Canadiens de Montréal - URSS (1er janvier 1983)

 

Supersérie 1983.

L’URSS affronte la plus légendaire des équipes NHL. La franchise montréalaise cherche à rebondir car elle n’a plus gagné depuis cinq matchs de championnat. L’équipe est en crise et Bob Gainey a dû diriger un meeting d’une heure pour tenter de mettre tous ses coéquipiers en face de l’enjeu.

Le défenseur Larry Robinson s’exprime sur la situation : « Ce match ne peut survenir à un meilleur moment. C'est l'occasion idéale pour nous de nous retrouver sur la glace et de démontrer que nous n'avons rien en commun avec cette équipe médiocre qui joue mal depuis deux semaines. Le hockey est un jeu d'équipe mais depuis trois semaines il n'y a plus personne qui joue en équipe. Chacun tente de changer un match à lui seul sans se préoccuper de ses coéquipiers et sans chercher à obtenir son aide. Je n'ai encore connu aucune formation qui a eu du succès à jouer de cette façon. »

Bob Berry, l’entraîneur des Canadiens, d’humeur exécrable ces derniers temps, a retrouvé le sourire après la séance d’entraînement du matin : « Je crois sincèrement que nous allons nous améliorer avant longtemps. Je vous garantis que nous allons être meilleurs. Nous avons le personnel qu'il faut, il n'y a pas de problèmes avec nos joueurs et vous allez voir que la vraie personnalité d'une équipe se façonne quand on a des problèmes. »

Dès le début du match, les joueurs donnent raison à leur entraîneur en donnant du patin, de la vitesse et de l’envie. Par contre, la sélection de l’URSS, contrairement aux autres matchs, est déjà prête et joue rapide sur la glace. Les Soviétiques sont déjà dans le match et exercent une pression constante sur leur adversaire. Tretiak doit faire un arrêt solide face au tir de Ryan Walter, parti en solo. Les rouges nous régalent avec un jeu de passes efficaces et de récupérations de palets. Face à ce dispositif, les Canadiens envoient du physique et des charges. Mais c’est Kasatonov qui fait faute en accrochant Tremblay le long de la bande. L’URSS tient le choc et Tretiak dévie les tirs. Au retour à cinq, le Canadien augmente la pression et Larry Robinson envoie un missile de la bleue. Tretiak nous fait un arrêt de haute volée pour dévier « le plomb ». Par contre Réjean Houle envoie un « direct » au visage de son vis-à-vis et rejoint le banc des pénalités. On en termine sur cette séquence.

À la reprise du deuxième tiers, la vitesse du jeu de puissance soviétique est impressionnante. Il faut un coup de crosse de Bob Gainey, qui n’est pas sanctionné. Tyumenev déborde, mais Richard Sévigny a anticipé. Il s’avance et bloque le lancer. Le portier canadien tient son équipe dans le match et tue la pénalité. Par la suite, sur une entrée de zone rapide, Vassiliev envoie un tir tendu, en pleine course, qui se loge sous la barre (0-1).

Les Canadiens continuent de donner de l’intensité et en avantage numérique, la pression est énorme sur la cage de Tretiak. Sur un puissant tir, Tretiak dévie le palet qui s’envole dans les airs. Le puck est boxé du gant par un défenseur, pour qu’il ne retombe pas dans la cage. Clairement, Montréal est dans une phase positive et s’emploie avec un échec-avant intense. Et Richard Sévigny est solide avec une mitaine sans faille sur un puissant tir de loin. Mais le jeu collectif des rouges est tout bonnement incroyable d’aisance et de maîtrise. Ce qui n’empêche pas Mario Tremblay de traverser les lignes suite à un jeu collectif canadien. Il contourne Tretiak et rabat le palet vers la cage vide. Dans un dernier réflexe, Tretiak, couché au sol, dévie du bout de la crosse la rondelle, qui passe juste à côté du poteau. Ce gardien est tout simplement un extra-terrestre, personne n’aurait pu stopper la course de ce palet... à part lui, dans un geste improbable ! Le match est tout de même équilibré et Starikov est obligé d’accrocher un Bob Gainey rapide. Les « Habs » envoient des tirs tous azimuts, c’est la séance de pilonnage… mais sans succès. Au retour à cinq, les blancs donnent tout et pressent très haut jusqu’au niveau du slot adverse pour empêcher les sorties de zone. Et il faut un numéro de dribbles impressionnant de Mark Napier pour s’avancer devant Tretiak et lancer. Quelle énergie déployée pour se donner une chance de marquer ! On est dans le maxi de l’intensité générée par les deux équipes, et à l’inverse, l’URSS s’appuie sur son jeu de passes pour sortir de sa zone et « aérer » son jeu. C’est sur un dernier pressing rouge en zone offensive que le tiers se conclut. La partie a été un rude combat mais rien n’est joué dans ce match au sommet.

La troisième période commence fort car sur la première attaque Vladimir Krutov envoie un palet en pleine lucarne côté bouclier (0-2). Doug Wickenheiser répond sur un débordement avec un tir dans les bottes. Sur l’action suivante, Kapustin enfonce le clou en contre-attaque. Sur un palet mal dévié qui traverse le trafic, Shepelev est au rebond et inscrit le but (0-3).

La sanction est rude et les Soviétiques font basculer la partie. Chaque action devient un danger et c’est sur une faute de Robert Picard que les Canadiens doivent défendre en infériorité. La vitesse est impressionnante, mais les blancs tiennent le coup. Le Canadien tente, ensuite, de marquer en multipliant les tirs, mais Tretiak impressionne par sa vitesse de déplacement. C’est dans ce temps fort canadien que la remontée de palet soviétique, ultra rapide, ramène le danger. Vasiliev conclut d’un tir ras glace (0-4). Sur une nouvelle pénalité canadienne, Fetisov parachève la victoire avec un tir dans le trafic (0-5).

Le score est lourd et Sévigny sauve une situation en se jetant pour empêcher un sixième but. Tout se termine sur un match à sens unique, et les canadiens ont été lourdement défaits par une équipe beaucoup plus forte.

Si on ne peut enlever l’esprit de combat des Canadiens de Montréal, ils ont été surpassés par une qualité de patinage intense et une aisance collective dans la qualité des passes. La victoire semblait déjà acquise avant même que le match commence. La séance d’échauffement a été symptomatique avec des Soviétiques virevoltants pendant seulement huit minutes sans jamais rester immobiles. Ce fut une séance de passes rapides et de patinage intense, alors que les Canadiens attendaient tranquillement, à la bleue, de décocher leur palet sur Richard Sévigny.

Le journaliste canadien Bernard Brisset constate les dégâts : « Ils sont plus rapides parce qu’ils sont toujours en mouvement. Il faut dire que c'est moins fatigant de patiner à vive allure que de passer sans cesse de la position arrêtée à la vitesse maximum comme les nôtres. Ils sont plus rapides parce que le jeu canadien de tirer la rondelle au fond de la zone adverse, pour tenter de la récupérer, ne fonctionne plus du tout contre eux. Ils sont toujours les premiers rendus. »

Enfin la qualité des tirs a été un élément majeur de ce succès et c’est la légende Jean Béliveau qui constate : « Je ne me souviens pas d’avoir déjà vu un tir du poignet de cette qualité (parlant du tir de Vasiliev). Un vrai coup de fusil, sans avertissement et sans la moindre hésitation. Je ne connais pas un gardien qui aurait pu arrêter ce tir ».

Joueurs du match : Mats Näslund pour Montréal et Vladislav Tretiak pour l'URSS.

Damien Kuster

Commentaires d'après-match :

Réjean Houle (attaquant de Montréal) : « J’affronte les Soviétiques depuis 1974 et ils se sont beaucoup améliorés depuis. C'est la meilleure équipe que j'ai jamais affrontée. Ils ont perfectionné ce qu'ils ont appris ici. Ils frappent davantage dans les coins de patinoire, ils lancent mieux et plus souvent et leurs défenseurs sont plus mobiles et rapides que jamais. »

Mats Näslund (attaquant de Montréal) : « Les Russes ne m'ont pas particulièrement impressionné. Ce n'est pas du tout la meilleure équipe que j'aie affronté chez eux. Notre équipe d'aujourd'hui aurait perdu par sept buts contre leur équipe nationale de l'an dernier. Remarquez qu'à part quelques joueurs comme Tretiak et Fetisov, les Soviétiques sont très jeunes cette année. Ils préparent leur équipe pour le championnat du monde et les Jeux Olympiques de 1984 à Sarajevo. Et comme d'autres joueurs auront vieilli l'an prochain, ils ont tenté de mettre sur pied dès maintenant l'équipe qui sera de la partie dans un an. Je dirais que 17 ou 18 des joueurs que nous avons vu à l'œuvre ce soir seront des prochains Jeux. À Montréal, il ne faut pas oublier que nous traversons une période difficile depuis quelque temps. Nous avons certes mieux joué qu'au cours des dernières semaines, mais pas comme au début de l'année. Ce fut un excellent match pour nous malgré le score. Nous avons bien patiné, notre jeu de puissance a finalement bien fonctionné. Nous pouvons mieux jouer, mais ce fut quand même un bel effort collectif. »

Canadiens de Montréal - URSS 0-5 (0-1, 0-0, 0-4)
Samedi 1er janvier 1983 au Forum. 17 697 spectateurs.
Arbitres : Wally Harris assisté de Gérard Gauthier et Wayne Bonney.
Pénalités : Montréal 8' (0', 4', 4') ; URSS 8' (2', 4', 2').
Tirs : Montréal 30 (10, 11, 9) ; URSS 37 (8, 12, 17).

Évolution du score :
0-1 à 25'08" : Vasiliev assisté de Pervukhin
0-2 à 40'34" : Krutov
0-3 à 45'32" : Shepelev assisté de Kapustin et Shalimov
0-4 à 55'06" : Vasiliev assisté de Gerasimov et Bykov
0-5 à 57'32" : Fetisov assisté de Krutov et Tyumenev (sup. num.)
 

Canadiens de Montréal

Attaquants :
Doug Wickenheiser – Ryan Walter – Guy Lafleur
Bob Gainey (2') – Keith Acton (2') – Mark Napier
Mario Tremblay – Steve Shutt – Mats Näslund
Chris Nilan – Guy Carbonneau – Réjean Houle

Défenseurs :
Larry Robinson – Rick Green
Robert Picard (2') – Craig Ludwig (2')
Gilbert Delorme – Bill Root

Gardien :
Richard Sévigny

Remplaçant : Rick Wamsley (G). En réserve : Pierre Mondou.

URSS

Attaquants :
Vladimir KrutovIgor Larionov – Viktor Tyumenev
Sergei Kapustin – Sergei Shepelev – Viktor Shalimov
Mikhaïl Varnakov – Viktor Zhluktov – Aleksandr Skvortsov
Mikhaïl Vasiliev – Vyacheslav Bykov – Aleksandr Gerasimov

Défenseurs :
Vyacheslav Fetisov (2') – Aleksei Kasatonov (2')
Zinetula Bilyaletdinov – Vasili Pervukhin (2')
Sergei Babinov – Yuri Vozhakov
Vladimir Zubkov - Sergei Starikov (2')

Gardien :
Vladislav Tretiak

Remplaçant : Vladimir Myshkin (G). En réserve : Sergei Gimaev (D), Aleksandr Maltsev (fracture de la main), Aleksandr Kozhevnikov, Anatoli Semyonov, Sergei Svetlov (A).

 

Retour aux matches internationaux