Nordiques de Québec - URSS (30 décembre 1982)

 

Supersérie 1983.

Ce soir, à Québec, deux Tchécoslovaques, Anton et Marian Šťastný, attendent les Soviétiques dans le camp des Nordiques. Anton Šťastný : « Ce sera un match plus difficile que tous les matches que nous avons joués dans la NHL. Nous savons comment ils fonctionnent et comment jouer contre eux pour avoir eu cette chance à plusieurs reprises. C’est excitant, c’est tout un défi, c’est l’honneur des Nordiques qui est en jeu. » Le troisième frère, Peter Šťastný, devra se résoudre à regarder le match, dans les tribunes. Le médecin de l'équipe, le Dr Pierre Beauchemin, en a décidé ainsi pour ne pas aggraver sa blessure au genou.

Dans la journée d'hier, Bergeron et ses assistants ont passé plusieurs heures à visionner les matches de la Coupe Canada 1981 et la partie de mardi face aux Oilers d’Edmonton, pour être prêts le jour J. Du côté soviétique, Aleksandr Maltsev a dû rentrer au pays à cause d’une fracture à la main contractée à l’entraînement. Devant les filets, c’est le retour, tant attendu, de Vladislav Tretiak.

Le match est à peine lancé depuis plusieurs secondes que Mario Marois s’effondre sur la glace après avoir percuté la jambe de Vladimir Krutov. Il était bien décidé à aller à la percussion contre le joueur adverse. Il sort sur une civière et le bilan est catastrophique : double fracture à la jambe droite.

Cela n’empêche pas les Nordiques d’imprimer un rythme rapide et exercer de la pression autour de la cage soviétique. Wilf Paiement s’infiltre dans la zone offensive et part défier Tretiak, qui se couche pour dévier le tir. Ensuite c’est Michel Goulet qui s’y essaie avec un revers en entrée de zone. Il faut noter le rapide repli défensif des rouges qui ne se laissent pas déborder. Les Québécois profitent d’un jeu de puissance et Réal Cloutier repend en cage vide au second poteau. Tretiak effectue un mouvement ultra-rapide pour changer de poteau et se jette au sol pour capter la rondelle. La vivacité du gardien est impressionnante et bloque la plus grosse opportunité canadiennne. Dans le sens inverse, lors d’une infériorité, le gardien Daniel Bouchard est également très solide. La pénalité d’André Dupont est tuée, mais deux minutes plus tard, Sergei Kapustin conclut un tour de cage de Shalimov (16’30 : 0-1).

La réponse vient de Marián Šťastný qui feinte son tir et envoie ensuite directement sur le gardien. La physionomie du match est en train de sérieusement changer. Les contre-attaques rouges sont plus tranchantes, et ça patine plus fort. Sur l’une d’elles, Krutov, déborde, place un revers. Larionov a suivi, reprend le palet à la cage (18’23 : 0-2). On en reste là, et les Québécois ne semblent pas au bout de leur peine pour revenir au score.

La deuxième période débute avec une séance de patinage des Soviétiques donnant de la vitesse. De plus, ils exercent un pressing sur chaque joueur des Nordiques. Marián Šťastný, encore lui, s’échappe et laisse traîner son patin sur Tretiak au sol, au passage. Pour le reste, rien à signaler, car les Soviétiques ont largement les moyens de contrôler des Nordiques qui n’offrent que peu de moyens pour s’en sortir, hormis le physique. La qualité du contrôle du palet des joueurs de l’est fait le reste. Babinov prend une pénalité en fin de période. C’est Anton Šťastný qui s’infiltre après réception du palet mais son tir est capté par Tretiak.

La troisième période débute avec la fin de pénalité de Babinov qui n’aura rien donné. Les Québécois ont décidé de sortir la boîte à gifles et sont bien décidés à charger tout ce qui bouge ! En infériorité, Michel Goulet nettoie la zone avec une lourde charge contre Krutov, suivie d’un « coup de hache » avec sa crosse. Le Soviétique est obligé de rejoindre le banc, un peu sonné. Cela n’arrange pas les affaires des Nordiques puisqu’en double infériorité, Tyumenev conclu un magnifique tic-tac-toe (46’56 : 0-3).

Les Soviétiques ont une emprise totale sur la partie et continuent leur jeu collectif bien organisé avec une aisance de patinage impressionnante. La majeure partie du jeu se déroule dans la zone des Nordiques qui courent après le palet, s’épuisent à jouer physique et ne peuvent plus organiser d’attaques efficaces. La pluie de mauvais gestes continue avec Paul Gillis qui charge et insiste avec les poings au visage ; Normand Rochefort envoie un coup de coude et complète le banc des pénalités. Blake Wesley charge avec la crosse Krutov qui entre en zone offensive. Les débris de la crosse restent au sol. Et le match dégénère lors d’une charge à la tête de Dale Hunter. Pour conclure ce spectacle canadien, Wilf Paiement est coupable d’une crosse au visage. Les doubles infériorités se poursuivent et les Nordiques en terminent avec une large défaite que les Soviétiques n’ont sûrement pas cherché à accentuer au score, se limitant à contrôler la partie.

Clairement, les Nordiques - qui n'avaient jamais été blanchis pendant leur saison de NHL - sont complètement passés à côté de leur match. Si le premier tiers était de bonne facture, avec des Soviétiques toujours lents au démarrage, Tretiak a fait ce qu’il fallait pour bloquer les tirs. Par la suite, les Soviétiques ont mis en route face à une franchise québécoise aux abois. Le jeu des rouges a donné une leçon de hockey. Pour seule réponse, les blancs ont provoqué des fautes stupides et des actes violents qui n’ont pas redoré l’image de la NHL et du hockey à Québec.

Et les déclarations d’Anton Šťastný dans le Globe and mail ont attisé la controverse. Yurzinov et Tikhonov se sont fait traduire l’article : « Les Soviétiques sont des dictateurs, des envahisseurs qui ont écrasé la Tchécoslovaquie en 1968. Et si j’ai dû quitter mon pays, c'est un peu à cause d'eux ». Les réponses des deux entraîneurs de l’équipe soviétique ont été sèches, Vladimir Yurzinov déclarant « On ne devrait jamais parler ainsi avant un match. Il vaut toujours mieux attendre le résultat final ». Viktor Tikhonov va un peu plus loin : « Le jeune Šťastný a beau dire ce qu'il voudra, s'il est ici, c'est une question d'argent. Si on lui avait offert le même montant d'argent chez lui, il y serait resté. » 

Bref, les Soviétiques passent maintenant à autre chose, avec le défi titanesque qui les attend pour affronter la légende des Canadiens de Montréal.

Joueurs du match : Dan Bouchard pour Québec et Vladimir Krutov pour l'URSS.

Damien Kuster

Commentaires d'après-match :

Charles Thiffault, (entraîneur-adjoint de Québec, photo de droite) : « Le changement qui m'a le plus frappé chez les Soviétiques depuis leur dernière venue, il y a un an, c'est le fait de lancer plus souvent sur les gardiens. Ils ne se sont pas améliorés au chapitre des mises en jeu, mais sont meilleurs dans les corps-à-corps le long des bandes. Les joueurs soviétiques sont maintenant capables d'encaisser les coups et d'en donner. Ils recherchent également davantage qu'auparavant le long jeu, l’échappée. J’ai beaucoup décortiqué leur attaque massive à la suite de leur victoire de 8-1 lors du dernier match de la Coupe Canada 81. »

Viktor Tikhonov (entraîneur de l'URSS) : « À mon avis, l'arbitre a complètement perdu le contrôle de la partie. Ce n'est que grâce à la force de caractère des joueurs que notre équipe a pu mener ce match jusqu'au bout, et le gagner. »

Nordiques de Québec - URSS 0-3 (0-2, 0-0, 0-1)
Jeudi 30 décembre 1982 au Colisée. 15 176 spectateurs.
Arbitres : Ron Wicks assisté de Will Norris et Ray Scapinello.
Pénalités : Québec 36' (4', 6', 16'+10') ; URSS 8' (2', 4', 2').
Tirs : Québec 14 (8, 3, 3) ; URSS 36 (14, 9, 13).

Évolution du score :
0-1 à 16'30" : Kapustin assisté de Shalimov et Shepelev
0-2 à 18'23" : Larionov assisté de Krutov et Tyumevev
0-3 à 46'56" : Tyumenev assisté de Larionov et Krutov (double sup. num.)
 

Nordiques de Québec

Attaquants :
Anton Šťastný – Dale Hunter (4') – Marián Šťastný
Michel Goulet (2') – Pierre Aubry – Alain Côté
Marc Tardif – Réal Cloutier – Wilf Paiement
Paul Gillis (2'), Basil McRae

Défenseurs :
André Dupont (4') – Mario Marois
Normand Rochefort (6') – Blake Wesley (2')
Dave Pichette – Randy Moller (2')
Jean Hamel – Wally Weir (2'+10')

Gardien :
Daniel Bouchard

Remplaçant : John Garrett (G). En réserve : Peter Šťastný (genou).

URSS

Attaquants :
Vladimir KrutovIgor Larionov – Viktor Tyumenev
Sergei Kapustin – Sergei Shepelev – Viktor Shalimov
Mikhaïl Varnakov – Viktor Zhluktov – Aleksandr Skvortsov
Aleksandr Kozhevnikov – Anatoli Semyonov – Sergei Svetlov

Défenseurs :
Vyacheslav Fetisov (2') – Aleksei Kasatonov
Zinetula Bilyaletdinov – Vasili Pervukhin
Sergei Babinov (2') – Yuri Vozhakov
Vladimir Zubkov - Sergei Starikov

Gardien :
Vladislav Tretiak

Remplaçant : Vladimir Myshkin (G). En réserve : Sergei Gimaev (D), Aleksandr Maltsev (fracture de la main), Aleksandr Gerasimov, Vyacheslav Bykov, Mikhaïl Vasiliev (A).

 

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