avait proposé d'aller tenter ma chance en France, où je ne savais même pas que l'on jouait au hockey ! La fédération canadienne m'avait alors donné l'adresse de Pete et j'ai donc débarqué à Grenoble ! Comme Pete n'était plus au club, c'est Serge Bocquet qui m'a engagé." Et voilà comment on recrute l'un des meilleurs buteurs de l'histoire du championnat de France.

Autrement, pour cette saison, deux autres joueurs signent au CSGG, deux Canadiens venus disputer les rencontres internationales : Fran Powling, 19 ans, 1m80 pour 80 kilos en provenance de Springfield aux Etats-Unis, et Thomas Mac Millan, défenseur né à Toronto en 1948 qui lui a débuté le hockey à l'âge de cinq ans et qui arrive de l'Université de Princeton. Un cinéphile qui apprécie le cinéma français de François Truffaut et Louis Malle.

Pour succéder à Pete, un autre Canadien, anglophone cette fois, Greg Rivet, 24 ans, 1m75 pour 87 kilos. Né à North Bay dans l'Ontario, il a commencé à patiner à trois ans, avant de débuter le hockey à six ans... comme tout bon Canadien qui se respecte ! Avant d'arriver à Grenoble, il a joué quatre ans pour la fameuse université américaine de Yale : "Il était très sympa, un très bon joueur en plus, même s'il n'avait pas beaucoup d'expérience comme entraîneur" se souvient Christian Billièras, et Antoine Sangiorgio d'ajouter : "Il faisait confiance aux jeunes, le courant passait bien...".

Dans cette équipe, il manque le capitaine Roland Gaillard, le Villardien resté après la fin de la fusion. Il raccroche après six saisons à Grenoble et une superbe carrière : "J'avais été muté professionnellement à Toulouse. Je garde comme souvenirs de mes saisons grenobloises le fait d'avoir joué contre de grandes équipes européennes avec en plus la présence de grands bonhommes comme Pete ou de Jimmy Biguet". Jimmy Biguet, toujours le mot pour rire, qui présentait Roland Gaillard comme "sa moitié"... Il faut dire qu'ils jouaient sur la même ligne en défense et que l'un, Jimmy, jouait avec le numéro 16, et l'autre, avec le 8 ! En tous cas, Roland Gaillard fera une carrière professionnelle tout aussi brillante hors glace comme directeur d'agence à Toulouse. C'est le jeune Pascal Del Monaco qui devient le capitaine de Grenoble.

Encore un changement de formule du championnat

Le championnat de 1re série concerne cette année treize équipes. Six dans la poule nord et sept (sic) dans la poule sud, dont Briançon qui finalement a été repêché malgré sa dernière place de l'an passé. Mais cette saison, plus de passe-droit (?), la fédé change sa formule pour l'an prochain en créant une série A et une série B. Il faut donc terminer dans les quatre premiers sous peine de descente en série B. Sacré challenge ! Mais il faut également séduire de nouveau le public après la saison passée bien moyenne et surtout le départ du maître, de l'idole de Clémenceau, Pete Laliberté. D'ailleurs lors du premier match de la saison, pour le traditionnel Grenoble-Diavoli, il n'y a que 460 spectateurs dans les travées de Clémenceau, signe que le public boude. Un match qui se termine sur un score de parité 3-3. Deux jours plus tard, ouverture du championnat à Grenoble, contre Briançon. Le CSGG ne connaît aucune difficulté pour s'imposer 13-3. À signaler l'expulsion au cours de cette rencontre du gardien Jean-Claude Sozzi pour... jet de crosse en direction de l'arbitre !

Grenoble débute une quatrième saison de Coupe Internationale des Pays-Bas en recevant les Néerlandais de Nimègue, avec leur redoutable gardien canadien, Charly Ewing. Devant une nouvelle fois moins de 500 spectateurs, Grenoble s'incline 4-1. Ils ne sont guère plus nombreux une semaine plus tard face aux Belges de l'I.H.S.C. Bruxelles, une équipe composée en grande partie de Canadiens étudiants à la faculté de Louvain. Les Grenoblois arrachent le nul 3-3, sans Jean-Claude Sozzi et Guy Galiay. Ils représentent le club de Grenoble en équipe de France qui bat l'Italie, le même soir 4-1. Guy Galiay se souvient : "J'avais été sélectionné par Pete juste après mon premier match de championnat de France !". En revanche, la patinoire est pleine le 3 novembre pour assister pourtant à une défaite 7-3 contre la base de Zweibrücken. La cause de cette foule ? Pete Laliberté, bien sûr, venu pour un soir renforcer ce qui reste, encore de nos jours, son club de cur !

Politique à Grenoble, vin chaud à Villard

Retour au championnat le dimanche 5 novembre avec un déplacement à Briançon qui se solde par une victoire : 4-2. En revanche, c'est beaucoup plus difficile, cinq jours plus tard, pour la réception de Chamonix. Les champions de France s'imposent à Clémenceau 4-1 devant une patinoire bien remplie.

Le public grenoblois qui ne va pas regretter d'être venu en nombre (1500 spectateurs) pour voir la défaite 5-2 des Belges du C.P. Liège. Et pourtant, les Dauphinois n'avaient pu s'entraîner la veille du match, la patinoire étant prise par... un meeting du Parti Communiste Français. Et revoilà le derby des derbies. Le 24 novembre 1972, le C.S.G. Grenoble se rend à Villard-de-Lans dans des conditions météo difficiles, la patinoire des Ours étant encore découverte. Et ce soir-là il neige beaucoup sur le Plateau du Vercors. Dans le dernier tiers, la neige tombe très fort, trop fort, empêchant le jeu de se développer, et comme en plus un seul arbitre a pu se rendre dans le Vercors, on en reste là à 6-1 pour Villard. L'attaquant grenoblois Joël Surle se rappelle de ces derbies : "Le spectacle était tout autant dans les gradins que sur la glace, surtout qu'à Villard avec la patinoire découverte, il n'y avait que le vin chaud pour réchauffer les supporters !" avant d'ajouter : "Mais entre joueurs on s'entendait très bien".

Le lendemain de ce derby, le C.S.G.G. reçoit la redoutable équipe de St-Gervais, la seule qui s'approche du niveau de jeu de Chamonix. Pas de surprise, les visiteurs s'imposent 5-3. Mais son exploit, Grenoble va l'avoir le 1er décembre en recevant un autre ogre du championnat, le Gap H.C. Avec un Jean-Claude Sozzi impérial dans les cages, les Grenoblois gagnent 6-3, et sur leur lancée, nos Grenoblois s'imposent dans l'antre enflammée des diables milanais : 5-3.

Ce début décembre, le C.S.G.G. réalise peut-être sa plus belle tournée en Coupe des Pays-Bas : "On a fait des matches internationaux de haut niveau" se souvient Guy Galiay. Cela commence le 7 décembre par un match de gala à Nancy remporté 7-0, contre une sélection des meilleurs joueurs de la Ligue de l'Est, c'est-à-dire essentiellement les Canadiens renforçants Nancy, Strasbourg et Metz. Le lendemain c'est plus difficile à Nimègue, mais les Grenoblois créent la surprise avec un succès 3-2. Un jour plus tard, quel rythme, nouvel exploit des Dauphinois qui arrachent le nul 5-5 à Liège. Une journée dans le bus et un autre exploit, un nul 3-3 à Tilburg, triple vainqueur et leader incontesté de cette coupe des Pays-Bas, qui reste sur 22 victoires consécutives à domicile. Quelle tournée : une victoire et deux nuls chez des ténors du hockey européen avec leurs légions canadiennes, des véritables professionnels bousculés par les amateurs et étudiants français... Après cette superbe série de résultats, la venue de Megève le 15 décembre crée un véritable engouement. Dans les colonnes du Dauphiné Libéré, ce match est annoncé comme une rencontre internationale. Il faut dire que pour le maintien, il est capital d'écarter les Mégevans. Longtemps menés 3-2, les Grenoblois parviennent à égaliser sur pénalty par Greg Rivet à quinze secondes de la fin. Et puis patatras, les Megève inscrit le but de la victoire à la... dernière seconde ! Une telle malchance, ce n'est pas possible, de quoi vous donner des cauchemars... Surtout que deux jours plus tard, Grenoble perd à Gap 7-1, avec trois buts refusés au CSGG !

Miracle à Cham

Cependant, cette jeune équipe de Grenoble s'accroche à son rêve de maintien. Mais pour cela, il n'y a plus de choix : Il faut tout gagner ! Et quand on sait que le mercredi 20 décembre 72, Grenoble se rend à Chamonix... On peut craindre le pire ! Pour ce match, comme il y a des absents, Greg Rivet fait appel à deux cadets : Jean-Marie Valchade et Jean Leblond, ce dernier se souvient : "J'avais été appelé dans l'après-midi pour jouer chez le champion de France ! Et en plus, je donne une assistance à Christian Maillet..." L'équipe aux 25 titres de champions de France est invaincue sur sa glace depuis 15 ans ! Et c'est le miracle ! Les Dauphinois déchaînés alignent les buts pour s'imposer à la stupéfaction générale 5-2. Antoine Sangiorgio ravi de gagner sur ses terres : "C'était comme une revanche, le club de Chamonix ne m'avait rien proposé pour mon avenir, n'avait rien fait pour m'aider au contraire de Grenoble où j'avais un travail". Une première dans l'histoire du club grenoblois. Enfin l'ogre a été mangé par le petit poucet ! Pourtant comme l'explique Jean Leblond : "La préparation d'avant match était sommaire, ça jouait encore aux cartes, trois minutes avant que le bus n'arrive à la patinoire !".

Mais cette équipe grenobloise n'a pas le droit d'en rester là. Deux jours après son exploit chamoniard, le 22 décembre, elle reçoit sa voisine de Villard-de-Lans. Pour conserver un espoir, Grenoble est condamné à l'exploit devant un millier de spectateurs. Et les Grenoblois réalisent le début de match le plus parfait possible en menant 4-0 à la fin de la première période ! Quatre buts en quatre minutes. Incroyable ! Vous pensez que les Villardiens vont revenir ? Pas du tout, les Grenoblois enfoncent le clou pour un succès final 9-5. Premier succès grenoblois dans le derby depuis décembre 1965 ! Les Grenoblois ont renversé la vapeur et reviennent à cette fameuse quatrième place synonyme de bonheur. Le grand moment de la saison arrive.

Retour à l'étage inférieur

Le mercredi 27 décembre, le C.S.G.G. joue son maintien à Megève avec l'occasion rêvée d'effacer la défaite du match aller à l'ultime seconde. 5-4 pour Megève à dix minutes de la fin, c'est insoutenable, il y a de la place pour passer. Hélas, trois fois hélas, cela ne passe pas et le score ne bouge pas. Grenoble ne sera pas dans les quatre premiers de cette poule beaucoup plus difficile que celle du nord et descend en série B, plus que rageant, injuste. Le dernier match le lendemain à Saint-Gervais ne sert à rien et submergé par la déception les Grenoblois s'inclinent 4-1, le ressort est cassé. Malgré la fin de la première phase, le championnat n'est encore terminé, il reste les poules de classement. Pour le titre, on retrouve Chamonix, St-Gervais, Gap, Villard-de-Lans, les Français Volants de Paris et Viry-Châtillon, en poule B, places de 7 à 10, avec Grenoble, Megève, Croix et Lyon, enfin, la poule C, places 11 à 13, avec Briançon, le Vésinet et Boulogne-Billancourt.

Mais de toute façon pour Grenoble, il ne s'agit que d'une poule de classement, la descente est assurée. Cette poule débute le 21 janvier par un déplacement à Croix et Grenoble gagne 3-1. Éliminés de la course au titre, il reste la coupe des Pays Bas, avec une troisième place à défendre. Mais une succession de défaites, dont une à Zweibrücken chez les soldats américains la semaine de la fin de la guerre du Vietnam, mettent un coup d'arrêt aux ambitions internationales dauphinoises. Une parenthèse championnat en forme de victoire en roue libre à Lyon 9-0 et les Dauphinois partent pour une deuxième série de matches aux Pays-Bas et en Belgique. Quatre rencontres et autant de défaites : 9-2 à Rotterdam, 7-2 à la Haye, 6-4 à Geleen et 11-5 à Bruxelles, adieu les sommets ! Le 24 février, le CSGG retrouve Megève en poule de classement... et gagne enfin, 8-4, même si c'est lors de la première phase qu'il aurait fallu triompher. Une équipe grenobloise qui semble d'ailleurs retrouver de l'allant puisqu'une semaine plus tard elle terrasse à Clémenceau les Néerlandais de Geleen, 6-3. Le public d'ailleurs qui ne s'y trompe pas avec une véritable standing ovation en fin de rencontre. Un sursaut confirmé le 4 mars par une très large victoire en championnat 13-2 contre Croix.

De quoi en faire un flan...

Dernière rencontre avant la trêve, puisque l'équipe de France part aux championnats du monde du groupe C à la Haye, une patinoire que connaissent bien les deux Grenoblois sélectionnés, Jean-Claude Sozzi et Guy Galiay. Deux jeunes Grenoblois sont par contre exclus de l'équipe de France, Antoine Sangiorgio et Christian Billièras, accusés à tort d'avoir mis une cigarette dans le flan de Pete, son dessert préféré. Ayant refusé de dénoncer celui qui avait fait cette mauvaise blague, ils sont donc écartés du groupe France !

Le 16 mars le C.S.G.G. reçoit la visite d'un redoutable club tchécoslovaque : le Dukla de Jihlava. Le club de l'armée est deuxième du championnat de son pays et compte sept internationaux. Il s'impose sans sourciller 12-2. Ce simple match amical aura de très bonnes conséquences sur l'avenir du hockey grenoblois... Chut ! Un peu de patience ! En attendant, les Grenoblois prennent leur revanche sur Viry en Coupe Internationale des Pays-Bas en gagnant à Clémenceau d'un petit but 7-6. 4 victoires, 3 nuls et 11 défaites, et une huitième place sur dix, cela reste cependant le meilleur résultat de Grenoble en quatre éditions : "Le championnat nous paraissait presque une corvée en comparaison du niveau très élève de la coupe des Pays-Bas" précise Christian Billièras. Une coupe remportée par les Tilburg Trappers qui reprennent leur trophée abandonné l'année dernière à Baden-Baden.

La saison s'achève par deux rencontres de la poule de classement du championnat de France, gagnés facilement 9-3 et 6-4 contre Lyon et Megève. Grenoble termine donc ce championnat, remporté pour la 26e fois par Chamonix, à la septième place, la plus mauvaise puisque seuls les six premiers joueront l'an prochain la nouvelle Série A. Le C.S.G.G. devant se contenter de la Série B. En attendant, les 21, 22 et 23 avril, les juniors du club disputent la finale à quatre du championnat de France junior à Gap. Les Grenoblois terminent troisièmes. Mais l'autre bonne nouvelle vient de l'A.S. Grenoble. Après avoir raté le coche l'année dernière, le club entraîné par Dany Grando est champion de France de deuxième série après avoir battu en finale la réserve de Viry : 6-6 à Grenoble et 7-3 dans l'Essonne. Ces champions de France sont les suivants : Patrick Partouche dans les cages, Jimmy Biguet, Christian Robin, Robert Megy et Raphaël Digirolamo en défense, Dany Grando, Jean-Claude Laplassotte, Gaston Verville, Gérard Arolès, Bertrand Girard, Jean-Pierre Gianechini, Meunier et Daniel Saporito en attaque. Soit une belle brochette d'anciens de l'autre club grenoblois ! L'A.S.G. monte donc en série B, où descend le C.S.G.G. !

Buteurs en championnat 1972/73 : Greg Rivet 18, Guy Galiay 17, Antoine Sangiorgio 12, Stéphane Dudas 7, Didier Drablier et Christian Maillet 5, Michel Latour, Pascal Delmonaco et Christian Billièras 4, Jean-Charles Piccinini, Gérard Vaschalde et Joël Surle 3, Bernard Morales 2, Gilbert Maldéra et Philippe Duru 1 (manquent sept buts, contre Gap et à Saint-Gervais).

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