Suède - URSS (24 avril 1989)

 

Championnats du monde 1989, septième et dernière journée de la première phase.

La Tre Kronor est championne du monde en titre depuis 1987, mais pas championne d'Europe. Elle a l'occasion de conquérir ce titre en cas de victoire face aux Soviétiques. Même si la titularisation du troisième gardien Peter Åslin pourrait faire douter de leur motivation, les Suédois font vite preuve d'un très gros engagement physique. L'excès d'engagement conduit même Thomas Steen à une charge contre la bande en zone offensive, mais le quatuor Samuelsson-Olausson-Rundqvist-Berqvist fait un tel travail en infériorité pour récupérer, porter puis conserver le palet qu'il aboutit à renverser l'avantage numérique en envoyant Fedorov en prison. Ce début de match annonce en fait principalement la prédominance des défenses. En deux supériorités numériques de la Suède, l'unique occasion à signaler est pour... l'Union Soviétique. La virtuosité technique d'Andrei Khomutov lui permet de dérouter la défense en entrée de zone et de laisser dans son dos Slava Bykov accéder seul au but, mais Åslin parvient à parer le tir à bout portant avec le bras gauche. Les deux équipes sont très bien organisées et rendent le franchissement des lignes bleues difficiles, ce qui entraîne de nombreux hors-jeu.

En deuxième période, Jonas Bergqvist prend sa seconde punition pour le même motif (faire trébucher) pour une faute en zone neutre sur Makarov. Le duo Steen-Berglund écarte tous les palets pendant l'infériorité, mais l'URSS finit par installer son powerplay au moment où la prison se termine. Andrei Khomutov dévie alors un palet envoyé dans le slot par Vladimir Konstantinov (0-1). Malgré ce but encaissé, la Suède construit mieux le jeu dans le deuxième que ans le premier tiers-temps, grâce aux bonnes relances du duo Samuelsson-Olausson ou de Thomas Eriksson à travers la zone neutre. Lorsque Chernykh fait trébucher Södergren, la Tre Kronor égalise. Tommy Samuelsson décale Fredrik Olausson qui s'avance et arme un slap puissant qui frappe Mylnikov sous sa botte gauche (1-1).

Valeri Kamensky joue alors un rôle de poison. Sur la même présence, il vient charger dans le dos le gardien Åslin, puis un peu plus tard le défenseur Thomas Eriksson, qui se relève et assène un cross-check vengeur. Ce geste de représailles est suivi d'une prise de bec entre Fetisov et Sandström. La Suède est donc réduite à 3 contre 4, et Samuelsson signe une présence magistrale : deux interceptions sur les premières entrées de zone soviétiques, puis un tir bloqué. Thomas Steen n'est pas en reste après le changement de ligne en plongeant pour perturber Gusarov à la bleue puis en renversant Krutov d'une charge à la hanche en zone neutre. Mais au moment où tous les prisonniers rentrent, Sergei Makarov remonte la glace, dribble Olausson et tire dans le haut du filet dans une action individuelle magistrale (1-2). Sergei Fedorov est moins discret que Kamensky quand il charge Olausson dans le dos avec la crosse : il part quant à lui tout droit en prison. Une faute lourde de conséquences. Dix secondes avant la pause, le défenseur Anders Eldebrink se lance dans une ultime offensive. Au moment de franchir la ligne bleue face à des Russes sans doute trop repliés, il arme son lancer presque à la verticale pour envoyer un boulet de canon au-dessus de la mitaine de Mylnikov (2-2).

Le duel tactique se poursuit en troisième période, avec une possession majoritairement rouge. Peter Åslin reçoit l'ovation du Globen pour un arrêt-photo de la mitaine sur un tir croisé du cercle de Fetisov. Après cinq minutes, Samuelsson accroche Makarov mais celui-ci a par la suite un geste d'humeur qui l'amène également sur le banc des punitions. On joue donc à 4 contre 4. Une belle passe de Valeri Shiriaev lance Aleksandr Mogilny, mais Sandström revient suffisamment pour l'empêcher de tirer. Le jeune ailier temporise alors et restitue le palet en retrait à Shiriaev qui est monté entre les cercles pour tirer entre les jambes d'Åslin (2-3). La Suède peine à sortir de sa zone. Konstantinov intercepte à la ligne bleue une relance axiale d'Olausson et vient tirer du revers à bout portant sur Åslin. À sept minutes de la fin, Fetisov charge Berglund avec la crosse mais les tentatives de la Tre Kronor pour installer le jeu de puissance avortent par deux fois, à cause d'une passe d'Eldebrink interceptée par Bykov puis à cause d'un contrôle raté à la ligne bleue par Samuelsson. Tommy Sandlin sort son gardien en fin de match mais Mylnikov réussit le dernier arrêt face à Peter Eriksson à bout portant.

L'URSS termine donc ce premier tour avec un bilan parfait. Contesté, bousculé, Viktor Tikhonov a mis en place le système défensif le plus convaincant et le plus efficace, y compris face à une Suède réputée en la matière. Cette première phase aura vu la consécration du deuxième trio, celui de Bykov, qui a souvent supplanté la célèbre KLM dans l'intelligence de jeu. Makarov a néanmoins encore montré qu'il restait capable d'une action d'éclat à tout moment. Les rebelles du premier bloc ont aussi suffisamment gardé la confiance de leur entraîneur pour être alignés lorsqu'il fallait garder le score à la dernière minute. Les Soviétiques, de plus en plus solides au fil du tournoi, n'ont donc pas montré de point faible. Champions d'Europe, ils sont peut-être redevenus favoris pour être champions du monde.

Étoiles Hockey Archives : *** Vladimir Konstantinov / ** Tommy Samuelsson / * Andrei Khomutov

Marc Branchu

Commentaires d'après-match :

Tommy Sandlin (entraîneur de la Suède) : "Nous savons tous que c'était un match pour le championnat d'Europe. Chacun sait bien que le championnat du Monde ne commencera vraiment que le 27 avril."

 

Suède - URSS 2-3 (0-0, 2-2, 0-1)
Lundi 24 avril 1989 à 16h00 au Globen de Stockholm. 13 850 spectateurs.
Arbitrage de Rob Hearn (USA) assisté de Jan Tatíček (TCH) et Bernhard Kunz (SUI).
Pénalités : Suède 14' (6', 6', 2'), URSS 18' (6', 8', 4').
Tirs cadrés : Suède 14 (4, 5, 5), URSS 30 (8, 10, 12).
Tirs non cadrés : Suède 6 (0, 3,35), URSS 11 (5, 5, 1).
Tirs bloqués : Suède 3 (1, 1, 1), URSS 2 (0, 1, 1).
Engagements : Suède 28 (8, 13, 7), URSS 32 (12, 11, 9).

Évolution du score :
0-1 à 27'30" : Khomutov assisté de Konstantinov et Bykov
1-1 à 32'40" : Olausson assisté de Samuelsson (sup. num.)
1-2 à 36'49" : Makarov assisté de Gusarov
2-2 à 39'50" : Eldebrink (sup. num.)
2-3 à 47'04" : Shiriaev assisté de Mogilny
 

Suède

Attaquants :
22 Håkan Södergren - 9 Thomas Rundqvist (C) - 18 Jonas Bergqvist (-1, 4')
10 Kent Nilsson - 25 Thomas Steen (2') - 20 Bo Berglund
28 Tomas Sandström (-3, 2') - 24 Anders Carlsson (-2) - 29 Ulf Dahlén
14 Peter Eriksson (2') - 12 Johan Strömwall - 11 Jens Öhling

Défenseurs :
7 Tommy Samuelsson (-2, 2') - 4 Fredrik Olausson (-2)
2 Anders Eldebrink - 19 Peter Andersson
5 Mats Kihlström (-1) - 27 Thomas Eriksson (A, -2, 2')

Gardien :
30 Peter Åslin

Remplaçant : 35 Rolf Ridderwall (G). Surnuméraires : 1 Peter Lindmark (G), 3 Tommy Albelin, 21 Börje Salming (gastro-entérite).

URSS (2' pour surnombre)

Attaquants :
9 Vladimir Krutov (+1) - 11 Igor Larionov (+1, 2') - 24 Sergei Makarov (A, +1, 2')
13 Valeri Kamenski (+1) - 27 Vyacheslav Bykov (+1) - 15 Andrei Khomutov (+1)
25 Sergei Yashin - 29 Sergei Fedorov (+1, 4') - 10 Aleksandr Mogilny (+1)
8 Yuri Khmylev - 21 Aleksandr Chernykh (2') - 18 Dmitri Kvartalnov (2')

Défenseurs :
2 Vyacheslav Fetisov (C, +2, 4') - 14 Valeri Shiriaev (+1)
22 Vladimir Konstantinov (+1) - 7 Aleksei Kasatonov (+1)
6 Ilya Byakin - 5 Aleksei Gusarov (+1)

Gardien :
1 Sergei Mylnikov

Remplaçant : 20 Arturs Irbe (G). En réserve : 30 Vladimir Myshkin (G), 3 Svyatoslav Khalizov, 12 Sergei Nemchinov.

 

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