Vsevolod Bobrov

 

Dans l'histoire des Jeux olympiques, un seul homme a été capitaine de son équipe dans deux sports différents : Vsevolod Bobrov. Si les footballeurs-hockeyeurs étaient nombreux dans les années cinquante, nul n'était aussi doué que lui. Bobrov était la personnalité dominante au moment où l'Union soviétique s'est ouverte aux sports olympiques, quand elle s'est rendue compte qu'il pouvait s'agir d'un instrument de propagande au même titre que le ballet du Bolchoï par exemple.

Bobrov a ainsi participé aux premiers pas internationaux des Russes dans leurs deux sports collectifs majeurs, le football et le hockey sur glace. Cela lui a permis d'accéder au statut de mythe. Et quand les Soviétiques ont ouvert une nouvelle frontière en affrontant les professionnels de NHL, leur entraîneur était aussi Bobrov. Le pionnier, l'homme des premières. À l'élection du plus grand sportif russe du vingtième siècle, Bobrov s'est classé troisième derrière Lev Yachine (meilleur gardien de but de football du vingtième siècle qui a aussi remporté la Coupe d'URSS de hockey en 1953) et le lutteur Alexandre Karéline. Ce dernier a incarné la force brute, indéboulonnable au moment où l'URSS s'effondrait et où les statues de Lénine étaient délogées de leur piédestal. Quant à Yachine, qui symbolisait la défense de la Mère Patrie, il occupait le seul poste individuel dans un sport collectif.

Bobrov lui-même était une pure individualité, qui considérait naturel que les autres jouent pour lui. Il se distinguait par ses qualités techniques supérieures. Il n'était pas le joueur le plus complet, pas le plus aimé de ses entraîneurs. Il est paradoxal que le hockey russe, qui a fait du jeu collectif son essence, ait eu pour héros légendaire un joueur qui tirait la couverture à lui. C'est que Bobrov est arrivé avant que les principes du hockey soviétique ne soient totalement forgés. Forcément, une personnalité aussi saillante était controversée : certains relativisaient sa valeur et le décrivaient comme nonchalant, d'autres au contraire considéraient que sa force était son engagement total durant un match. Ce qui est certain, c'est qu'il était un capitaine capable de rallier une équipe, de la mener. Hockeyeur dominant de sa génération, sa vie a tout d'une légende.

 

Le survivant

En 1922, la Russie voit s'éteindre les derniers feux de la guerre civile qui a mis le pays à feu et à sang. Au principal affrontement entre armées rouges (communistes) et blanches (impérialistes) se joignaient nombre de groupes de paysans révoltés contre la conscription et la confiscation de leurs récoltes. Certains étaient non politisés, d'autres guidés par des révolutionnaires non bolchéviks. La mieux organisée de ces révoltes paysannes fut la révolte de Tambov, une région meurtrie où des armes chimiques ont même été employées contre les rebelles cachés dans la forêt.

C'est à Morshansh, dans cette province de Tambov, que naît Vsevolod Mikhaïlovich Bobrov le 1er décembre 1922. Le bébé est, déjà, un survivant. Alors que sa mère Lydia était enceinte, sa maison a été incendiée par des pillards. Le petit Vsevolod, troisième enfant d'une famille très pauvre, a ensuite dormi dans une boîte au carton au milieu d'une maison en partie brûlée, qui finira par s'effondrer après leur départ.

"Seva" (diminutif de Vsevolod) a moins de 3 ans quand la famille part s'installer à Sestroretsk, où l'usine métallurgique Voskov recrute des ouvriers. C'est dans cette ville, au bord du golfe de Finlande et alors à deux kilomètres de la frontière, qu'il fait ses premiers pas sur la glace, dès l'âge de 5 ans, avec une crosse taillée à la main. Il suit en fait son frère Vladimir, son aîné de deux ans, dans ses activités sportives. Ils jouent au football l'été, puis se mettent au hockey - avec une balle - dès que l'hiver arrive. Ou parfois avant... À l'automne 1933, ils se précipitent sur la glace dès les premières gelées. Mais la couche est mince et se fissure. Quatre enfants tombent dans l'eau glacée. Les frères Bobrov seront sauvés, mais deux de leurs amis et voisins décèdent. Vsevolod, tout juste 11 ans, a échappé de peu à la mort.

Le jeune miraculé ne tarde pas à être remarqué pour ses qualités athlétiques, et à 16 ans il intègre le Dynamo Leningrad. Il joue dans l'équipe première de bandy et dans l'équipe junior de football. En la regardant jouer, Mikhaïl Butusov, qui fut le premier capitaine de l'équipe de Russie de football, détecte en lui un grand talent et recommande son incorporation en équipe première. Celle-ci est décidée en mai 1941... mais la guerre éclate un mois plus tard. L'URSS, qui avait attaqué la Finlande deux ans plus tôt et repoussé la frontière, est attaquée conjointement par les Nazis et par les Finlandais. Ces derniers s'arrêteront au niveau de l'ancienne frontière, donc à Sestroretsk, mais l'usine Voskov est évacuée au fin fond de la Sibérie, à Omsk, afin de contribuer à l'effort de guerre sans risquer de tomber aux mains des occupants.

Les chemins de la famille se séparent alors. Vladimir est mobilisé à la guerre, dont il reviendra gravement blessé peu avant la victoire. Les parents Bobrov restent à Sestroretsk. Durant le siège de Leningrad, un des plus terribles de l'histoire, alors qu'il ne restera à la fin que les rats à manger, ils adoptent un orphelin - Boris - qui mourait de faim et qu'ils sauvent de la mort. Quant à Vsevolod, il part à Omsk où il travaille 16 heures par jour à confectionner des pièces d'artillerie pour l'effort de guerre. Un an plus tard, il intègre une école militaire pour un peu plus d'un an. Pour autant, il n'ira jamais au front. On dit que ses camarades y ont tous été envoyés, mais que l'athlète d'exception y a été préservé. Sa valeur sportive n'est pas inconnue des officiers de haut rang. Quand la guerre s'achève, il est recruté par le CDKA Moscou (futur CSKA), le club sportif central de l'armée. Dès sa première saison, il est le meilleur buteur du championnat soviétique de football. Le CDKA termine deuxième à un point du Dynamo.

Football, sport de contact(s)

L'Union soviétique, repliée et méfiante avant-guerre, est en pleine redéfinition de sa politique sportive. Elle s'ouvre aux compétitions internationales, vues comme un élément de son nouveau prestige acquis par sa contribution à la victoire des Alliés. Elle est prête à participer à une condition, être en position de gagner. Le premier test, c'est le football : le Dynamo est envoyé en tournée en novembre 1945 là où ce sport a été inventé, la Grande-Bretagne. La saison de football se termine en octobre en Russie et le hockey occupe ensuite la saison hivernale, ce qui explique que les mêmes joueurs pratiquent les deux sports. Comme Vassili Trofimov est blessé au genou, Bobrov est ajouté en complément au dernier moment. Celui-ci n'est pas toujours bien vu au sein d'une équipe collective comme le Dynamo à cause de sa tendance à trop garder la balle, mais il est le meilleur buteur (6 buts) et le joueur le plus remarqué d'une tournée qui rentrera dans la légende : deux nuls face à Chelsea (sur une égalisation de Bobrov à six minutes de la fin) et aux Glasgow Rangers, deux victoires contre Cardiff City (10-1) et contre Arsenal (4-3) dans un match mythique joué en plein brouillard, où ni les spectateurs ni les arbitres ne voyaient grand chose (les Russes auraient joué à 12 voire plus et un joueur anglais expulsé serait revenu sur le terrain...). Bobrov y gagne le surnom de "jambes en or", donné par un journaliste russe.

Mais c'est aussi à Londres que Bobrov connaît son premier contact avec le hockey sur glace, tel qu'on l'entend de nos jours. À la fin de leur tournée, les Russes s'entraînent à Wembley, où se situe également l'Empire Pool, la principale patinoire anglaise. Quand ils entendent qu'on y joue au hockey, ils se montrent très curieux. Ils sont d'abord fascinés par la glace artificielle, qu'ils n'ont jamais vue. Ils assistent à l'entraînement de l'équipe de Wembley, truffée de Canadiens, et après la session, Bobrov fait demander par un interprète s'il est possible de leur prêter crosses et patins pour qu'ils essaient. Les responsables anglais sont un peu inquiets que leurs visiteurs se fassent mal. Ils ignorent que les six footballeurs russes jouent tous au hockey avec balle (ou bandy) l'hiver. Ils s'adaptent rapidement, même s'ils n'arrivent pas à lever le palet, accessoire qu'ils n'ont jamais utilisé. Lorsque les Canadiens ressortent du vestiaire, ils s'arrêtent au bord de la patinoire, intrigués en particulier par les qualités techniques de Bobrov et Trofimov. Ils demandent à improviser un match face à ces Russes, mais ceux-ci n'osent pas accepter, sans autorisation de leur responsable qui n'est pas présent, de crainte de se blesser. Lorsque l'interprète leur explique que les Moscovites n'ont jamais tenu ce type de crosse, les Canadiens rigolent en pensant que c'est une blague. C'est pourtant vrai : Bobrov, qui rechigne à quitter la glace tant l'expérience lui a plu, emmènera deux crosses canadiennes dans ses valises, une pour lui, et une pour son coéquipier Evgeni Babich. Dès décembre 1945, ils commencent à s'entraîner avec ces nouvelles crosses.

C'est le moment où le nouveau sport fait son introduction en URSS. Le hockey avec balle était le premier sport de Bobrov, et il y a remporté deux fois la Coupe d'URSS, la principale compétition, avec le CDKA, en 1945 et 1946. Mais l'année suivante, il commence son transit vers le hockey avec palet lors du premier championnat d'URSS. Et dès sa deuxième année, en 1948, il devient champion en écrasant le classement des buteurs.

Bobrov continue toujours le football l'été. En 1946, sur la pelouse du Dynamo Kiev, il s'est pourtant rompu les ligaments croisés et endommagé le ménisque dans un choc violent. Il est opéré et les médecins lui conseillent d'arrêter le football. Il redevient pourtant meilleur buteur du championnat l'année suivante et remporte trois titres consécutifs avec le CDKA. Ses problèmes chroniques de genou continuent, mais il reste la vedette des stades soviétiques.

La réussite de la tournée britannique a convaincu les autorités soviétiques de rejoindre la FIFA. En 1952, l'URSS s'engage dans le tournoi olympique de football à Helsinki. Au premier tour contre la Bulgarie, Bobrov égalise et Trofimov - l'autre footballeur-hockeyeur de la tournée britannique - marque le but vainqueur pendant la prolongation. En huitièmes de finale, face à la Yougoslavie, les Soviétiques sont menés 1-5 à 17 minutes de la fin quand le capitaine Bobrov rallie ses troupes : "Tous en avant ! Ils sont fatigués !" Ceux qui doutent de l'implication de Bobrov dans un collectif ne doivent pas négliger la façon dont il mène par l'exemple. La détermination et l'énorme envie dont il fait preuve en cette fin de match impressionnent même ses adversaires. L'Union Soviétique égalise à 5-5 avec notamment trois buts de Bobrov. En prolongation, celui-ci dribble encore plusieurs Yougoslaves... et tire sur le poteau ! L'exploit sera donc inutile. Le match est rejoué, et perdu 1-3. Cette défaite contre les "déviationnistes" de la Yougoslavie de Tito, pays traître, entraîne des conséquences immédiates : l'entraîneur Arkadiev doit rendre sa médaille du mérite et le club de l'armée, qui forme la base de l'équipe nationale, est exclu du championnat soviétique en punition !

Un puissant protecteur

Bobrov n'est pas directement concerné car cela fait déjà trois ans qu'il a quitté le CDKA pour le club de l'aviation, le VVS Moscou dirigé par Vassili Staline, le fils du dictateur. La relation spéciale entre les deux hommes sera même évoquée dans un film sorti en 1992 à la chute de l'URSS, où l'on voit Vassili organiser de grandes fêtes avec des femmes dénudées pour son sportif-étoile "Bagrov" (nom si transparent, à peine altéré...). De fait, le fils Staline pardonnait tout à Bobrov, son compagnon d'ivresse. Et il "achetait" quelque peu son amitié. En URSS, les seuls privilèges étaient attribués par le fait du prince. Bobrov habitait déjà un appartement de la maison "Sokol", à Moscou, où les principales vedettes du club de l'armée recevaient un logement. Sur ordre du fils Staline, son appartement fut le seul à être doté d'un balcon. Mais Vsevolod en fera aussi profiter ses proches : il demandera à son protecteur de fournir des papiers au nom de Bobrov à Boris - l'orphelin adopté par ses parents pendant la guerre - et de l'enregistrer dans son appartement.

Vassili offre même à son protégé une maison à la campagne, comme d'usage notamment pour les principaux scientifiques. Un jour où son ami Vsevolod n'est pas à son appartement, le fils Staline décide de se rendre à sa maison de campagne... et a la surprise d'y trouver des inconnus qui vivent là ! Bobrov, qui n'a aucun attrait pour la vie rurale, avait donné la maison à des amis ! Cet impair lui vaudra dix jours d'arrêt de la part de son "ami" Vassili...

La brève histoire du VVS est intimement liée à l'accident d'avion qui a décimé son équipe de hockey sur glace en en 1950. Ce jour-là, Bobrov n'a pas entendu son réveil, et il a donc été obligé de prendre le train. C'est ce qui lui a sauvé la vie. Il apprendra en gare de Samara (qui s'appelait alors Kuybyshev) la mort de la plupart de ses coéquipiers. Avec les autres survivants (Babich, Vinogradov), ils sont les entraîneurs-joueurs d'une formation reconstruite autour d'eux.

Le VVS devient champion d'URSS de hockey en 1951 et 1952, avec Bobrov en meilleur buteur. Il établit même un record presque pour l'éternité en marquant 10 buts dans un même match, un 14-4 contre le Dynamo en 1950/51. Le VVS disparaît en 1953 avec la mort de Staline. L'URSS s'engage dans la déstalinisation. Vassili, le fils capricieux et alcoolique, perd ses pouvoirs et ses jouets du jour au lendemain, et il se fait arrêter. Bobrov, pas ingrat, sera un des rares à lui rendre visite en prison.

La clé des débuts gagnants de l'URSS

Bobrov joue un dernier championnat de football et remporte un quatrième titre, sous les couleurs du Spartak, mais en ne jouant en fait que quatre rencontres. Ses opérations répétées au genou l'obligent à arrêter ce sport. Une bonne nouvelle pour le hockey sur glace soviétique : il avait retardé son entrée sur la scène internationale en 1953 parce que Bobrov blessé n'avait pas pu participer à la saison hivernale. En 1954, l'URSS fait enfin ses débuts en championnat du monde. Elle bat ses premiers adversaires européens mais concède un nul face à la Suède : si elle perd contre le Canada, il faudra donc rejouer un match pour le titre de champion d'Europe, à cette époque plus disputé que celui de champion du monde, considéré "attribué d'office". Mais Bobrov n'est pas de cet avis. Si les entraîneurs pensent à se réserver pour la revanche face aux Scandinaves, le capitaine insiste pour jouer à fond et est persuadé que la victoire est possible. Sa détermination et sa force de conviction renforcent ses équipiers, qui écrasent les Canadiens 7-2. L'URSS est championne du monde à sa première tentative et l'histoire du hockey sur glace en est à jamais changée. L'histoire se répète aux Jeux olympiques 1956 de Cortina : le capitaine Bobrov conduit son équipe à la médaille d'or... tout en rappelant ses anciens talents de footballeur lorsqu'il casse sa crosse et continue de pousser le palet avec ses pieds !

Les championnats du monde 1957 à Moscou doivent être l'ultime consécration de l'idole sportive de tout un peuple, devant son public. Le logo de la compétition est une silhouette de hockeyeur, dessinée à partir de l'image de Vsevolod Bobrov. Le stade Loujniki, principalement utilisé pour le football, est un écrin symbolique de ses multiples carrières sportives. Mais il est le théâtre d'adieux douloureux : il se blesse contre la Tchécoslovaquie. C'est la blessure de trop pour Bobrov, qui raccrochera définitivement les patins. L'Union Soviétique, tenue en échec ce soir-là puis contre la Suède, ne termine que deuxième.

Les mérites de Bobrov ne se mesurent donc pas uniquement en buts. L'héritage du bandy (le patinage et les passes) ne suffit plus sans un joueur de sa qualité technique. L'équipe soviétique connaît des années de disette et ne redeviendra championne du monde qu'en 1963, six ans après la retraite de sa vedette. Dès lors, une nouvelle génération de joueurs arrive, la science collective atteint un autre niveau, et elle ne dépendra plus d'une seule individualité comme à ses débuts. Mais son irruption parfaite en compétition internationale porte clairement la marque de Bobrov.

Séducteur impénitent

On peut se demander jusqu'où cette incroyable carrière aurait pu aller sans ce genou fracassé dans le stade de Kiev. Bobrov a passé beaucoup de temps sur un lit d'hôpital, c'est d'ailleurs là qu'il a rencontré sa première femme, la chanteuse d'opérette Tatiana Sanina. Le romance entre ces deux personnalités admirées tournera court. Vsevolod trouvera son épouse au lit en compagnie d'un autre homme, qu'il se mettra alors à frapper. Dans la dispute, elle lui jettera un vase à la tête, qui lui laissera une cicatrice. Toute sa vie, elle contestera avoir trompé le héros national... En fait, ils ne vivaient déjà plus ensemble, mais les papiers du divorce n'avaient pas été transmis.

Bobrov est quant à lui un séducteur qui n'a guère d'efforts à faire. Sportif très célèbre, il est sans cesse poursuivi des assauts des femmes qui lui laissent des petits mots au restaurant avec un numéro de téléphone. En 1962, il rencontre dans un dîner Elena, une femme qui vient de Kiev et qui, en revanche, n'a jamais entendu parler de lui : c'est le coup de foudre. Elle a 25 ans (14 de moins que lui), elle est déjà mariée et a une petite fille. Pour lui, elle divorce, abandonne ses études et l'épouse l'année suivante. Ce mariage est d'abord tumultueux car une femme appelle régulièrement la nuit. Fatiguée de ce petit manège, Elena veut découvrir qui est cette rivale. Elle demande à la compagnie téléphonique de lui donner la provenance de ses appels, compose le numéro et tombe sur... le maréchal d'artillerie Vassili Kazakov. L'épouse trompée s'épanche auprès du mari cocu, dont la colère est terrible et qui annonce vouloir tuer le coupable. Séduire la femme d'un maréchal est risqué... Bobrov en sera quitte pour être viré de l'armée (dont il faisait partie comme tous les anciens joueurs du CSKA). La jalousie disparaîtra avec la naissance en 1969 de Mikhaïl Bobrov, un fils qui n'accepte de dormir que dans les bras de son père.

Vsevolod Bobrov a alors commencé une nouvelle carrière d'entraîneur, aussi bien en football qu'en hockey sur glace. Son coup d'éclat est le titre de champion d'URSS avec le Spartak Moscou en 1967, mettant fin à la domination du CSKA d'Anatoli Tarasov. La rivalité est alors forte entre Bobrov et son ancien coach. Les deux hommes ne se parlent plus, et ils professent des méthodes différentes. En 1972, quand Tarasov rend son tablier de l'équipe nationale (pour des différends financiers, dit-on), c'est son opposé qu'on nomme à sa place : bien moins attaché à un système collectif, Bobrov laisse bien plus de libertés à ses joueurs. Ses méthodes, fort peu soviétiques dans l'esprit, s'apparenteraient plus à ce qu'on qualifie aujourd'hui de développement personnel. Il parle peu, mais il semble plus accessible. Respecté par son passé de joueur, il est écouté et peut se contenter de faire passer ses consignes sans hausser la voix et sans exiger.

Pour autant, ses décisions ne souffrent pas de contestation. Bobrov se défait de la vieille garde en ne sélectionnant plus le défenseur Vitali Davydov et l'attaquant Anatoli Firsov, considérés comme deux des meilleurs joueurs du monde à leur poste. Il perd le titre de champion du monde face à la Tchécoslovaquie, puis la série du siècle face au Canada. Manque d'expérience ? Certains joueurs regretteront que Bobrov leur ait accordé un week-end de repos - dont ils ont profité - au retour à Moscou, et que les entraînements n'aient repris que trois jours avant le cinquième match. Malgré ces premiers échecs, Bobrov gagne peu à peu le respect comme entraîneur en remportant les Mondiaux 1973 et 1974. Mais étrangement, il est viré après une médaille d'or : il a eu le malheur de dire à un ambassadeur de fermer la porte lorsque celui-ci a voulu entrer dans le vestiaire pendant la pause.

Le destin qui a plusieurs fois souri à Vsevolod Bobrov lui a cependant été fatal. Un jour, il s'est plaint à son masseur d'une douleur à la jambe. Or, il s'agissait d'une thrombose veineuse. Le caillot de sang s'est détaché et a migré dans l'artère pulmonaire. Transporté à l'hôpital dans la nuit en raison d'un rythme cardiaque irrégulier, il y meurt le lendemain, le 1er juillet 1979, d'une embolie pulmonaire. Il est enterré au cimetière de Kuntsevo sous une stèle monumentale dans laquelle une de ses authentiques crosses est moulée dans une sculpture en bronze.

Son fils Mikhaïl Bobrov, diplômé de l'institut militaire d'éducation physique, est décédé à 28 ans dans un accident de moto, percuté par la voiture d'un voisin. Âgé alors de deux ans, Vsevolod Bobrov jr, prénommé comme son grand-père pour poursuivre la tradition familiale, n'a pas poursuivi de carrière sportive mais a suivi des études de langues à l'université de Moscou.

Marc Branchu

 

 

Statistiques

                                      MJ    B   A  Pts   Pén
1946/47 CDKA Moscou     Championnat    1    3
1947/48 CDKA Moscou     Championnat   18   52
1948/49 CDKA Moscou     Championnat   12   27
1949/50 VVS MVO Moscou  Championnat   13   36
1950/51 VVS MVO Moscou  Championnat   15   42
        VVS MVO Moscou     Coupe       4   13
1951/52 VVS MVO Moscou  Championnat   16   37
        VVS MVO Moscou     Coupe       4   13
1952/53 blessé
1953/54 CDSA Moscou     Championnat    7   15
        CDSA Moscou        Coupe       3    5
1953/54 URSS              Amicaux      6   15
1954    URSS             Mondial A     7    8   3   11    4'
1954/55 CSK MO Moscou   Championnat   18   25
1954/55 URSS              Amicaux      7    9
1955    URSS             Mondial A     6    5   4    9    5'
1955/56 CSK MO Moscou   Championnat    0    0
1955/56 URSS              Amicaux      8   13
1956    URSS                JO         7    9   4   13    4'
1956/57 CSK MO Moscou   Championnat   30   17
1956/57 URSS              Amicaux     11   22
1957    URSS             Mondial A     5   13   0   13    0'

Totaux en championnat d'URSS         130  254
Totaux en coupe d'URSS                11   31
Totaux en équipe nationale d'URSS     57   94

 

Palmarès de joueur

- Champion olympique 1956

- Champion du monde 1954, (1956)

- Champion d'URSS 1948, 1949, 1951, 1952 et 1955

Football : champion d'URSS 1946, 1947, 1948, 1953, vainqueur de la coupe d'URSS 1945, 1948

Bandy : vainqueur de la coupe d'URSS 1945, 1946

Honneurs individuels

- Meilleur attaquant des championnats du monde 1954

- Meilleur buteur et meilleur marqueur des Jeux olympiques 1956

- Meilleur buteur des championnats du monde 1957

- Meilleur buteur du championnat d'URSS 1948, 1951, 1952

Football : meilleur buteur du championnat d'URSS 1945, 1947

Palmarès d'entraîneur

- Champion d'URSS 1967

- Champion du monde 1973, 1974

 

 

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