URSS - États-Unis (15 avril 1989)

 

Championnats du monde, première phase, première journée.

Les Mondiaux de hockey reprennent après un hiatus de deux ans dû aux JO. Pendant tout ce temps, la planète hockey n'a pas chômé. Loin de là ! L'URSS notamment s'est payé un fameux tour de montagnes... soviétiques. L'incroyable Coupe Canada de l'automne 1987 s'est décidée en trois manches homériques en faveur du Canada emmené par Gretzky, Coffey et cie avant que la légion de Tikhonov ne prenne trois-quarts de revanche quelques mois plus tard lors des JO de Calgary. Pourquoi "trois-quarts" ? Car le Team Canada s'était comme d'habitude présenté sans aucun pro de NHL ou presque (Randy Gregg mis à part). Même s'il jouait à domicile, il s'agissait d'une moitié d'adversité donc d'une moitié de revanche, CQFD. L'URSS a ainsi enlevé sans difficulté son 7e or olympique. Mais alors, d'où vient le quart de revanche restant ? Viktor Tikhonov se l'est arrogé. On l'avait remis en question après les Mondiaux 1987, achevés à la deuxième place derrière la Suède. Le triomphe de Calgary l'a réinstallé sur son trône.

Ses soldats rouges doivent remplir leur contrat et sauver leur orgueil : cette Suède insolente, tenante du titre mondial, l'URSS veut l'humilier chez elle. Pour se faire les dents en ouverture de tournoi, rien de mieux que les États-Unis. Lors des trois dernières confrontations officielles, les Soviétiques les ont laminés. Même si ceux-ci incorporent de plus en plus de NHLers dans leur alignement (notamment une première ligne musclée Mullen-LaFontaine-Olczyk), ils n'arrivent jamais à rivaliser avec les automatismes de leurs ennemis favoris. Cela s'était vu lors des Mondiaux 1987 quand les Soviétiques en avaient inscrit onze.

Cette fois-ci, les Américains et leur coach Tim Taylor tentent de s'en sortir (aussi) par le coaching en alignant leur première ligne face à la troïka KLM séparée de sa paire défensive favorite, puisque c'est Valeri Shiriaev et non Kasatonov (en froid avec ses partenaires parce qu'il n'a pas soutenu leur rébellion) qui accompagne Fetisov. Peu importe à vrai dire. Juste après le premier tir américain, ce n'est pas le premier mais le troisième trio qui frappe avec une simplicité confondante. Yashin entre en zone côté droit, Mogilny lancé sur l'aile centre au deuxième poteau et Fedorov reprend en toute tranquillité. Le gardien universitaire Robb Stauber, un peu lent dans ses mouvements latéraux (son collègue NHL John Vanbiesbrouck est sur le banc pour ce premier match), est battu sans rémission. Le vénérable Hovet du Johanneshov, plein avec plus de 9000 spectateurs, apprécie en connaisseur.

Quand, dans la foulée, Tom Kurvers prend deux minutes pour un accrocher agrémenté de quelques coups supplémentaires, on se dit que la curée commence. Impression démentie. Les Soviétiques s'installent sporadiquement, manquent de fluidité dans les transmissions et de conviction dans les tirs. Pas mieux quand Fitzgerald va lui aussi s'asseoir, d'autant que Yashin et Fetisov sont à leur tour sanctionnés, permettant aux Américains de passer à quatre contre trois. Enhardis, ils égalisent par O'Regan qui reprend de volée une passe latérale de Kurvers tandis que Chorske et Snuggerud créent diversion (1-1, 08'58). Secoués, les Soviétiques remettent les choses au point, à nouveau par leur troisième ligne Yashin-Fedorov-Mogilny, qui conclut une présence solide par une entrée de zone virtuose de Mogilny. Le décalage pour Fedorov sur l'aile est réussi, le slap du n°29 apparemment peu dangereux mais Stauber est à nouveau un peu faible sur le coup. Ne disons pas trop de mal du portier américain qui sauve une pénétration-éclair de Fetisov et prend pleine tronche le défenseur rouge qui n'arrête pas sa course. Cela brasse soudain... Cette URSS semble bien nerveuse, son jeu moins fluide malgré des moments de brillance. Que se passe-t-il ? Demandez à Tom Chorske. Sur une mise au jeu remportée par Millen face à Chernykh, il récupère le puck entre les cercles. Libre, l'universitaire du Minnesota bat Mylnikov d'un slap mi-hauteur (2-2, 13'45).

Logiquement, après un début aussi animé - surtout pour un début de compétition - les esprits se calment. Les Soviétiques ont compris qu'ils ne marcheraient pas sur leur adversaire comme ils ont coutume de le faire et privilégient une certaine circonspection jusqu'à la première pause, atteinte sur une égalité au score et, quasiment, égalité aux tirs (11-10). La parité au score subsiste jusqu'à la seconde interruption, ce qui n'est en revanche plus le cas des tirs. Le deuxième tiers est copieusement dominé par les capitalos ! Pour être franc, notons que leurs tentatives manquent singulièrement de justesse. Peut-on dire qu'elles inquiètent Viktor Tikhonov ? Difficile de lire quoi que ce soit sur son visage marmoréen. Un autre qui reste calme, c'est Sergei Mylnikov. Le gardien de Chelyabinsk ne s'énerve pas, même quand Olczyk vient s'écraser dans sa cage après une tentative d'échappée condamnée par un palet trop fuyant. À 31 ans, Mylnikov, qui dispute seulement sa deuxième compétition en tant que titulaire à part entière, rassure ses équipiers.

Ceux-ci n'ont donc qu'à finir le travail contre ces insolents États-Unis. Si insolents, d'ailleurs, que le jeune Tom Fitzgerald tente de charger Makarov avec la hanche... et vient s'écraser contre la bande. Fâché, Makarov répond par quelques coups de crosse et les deux hommes sont punis. On sent que la décision est proche, surtout dans cette configuration qui favorise le jeu plus fluide des Soviétiques, mais c'est au retour des deux hommes que le nœud est tranché. Par Makarov ! Revanchard, le M de la KLM effectue une entrée de zone supersonique, glisse le puck entre les patins de Leetch, fait se coucher un autre défenseur et demande à Stauber où il veut recevoir son cadeau. Ce sera côté plaque (3-2, 48'09). L'avantage est encore mince mais suffisant pour que les Soviétiques se détendent et retrouvent par instants leur fluidité coutumière. C'est en breakaway que Kvartalnov ira, avec une virtuosité similaire à Makarov, conclure la marque du revers en devançant là encore le pauvre Brian Leetch qui ne confirme pas, sur le coup, son statut de grand espoir défensif (4-2, 58'14). Ses partenaires frustrés compensent en brassant un peu devant Mylnikov. Les Soviétiques répondent. À demi-mot, mais ils répondent, eux qui répugnaient se battre auparavant. Les temps changent, c'est sûr. Bien que le vainqueur, en ce printemps 1989, reste le même.

Étoiles Hockey Archives : *** Aleksandr Mogilny / ** Sergei Makarov / * Tom Chorske

François Borel-Hänni

Commentaires d'après-match :

Tim Taylor (entraîneur des États-Unis) : "Je suis très fier des joueurs et de leurs efforts aujourd'hui. Nous avions un plan de jeu qui nécessitait de la patience de notre part et du calme. Nous voulions nous assurer de gêner le rythme et la vitesse des Soviétiques. C'est en deuxième période que nous y sommes parvenus le mieux. Je ne sais pas si la condition physique a été un facteur ou pas, mais peut-être que nous étions un peu fatigués en troisième période."

URSS - États-Unis 4-2 (2-2, 0-0, 2-0)
Samedi 15 avril 1989 au Globen de Stockholm. 9398 spectateurs.
Arbitrage de Kjell Lind (SUE) assisté de Sven Olof Lundström (SUE) et Julian Gorski (POL).
Pénalités : URSS 15' (4', 7', 4') ; États-Unis 12' (4', 4', 4').
Tirs cadrés : URSS 30 (11, 7, 12) ; États-Unis 32 (10, 14, 8).
Tirs non cadrés : URSS 8 (1, 4, 3) ; États-Unis 7 (0, 3, 4).
Tirs bloqués : URSS 8 (3, 2, 3) ; États-Unis 3 (1, 2, 0).
Engagements : URSS 19 (4, 6, 9) ; États-Unis 36 (12, 14, 10).

Évolution du score :
1-0 à 02'19" : Fedorov assisté de Mogilny et S. Yashin
1-1 à 08'58" : O'Regan assisté de Kurvers et Millen (sup. num.)
2-1 à 10'29" : Fedorov
2-2 à 13'45" : Chorske assisté de Millen
3-2 à 48'09" : Makarov
4-2 à 58'14" : Kvartalnov assisté de Fedorov
en noir, la feuille de match officielle ; en rouge, les corrections de Hockey Archives
 

URSS

Attaquants :
9 Vladimir Krutov (+1) - 11 Igor Larionov (+1, 2') - 24 Sergei Makarov (A, +1, 2')
13 Valeri Kamenski - 27 Vyacheslav Bykov - 15 Andrei Khomutov
25 Sergei Yashin (+2, 2') - 29 Sergei Fedorov (+3) - 10 Aleksandr Mogilny (+2)
12 Sergei Nemchinov - 21 Aleksandr Chernykh - 18 Dmitri Kvartalnov

Défenseurs :
2 Vyacheslav Fetisov (C, +1, 2'+5') - 14 Valeri Shiriaev (2')
22 Vladimir Konstantinov - 7 Aleksei Kasatonov
3 Svyatoslav Khalizov (+2) - 5 Aleksei Gusarov (+2)

Gardien :
1 Sergei Mylnikov

Remplaçant : 20 Arturs Irbe (G). En réserve : 30 Vladimir Myshkin (G), 6 Ilya Byakin, 8 Yuri Khmylev.

États-Unis

Attaquants :
19 Brian Mullen (-2) - 16 Pat Lafontaine (C, -3) - 9 Ed Olczyk (-2)
22 Dave Snuggerud - 10 Corey Millen (+1) - 21 Thomas Chorske
14 Paul Fenton (-1) - 20 Scott Young (-1, 4') - 8 Tom O'Regan (-1, 2')
11 Randy Wood - 12 Tom Fitzgerald (2') - 24 Doug Brown

Défenseurs :
5 Tom Kurvers (-2, 4') - 2 Brian Leetch (A, -1)
4 Jeff Norton - 3 Greg Brown
7 Jack O'Callahan (-3)

Gardien :
29 Robert Stauber

Remplaçant : 34 John Vanbiesbrouck (G). En réserve : 1 Cleon Daskalakis (G). En attente d'arrivée : 6 Phil Housley, 17 Kelly Miller. Non aligné en attente des renforts : Todd Copeland.

 

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