Autriche 2025/26 : panorama
Le dernier championnat commenté 2024/25 - Les présentations 2024, 2023, 2022, 2021, 2020, 2019, 2018, 2017, 2016, 2015, 2014, 2013, 2012, 2011, 2010, 2009, 2008, 2007, 2006, 2005, 2004, 2003 et 2002.
La patinoire olympique de Milan n'est toujours pas prête à moins de 3 mois des JO. L'Italie est de nouveau mise en cause quand il s'agit de délais, et le cas s'était déjà présenté dans la ligue autrichienne avec Asiago, le club utilisé comme sas par la fédération italienne pour que les joueurs formés à l'étranger deviennent éligibles à représenter l'Italie aux JO. Le directeur général de la ligue Christian Feichtinger avait constaté lors d'une visite que les travaux de rénovation promis depuis des années avaient à peine démarré. Et les dirigeants du club de Vénétie parlaient maintenant de construire plutôt une nouvelle patinoire.
Les Autrichiens ont eu le sentiment de se faire mener par le bout du nez. Lors d'une assemblée générale extraordinaire en mars, les autres clubs ont voté aux deux tiers pour l'exclusion d'Asiago Hockey, financièrement exsangue. Deux candidatures étaient posées pour le remplacer : le "nouveau club" HC Asiago 1935, qui avait un public et une histoire mais une crédibilité entamée, ou le FTC, c'est-à-dire le plus grand club hongrois omnisports Ferencváros, qui joue devant des tribunes clairsemées mais permet à la ligue de mettre un pied dans la capitale hongroise Budapest. L'ICE HL a choisi la seconde option. Un autre club ayant l'aigle pour mascotte (photo ci-dessous) déferle donc sur la ligue. Un rééquilibrage a donc été opéré entre les nations : 8 clubs pour l'Autriche, 1 pour la Slovénie, désormais 2 pour l'Italie et 2 pour la Hongrie.
Ces quatre pays seront tous au Mondial élite en mai prochain : cela fait leur fierté même si ça ne devrait pas durer, et cela facilite grandement le calendrier en cette saison olympique car cela permet de finir plus tard.
Accès direct à la présentation de chaque club : Salzbourg, Klagenfurt, Graz, Bolzano, Pustertal, Olimpija Ljubljana, Linz, Vienne, Villach, Fehérvár AV19, Ferencváros, Innsbruck, Pioneers (Feldkirch).

L'entraîneur californien Oliver David a fait ses classes à Salzbourg avant que le puissant sponsor Red Bull ne le transfère, comme tant d'autres avant lui, vers son autre club Munich, en même temps que deux défenseurs (le meilleur pointeur Ryan Murphy et l'espoir allemand Philip Sinn). Cela permet à Manny Viveiros de faire son retour en Autriche - qu'il souhaitait de longue date avec son épouse - après neuf années en Amérique du Nord. Il a emmené avec lui son assistant-coach en WHL (Adam Maglio). Ex-international à double passeport et un temps sélectionneur national, Viveiros est une figure connue et sympathique en Autriche. Lui qui a gagné de nombreux titres (dont deux avec Klagenfurt comme entraîneur et manager) n'a pas peur de la pression de reprendre une équipe qui reste sur 4 championnats consécutifs.
On ne change pas une équipe qui gagne. Seule la défense a été vraiment modifiée. Deux importants Canadiens (Murphy et Chay Genoway) ont été remplacés par des compatriotes d'AHL sans la moindre expérience européenne (Devante Stephens et Connor Corcoran), mais c'est en risque raisonnable quand on a 5 étrangers dans les lignes arrières. Celles-ci ont toutefois perdu en profondeur car l'international Paul Staplefeldt en avait marre de rester septième défenseur et a signé pour l'ambitieux concurrent Graz.
Il reste néanmoins le meilleur duo de gardiens de la ligue qui est aussi celui de l'équipe d'Autriche (Atte Tolvanen et David Kickert) et une attaque quasi-identique, toujours emmenée par le trio international Thomas Raffl - Benjamin Nissner - Peter Schneider. Mieux, l'autre frère Raffl, l'ancien joueur de NHL Michael Raffl, ajoute sa puissance. On pourrait s'inquiéter de l'état de son genou car aucune de ses trois saisons n'a été complète mais le vétéran semble en forme.
C'est donc une équipe qui roule toute seule et dont il n'y a qu'à reprendre et peaufiner des réglages déjà en place. Pourtant, Manny Viveiros ne cesse de changer ses lignes sans jamais trouver la bonne formule. Faut-il s'inquiéter ? Ce ne serait pas la première fois que Salzbourg tâtonne à l'automne et soulève la coupe au printemps.
Vainqueur des deux dernières saisons régulières mais battu deux fois en finale, Klagenfurt n'a que trop souffert de cette propension de Salzbourg à toujours sortir gagnant. En CHL aussi, le KAC n'arrive pas à se qualifier en phases finales quand son rival y parvient. Mais après deux saisons globalement aussi réussies, c'est évidemment toujours la continuité qui est de mise. La retraite annoncée en juillet par Johannes Bischofberger pour cause de commotions répétées est bien triste à seulement 31 ans mais il ne jouait plus de rôle majeur.
Son départ et celui du Belge naturalisé Seena Peeters (jamais vraiment intégré et parti à Vienne après seulement un an) a poussé Klagenfurt à avoir 9 étrangers dès le mois d'août, avec l'arrivée - plus prestigieuse qu'utile ? - de l'ex-international suédois Mario Kempe. Un chiffre toutefois trompeur car il inclut le jeune Slovène Luka Gomboc, arrivé au club à 14 ans et dont on attend enfin la percée. En effet, le KAC n'a en rien rajeuni son effectif. Six des sept attaquants majeurs ont plus de 35 ans ! La seule exception est l'international danois Mathias From (27 ans). Jusqu'ici, ça passe, à l'image de Raphael Herburger et du capitaine Thomas Hundertpfund qui paraissent se bonifier en vieillissant.
Mais il est temps que les jeunes prennent le relais. Il est aussi temps que Florian Vorauer (le numéro 3 de l'équipe nationale) s'impose un peu plus dans les cages face à un Sebastian Dahm qui ne sera pas éternel (38 ans). En défense, un Thimo Nickl y arrive de plus en plus depuis son retour à la maison et incarne la nouvelle génération formée au club. Recordman des titres nationaux, le KAC ne peut pas vivre que sur ses acquis. Il lui faudra aussi être un peu affamé pour franchir la dernière marche.
Affamé de victoires, Herbert Jerich l'est sans aucun doute. Sa première saison à la présidence de Graz ne l'a pas satisfait en s'achevant seulement en quart de finale. Il a vite désigné le coupable : "Un très gros point d'interrogation est Jonas Gunnarsson. Pourquoi notre gardien numéro 1 ne s'est pas établi comme gardien numéro 1 ?" Avec seulement 87% d'arrêts en playoffs, le Suédois a donc vu sa dernière année de contrat résiliée en août. Il a été remplacé par Maxime Lagacé (21 matches de NHL), finaliste de CHL avec Färjestad, mais dont il ne vaut mieux pas montrer les stats en play-offs SHL à Jerich : 85,7% en 2024 puis 66,7% en 2025 lors de sa seule titularisation à chaque fois.
Fin octobre, Herbert Jerich a trouvé un autre bouc émissaire. Il a viré son entraîneur Harry Lange par un coup de téléphone... un lendemain de match à 5 heures du matin ! Il n'y avait aucune urgence au classement mais les rencontres pénibles en temps supplémentaire contre des équipes de bas de tableau avaient apparemment eu raison de sa patience très limitée.
Dommage pour lui, il va devoir composer avec l'administration autrichienne. Jerich a jeté son dévolu sur Dan Lacroix, qu'il présente comme un "coryphée" (Koryphäe), terme d'origine grecque qu'on peut traduire de manière plus usuelle par "sommité". Assistant-coach dans quatre franchises de NHL, Lacroix n'a que de bonnes références, et si son seul passage en club en Europe a été court (Cologne de janvier à avril 2019), c'était prévu ainsi puisque le futur coach était déjà engagé. Mais l'arrivée de l'entraîneur de Moncton en LHJMQ a pris du temps. Elle a été officialisée le 13 novembre, mais il n'a été présenté à l'équipe que le 19, sans avoir encore le droit de monter la glace et de diriger d'entraînement... car il n'a toujours pas son permis de travail ! Forcément, en Autriche comme ailleurs, les règles d'immigration ne cessent de se durcir.
Lacroix prend en mains une équipe classée dans le quatuor de tête et un bel effectif. La majorité des étrangers ont changé mais pas Nick Bailen, sauvé parce qu'il avait un contrat pluriannuel comme les cadres autrichiens. La première impression à son arrivée en milieu de saison dernière confirmait le déclin connu à Cologne, mais il reste depuis la ligne bleue le leader offensif d'une équipe qui en manque un peu, même si elle a gagné en profondeur offensive. Les 99ers sont donc bien outillés, si leur président leur laisse le temps de grandir.
Sept années sans titre. Dans l'histoire de Bolzano, ce n'était plus arrivé depuis les années 1960. Certes, le HCB s'est rendu la tâche plus difficile en quittant les compétitions italiennes. Mais cela ne lui fait pas apprécier ce sevrage pour autant. Malgré un bilan honorable (une finale et deux troisièmes places en trois ans), l'entraîneur Glen Hanlon a donc été envoyé à la retraite. Kurt Kleinendorst, qui n'avait pas retravaillé depuis son licenciement à Iserlohn il y a deux ans et demi pour cause de maladie dans sa belle-famille, a signé pour un an.
Dès le premier entretien, Kleinendorst a adhéré à la personnalité de son capitaine Daniel Frank, un des quatre survivants du dernier titre. Il considère aussi le gardien Samuel Harvey comme un pilier très sûr, mais il a en revanche posé une exigence à son arrivée :: disposer d'un entraîneur de gardiens. Le président Dieter Knoll, qui s'y était toujours opposé (dernièrement avec l'argument que Hanlon était lui-même un ancien gardien), a cédé et a fait revenir Daniel Goller, actif en DEL et en équipe nationale de Hongrie.
Les étrangers ont majoritaiement changé comme chaque été, ce qui nuit souvent à la cohésion des stars comme l'an passé. Bolzano s'est attaché au caractère mais aussi au jeu physique qui était jugé insuffisant pour contrer Salzbourg. On a été le chercher notamment chez les deux joueurs-clés du champion slovaque Košice, le meilleur marqueur Brett Pollock et le défenseur majeur du powerplay Max Gildon, qui combinent tous deux technique et rugosité. Les défenseurs expérimentés Mark Barberio et Philip Samuelsson (35 et 34 ans) complètent une défense très solide. Le centre numéro 1 Matt Bradley a quant à lui reçu un passeport italien et a aussi un objectif olympique. Tous ces joueurs devront toutefois attention à ne pas accumuler les prisons. La seule recrue rarement pénalisée - malgré un gabarit robuste - très est le vétéran de 35 ans Cole Schneider, mais il a été meilleur compteur et champion en Norvège avec Storhamar. L'état d'esprit de vainqueur et la capacité à aller à la limite sont donc les ingrédients que les Foxes ont voulu ajouter pour chercher le titre.
L'autre équipe italienne ne manque pas d'ambition non plus. Val Pusteria (Pustertal en allemand) n'a manqué les playoffs qu'une fois en quatre saisons. Le groupe hôtelier du président Erich Falkensteiner est devenu cet été le premier sponsor principal depuis onze ans et a permis d'accroître le budget. Malgré le départ à Genève du meilleur marqueur Jason Akeson, le directeur sportif Patrick Bona a bien ciblé le recrutement en concertation avec Jason Jaspers, qui est le premier coach à avoir survécu une saison entière chez les Wölfe depuis leur arrivée dans la ligue !
La réputation d'instabilité du club était en effet notoire et des dénonciations publiques d'un ancien joueur avaient même fait scandale. Le gardien Olivier Roy - dont le contrat a été rompu en novembre 2024 - avait dénoncé sur Instagram des engagements non tenus, mais aussi le fait d'avoir été obligé de jouer malgré une blessure au genou et un appartement plein de moisissures. Le directeur Jochen Schenk a démenti ces accusations et dénoncé un gardien hors de forme qui n'a respecté ni les rendez-vous des kinés ni les avis des médecins, et qui serait lui-même responsable des moisissures. Après ces échanges peu amènes, les deux parties ont cessé de laver leur linge sale en public... Plus personne ne s'occupe de Roy à Brunico car son successeur Eddie Pasquale l'a largement fait oublier.
Cet incident isolé ne reflète pas l'état d'esprit qui reste bon dans le vestiaire, et une base d'équipe qui s'est bien formée. Le club garde une bonne réputation, et son environnement aussi. Les défenseurs Jonathon Blum (Munich) et Markus Lauridsen (Francfort) n'ont pas eu du mal à quitter des métropoles allemandes pour la qualité de vie du Tyrol du Sud. La recrue JC Lipon déçoit plutôt mais la ligne qui dépasse toutes les espérances est formée du centre très efficace dans les duels et les engagements Cole Bardreau (Bridgeport, AHL), de l'excellent patineur Henry Bowlby (Rögle) et de Nick Saracino (Asiago) qui utilise sa force physique dans le slot.
Le public fervent est plus chaud que jamais, le record d'abonnements a été battu. Il se réjouit que le grand talent de 21 ans Tommy Purdeller soit resté et incarne la formation locale. La priorité affiché aux joueurs du Sud-Tyrol a néanmoins diminué : il y a désormais quatre joueurs italiens à double nationalité, dont deux (Saracino et Alex Ierullo) viennent du club à la stratégie de naturalisation assumée Asiago. Pustertal se met donc à faire comme les autres.
En parlant de naturalisation, s'il y en a bien eu une qui a fait sensation dans un pays qui n'en avait jamais connue, c'est celle du gardien tchèque Lukáš Horák en Slovénie au printemps. Horák, qui ne compte donc plus comme étranger, s'est blessé début novembre... mais l'Olimpija Ljubljana doit depuis lors défendre sa place de leader sans lui. Âgé de seulement 21 ans, sa doublure Luka Kolin démontre qu'il y a des jeunes prometteurs en Slovénie. On le sait déjà avec le défenseur Bine Mašič et l'attaquant Marcel Mahkovec qui tiennent déjà à 22-23 ans des rôles importants.
Mais le club slovène ne se limite plus à faire du développement, ni de la présence. Depuis que l'investisseur canadien Alexandre Lefebvre est arrivé, l'ambition est possible. La dernière saison (neuvième) a donc été décevante. L'entraîneur finlandais Antti Karhula avait été viré avant Noël et Andrej Tavzelj - qui l'avait remplacé alors qu'il n'avait que trois mois d'expérience derrière un banc - est maintenant devenu adjoint. L'Olimpija a misé sur Ben Cooper, ancien entraîneur-chef de Herning (Danemark) qui a connu 4 titres en 4 ans dans le staff de Salzbourg. Le Canadien retrouvera d'ailleurs son ancien joueur Nicolai Meyer, qu'il avait vu marquer des buts décisifs en match 7 de play-offs... et qui se met à exploser les compteurs en saison régulière depuis son arrivée !
Meyer est pourtant en bonne compagnie. Tous les étrangers ont changé (Nick Bonino avait resigné mais a finalement raccroché les patins pour entrer dans le staff des Pittsburgh Penguins) et ils témoignent tous d'un changement de standing. Nanti de dollars canadiens, l'Olimpija recrute dans les mêmes ligues que les clubs de haut de tableau, voire presque au-dessus avec deux vétérans de renom. T.J. Brennan, qui était arrivé en même temps à Salzbourg que son coach Cooper et y avait été champion en 2022, a passé les trois dernières années en Suisse avec Ajoie. Son point fort est sa capacité à feinter le défenseur pour ouvrir une ligne à son puissant lancer. Zach Boychuk (35 ans) a participé à 129 matchs de NHL et a été champion une fois avec Berne et quatre fois au cours des cinq dernières années avec les Eisbären de Berlin.
L'équipe de Linz s'est totalement reconstruite depuis trois ans par un concept collectif, sans individualités saillantes sinon l'éternel Brian Lebler (37 ans et toujours aussi efficace comme finisseur). L'entraîneur et directeur sportif Philipp Lukas a réussi à constituer un noyau fidèle. Les deux gardiens sont restés, ainsi que 13 des 15 meilleurs marqueurs.
Les deux seules exceptions sont des défenseurs, Ian Scheid (vers Fife en Écosse) et surtout l'international Raphael Wolf (à Vienne). Ils ont été respectivement remplacés par Ryan McKinnon (Spišská Nová Ves) et le jeune Luis Lindner, rentré de son cursus universitaire américain... mais qui a malheureusement subi une commotion cérébrale fin septembre et reprend doucement. Défensivement, Linz cherche donc encore ses repères, mais le potentiel offensif s'est amélioré par l'arrivée de Travis Barron - vite adapté pour sa première expérience européenne - et le retour attendu d'Emilio Romig après une saison blanche sur blessure qui faisait suite à la meilleure année de sa carrière.
Linz reste donc un candidat au top-6, mpeme si le club est rattrapé dans l'actualité part le procès de Peter Freunschlag, son ancien président de 2009 à 2021, quand un putsch de tous ses collègues dirigeants et des supporters qui avait conduit à la scission du club. Freunschlag n'est pas poursuivi pour son entêtement de l'époque mais pour des faits plus grave. On lui reproche des déclarations sous-estimées de recettes de billetterie et de buvette, des salaires versés au noir, et plus généralement une confusion entre les budgets de l'association, de la société professionnelle et du prestataire marketing (qu'ils contrôlaient tous les trois) qui constituait une fraude à la TVA. Les impôts réclamés s'élèvent à plus de 1,1 million d'euros. Il a plaidé coupable et remboursé 60% avant le procès. Il a un an pour payer le reste, en plus de 300 000 euros d'amende et deux mois de prison avec sursis.
Après deux années désastreuses (onzièmes puis dixièmes), les Vienna Capitals ont investi pour revenir dans le top-6 et annoncé le plus haut budget de leur histoire. L'équipe a coûté plus cher que celle du dernier titre en 2017. Pour cela, les Viennois se sont séparés de 13 joueurs, y compris le défenseur vedette Dominique Heinrich en activant la clause de résiliation de son contrat. Chez les étrangers, ce fut la curée, il ne reste que le meilleur marqueur Zane Franklin et Jérémy Grégoire.
Linden Vey (139 matchs NHL et une grande carrière européenne qui l'a fait champion en Suisse en 2018 puis en Russie en 2019), est la recrue-phare de la ligue. Le meneur de jeu canadien a signé pour deux ans à Vienne, pour la qualité de vie pour ses trois enfants, et aussi parce qu'il savait y retrouver Nelson Nogier, compagnon d'entraînement de longue date au Canada qui fut déjà son coéquipier à Astana. Nommé capitaine, Vey est le joueur-clé des Capitals dans toutes les situtions de jeu. Malheureusement, le passeur n'a pas de buteur à servir et garde trop le palet.
Dans l'immédiat, ces grands projets ne se traduisent pas encore au classement. Un troisième défenseur offensif (Willie Raskob de Vítkovice qui revient d'une opération de la hanche) s'est ajouté à Dominique Heinrich et Seamus Donohue, mais les 5 nouveaux attaquants étrangers sont tous de grandes déceptions. Par exemple, la vitesse de patinage d'Evan Jasper - qui avait connu la montée en DEL avec Bietigheim puis l'Extraliga à Hradec Kralové depuis son passage à Chamonix - ne sert à rien si c'est pour se retrouver derrière la ligne de fond sans avoir effectué de geste décisif.
L'alarme s'est allumée dès un match de présaison à Bratislava (déroute 0-7 et blessure sérieuse du jeune attaquant Seena Peeters). La crise semble sans fin. Le directeur sportif Christian Dolezal, qui a fait toute sa carrière au club dans tous les postes (joueur, responsable du hockey mineur, entraîneur puis manager), pourra-t-il y survivre ? Il a reçu cet été l'appui d'un "conseiller" plus expérimenté, l'ex-international Christian Perthaler, mais sans effet. Il n'y avait plus qu'un fusible à activer, l'entraîneur Gerry Fleming, qui était resté en poste à la tête d'un groupe profondément remanié.
Fleming a sauté à la trêve de novembre et a été remplacé par Kevin Constantine. Choix étonnant, dans une ville multiculturelle comme Vienne, de recruter un coach qui avait dû trouver refuge en Roumanie après sa suspension pour commentaires discriminatoires en WHL. Dolezal a dit lui avoir rappelé les valeurs du club, expliqué qu'il avait été "transparent" quand il avait été confronté à ses erreurs passées lors des entretiens d'embauche, et conclu qu'il méritait une seconde chance.
Attentif aux détails, Constantine a programmé de longues séances vidéo à son arrivée. L'urgence est de donner une meilleure structure à une défense qui manque de qualité de patinage (Randy Gazzola, Raphael Wolf et Cole Hults) pour compenser les nombreuses erreurs de placement constatées. Cela aidera peut-être le gardien Evan Cowley, qui était courtisé (il a signé alors que Graz était aussi sur les rangs) mais qui est devenu l'autre bouc émissaire des supporters (en plus de Dolezal). L'ancien gardien d'Angers et d'Asiago a été totalement supplanté par sa doublure Sebastian Wraneschitz (92,3% en 9 parties)... mais le jeune Autrichien s'est blessé au genou dans le dernier match avant la trêve et sera absent de longs mois. Cowley doit absolument en profiter..
Les trois qualifications consécutives dans le top-6 témoignent de la belle régularité de Villach, qui n'est pourtant sûrement pas dans le top-6 des budgets. À rebours du style de jeu dominant de la ligue autrichienne, le VSV a construit son succès récent sur un style de jeu peu physique. Il y a plus de créativité et de technique que de garantie d'engagement défensif, à l'instar du meilleur marqueur Nikita Shcherbak.
L'ancien attaquant angevin Shcherbak s'avère en grande forme, sur une ligne avec l'Autrichien Elias Wallenta et le Canadien Kevin Hancock, un centre buteur au tir du poignet ravageur. Il y a aussi le grand ailier Guus van Nes, bien installé avec sa petite amie autrichienne rencontrée dans le Voralberg. Cette unique star de l'équipe nationale des Pays-Bas se fixe objectif personnel de 20 buts après avoir plafonné à 19 depuis deux ans.
Villach continue d'avoir le plus vieux duo de gardiens. Quand le quarantenaire américain JP Lamoureux s'est blessé l'an dernier (novembre 2024, il a été remplacé par Joe Cannata... qui a resigné pour deux saisons supplémentaires à 35 ans. Sa doublure René Swette en a 37. À l'autre extrémité de la pyramide des âges, c'est un attaquant de 16 ans qui attire l'attention.
"Je mentirais si je ne disais pas m'être moi-même rendu compte que j'ai un talent particulier", a déclaré Paul Sintschnig au Kleine Zeitung. L'équipe de France U20 peut en témoigner, Sintschnig était devenu contre elle à 15 ans le plus jeune buteur du Mondial U20. Le joyau est maintenant devenu le deuxième plus jeune buteur de l'histoire de la ligue, après Michael Grabner (qui jouait déjà à Villach) et devant Benjamin Lanzinger (qui jouait... devinez... à Villach). Voilà qui pose un vrai club formateur ! Il y a toutefois une nuance qui déchire la Carinthie : Sintschnig jouait jusqu'à 11 ans chez le grand rival régional Klagenfurt. Le VSV a peut-être récupéré et couvé la future superstar du hockey autrichien.
Sintschnig a refusé des proposition à l'étranger car il sait qu'il dispose à Villach de bonnes conditions pour se développer. Le capitaine Alexander Rauchenwald, qui a combattu un cancer lymphatique il y a 4 ans, lui sert de collègue de ligne et de mentor. L'attaquant de 16 ans s'est fait une grosse frayeur en se blessant à son premier match en équipe d'Autriche, en fin de compte sans gravité. Déjà très athlétique, Sintschnig est un très bon patineur qui lit bien le jeu. Son nom est déjà attendu très haut à la draft NHL... 2027.
Depuis cinq ans, Fehérvár atteint systématiquement les quarts de finale. Le club hongrois ne peut plus se permettre de risquer de manquer cet objectif minimal, encore moins l'année où sa suprématie nationale est en jeu avec la concurrence interne du FTC. Fin octobre, il a donc fini par renvoyer son très jeune entraîneur Dávid Kiss, même si c'est une figure du club très appréciée. Arrivé coach principal à 33 ans seulement, du jour au lendemain après la défection de Kevin Constantine en juillet 2023, Kiss sera resté 2 ans et 3 mois. Le club rappelle et salue sa victoire en coupe de Hongrie et sa qualification en CHL dans l'annonce de son renvoi.
Son remplaçant nommé à la trêve est Ted Dent, coach à la longue carrière AHL mais dont la première expérience européenne à Augsbourg s'était terminée abruptement par une série de 10 défaites il y a un an. Il récupère une défense assez stable devant un gardien efficace (le Finlandais Rasmus Reijola), mais doit ranimer une offensive en panne de force et/ou d'idées, depuis la fin de saison dernière déjà. Il doit aussi remettre au travail des joueurs hongrois qui sont habitués depuis trop longtemps à se reposer un peu sur leur talent, à l'image de Janos Hári qui est sous contrat jusqu'en 2029.
La profondeur de banc du AV19 est nettement supérieure à celui des équipes du bas de tableau, d'autant qu'il peut puiser dans sa propre équipe-réserve professionnelle. Mais cette saison, l'équipe de Székesfehérvár est surtout homogène... dans la médiocrité. L'international slovène Anže Kuralt est resté le meilleur marqueur de l'équipe alors qu'il a manqué 6 rencontres sur blessure. Les autres joueurs ne dépassent pas 8 points en 20 parties et les trois attaquants de DEL recrutés à l'intersaison (Darren Archibald de Wolfsburg et les deux relégués avec Düsseldorf Drake Rymsha et Justin Richards) se sont fondus dans le paysage. Plus que la qualité technique, c'est surtout l'intensité de patinage qui paraît faire défaut.
On a pu avoir l'impression durant l'été que Ferencváros n'avait pas totalement appréhendé l'ampleur de la tâche qui l'attendait en changeant de ligue. C'est seulement début août que Fodor Szabolcs a annoncé avoir renoncé à une double fonction trop prenante pour pouvoir bien assumer les deux postes. Il a donc mis sa carrière de coach entre parenthèses pour se consacrer à son travail de manager général. Il a alors présenté Timo Saarikoski, fort de ses deux expériences d'entraîneur-chef à Chamonix (2 ans) et Fribourg-en-Brisgau (1 an et demi).
Le choix de Saarikoski n'est pas surprenant car le FTC est habitué aux Finlandais. Les liens entre les deux nations aux langues cousines (finno-ougriennes et non indo-européennes) ont toujours été privilégiés dans le hockey sur glace. Mais le FTC a aussi engagé trois Suédois au style assez offensif pour mener la défense. Mais pour intégrer un championnat au style bien plus physique, il y avait aussi besoin de Canadiens familiers de la ligue autrichienne : le centre Tyler Coulter et surtout l'ailier Brady Shaw. Celui-ci avait été le meilleur marqueur d'ICE HL avec Innsbruck (2022/23) avant de l'être en Ligue Magnus avec Angers (2024/25), et c'est lui qui mène l'offensive comme prévu.
Le risque était néanmoins que le FTC soit trop dépendant de ses 10 étrangers car il n'avait pas la même antériorité que Fehérvár pour se constituer un réservoir. Il a néanmoins impliqué les principaux internationaux hongrois évoluant dans d'autres clubs de Budapest : l'ex-star de 37 ans István Sofron, l'expérimenté Krisztián Nagy, le junior Ferenc Laskawy et l'ancien défenseur briançonnais Milán Horváth. Deux joueurs de 22 ans se sont ajoutés : Ferencváros a rapatrié Zétény Hadobás et convaincu l'espoir András Mihalik de quitter sa ville natale Debrecen.
Ce sont pourtant des joueurs hongrois en dehors des radars de l'équipe nationale qui étonnent le plus : Gergely Tóth, ex-capitaine de Dunaújváros dont la dernière convocation en sélection remonte à deux ans, joue comme un pilier d'une défense diminuée par les blessures. Mieux encore, Kristóf Nagy, qui est depuis six ans le gardien numéro 2 du club, est bien plus performant que Bence Bálizs, le numéro 1 de la Hongrie qu'on pensait la recrue la plus indispensable. Des performances qui ont valu à Nagy son premier match international (à Épinal contre la Norvège).
Les bons résultats ont permis à "Fradi" (le surnom de Ferencváros) de commencer à attirer du public après avoir débuté en dessous des 1000 spectateurs. Le FTC est le club le plus connu du pays mais le hockey sur glace n'y est que le quatrième sport collectif, derrière le football, le handball et le water-polo. Il s'est développé dans le pays mais doit encore gagner en popularité auprès des spectateurs de Budapest.
La bonne tenue du nouveau venu de Budapest laisse deux clubs autrichens un peu seuls en fond de cale. Troisième de saison régulière en 2023 et septième en 2024 pour les deux dernières saisons de Mitch O'Keefe derrière le banc, Innsbruck est tombé bon dernier et largué. Le choix du président Günther Hanschitz de prolonger le mandat de l'entraîneur Jordon Smotherman peut surpendre dans ce contexte. Ancien joueur du club pendant 10 ans et directeur sportif depuis 2022, Maximilian Steinacher n'était clairement pas d'accord et a démissionné en février. C'est donc Smotherman qui a composé l'équipe (sous validation du patron Hanschitz)... avant de décider de rester aux États-Unis pour raisons familiales. Un autre ancien coach d'ECHL a été recruté à sa place, Ryan Kinasewich. Il a un avantage par rapport à son prédécesseur, il connaît la ligue où il a passé cinq années comme joueur.
Autre figure familière, Steven Owre, MVP de l'ICE HL en 2023 avec les Pioneers. Il a résilié son contrat à La Chaux-de-Fonds et signé pour deux ans à Innsbruck. Il porte l'offensive avec un autre attaquant venu de ligue B suisse, l'ailier Sebastian Benker (ex-Thurgovie), qui a espéré jusqu'au dernier moment un contrat chez lui en Suède où sa petite amie est joueuse de floorball. Benker a été engagé tardivement en raison de la blessure de Matt Wilkins (ex-Angers) qui a repris le jeu en octobre et cherche à retrouver son niveau.
L'attaque dépend donc beaucoup trop du premier bloc et la défense reste toujurs aussi dépourvue, surtout maintenant que Daniel Jakubitzka a pris sa retraite. Le Tyrol autrichien ne forme toujours pas de hockeyeurs de niveau suffisant et Innsbruck ne peut qu'espérer des exploits de ses buteurs... et de son gardien. Celui-ci a un nom célèbre puisque Matt Vernon n'est autre que le fils de Mike Vernon, ancien gardien aux deux Coupes Stanley remportées avec Calgary et Détroit. Le fiston est juste un gardien d'ECHL et il avait les pires stats de la ligue dans les premières semaines. Son positionnement aléatoire s'est un peu ajusté et le retour en forme de Vernon permet à Innsbruck de grappiller des points de ci de là.
La trajectoire est en revanche franchement descendante pour les Pioneers du Voralberg. La saison passée, ils avaient réussi une belle remontée et n'avaient échoué qu'à un seul point des play-offs. Une belle réussite pour Dylan Stanley, arrivé en 2014 comme joueur à Feldkirch et qui a vécu l'évolution du club sous diverses formes. Mais Stanley a passé la frontière suisse toute proche pour rejoindre le staff de Davos, et comme à sa prise de fonction, c'est l'adjoint qui remplace l'entraîneur-chef chez les Pioneers. Même s'il s'est tourné très tôt vers une carrière d'entraîneur, le nouveau coach est particulièrement jeune : le Finlandais Johannes Nygård a 31 ans à peine.
Le problème est surtout dans les moyens à disposition. Le duo de gardiens Caffi/Madlener est la seule garantie de stabilité. Deux défenseurs locaux sont partis, Alexander Pallestrang (retraite) et Luca Erne (Villach), et les jeunes Viennois de 21 ans Matthias Mader (rentré de quatre ans aux États-Unis) et Leo Woborsky ne sont pas aptes à les remplacer à ce niveau.
Les étrangers, eux, ont tous changé à l'exception du défenseur finlandais Roni Allen, revenu après un prêt de fin de saison à Tychy où il a empoché un titre de fin de saison au passage. Ce n'est pas dans le Voralberg qu'il soulèvera un trophée. On a appris que les Pioneers avaient perdu 1,8 millions d'euros cumulés sur leurs deux premières saisons d'existence. Les actionnaires ne pourront pas compenser ces pertes indéfiniment. C'est pourquoi le directeur sportif Michael Lampert n'a pu recruter que 8 étrangers au lieu de 10. Et il n'est même pas sûr qu'il ait le feu vert pour engager des jokers tant il ne semble déjà y avoir plus rien à espérer de cette saison...
Marc Branchu