Canadiens de Montréal - CSKA Moscou (31 décembre 1979)

 

Match amical.

Le CSKA poursuit sa route victorieuse après avoir fait céder les New York Islanders dans un match un peu insipide, à la vue de la retenue de l’équipe soviétique (2-3). Mais cette fois, c’est le très grand affrontement qui se présente, le sommet de cette série. Les Canadiens de Montréal, vainqueurs des quatre dernières coupes Stanley, affrontent le CSKA, triple champion d'URSS en titre, pour le titre officieux de meilleur club du monde. Mais le CH est en crise. Claude Ruel, l'adjoint qui dirigeait déjà la stratégie, a officiellement pris les rênes d'entraîneur depuis deux semaines, quand Bernie "Boom-Boom" Geoffrion a démissionné, le lendemain du jour où Bob Gainey - en photo sur le programme de match - l'a interpellé dans le vestiaire : "Hey Boomer, c’est qui le putain de coach qui dirige cette putain d’équipe, toi ou lui ?" La tension est à son maximum mais les joueurs montréalais restent confiants et concentrés. « Ils sont très bons, mais ce ne sont pas des surhommes », soutient Serge Savard.

Le match des titans s’était conclu par un match nul (3-3) en 1975. L’intensité et la vitesse avaient été impressionnantes. En tout cas le match débute sérieusement pour les deux équipes, et chacune serre la défense. Pour le moment ce ne sont que des tirs de loin qui se présentent. Doug Risebrough exécute le premier débordement pour défier Tretiak. Les Canadiens exercent un pressing très haut et crée du danger dans le slot. À 4 contre 4, Tretiak capte difficilement un lancer puissant de Pierre Mondou, puis Guy Lafleur envoie un tir dangereux. La pression augmente, les Canadiens poussent Petrov à la faute. Le shoot de Lafleur passe au ras du poteau, après que la jambière de Tretiak a freiné le tir. Le danger se rapproche encore plus. Et c’est sur un tir d’Yvan Joly que le rebond part dans les airs. Une reprise aérienne de Steve Shutt entre dans les filets, mais le but est refusé par l’arbitre pour crosse haute. C’est un avertissement sans frais, mais les Soviétiques souffrent dans ce premier tiers. Et pas longtemps plus tard, ce sont les joueurs de Claude Ruel qui donnent une leçon de collectif avec un trio Lafleur-Mondou-Lambert qui déflore le score (1-0). Montréal impose sa vitesse en zone offensive et soumet le CSKA à une urgence permanente. Le premier tiers se termine en confiance pour les Canadiens qui ont dominé 13 tirs à 3.

Bob Gainey s’arrête devant le micro des journalistes de CTV : « J’aime quand on joue contre les meilleurs joueurs du monde. Ils n’ont pas eu une bonne première période, mais ils ont montré par le passé qu’ils pouvaient faire de meilleures secondes et troisièmes périodes. Ils aiment jouer vite avec un jeu ouvert comme nous aimons le faire. Oui, on a un peu étudié leur match contre les Rangers, mais nous n’avons pas eu beaucoup de temps. On avait beaucoup de problèmes à résoudre. C’est bien car nous sommes assez libres et nous sortons de ce tiers avec une bonne attitude. Mais la seconde période va être importante. Ce match est un tremplin. Nous avons perdu plusieurs matchs ces derniers temps dans lesquels nous avons bien joué. Nous étions vraiment déçus de notre défaite contre les Islanders. Nous sommes revenus plus forts et nous jouons mieux en équipe et plus disciplinés. »

La partie reprend avec une échappée de Kharlamov qui effectue le tour de cage avec beaucoup de vitesse. Le CSKA revient très combatif. La réponse de Guy Lafleur est magnifique également avec un dribble hallucinant, conclu par un lancer à pleine vitesse qui finit dans les bottes du portier soviétique. Mais juste après, un tir à mi-distance de Sergei Gimayev est dévié par Zhlukhtov (1-1), les Soviétiques reviennent.

Le jeu est ouvert des deux côtés, cela patine fort et les deux équipes sont incroyables dans les passes et les duels. On atteint un très haut niveau de hockey. Et sur une pénalité canadienne, la « vista » des Russes prend le dessus. Gimayev passe juste à côté de Richard Sévigny qui en rajoute dans sa chute. Mais dans cette phase de 4 contre 4, les espaces s’ouvrent et tout le monde le sait, c’est une opportunité pour les rouges. La sanction est immédiate, le contre est rapide et le tir de Balderis transperce Sévigny (1-2). Cette fois les joueurs de Tikhonov prennent l’avantage.

Les rouges prennent également un avantage sur le jeu, car la pression est intenable et les Canadiens sont obligés d’évacuer la rondelle par des dégagements interdits. En fin de période, une perte de palet de Gimayev provoque un contre de Doug Risebrough. Mais Tretiak se jette au sol. Il ajoute deux arrêts-réflexes avec le bouclier sur les deux tirs de Bob Gainey. La sirène renvoie tout le monde au vestiaire. Les Canadiens sont passés tout près de revenir au score. Bob Gainey avait annoncé de meilleures secondes périodes soviétiques. Il avait raison.

En troisième période, les Canadiens reviennent gonflés à bloc et imposent un siège de la zone soviétique. Feu nourri, les blancs mitraillent la cage de Tretiak, qui voit même la rondelle passer tout près de son casque sur un tir de Larry Robinson. La pression est intense et Steve Shutt concrétise en trouvant la lucarne sur une passe de derrière la cage de Lafleur (2-2). L’intensité et la vitesse sont infernales, la défense soviétique est au bord de la rupture. Il n’y a qu’une équipe sur la glace et les blancs patinent très fort ! Bob Gainey entre en zone et voit son lancer dévié par le patin de Réjean Houle (3-2). C’est de la folie dans le Forum !

Et le blizzard canadien continue. Les joueurs de Claude Ruel ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Mise au jeu en zone offensive remportée. Serge Savard arme son tir et le palet est dévié par Steve Shutt, une nouvelle fois (4-2). Les rouges ne parviennent plus à s’approcher de la cage de Richard Sévigny. Les Canadiens contrôlent totalement la partie. Ils sont tellement dominateurs que Mario Tremblay s’infiltre et percute Tretiak. La parade continue en supériorité numérique avec Guy Lafleur qui exécute un tir en pivot sur lui-même. Les Soviétiques subissent, ne parviennent plus à reprendre les choses en main. Le Canadien de Montréal a démontré sa réelle supériorité à partir du moment où il a mis tous les chevaux en route.

Clairement, cette année le Canadien de Lafleur et Gainey avait les armes et la puissance pour se défaire du CSKA et peut ainsi se déclarer la meilleure équipe du monde. Pourtant du côté soviétique, les bouches s’entrouvrent pour décrire un entraineur « ouvert d’esprit » quand il peut le communiquer à la presse. Mais sitôt les portes de vestiaire fermées, il en va tout autrement. Sergei Gimayev se prend un « savon » vraiment sévère !

Élus joueurs du match : Viktor Zhluktov pour le CSKA et Bob Gainey pour Montréal.

Damien Kuster

Commentaires d'après-match

Viktor Tikhonov (entraîneur du CSKA Moscou) : « C’est la meilleure équipe que nous ayons joué. Si une équipe était déjà prête à nous battre, ce fut le Canadien ce soir. Nous avons commis beaucoup d’erreurs. Mais c’est justement le Canadien qui a provoqué ces erreurs. »

Sergei Gimayev (défenseur du CSKA Moscou) : « Ce n’était pas ma faute s’ils ont inscrit un but. C’est un autre gars qui a commis l’erreur. Que l’on gagne ou que l’on perde, un entraîneur a toujours raison et les joueurs ont toujours tort. Les Canadiens ont semblé dans un meilleur esprit que nous ce soir. »

Serge Savard (capitaine des Canadiens) : « Nous avons commencé à penser à ce match il y a trois ou quatre semaines. Nous avons traversé une période horrible depuis six semaines mais nous savions que nous allions affronter la meilleure équipe amateur au monde et qu'il fallait donner notre meilleur, point. Le hockey international est la meilleure chose qui nous soit jamais arrivée. Il nous a montré que nous allions dans la mauvaise direction. [Les joueurs d'autres équipes] qui disent qu'ils s'en fichent ne devraient pas dire ça, ce sont les mêmes qui auront une année gratuite dans le plan de retraite avec l'argent que nous engrangeons. »

Claude Ruel (entraîneur des Canadiens) : « C’est le coach russe qui nous a motivés. Il ne sait pas ce qu’il a fait à tout le monde quand il a dit, hier, que le match contre le Canadien était le plus important pour eux. J’imagine qu’il s’est dit que sans Dryden, sans Lemaire [tous deux retraités à l'intersaison, NDLR], au moment où nous connaissions des difficultés dans la ligue, c’était le moment ou jamais de nous affronter. Je sais que moi il m’a motivé. Je n’ai pas peur de le dire, de souligner, que sans le gardien Tretiak, qui a encore été formidable, c’est 7 ou 8 buts que nous aurions dû avoir. J'en coacherai pas beaucoup de cette façon, mais cette partie-ci je ne l'oublierai jamais de ma vie. Pour moi, en tout cas, ce fut l'une des plus grandes parties que j'ai jamais vu jouer par une équipe de hockey. Le jeu d'ensemble était là, l'échec-avant, le jeu au centre et dans notre territoire, le travail des défenseurs, leur jeu solide dans les coins. »

Bob Gainey (attaquant des Canadiens) : « Si vous ne prenez aucun plaisir à jouer un match comme celui-là, c'est que vous avez choisi e mauvais métier. En 1975, les Soviétiques avaient joué bien mieux que ce soir. Auparavant, nous accordions trop d'importance sur les lancers au but. Mais ce qui compte, ce sont ceux qui pénètrent dans le filet. Ce soir, c'est probablement la pire performance des Russes depuis le débu de leur tournée. Ils gagnent habituellement leur match en zone neutre et ce soir nous les y avons battus. C'est probablement notre meilleur match de l'année. Je n'irais pas jusqu'à dire que nous pourrions battre les Soviétiques tous les jours. Quand deux équipes comme celles se rencontrent, on ne sait jamais qui va dominer. Il y a trop de bons joueurs pour que l'une d'elles espère dominer. »

 

Canadiens de Montréal - CSKA Moscou 4-2 (1-0, 0-2, 3-0)
Lundi 31 décembre 1979 au Forum de Montréal. 16 889 spectateurs.
Pénalités : Montréal 6' (4', 2', 0') ; CSKA 8' (4', 2', 2').
Tirs : Montréal 35 (13, 8, 14) ; CSKA 14 (3, 6, 5).

Évolution du score :
1-0 à 16'36" : Lambert assisté de Mondou et Lafleur
1-1 à 26'51" : Zhluktov assisté de S. Gimaev et Balderis
1-2 à 32'02" : Balderis assisté de Zhluktov et Kasatonov
2-2 à 43'38" : Shutt assisté de Lafleur et Robinson
3-2 à 49'59" : Houle assisté d'Engblom et Jarvis
4-2 à 52'10" : Shutt assisté de Savard et Larouche
 

Canadiens de Montréal

Attaquants :
Bob Gainey - Doug Jarvis - Réjean Houle
Yvon Lambert - Doug Risebrough - Mario Tremblay
Steve Shutt (2') - Pierre Larouche - Guy Lafleur (2')
Pierre Mondou, Mark Napier

Défenseurs :
Larry Robinson - Serge Savard (C, 2')
Rod Langway - Brian Engblom
Gilles Lupien

Gardien :
Richard Sévigny

Remplaçants : Michel Larocque (G), Rick Chartraw (D), Normand Dupont (A). Absents : Denis Herron (G), Guy Lapointe (D, grippe), Danny Geoffrion (A).

CSKA Moscou

Attaquants :
Valeri Kharlamov - Vladimir Petrov (2') - Boris Mikhaïlov (C)
Sergei Makarov - Viktor Zhluktov - Helmut Balderis
Irek Gimayev - Vladimir Kovin (2') - Mikhaïl Varnakov
Aleksandr Volchkov - Aleksandr Lobanov - Nikolaï Drozdetsky

Défenseurs :
Sergei Gimayev (2') - Aleksei Volchenkov
Aleksandr Kasatonov (2') - Vladimir Lutchenko
Vyacheslav Fetisov - Sergei Starikov

Gardien :
Vladislav Tretiak

Remplaçant : Aleksandr Tyzhnych (G). En réserve : Sergei Babinov (D), Vyacheslav Anisin, Aleksandr Skvortsov (A).

 

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