Russie - Slovaquie (9 mai 1998)
Championnats du monde 1998, deuxième tour, groupe F.
Entre deux équipes réputées plus techniques que physiques, on pourrait s'attendre à du spectacle. Mais les perdants de la première journée on adopté la même stratégie très prudente. On s'ennuie donc ferme pendant 40 minutes à la patinoire de Bâle, bien loin de l'incandescence de jeudi soir.
Les premiers tirs slovaques sont peu dangereux, il faut attendre celui de Peter Pucher à la neuvième minute pour y sentir plus de puissance. Le seul arrêt déterminant du gardien Oleg Shevtsov est sa parade de la mitaine sur ce tir de poignet du Branislav Jánoš qui partait au ras de son poteau gauche. C'est pire encore de l'autre côté : le premier lancer russe, signé Fokin, n'intervient qu'à la douzième minute... et est envoyé presque de la ligne rouge. La différence se fait en avantage numérique, domaine où la Slovaquie se montre particulièrement inefficace. Juste après la meilleure occasion slovaque (un tir de Jánoš au ras du poteau bien détourné par Shvetsov), Jergus Bača part en prison pour retenir et la Russie ne met que 22 secondes à en profiter. Après un tour de cage du capitaine Vitali Prokhorov, le rebond est finalement dégagé par Stümpel... sur le défenseur Dmitri Erofeïev qui arrête le palet et décoche un puissant slap rasant, peut-être dévié (1-0).
Le deuxième tiers est tout aussi fermé et les lancers sont souvent lointains. Mais quand Viktor Kozlov décale bien Sergei Berezin en zone neutre, le plongeon désespéré du défenseur Róbert Švehla ne réussit pas à contrer le palet. Le poke-check du gardien Miroslav Simonovič est même contre-productif car sa crosse sert de tremplin à la rondelle et facilite le but de Berezin ! (2-0) Même les pénalités idiotes - une obstruction de Morozov et un palet volontairement dégagé en tribune par le gardien Shevtsov - ne handicapent pas les Russes. Ils jouent quatre minutes presque sans discontinuer en infériorité numérique mais le meilleur tir est sans doute pour eux (celui de Sarmatin).
Les pourcentages d'efficacité aux tirs (4%) et de supériorités numériques converties (10%) tombent vraiment à la cage pour la Slovaquie. Pas en réussite alors qu'elle était très appliquée et bien organisée, elle finit par se découvrir ses arrières au troisième tiers-temps. Alors que Sekeráš a pris sa seconde pénalité du soir (retenir), les Russes creusent l'écart sur une attaque rapide. Nazarov reçoit une longue passe de Kozlov et sert le défenseur Dmitri Yushkevich pour un puissant lancer en entrée de zone (3-0). Les Slovaques oublient leur priorité défensive, Sergei Petrenko intercepte un palet de Jerguš Bača à la ligne rouge centrale et dribble Simonovič en un contre un pour marquer du revers (4-0).
C'est curieusement à 4 contre 5 (cinglage de Peter Pucher) que la Slovaquie met fin à 146 minutes de disette offensive, par un rebond chanceux sur Sekeráš après une action de Voskar (4-1). Mais elle encaisse deux buts supplémentaires dans les deux dernières minutes, d'abord par Kozlov sur passe de Morozov, puis par Berezin servi devant la cage par Kozlov qui a intercepté une sortie de zone de Róbert Švehla (6-1). Ce score enlève tout espoir de qualification à la Slovaquie, dont la dernière chance mathématique passerait par une victoire sur la Suisse avec... 9 buts d'écart. Son gardien Miroslav Simonovič, révélation du tournoi alors qu'on voyait en lui le point faible, a fini par montrer ses limites ce soir.
Quand la Russie veut, elle peut. C'est la leçon de ce soir. En zone neutre, elle a livré son meilleur match de la compétition et n'a pratiquement commis aucune erreur. Sous la menace d'une élimination précoce, elle a su se montrer plus patiente pour exploiter d'abord les erreurs adverses avant de pouvoir déployer son talent individuel. Si elle joue ainsi contre les Tchèques, elle n'a pas dit son dernier mot et peut encore se qualifier.
Étoiles du match Hockey Archives : *** Viktor Kozlov
/ ** Sergei Berezin
/ * Dmitri Erofeyev
et Dmitri Yushkevich ![]()
Marc Branchu
Commentaires d'après-match
Vladimir Yurzinov (entraîneur de la Russie) : "Ce fut un match très sérieux de la part des deux équipes et très équilibré pendant deux périodes. En voyant le match de la Slovaquie contre les Tchèques, je savais que nous allions avoir fort à faire. J'apprécie d'autant plus la victoire de mes joueurs. Après un match difficile contre la Finlande en poule, l'équipe était un peu fatiguée et cela s'est ressenti face aux Suisses. J'avoue que nous n'étions pas préparés à un jeu suisse aussi agressif et physique. Contre la Slovaquie, notre équipe a joué avec plus de responsabilité, quasiment sans fautes en défense, et c'est ce qui a fait la différence. Cette victoire a renforcé notre cohésion et je suis convaincu que cela va continuer."
Ján Šterbák (entraîneur de la Slovaquie) : "Nous étions conscients de l'importance du premier but, qui a déterminé le cours du match. Nous avons joué deux périodes conformément à nos attentes, malgré les deux buts encaissés. Mais, en fin de match, les Russes ont affiché un jeu beaucoup plus varié que le nôtre. À 0-2 après deux périodes, nous n'avons pas envisagé de réduire notre effectif à trois lignes, car nous avons constaté des signes de fatigue chez les joueurs et nous avons donc essayé de répartir la charge de travail. Nous n'avons vraiment vu aucun joueur capable de renverser la situation dans un match qui tournait mal. Se hisser parmi les huit meilleurs nous a coûté cher, tant physiquement que psychologiquement. [...] Nous avons eu suffisamment d'occasions de jouer en supériorité numérique pour renverser la situation, mais sans succès. L'efficacité de nos joueurs dans la finition est globalement faible. Pour mieux gérer les supériorités numériques, il n'y a pas d'autre solution que de s'entraîner sans relâche. Les clubs, en particulier, devraient y accorder plus d'importance, car il est impossible de beaucoup s'y exercer en quelques jours avant le championnat du monde."
Róbert Švehla (désigné meilleur joueur de la Slovaquie) : "Les Russes nous ont surclassés sur tous les plans : l'engagement, la détermination, le jeu collectif et surtout le jeu de puissance. Concrétiser nos supériorités numériques est sans doute notre plus grande faiblesse dans ce championnat. Nous abordions ce match avec la ferme intention de gagner. Nous pensions que, puisque les Suisses les avaient déjà battus, nous pouvions en faire autant. Mais l'équipe de Vladimir Yurzinov savait pertinemment qu'une défaite face à nous signifierait l'élimination, et elle s'était donc préparée en conséquence. Durant les deux premières périodes, nous leur avons tant bien que mal résisté et nous avons très bien joué, notamment en défense. Mais notre plus grande erreur a été notre incapacité à nous créer la moindre occasion."
Russie -
Slovaquie 6-1 (1-0, 1-0, 4-1)
Samedi 9 mai 1998 à 20h00 à la St. Jakobshalle de Bâle. 2900 spectateurs.
Arbitres : Alex Dell
assisté de Panu Bruun
et Stefan Danielsson
Pénalités :
Russie 12' (4', 6', 2') ;
Slovaquie 10' (2', 4', 4').
Tirs cadrés :
Russie 25 (6, 6, 13) ;
Slovaquie 22 (6, 10, 6).
Évolution du score :
1-0 à 17'00" : Erofeyev (sup. num.)
2-0 à 27'56" : Berezin assisté de Vik. Kozlov et Erofeïev
3-0 à 48'44" : Yushkevich assisté de Nazarov et BerezinVik. Kozlov (sup. num.)
4-0 à 52'28" : Petrenko
4-1 à 56'43" : Sekeráš assisté de Voskar (inf. num.)
5-1 à 58'18" : Vik. Kozlov assisté de Morozov et Nazarov
6-1 à 59'04" : Berezin assisté de Vik. Kozlov et Morozov
en noir, la feuille de match officielle ; en rouge, les corrections de Hockey Archives
Russie
Attaquants :
14 Vitali Prokhorov (C) - 13 Sergei Nemchinov (A) - 27 Aleksei Kovalyov (-1, 2')
95 Aleksei Morozov (+3, 2') - 51 Oleg Petrov (+1, 2') - 24 Sergei Petrenko (+1)
94 Sergei Berezin (+1) - 25 Viktor Kozlov (+2) - 62 Andrei Nazarov (+2)
15 Mikhail Sarmatin - 16 Aleksei Chupin - 29 Oleg Belov (4')
Défenseurs :
8 Andrei Skopintsev (+1) - 2 Dmitri Erofeyev (+1)
44 Marat Davydov (+2) - 6 Sergei Fokin (+2)
3 Dmitri Yushkevich (A) - 55 Daniil Markov
22 Sergei Zhukov
Gardien :
30 Oleg Shevtsov (2')
Remplaçant : 1 Egor Podomatsky (G). Blessé : Aleksei Kudashov (A, pied).
Slovaquie
Attaquants :
20 Zdeno Cíger (C) - 16 Jozef Stümpel (-2) - 29 Jozef Daňo (-2)
17 René Pucher (-2) - 19 Jozef Voskár (-1) - 15 Peter Pucher (-2, 2')
26 Peter Bartoš - 21 Branislav Jánoš (-1) - 24 Ján Pardavý
13 Roman Stantien - 28 Richard Kapuš - 22 Igor Rataj
Défenseurs :
7 Ľubomír Sekeráš (A, +1, 4') - 8 Stanislav Jasečko (+1)
25 Ivan Droppa - 4 Róbert Pukalovič (-1, 2')
3 Jerguš Bača (-4, 2') - 44 Róbert Švehla (A, -3)
Gardien :
30 Miroslav Simonovič
Remplaçants : 2 Pavol Rybár (G), 6 Ľubomír Višňovský (D), 27 Radoslav Kropáč (A)