Les Brûleurs de Loups veulent rester au sommet
La Coupe Magnus de retour à Pôle Sud
Après deux fins de saison frustrantes qui les avait vus laisser la coupe à Rouen en 2023 après une finale bien entamée mais mal terminée puis une élimination prématurée en demi-finale, les Brûleurs de Loups sont enfin arrivés à leurs fins : remporter une neuvième coupe Magnus. Comme en 2022, les Grenoblois sont venus à bout des Ducs d’Angers en finale, la même équipe qui les avait battus en finale de la coupe de France à Bercy deux mois plus tôt. Une belle revanche, donc, pour finir une saison tout de même compliquée jusqu’à la délivrance finale. Si en Ligue Magnus tout s’est bien déroulé avec une première place de saison régulière acquise haut la main (14 points d’avance sur Angers), les deux autres compétitions auront apporté leur lot de frustration avec une défaite face à Cardiff en finale de la Coupe Continentale (1-6) puis donc face à Angers en Coupe de France (2-3). Deux échecs si près du but après un parcours remarquable auraient pu trotter dans la tête des joueurs grenoblois et du staff au moment d’aborder les play-offs 2025. Le spectre d’une saison blanche, qui aurait été forcément synonyme d’échec, rôdait autour de Pôle Sud. Mais les hommes de Per Hånberg ont fait preuve d’une très grande maîtrise pendant les phases finales, s’imposant tout d’abord en quart de finale avec un sweep face à Nice (4-0) puis venant à bout d’Amiens après une première défaite initiale (4-1) et enfin prenant la mesure d’Angers avec autorité en finale (4-1) face à une équipe qui leur avait posé beaucoup de problèmes pendant la saison. 12 victoires, 2 défaites seulement : le bilan chiffré est impressionnant et montre que les Grenoblois ont su résister à la pression du favori qu’ils avaient sur leurs épaules alors que toute la ligue les attendait au tournant. Ils ont ainsi pu offrir à Damien Fleury et Kyle Hardy, qui avaient annoncé qu’ils disputaient leur dernière saison, une sortie en apothéose !
La saison 2024-25, entamée avec un staff recomposé, s’est donc achevée sur un succès probant : elle permet à Grenoble de retrouver les sommets de la Ligue Magnus après deux échecs mais aussi de gagner son ticket pour la CHL 2025-26 après avoir joué pendant deux saisons la Coupe Continentale. Un nouveau défi en perspective qui viendra pimenter cette nouvelle saison alors que les Grenoblois cherchent encore à poser leur empreinte au niveau européen après quelques campagnes compliquées. La reconquête de la coupe de France fera également partie des objectifs de la saison même si l’objectif principal restera avant tout de conserver la Coupe Magnus, un défi que les Brûleurs de Loups n’avaient pas réussi à réaliser en 2023.
Changement de logiciel
Compte tenu de la réussite de la saison 2024-25, on s’attendait logiquement à assez peu de changement pour la saison 2025-26. Le duo d’entraîneurs a été logiquement reconduit, leur entente et leur complémentarité ayant sauté aux yeux cette saison. Comme Mats Lusth (2009), Edo Terglav (2019) et Jyrki Aho (2022) avant lui, Per Hånberg a réussi à ramener la Coupe Magnus à Grenoble, preuve que les coachs étrangers ont souvent eu du succès à Grenoble. Son savant mélange d’expérience, d’autorité, de proximité avec ses joueurs et de motivation hors pair a permis d’obtenir le respect et l’adhésion de ses joueurs. Son "Never ring the bell", énoncé dans les vestiaires danois lors de la demi-finale de la Coupe continentale alors que les Brûleurs de Loups étaient en difficulté résonne encore dans toutes les têtes. C’est devenu presque la devise d’un groupe qui s’est forgé une force de caractère dans l’adversité tout au long d’une saison parfois compliquée. "Pelle" a réussi son pari dès sa première saison à Grenoble, il a su redonner confiance à un groupe ébranlé tout en construisant une équipe avec beaucoup de nouveaux joueurs et en imposant un système de jeu nouveau, au forecheck plus agressif mais aussi plus exigeant dans le repli défensif. Un hockey plus total et donc plus spectaculaire qui s’est traduit par un jeu très offensif tout au long de la saison. Cette victoire en Ligue Magnus est aussi la sienne.
Edo Terglav rempile lui aussi pour une nouvelle saison en tant que coach "associé", un rôle qui lui convient très bien car il est également entraîneur principal de l’équipe nationale de Slovénie qu’il a maintenue dans le Groupe mondial à l’issue des championnats du monde, au détriment de… la France. Terglav connaît bien la "maison" BDL et il a fait ses preuves ces dernières années dans ce rôle, notamment auprès des jeunes joueurs qu’il a aidés à franchir un palier vers le groupe professionnel. Il prend d’ailleurs encore plus de responsabilités cette saison avec un rôle de coordination « au sommet de la pyramide de tous les entraîneurs du club » (au sein de la SASP), dixit Reboh, s’assure du développement des jeunes joueurs et participe au recrutement sur les choix sportifs, devenant ainsi le référent du club sur le plan sportif.


Per Hanberg (à gauche) et Damien Fleury
Finalement le changement principal dans le staff reste le départ du manager général Jean-François Dufour qui s’en va à Nice après 16 ans passés au club. Arrivé de Briançon comme joueur pour la saison 2009-2010, il s’est retrouvé propulsé entraîneur dès la saison suivante jusqu’en 2014 avant de devenir manager général jusqu’à cette année (après avoir repris du service derrière le banc en deuxième partie de saison dernière). C’est donc une grosse page qui se tourne pour lui et pour Grenoble alors qu’il part rejoindre les nouveaux propriétaires canadiens à Nice où il préparera l’arrivée de la nouvelle patinoire des JO de 2030 et où il retrouvera Nicolas Tomasini, autre encadrant historique du club grenoblois.
Pour le remplacer, Jacques Reboh a choisi la continuité et plutôt que de recruter un manager général externe, il a confié les clés du club à Alexandre Duyck, promu manager général (auparavant adjoint de Dufour) et à Jérôme Perez qui prendra le rôle de manager sportif, chargé de coordonner les différents projets sportifs (Grenoble, Chambéry, Vaujany) ainsi que tout le suivi administratif du secteur sportif. Julien Baylacq prend lui la direction du centre de formation, aux côtés de Terglav, pour prolonger les excellents résultats sportifs de la formation grenobloise.
Des départs surtout en défense
Deux grosses pages se tournent pour le club. Damien Fleury, c’est un joueur historique du hockey grenoblois qui tire sa révérence. Dix saisons en tout (de 2007 à 2010 puis entre 2018 et 2025) avec quatre coupes Magnus à la clé (2009, 2019, 2022 et 2025). Leader de l’attaque jusqu’à la saison dernière (on se souvient de son incroyable saison 2021-22 avec 69 points), il a marqué de son empreinte les Brûleurs de Loups. À 39 ans, sa production avait logiquement baissé (seulement 23 pts en 28 matchs de saison régulière, 7 pts en 14 matchs de play-off) mais il restait un joueur important dans l’effectif grenoblois après avoir mis un terme à sa carrière internationale. Tout comme l’atypique défenseur canadien Kyle Hardy qui a décidé de s’arrêter à 37 ans après neuf saisons quasi consécutives à Grenoble (exceptée une escapade de courte durée à Zagreb en ligue autrichienne lors de la saison 2018-19). Grenoble était devenue la maison de ce défenseur offensif aux statistiques incroyables (encore 51 pts en saison régulière, 58 play-offs inclus !). Hardy, c’était un joueur important du vestiaire, un exemple pour les plus jeunes défenseurs (comme Binner), mais aussi un des chouchous du public de Pôle Sud. Fleury et Hardy s’en vont au sommet avec une nouvelle coupe Magnus et laisseront un grand vide.
L’arrêt de Hardy marque également le point de départ d’un gros changement dans la défense grenobloise. Car avec lui, ce ne sont pas moins de 6 défenseurs de l’effectif 2024-25 (pléthorique à ce poste) qui quittent les Brûleurs de Loups lors de cette intersaison ! De là à dire que la défense n’a pas donné satisfaction à Hånberg et Terglav, il n’y a qu’un pas qui peut être vite franchi malgré des play-offs plus rassurants. Il est vrai que les Grenoblois ont manqué de constance et de sérénité sur le plan défensif, se sabordant parfois dans les moments clés par un manque de discipline ou par des relances très approximatives pour ne pas dire dangereuses. L’ensemble du bloc défensif manquait sans doute de rigueur au goût de Hånberg, parfois agacé par les pénalités coûteuses de ses joueurs ou des revirements trop nombreux. On notera donc le départ du défenseur canadien Jordon Southorn pour Sheffield (EIHL) après une saison plutôt décevante alors qu’il était annoncé comme une recrue majeure il y a un an. Son apport offensif n’a pas été aussi bon qu’espéré et défensivement il s’est souvent mis en danger.
Son compatriote Jarod Hilderman part lui aussi pour l’Angleterre (Nottingham) après une seule saison. Un défenseur solide, très apprécié dans le vestiaire et qui a formé une paire intéressante avec le Suédois Jacob Andersson, lui aussi sur le départ alors qu’il avait apporté beaucoup de satisfaction et de sérénité depuis son arrivée en novembre. Le jeune défenseur québécois Samuel Regis n’a pas réussi à s’imposer à Grenoble en provenance de Chambéry, tout comme Zachary Daneau la saison précédente. Gêné par une commotion qui l’a écarté de la glace pendant plusieurs semaines, il a également été victime de la concurrence entre les joueurs étrangers et dans le secteur défensif où Grenoble comptait neuf joueurs. À 24 ans, il part rejoindre Dufour et Tomasini à Nice pour s’installer durablement en Ligue Magnus. Enfin, Charles Schmitt s’en va lui aussi malgré une deuxième saison plus réussie que la première et une Coupe Magnus à son palmarès. Défenseur rapide et offensif, il a su gagner sa place pendant les play-offs aux côtés de Pierre Crinon. Il essaiera d’obtenir plus de temps de jeu à Rouen, étant parfois victime de la concurrence à Grenoble dans un effectif assez riche sur le plan défensif.


Alexis Binner et Matias Bachelet
Outre le départ de Fleury, on notera le départ de deux autres attaquants. Loïc Farnier n’a pas connu la progression espérée en deux saisons à Grenoble. S’il a atteint un objectif en venant y remporter une coupe Magnus, il n’a pas vraiment réussi à s’imposer face à la concurrence dans les lignes offensives, le plus souvent relégué sur la quatrième ligne alors que sa première saison avait laissé entrevoir des aptitudes offensives intéressantes, aux côtés de Lavoie notamment. Avec 18 pts seulement en 42 matchs (play-offs compris), il essaiera de retrouver la confiance et un temps de glace plus important du coté de Bordeaux. Le dernier départ concerne le jeune attaquant Hugo Nogaretto, prêté à Nice pendant 8 matchs et cette fois pour toute la saison afin de trouver plus de temps de jeu en Ligue Magnus pour lui permettre de revenir à Grenoble dans un an.
Un vent du nord souffle sur Pôle Sud
Il n’est pas difficile de deviner que l’essentiel du chantier du recrutement pour la nouvelle saison concernait la défense. Pour cela, Hånberg a cette année pu mettre sa patte sur le recrutement, fait conjointement avec Terglav et Perez, profitant du départ de Dufour dont la filière de recrutement était essentiellement canadienne ou s’appuyait sur des joueurs ayant eu du succès en Ligue Magnus. Et il s’est tourné assez logiquement vers les pays nordiques en recrutant des joueurs dans l’ensemble assez jeunes, qui ont peu ou pas d’expérience en dehors de leur pays d’origine mais qui ont une marge de progression importante. Quand on voit l’excellent recrutement d’Alexis Binner, un joueur arrivé avec peu de références qui a connu la meilleure saison de sa carrière à Grenoble, on peut logiquement espérer que les nouvelles recrues auront le même succès. En défense, Hånberg a souhaité des joueurs à fort gabarit, capable d’être à la fois physiques et mobiles, afin de mieux protéger l’accès à la cage mais aussi à même de s’insérer dans le hockey exigeant préconisé par Hånberg qui demande des replis défensifs très rapides à la perte du palet.
Le coach grenoblois a donc jeté son dévolu sur trois défenseurs venus du nord de l’Europe : un Finlandais, un Norvégien et un Suédois. Juho Rautanen, le défenseur finlandais, a 28 ans et a toujours joué en Finlande jusqu’à présent. Il a disputé 7 saisons en Liiga, essentiellement avec KooKoo et Ilves, après avoir évolué 2 saisons avec le Jokerit en KHL. Il a déjà une grosse expérience pour son âge et sera sans doute une valeur sûre. Défenseur au profil défensif, travailleur et capable de jouer physique quand il le faut, il peut jouer dans toutes les situations de jeu et devrait avoir assurément un gros temps de glace. Ses deux campagnes de CHL avec Tappara et Ilves sont assurément un plus.
Petter Birkheim Andersen, le défenseur norvégien, a 26 ans et lui non plus n’a jamais quitté son pays d’origine. Il arrive en France avec l’ambition de devenir international norvégien alors qu’il compte déjà quelques sélections dans son pays. Avec 1,93 m et 95kg, c’est un gros gabarit qui sait s’imposer dans sa zone défensive. Mais il est aussi mobile et peut jouer avec intensité quand il le faut tout en restant discipliné. Doté d'un bon lancer et capable de bien bouger le palet, il a toutes les qualités pour devenir un défenseur très complet. Son potentiel ne demande qu’à se révéler au grand jour et il compte aussi sur l’exposition de la CHL pour se mettre en avant.
Pontus Englund, le défenseur suédois, a 25 ans et est doté également d’un gros gabarit (1,91m et 90 kg). Contrairement à ses deux nouveaux coéquipiers, il a un profil plus offensif et a déjà joué à l’étranger : en Autriche, au Danemark et en Pologne la saison dernière avec Katowice que les Brûleurs de Loups ont croisé en Coupe continentale à deux reprises. À Herning il y a 2 ans, il a côtoyé pendant quelques matchs Alexis Binner et Per Hånberg, ce qui fait qu’il n’arrive pas en terrain inconnu à Grenoble. Inspiré par la saison extraordinaire de son compatriote, il espère évidemment une réussite similaire. Il a les aptitudes pour jouer en power-play où il devrait apporter un plus, il est aussi très bon dans le maniement du palet tout en ayant le physique pour s’imposer dans les bandes. Un autre joueur à fort potentiel capable de se révéler à Grenoble.


Pontus Englund (à gauche) et Petter Birkheim Andersen
En dehors de ces trois recrues étrangères, les Brûleurs de Loups ont également renforcé leur défensive avec Axel Prissaint, un défenseur défensif puissant qui a progressé ces trois dernières saisons du côté de Bordeaux. À 27 ans, ce défenseur formé à Amiens et passé par Gap espère se rapprocher de l’équipe de France en venant à Grenoble. International U18 puis U20, il n’a encore jamais eu l’opportunité de disputer un championnat du monde avec. Son gabarit (1,86m, 89 kg) lui permet de jouer physique quand il le faut et il sait se faire respecter dans sa zone. Lui aussi vient à Grenoble pour progresser et franchir un palier au niveau international avec la CHL notamment.
En attaque, il a fallu remplacer Damien Fleury sur la deuxième ligne. Le profil ciblé par Hånberg était celui d’un centre capable d’évoluer sur la deuxième ligne, bon aux mises en jeu (un des points faibles grenoblois la saison dernière) et capable de bien jouer dans les deux sens de la patinoire. Fredric Weigel, un attaquant suédois expérimenté (33 ans), a essentiellement joué en Allsvenskan. Il n’a connu que 17 petits matchs en dehors de la Suède, avec les Jukurit en Liiga. Weigel est un centre type, capable de distribuer le jeu, travailleur, bon dans le jeu défensif, plus passeur que buteur et connu pour sa combativité. Il devrait lui aussi avoir un temps de jeu très significatif, capable de jouer en supériorité comme en infériorité numérique.
La ligne directrice de ces recrutements, outre l’origine géographique, ce sont des joueurs capables de mettre un grand engagement sur la glace, de jouer avec intensité tout en restant disciplinés et qui, à l’exception de Weigel (seule recrue de plus de 30 ans), ont encore de belles années devant eux. Tous ont encore une belle marge de progression et peuvent viser plus haut en cas de réussite avec les Brûleurs de Loups. Avec ce type de profil, le staff grenoblois mise sur le présent mais aussi sur l’avenir. Plutôt que de prendre des joueurs en fin de carrière avec des CV bien fournis ou des joueurs ayant fait leur preuve en Ligue Magnus, les Brûleurs de Loups prennent cette fois plus de risque dans leur recrutement avec des joueurs inconnus en France et dont la capacité d’adaptation sera une des clés de leur réussite. L’avenir dira si le pari a été réussi.
L’attaque et les gardiens : toujours le point fort des Brûleurs de Loups ?
En dehors des 6 départs et des 4 arrivées mentionnées, les Brûleurs de Loups ont tout de même conservé 3 défenseurs. Le plus difficile à conserver aura été sans doute Alexis Binner, LA révélation de la saison dernière. Arrivé sur la pointe des patins du Danemark après plusieurs saisons en troisième division suédoise, il a connu une saison exceptionnelle aux côtés de Kyle Hardy. Ses statistiques offensives comme défensives donnent le tournis et ont attiré la convoitise d’autres équipes, en France comme à l’étranger. À 26 ans, il a encore une marge de progression énorme. Le conserver est donc déjà un sacré tour de force, même s’il sera forcément attendu au tournant pour sa deuxième saison en Ligue Magnus, l’effet de surprise ne jouant plus. Très précieux sur le power-play, il a également su conquérir les fans et le vestiaire par son enthousiasme communicatif. Un gros atout pour les Brûleurs de Loups cette saison.
L’international Pierre Crinon rempile également pour une cinquième saison à Grenoble où il semble avoir trouvé son équilibre. En convalescence une bonne partie de la saison dernière, il a pris son temps pour revenir au jeu mais il a pu disputer sans problème les play-offs et les championnats du monde. Défenseur au gros gabarit (ce ne sera pas le seul la saison prochaine !), il s’est aussi montré plus discipliné la saison dernière. 30 ans sera-t-il pour lui l’âge de raison ? Les Brûleurs de Loups ont besoin de lui sur la glace et, dans le collimateur des arbitres à cause de gestes parfois limites, il devra éviter les suspensions. Enfin, Antoine Fertin espère obtenir plus de temps de glace après avoir été rétrogradé neuvième défenseur et avoir été prêté à Cergy en fin de saison pour garder du temps de glace. En tant que septième défenseur, il grimpe dans la hiérarchie et devrait être titularisé plus souvent. Il a clairement un cap à franchir cette saison pour s’imposer dans l’effectif grenoblois.


Nicolas Deschamps et Christophe Boivin
Si la défense est passablement remaniée, l’attaque elle reste incroyablement stable avec une seule recrue et onze attaquants déjà présents la saison dernière. Il faut dire qu’elle a grandement donné satisfaction avec 212 buts inscrits en saison régulière (de loin la première attaque de la Ligue) et 54 buts en 14 matchs de play-offs. À l’exception de Fleury, néo-retraité, et de Farnier, désireux d’obtenir plus de temps de glace ailleurs, tous les autres attaquants ont souhaité rester. À commence par la redoutable première ligne canadienne, pensée à Rouen et reconstituée à Grenoble, ce qui a fait beaucoup parler tout au long de la saison. Mais chiffres à l’appui, le succès est total : Christophe Boivin a lutté jusqu’au bout avec Brady Shaw pour finir top scorer de la Ligue Magnus. Avec 29 buts et 57 pts, il termine largement en tête des pointeurs grenoblois devant… Kyle Hardy ! Une saison exceptionnelle pour celui qui s’est affirmé comme le leader de l’attaque grenobloise. Ses partenaires de ligne avec qui la complicité a été vite retrouvée ne sont pas en reste : François Beauchemin s’est imposé comme centre n°1 des Brûleurs de Loups avec 48 pts et des play-offs réussis (14 pts en 14 matchs). Quant à Alexandre Mallet, le travailleur de la ligne, il a été inspiré de sortir de sa "pré-retraite" canadienne puisqu’il a très vite retrouvé les automatismes avec ses compatriotes : à l’arrivée, 46 points en 38 matchs et une discipline retrouvée en fin de saison après quelques coups d’éclat en début de championnat. Redoutable compétiteur, gros travailleur devant le slot et dans les bandes, Mallet a réalisé à 32 ans une très belle saison et remporté, comme Boivin, sa troisième coupe Magnus en… trois saisons en France !
Le quatrième attaquant québécois des Brûleurs de Loups fait figure d’élément d’expérience désormais. À 35 ans, Nicolas Deschamps entame déjà sa cinquième saison à Grenoble, sa neuvième en France. Toujours aussi important dans l’effectif, il sait élever le niveau de jeu quand les circonstances l’exigent. Il a connu sa première saison régulière en dessous de 50 pts à Grenoble (41) mais ses play-offs ont été très bons (12 pts en 14 matchs). Assistant capitaine, il prend la relève de Sacha Treille lorsque les circonstances l’exigent et il reste, avec le départ de Hardy et Fleury, un des derniers éléments d’expérience dans l’alignement. Avec Fredric Weigel, Grenoble comptera donc cinq attaquants étrangers dans ses rangs, un de plus que l’année dernière.
La force de l’attaque grenobloise reste sa qualité et sa densité, notamment grâce à des joueurs français de niveau international. Ils sont trois à avoir disputé les derniers championnats du monde avec l’équipe de France et étaient cinq dans le groupe qui a fait la préparation. Le premier est l’inamovible capitaine Sacha Treille, toujours aussi percutant malgré les années qui commencent à peser. À 37 ans, il a continué de tourner à une moyenne d’un point par match dans une saison tronquée par une blessure. Grâce à son gabarit et sa combativité, il a été une nouvelle fois décisif en play-offs (11 pts en 14 matchs) pour mener son équipe vers le titre et l’aider à surmonter les échecs des deux finales. À ses côtés, on a souvent vu Aurélien Dair qui a réalisé une de ses meilleures saisons à Grenoble avec 35 pts en 42 matchs et de très bon play-offs (7 buts et 11 points). Ses performances remarquées, avec notamment un gros lancer qui a fait du bien en power-play, l’ont amené à disputer les championnats du monde pour la deuxième année consécutive. Une vitrine qui aurait pu lui permettre de trouver une opportunité à l’étranger mais faute d’option intéressante, il rempile une année de plus à Grenoble. Le troisième élément du trio a souvent été Adel Koudri, régulièrement international mais pas encore aux championnats du monde. Joueur de centre précieux, régulier et auteur de gestes "instinctifs" face à la cage, il fait partie des valeurs sûres des Brûleurs de Loups. À 26 ans, Dair et Koudri n’ont pas encore atteint le maximum de leur potentiel et peuvent viser plus haut.


Aurélien Dair et Adel Koudri
Autre pilier de l’équipe de France, Guillaume Leclerc fait également partie des internationaux grenoblois mais il a connu une saison contrastée. Gêné par une commotion qui ne lui a pas permis de s’exprimer pleinement, ses performances ont parfois été en deçà des attentes (27 pts en 38 matchs, seulement 5 assistances en 9 matchs de play-offs avec une nouvelle commotion qui l’a privée de 4 matchs en finale). Souvent cantonné à la quatrième ligne, et même parfois surnuméraire, il a eu un rôle défensif un peu contre nature, lui qui avait tant apporté offensivement lors de sa dernière saison à Grenoble en 2019 où il avait déjà soulevé la Coupe Magnus. À 29 ans, il a encore beaucoup à prouver et sera assurément revanchard cette saison pour contribuer encore plus aux succès des Brûleurs de Loups. Matias Bachelet a lui intégré le groupe France cette saison à 21 ans mais n’a pas réussi à jouer ses premiers championnats du monde. Sa progression linéaire au sein des Brûleurs de Loups en fait un attaquant devenu essentiel. Avec 9 pts (dont 7 buts) en play-offs, il a régulièrement évolué sur la deuxième ligne grenobloise. Attaquant rapide et adroit face à la cage, il devrait voir son temps de glace encore augmenter la saison prochaine avant de suivre, peut-être, les traces de Dylan Fabre qui s’est exporté avec succès à l’étranger.
Théo Gueurif a lui connu une bonne première saison grenobloise, dans la lignée de ses deux saisons précédentes à Cergy. Il peut sans doute faire encore mieux mais il s’est très bien comporté sur une quatrième ligne où il a pu s’exprimer avec ses qualités, notamment dans le jeu défensif. À seulement 23 ans, il a encore une belle marge de progression. C’est vrai aussi pour Valentin Grossetête, 21 ans, qui n’a brillé offensivement mais qui lui aussi a fait le travail sur la quatrième ligne. Il devra surveiller une certaine impulsivité qui se transforme parfois en indiscipline tout en améliorant ses statistiques offensives.
Enfin difficile de ne pas évoquer le rôle des gardiens dans le succès grenoblois, présent et futur. Car le duo XXL composé de Matija Pintarič et Jakub Štěpánek, qui soulevait beaucoup de questions en début de saison, a été reconduit. L’entente cordiale entre les deux a été constante tout au long de la saison. Pintarič, compétiteur hors pair, est venu décrocher une cinquième coupe Magnus, la première sous le maillot grenoblois. Excellent tout au long de la saison, il a mal digéré les échecs en finale des deux coupes face à Cardiff puis Angers. C’était pour mieux rebondir pour finalement être étincelant en finale où il a réussi à faire basculer la série presque à lui tout seul avec deux blanchissages. À 36 ans, il a l’expérience de la CHL avec Rouen et peut permettre à Grenoble de remporter encore des titres s’il continue sur la même voie. À 39 ans, Štěpánek a accepté son rôle de remplaçant (disputant environ 1/3 des matchs) mais son temps de jeu en baisse s’est traduit par de meilleurs statistiques puisqu’il dépasse les 93% d’arrêts en saison régulière et en play-offs. Il se plait bien à Grenoble et a souhaité prolonger pour une cinquième saison en Isère dans un rôle similaire. Il répondra présent quand on fera appel à lui comme ce fut le cas pour le match 5 de la finale alors que Pintaric était malade.


Matija Pintaric (à gauche) et Théo Gueurif (photos d'Emmanuel Giraudeaux)
Retour de la CHL à Pôle Sud
Contrairement à la saison dernière où les Brûleurs de Loups avait débuté avec un effectif pléthorique (14 attaquants et 9 défenseurs), ils ont fait le choix de commencer avec un effectif plus restreint (12 attaquants et 7 défenseurs). Il faut dire que le réservoir de joueurs dans la filière grenobloise (qui inclut Chambéry en D1 et Vaujany en D2) est important et que de nombreux jeunes de 20 ans peuvent être testés en Ligue Magnus en cas de coup dur. Les U18 et les U20 ont d’ailleurs réalisé cette saison le doublé en remportant chacun le championnat de France. Des joueurs comme Hugo Raveaud, Sacha De Smitt, Maxime Toukmatchev ou Niklas Terglav devraient voir du temps de glace cette saison tout en jouant à Chambéry. Rien n’exclut de faire à appel à un renfort supplémentaire en cours de saison même si le contingent d’étrangers est déjà atteint avec cette saison 5 attaquants, 4 défenseurs et 2 gardiens (dont 1 surnuméraire). Ne pas avoir de surnuméraire en début de saison parmi les défenseurs et les attaquants permet aussi de faire tourner l’effectif à plein sans avoir à laisser de joueurs en tribunes, ce qui peut engendrer une certaine frustration.
L’objectif premier de la saison sera la CHL que les Brûleurs de Loups retrouvent après deux ans absences. La dernière campagne en 2022/23 n’avait pas été un grand succès avec 6 défaites en 6 rencontres, 15 buts marqués pour 37 encaissés. Il faut dire que le menu était copieux. Ce ne sera guère plus facile avec trois équipes de Ligue Nationale suisse (Berne, Zoug et Lausanne), les Allemands de Bremerhaven, de nouveau les Eisbären Berlin et les Tchèques du Sparta Prague. Même si la tâche semble très difficile, les Brûleurs de Loups viseront la qualification pour le deuxième tour en espérant rééditer l’exploit de Rouen en 2021/22. Mais obtenir une troisième victoire en CHL lors de cette quatrième campagne après Espoo en 2015/16 et Skellefteå en 2019/20 serait déjà un beau résultat.
Reconquérir la coupe de France et conserver la Coupe Magnus seront logiquement les deux autres objectifs majeurs (et plus réalistes) de la saison des Grenoblois. Per Hånberg était arrivé alors que le recrutement était déjà quasiment bouclé la saison dernière et il n’avait pu faire que quelques retouches. Cette saison il a bâti une équipe qui lui ressemble plus avec une défense a priori plus solide et plus disciplinée mais aussi avec des joueurs plus jeunes qui ont une vraie marge de progression. Son système de jeu désormais intégré, les Brûleurs de Loups devraient être rapidement opérationnels cette saison. Même s’ils devront faire face à une concurrence redoutable, ils seront de nouveau parmi les premiers prétendants à leur succession pour rester au sommet du hockey français.
Christophe Laparra


Fredric Weigel et Valentin Grossetête
Effectif :
Gardiens
N° NOM Prénom Naissance cm kg Club formateur Club & Ch 2024/25 MJ Min Moy. %
30 ŠTEPANEK Jakub 20/06/1986 188 80 (Tchèque) Grenoble FRA-1 20 1295 1,76 93,0%
69 PINTARIČ Matija 11/08/1989 181 84 (Slovène) Grenoble FRA-1 38 2295 1,88 93,5%
DEBIAK Cebald 14/10/2005 185 84 Angers Grenoble FRA-1 0
Chambéry FRA-2 1 45 8,04 78,6%
Vaujany FRA-3 7 409 2,79
Défenseurs
N° NOM Prénom Naissance cm kg Club formateur Club & Ch 2024/25 MJ B A Pts +/- Pén
6 ENGLUND Pontus 15/07/2000 191 90 (Suédois) Katowice POL-1 56 11 19 30 73’
16 BINNER Alexis 03/12/1998 191 95 (Suédois) Grenoble FRA-1 57 15 44 59 +63 49’
27 FERTIN Antoine 10/04/2003 185 82 Grenoble Grenoble FRA-1 16 2 3 5 +8 0’
Cergy FRA-1 15 0 0 0 -9 8’
Chambéry FRA-2 20 5 7 12 -3 6’
53 BIRKHEIM ANDERSEN P. 30/08/1999 193 95 (Norvégien) Frisk Asker NOR-1 52 6 15 21 +1 22’
57 PRISSAINT Axel 06/05/1998 186 82 Amiens Bordeaux FRA-1 54 6 9 15 +18 53’
65 RAUTANEN Juho 25/05/1997 183 83 (Finlandais) Ilves FIN-1 40 3 2 5 0 6’
72 CRINON Pierre 02/08/1995 194 98 Reims Grenoble FRA-1 20 1 5 6 +14 15’
Attaquants
N° NOM Prénom Naissance cm kg Club formateur Club & Ch 2024/25 MJ B A Pts +/- Pén
3 DAIR Aurélien 10/09/1999 186 74 Chambéry Grenoble FRA-1 56 22 24 46 +31 47'
5 GROSSETÊTE Valentin 10/02/2004 182 82 Clermont-Ferrand Grenoble FRA-1 46 4 6 10 +18 72'
Chambéry FRA-2 7 5 3 8 +4 37'
17 DESCHAMPS Nicolas (A) 06/01/1990 185 93 (Canadien) Grenoble FRA-1 58 19 34 53 +34 16'
18 KOUDRI Adel 14/05/1999 182 78 Annecy Grenoble FRA-1 58 14 22 36 +37 4'
21 DE SMITT Sacha 24/06/2005 175 68 Dijon Grenoble FRA-1 2 0 0 0 0 0'
Chambéry FRA-2 29 4 10 14 -10 2'
Vaujany FRA-3 1 2 2 4 0'
22 LECLERC Guillaume (A) 20/02/1996 173 82 Besançon Grenoble FRA-1 47 6 26 32 +29 13'
23 WEIGEL Fredric 23/04/1992 179 78 (Suédois) Djurgården SUE-2 64 7 26 33 +14 28'
26 BACHELET Matias 18/09/2003 181 80 Grenoble Grenoble FRA-1 54 22 19 41 +35 18'
Chambéry FRA-2 1 0 1 0 -3 0'
49 BEAUCHEMIN François 25/01/1996 185 86 (Canadien) Grenoble FRA-1 54 17 45 62 +41 52'
77 TREILLE Sacha (C) 06/11/1987 195 96 Grenoble Grenoble FRA-1 45 16 28 44 +19 45'
88 GUEURIF Théo 01/07/2002 180 85 Villard Grenoble FRA-1 55 7 18 25 +26 16'
Chambéry FRA-2 1 1 0 0 -2 0'
92 MALLET Alexandre 22/05/1992 185 93 (Canadien) Grenoble FRA-1 52 21 32 53 +34 63'
94 BOIVIN Christophe 13/02/1996 170 75 (Canadien) Grenoble FRA-1 56 39 33 72 +42 32'
Entraîneur : Per Hånberg (SUE, 58 ans), assisté d'Edo Terglav (SLO, 45 ans)
Partis : Kyle Hardy (D, 16+42, arrêt), Jordon Southorn (D, 4+27, Sheffield, GBR), Charles Schmitt (D, 2+16, Rouen), Jarod Hilderman (D, 7+10, Nottingham, GBR), Jacob Andersson (D, 5+12, ?), Samuel Régis (D, 0+5, Nice), Damien Fleury (A, 13+17, arrêt), Loïc Farnier (A, 8+10, Bordeaux), Hugo Nogaretto (A, 6+3, Nice).
Revoir la présentation 2024/25