Suède - Allemagne (26 août 1996)

 

Match comptant pour le groupe Europe de la Coupe du monde 1996.

Dans le tabloïd suédois Expressen, le chroniqueur suédois Mats Olsson a commenté avec dédain la participation germanique à cette compétition, dont il regrette au passage qu'elle ait été rebaptisée "coupe du monde" comme tant d'autres évènements sportifs, alors que son ancien nom, Coupe Canada, avait plus de classe. "L'Allemagne à la coupe du monde de hockey ? Oui, bien sûr - la Bundesbank, le Deutsche Mark, la télévision." Selon lui, l'attrait de l'économie allemande est le seul responsable de cette mascarade qu'est la formule à deux poules, où la Russie et la Slovaquie sont absurdement envoyées dans un groupe nord-américain. Cela n'est pas totalement exact, car la partition de la Tchécoslovaquie posait de toute manière problème. Pour maintenir un tournoi à six équipes sur un seul continent, il aurait fallu ignorer les Slovaques, qui auraient alors eu leurs propres raisons de polémiquer.

Les hockeyeurs allemands ont donc une mission ce soir, prouver qu'ils méritent leur place dans cette coupe du monde, non pas uniquement pour de basses raisons financières, mais aussi pour leur valeur sportive. Savoir qu'un gratte-papier suédois s'amuse à égrener leurs noms, y compris celui de l'illustre capitaine Dieter Hegen, seul rescapé de l'unique participation allemande à la Coupe Canada en 1984, comme s'il s'agissait de présumés inconnus qui gâcheraient le précieux temps des vedettes suédoises, cela a de quoi exaspérer.

Ceci dit, il est vrai qu'ils peinent à soutenir leur comparaison. Le seul homme qui leur permet de résister, c'est Olaf Kölzig, mais il le fait bien. Le gardien né en Afrique du sud, bien qu'il ait grandi au Canada où il a appris le hockey, a toujours gardé son passeport allemand qu'il tient de ses parents. Précieux sésame à vrai dire, qui lui permet de prendre part à cette coupe du monde. Il a endossé le maillot de l'Allemagne pour la première fois lors des rencontres de préparation, et le voilà qui tient sa cage inviolée pendant trente minutes malgré l'outrageuse domination canadienne.

Mais, juste après la mi-match, les visiteurs craquent. En retard sur des adversaires plus rapides et plus forts, ils sont contraints de commettre des fautes. Thomas Brandl, qui avait déjà été pénalisé pour avoir retenu la crosse de Nylander en début de tiers-temps, fait cette fois trébucher Juhlin. Le lancer masqué de Nicklas Lidström se charge alors d'ouvrir le score. Mais ce n'est pas fini, car les pénalités s'enchaînent. Celle de Goldmann qui a rudoyé Bergqvist est finie depuis cinq secondes quand Kunce se rend coupable d'un cross-check sur Sundström. On ne peut pas rester aussi longtemps en infériorité sans payer la note. Ulf Dahlén décale Mikael Nylander qui double la mise dans la cage ouverte.

La troisième période est l'occasion de lever un doute dans les esprits suédois. On commençait en effet à remettre en question Mats Sundin, qui n'avait marqué qu'un but en cage vide pendant les rencontres de préparation. L'entraîneur Kent Forsberg a fait le bon choix en séparant le meilleur marqueur des Toronto Maple Leafs de son fils Peter Forsberg. Alignés ensemble avec Garpenlöv dans les matches amicaux, les deux stars avaient tendance à attendre mutuellement que l'autre récupère le palet. Désormais, ils ne se retrouvent ensemble que sur les unités spéciales. Sundin joue en pointe en supériorité, et c'est dans cette position qu'il inscrit le troisième but d'un slap foudroyant.

Le pauvre Kölzig craque complètement et prend deux nouveaux buts dans la musette dans les deux minutes qui suivent. Tout d'abord, Nylander rend la pareille à Dahlén en le décalant à son tour pour une jolie reprise, avant que Niklas Sundström n'inscrive le cinquième but. George Kingston fait alors logiquement sortir Olaf Kölzig qui doit en avoir assez après ces trois buts en trois tirs en troisième période, mais tout le monde se dit alors qu'il devrait resservir par la suite.

Pas de chance pour le gardien rentrant Klaus Merk, car Peter Forsberg a décidé de faire des siennes. En infériorité numérique, il déménage un joueur allemand d'une puissante charge de l'épaule et récupère le palet pour libérer par une passe parfaite Johan Garpenlöv qui glisse le palet entre les jambières de Mark.

Les Allemands sont-ils condamnés à subir les railleries doublées de la presse populaire suédoise ? Non, car ils ont une belle réaction d'orgueil en fin de match. Bien décidés à empêcher Tommy Salo de dormir sur ses deux oreilles, ils parviennent enfin à le priver de blanchissage à quatre minutes de la fin, même s'ils doivent ce but pour l'honneur à un Canadien naturalisé, Mark MacKay. La démonstration n'est donc peut-être pas encore vraiment convaincante.

Étoiles du match : *** Nicklas Lidström (SUE), ** Mats Sundin (SUE), * Peter Forsberg (SUE).

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match (dans le Toronto Sun)

Kent Forsberg (entraîneur de la Suède) : "J'ai dit à mes gars qu'ils pouvaient s'attendre à un 0-0 pendant un bon bout de temps, mais que nous ne pouvions pas perdre. Nous sommes trop bons pour eux."

Mats Sundin (attaquant de la Suède) : "La discussion d'avant-match a tourné autour de la patience. Nous savions que les Allemands pourraient nous tenir en échec pendant un moment. Nous n'avons rien changé après la première période. Nous sommes restés calmes. [on lui dit que USA Today a placé la Suède septième sur huit dans ses pronostics, et que les journalistes canadiens et russes ne placent pas la Tre Kronor dans leurs favoris] Tant mieux si les gens disent ça de nous. Les athlètes suédois sont réputés pour mieux jouer lorsqu'ils sont des outsiders. Le Canada est favori, mais il y a beaucoup d'équipes assez proches dans ce tournoi."

Kenny Jönsson (défenseur de la Suède) : "Nous étions assez nerveux en première période. Nous ne voulions pas être menés au score contre une équipe comme l'Allemagne, car une fois qu'ils ont marqué ils peuvent être difficile à remonter. C'est pareil qu'à Toronto. Les supporters n'aiment pas nous voir perdre contre des équipes plus faibles."

 

Suède - Allemagne 6-1 (0-0, 2-0, 4-1)

Lundi 26 août 1996 au Globen de Stockholm (SUE). 13521 spectateurs.

Arbitrage de Kerry Fraser (CAN) assisté de Ray Scapinello (CAN) et Dan Schachte (USA).

Pénalités : Suède 18' (4', 6', 8'), Allemagne 16' (2', 10', 4').

Tirs cadrés : Suède 48 (12, 28, 3+5), Allemagne 21 (4, 5, 12).

Évolution du score :

1-0 à 32'09" : Lidström assisté de Forsberg (sup. num.)

2-0 à 36'40" : Nylander assisté de Dahlén et Garpenlöv (sup. num.)

3-0 à 43'24" : Sundin assisté de Forsberg (sup. num.)

4-0 à 43'51" : Dahlén assisté de Nylander et C. Johansson

5-0 à 45'24" : Sundström assisté de Sundin

6-0 à 49'46" : Garpenlöv assisté de Forsberg

6-1 à 56'00" : MacKay assisté d'Ustorf et Benda

 

Suède

Gardien : Tommy Salo.

Défenseurs : Mattias Norström - Nicklas Lidström ; Kenny Jönsson - Calle Johansson ; Roger Johansson - Tommy Albelin.

Attaquants : Daniel Alfredsson - Peter Forsberg - Johan Garpenlöv ; Mats Sundin - Niklas Sundström - Mikael Andersson ; Patrik Juhlin - Mikael Nylander - Ulf Dahlén ; Andreas Johansson - Fredrik Nilsson - Jonas Bergqvist.

Remplaçant : Tommy Söderström (G).

Allemagne

Gardien : Olaf Kölzig puis Klaus Merk à 45'24".

Défenseurs : Mirko Lüdemann - Jayson Meyer ; Daniel Nowak - Daniel Kunce ; Michael Heidt - Erich Goldmann.

Attaquants : Andreas Lupzig - Thomas Brandl - Leo Stefan ; Dieter Hegen - Benoît Doucet - Jürgen Rumrich ; Stefan Ustorf - Mark MacKay - Jan Benda ; Reemt Pyka - Peter Draisaitl - Jochen Hecht.

 

Retour à la Coupe du monde