Grenoble - Rouen (14 mai 1991)

 

Finale aller du championnat de France.

La patinoire Clémenceau dispose de 2043 places assises, plus environ 500 debout, et pourtant elle accueille ce soir deux fois plus de monde. On n'avait jamais vu un tel engouement pour une finale de championnat de France. Il y a plus de 4000 personnes, et on a même inscrit 4500 sur la feuille de match officielle. Même la salle de réunion située sur le toit du bar de la patinoire a été exceptionnellement ouverte au public (et à une émission de Radio France Isère en direct), après un étayage réalisé par les services techniques de la ville pour éviter que le plancher ne s'effondre sous le poids des spectateurs enthousiastes.

Conséquence possible de cette foule, l'état de glace est douteux et peu digne d'une finale. Au moins peut-on respirer : des panneaux "interdiction de fumer" ont été installés, devançant l'application de la récente loi Évin. En revanche on ne s'entend pas : la sono assourdissante rend impossible les conversations... à moins de les amplifier. Les supporters isérois ont installé un haut-parleur derrière la cage occupée au premier et au troisième tiers par le gardien rouennais Petri Ylönen, pour mieux lui mettre la pression.

La pression est forte aussi sur la glace. On joue depuis seulement quarante secondes et Randall reste sur la glace après une grosse mise en échec grenobloise. Le jeu est physique et les défenseurs prennent les premières pénalités. Celles de Woodburn et de Lemoine se chevauchent pendant une minute, mais au moment où les Brûleurs de Loups reviennent à cinq, Gérald Guennelon part en prison à son tour. Benoit Laporte donne alors l'avantage à Rouen par un slap en angle à mi-hauteur. Les offensives rapides que déploit Grenoble restent sans effet alors que les Dragons mettent plus souvent le feu. Jean-Philippe Lemoine cafouille la rondelle au passage de sa ligne bleue défensive, Franck Pajonkowski récupère le palet et sert Guy Fournier pour le 0-2. La domination iséroise en fin de tiers n'y change rien.

Grenoble se heurte à des arrières plus physiques et mieux en place. La défense locale commet plus d'erreurs et, dès le début de la deuxième période, Pajonkowski est au rebond d'un tir de Fournier pour ajouter un troisième but. Cette finale est-elle déjà pliée ? L'intensité baisse et même les supporters isérois moins bruyants semblent avoir perdu confiance. Thierry Chaix est tout près de tuer le match en s'échappant dans le dos de Lemoine, mais le gardien Jean-Marc Djian remporte ce face-à-face décisif. La soirée bascule alors sur une pénalité bête des Normands pour surnombre, qui permet à Philippe Bozon de marquer d'un slap en coin.

Le moral regonflé, les Brûleurs de Loups sont déchaînés en ressortant des vestiaires. Stéphane Barin repique devant la cage et passe en retrait à Christophe Ville pour une reprise instantanée. Deux minutes plus tard, ce même Ville intercepte un dégagement raté et tire à travers le trafic. Le meilleur joueur français de la saison, qui a encore confirmé son statut par ces deux buts, prend alors un coup dans son genou droit déjà blessé. Il se fait soigner sur le banc, et quand il revient au jeu, il donne aussitôt une passe décisive à Yves Crettenand ! Ville n'en a pas fini, il obtient son quatrième point en dix minutes lorsqu'un il remet en retrait à la ligne bleue vers Jean-Philippe Lemoine qui envoie un puissant slap à ras glace dans le coin droit de la cage d'Ylönen.

Christophe Ville a semble-t-il renversé le match à lui seul, mais Bernard Séguy est pénalisé pour avoir déplacé la cage. Claude Verret remporte la mise au jeu et envoie un lancer non cadré qui frappe la balustrade... et arrive sur Benoît Laporte qui prend Djian à contrepied. La tension monte encore d'un cran, Karol Svoboda se présente seul devant Ylönen mais tire à côté. Grenoble finit le match avec un avantage minimal qui augure d'un match retour très incertain samedi à Caen.

Commentaires d'après-match (dans le Dauphiné Libéré et L'Équipe) :

Christian Pouget (attaquant de Grenoble) : "Vraiment un beau come-back. On a l'habitude de mal commencer nos rencontres. Ce soir le retour a été difficile. Maintenant je vais filer à l'hôpital. Je souffrirais d'une distorsion acromio-claviculaire et le Docteur craint même une fracture."

Jean-Philippe Lemoine (défenseur de Grenoble) : "Vraiment, nous avons eu peur. Ce match, on voulait le gagner et au bout d'un tiers-temps nous étions très mal barrés. Tout le monde s'est serré les coudes et le public y a toujours cru. Au début, on en voulait trop et nous étions trop nerveux. On s'est calmés et ensuite tout s'est arrangé. De toute façon nous avons été habitués cette saison à de telles remontées. Les blessés ont su oublier leurs douleurs, c'est encourageant. Maintenant, il reste un match pour les battre. Nous serons motivés à cent pour cent."

Philippe Bozon (attaquant de Grenoble) : "Nous avions tellement à cœur de réussir notre match que avons commencé trop contractés. Nous avons prouvé que cette équipe avait du cœur, de l'orgueil. Dès que nous avons marqué, nous avons travaillé encore plus pour les faire douter. La solution était de shooter. Lorsque j'ai marqué à la fin du deuxième tiers-temps, c'était pratiquement mon premier tir. Ensuite tout le monde s'y est mis et c'est rentré. Il nous reste maintenant quatre jours pour préparer le retour. Tout le monde y croit."

Larry Huras (entraîneur-joueur de Rouen, ci-contre en photo par Pascal Longuemare) : "Mon équipe a laissé échapper bêtement une victoire largement à sa portée. Mais que voulez-vous, Grenoble a bien joué le coup ! C'est dommage car nous étions très motivés. La preuve, c'est que nous tournions bien jusqu'à la pénalité stupide pour surnombre, un véritable cadeau offert aux Grenoblois. Jusque-là, notre tactique avait super bien marché. Franchement, Rouen aurait pu mener encore plus largement sur le score de 4-0 voire 5-0. Rappelez-vous par exemple que Thierry Chaix s'est échappé tout seul en break. Malheureusement il a manqué de réussite. Je pense que celui qui nous a véritablement battus dans ce premier round, c'est leur attaquant Christophe Ville. Celui-là, il a été vraiment l'homme du match. Il mérite amplement son titre de meilleur joueur français de la saison. Notre quatrième but vaut de l'or. Un but d'avance, c'est que dalle. Croyez-moi, nous sommes loin d'être morts."

Jean-Marc Djian (gardien de Grenoble) : "Si Ville et Pouget ne peuvent pas jouer samedi, ce sera très difficile de rééditer cette performance. Ce serait un handicap énorme. Nous avons prouvé que nous étions capables de supporter moralement un retard de trois buts et de renverser complètement la situation sur la fin. C'est la grande différence avec la finale de la saison dernière où Rouen était inaccessible. À l'époque, nous considérions notre présence en finale comme une récompense alors que cette fois on croit vraiment à la victoire. Je reviens bien, mais il est grand temps puisque c'est la fin du championnat ! Ce qui me manque encore c'est la condition physique. J'ai mis 25 minutes à rentrer dans la partie. J'espère que ce sera plus rapide à Caen car on risque d'en avoir bien besoin... Après notre victoire, la pression est entièrement sur l'équipe de Rouen. Le public de la patinoire de Caen sera logiquement en faveur de Rouen, mais la grande dimension de la piste devrait nous avantager. Et puis je pense que nous avons pris un ascendant moral."

 

CSG Grenoble - Rouen HC 5-3 (0-2, 1-1, 4-1)
Mardi 14 mai 1991 à 20h30 à la patinoire Clémenceau. 4500 spectateurs.
Arbitres : Éric Malletroit assisté de Lionel Ollier et Jean-Christophe Benoist.
Pénalités : Grenoble 10' (4', 4', 2') ; Rouen 10' (4', 6', 0').

Évolution du score :
0-1 à 06'20" : Laporte assisté de Verret et Fournier (sup. num.)
0-2 à 13'22" : Fournier assisté de Pajonkowski
0-3 à 22'52" : Pajonkowski
1-3 à 37'11" : P. Bozon assisté de Guennelon (sup. num.)
2-3 à 41'25" : Ville assisté de Barin
3-3 à 43'13" : Ville
4-3 à 44'59" : Crettenand assisté de Ville
5-3 à 49'54" : Lemoine assisté de Ville
5-4 à 54'52" : Laporte assisté de Verret (sup. num.)
 

CSG Grenoble

Attaquants :
Christian Pouget (C, -1, 4') - Karel Svoboda (-1) - Philippe Bozon (A, -1)
Yves Crettenand (+4) - Christophe Ville (+4) - Stéphane Barin (+4)
Éric Lebey (-1) - Fabrice Texier (-1) - Christian Bozon (-1)

Défenseurs :
Jean-Philippe Lemoine (A, +1, 2') - Gérald Guennelon (+1, 2')
Stephen Harrison (+1) - Bernard Séguy (+1, 2')

Gardien :
Jean-Marc Djian

Remplaçants : Yaël Cravero (G), Nicolas Carry, Allan Chauvin (D), Jean-Luc Chapuis, Stéphane Arcangeloni (A).

Rouen HC (2' pour surnombre)

Attaquants :
Franck Saunier (+2) - Franck Pajonkowski (+2) - Guy Fournier (+2)
Benoît Laporte (-4) - Claude Verret (C, -4) - Thierry Chaix (-2, 2') ou Mickaël Babin (-2)
Patrick Daley (A) - Patrice Fleutot - Stéphane Ducable

Défenseurs :
David Randall (-1) - Steven Woodburn (-2, 4')
Denis Perez (A) - Larry Huras (2')
Alain Roux (-1)

Gardien :
Petri Ylönen

Remplaçants : Philippe Ranger (G), Stéphane Lesiourd, Steve Marie (A).

 

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