Allemagne 2024/2025 : présentation

 

Le ciel semble serein au-dessus du hockey allemand. L'assemblée générale de la fédération s'est déroulée dans un esprit de concorde rarement vu, et le Mondial 2027 à domicile - à Düsseldorf et à Mannheim - constitue un bel objectif. La DEL a battu son record de spectateurs et les mêmes dirigeants qui renâclaient à mettre en place la promotion/relégation se réjouissent aujourd'hui de l'effet positif sur les affluences. La DEL2, pour sa part, est devenu la deuxième division la plus populaire d'Europe en dépassant l'Allsvenskan en nombre de spectateurs.

La DEL s'est aussi projeté à long terme sur un objectif de neutralité carbone de ses activités en 2040. Elle a publié le bilan carbone cumulé de l'ensemble de ses équipes, et celui-ci ne correspond pas forcément aux préjugés ou à ce qui concentre l'attention médiatique. L'énergie consommée par les patinoires et même le transport des équipes pèsent très peu devant le déplacement du public pour se rendre au match : 75% des émissions totales sont en fait liées à ce comportement individuel des spectateurs, sur lequel les clubs ont peu d'influence. Ils ne peuvent qu'encourager l'action publique dans le développement des transports en commun pour décarboner cette mobilité quotidienne ou hebdomadaire qui génère l'essentiel des émissions de CO2.

Tout tableau idyllique a son ombre : le fait que l'Allemagne n'ait eu aucun joueur drafté en NHL cette année rappelle que les générations prodigieuses sont passées. Or, une solution de facilité pourrait contrecarrer l'effort de formation. En raison d'une pénurie de main-d'œuvre devenue critique dans le pays, la loi allemande portant modernisation du droit de la nationalité est entrée en vigueur le 27 juin 2024. La naturalisation est déjà possible après cinq ans de résidence en Allemagne, contre huit ans auparavant. Lorsqu'une personne est considéré comme "exceptionnellement bien intégrée", elle pourra obtenir la nationalité allemande au bout de trois ans. Toutes les ligues le savaient mais aucune n'a réagi en modifiant son quota d'étrangers (ou en se basant sur une règle de "joueurs formés localement" à la place d'une règle sur la nationalité). Pas mal de joueurs jusqu'ici considérés étrangers sont devenus allemands, sans que l'on puisse parler d'effet massif pour l'instant.

 

Les clubs de DEL

 

La filière québécoise est plus vivante que jamais pour les Eisbären de Berlin, champions d'Allemagne. Le directeur sportif Stéphane Richer et l'entraîneur Serge Aubin peuvent toujours compter sur l'ailier Yannick Veilleux, opéré des muscles de l'aine par un spécialiste berlinois cinq jours après le titre. Parmi les trois défenseurs étrangers qui ont tous changé, on recense aussi Olivier Galipeau (ex-Laval). C'est d'ailleurs un certain risque d'adaptation d'avoir pris trois arrières directement en AHL dont un seul connaît déjà les glaces européennes, l'immense - 1,97 m - Finlandais de 26 ans Markus Niemeläinen qui a joué 45 matches pour les Edmonton Oilers.

Néanmoins, la DEL est la ligue européenne la plus proche du jeu nord-américain. C'est ce dont s'est réjoui Gabriel Fontaine, l'autre Québécois qui pourrait marquer son passage dans le hockey berlinois. Le joueur de centre semble déjà bien plus à l'aise qu'en Liiga (Lukko Rauma) en étant placé sur un trio ultra-rapide avec la fusée Frederik Tiffels et le jeune Erik Hördler, qui paraît avoir trouvé là une place fixe de titulaire à 20 ans. Avec 4 buts en présaison, Fontaine a même éclipsé l'international britannique Liam Kirk, attraction initiale du recrutement dont on attendait les qualités de finisseur après ses 28 buts à Litvínov en Extraliga tchèque.

L'ambiance serait donc au beau fixe chez le tenant du titre si l'été n'avait pas été assombri par un drame. Dans le cadre des examens médico-sportifs effectués en amont de la nouvelle saison, une tumeur maligne a été diagnostiquée chez Tobias Eder : le club communique peu à son sujet pour respecter sa vie privée et le secret médical, mais tous les joueurs pensent évidemment très fort au combat le plus important, celui de leur coéquipier contre la maladie.

 

L'ancien coach de NHL Dallas Eakins a eu les mains libres pour recomposer les Adler de Mannheim en tant qu'entraîneur et directeur sportif. Si certaines non-reconductions ont pu serrer le cœur des fans, il a compensé la perte d'identification due aux départs de Wolf et Reul en engageant Lukas Kälble et Marc Michaelis qui sont tous deux natifs de Mannheim mais n'avaient jamais joué en équipe première, parce qu'ils avaient tous deux privilégié la voie universitaire américaine.

Lukas Kälble sera le second défenseur offensif en plus de Leon Gawanke, qui a prolongé début avril jusqu'en 2029. Ce qu'a recherché Eakins, c'est une défense beaucoup plus jeune (et donc plus mobile). Kälble et Tobias Fohrler ont dix ans de moins que Holzer et Reul, tandis que le nouveau Canadien Nick Cicek n'a que 24 ans.

Longtemps resté sur la deuxième ligne de Zoug (y compris en powerplay), Marc Michaelis s'y est senti moins considéré que dans son précédent club suisse Langnau et a choisi de résilier sa seconde année de contrat pour rentrer à la maison. Symbole parfait d'une volonté de jouer à haute vitesse, Michaelis a été la recrue offensive majeure de l'intersaison. Pour le reste, Eakins s'est contenté de recruter des joueurs à double passeport picorés dans des ligues dans lesquelles les Adler n'auraient jamais mis le bec auparavant (l'arrivée d'Eric Uba a surpris parce qu'il jouait ainsi dans une université canadienne mais il n'est en fait même pas titulaire). Les rumeurs ont bruissé cet été mais Eakins a été très patient, laissant deux places d'étrangers toujours inoccupées au début de saison.

 

Patience similaire à Munich, au point que le Red Bull n'était souvent même pas cité parmi les grands favoris. Accepterait-il ce d&eacue;clin ? Dans un club qui a fini cinquième après neuf années à figurer dans les deux premières places de saison régulière, on pouvait s'attendre à un grand chambardement. Il n'en est rien.

Le club n'a recruté que deux joueurs à l'intersaison ! L'un répond parfaitement à l'objectif de rassembler les meilleurs joueurs bavarois : l'attaquant défensif Tobias Rieder (31 ans) est une référence qu'on ne présente plus après 492 matches de NHL et un titre de champion de Suède 2023 avec Växjö. Avec seulement 45 matches de NHL à 28 ans et une dernière saison moyenne, Adam Brooks, est une recrue bien modeste pour les normes munichoises. Mais ce centre créatif, dont la qualité majeure est l'intelligence de jeu, avait été champion AHL dès sa première saison pro avec comme capitaine un certain Ben Smith, qu'il retrouvera en Allemagne.

En fait, des changements importants avaient déjà eu lieu en cours de saison dernière. Les jokers défensifs arrivés de Finlande, Emil Johansson et Les Lancaster, ont été conservés, alors que les arrières étrangers du début de saison (sauf l'offensif Jonathon Blum) se sont vus montrer la sortie. Ne participant pas à la CHL, Munich ne ressentait donc aucune urgence.

Et puis, le chasseur de rebonds Trevor Parkes, l'homme qui se jette dans toutes les mêlées dans le slot, s'est blessé lors d'un match de pré-saison à Zoug et aura de longs mois de convalescence après son opération. La réaction a été rapide avec l'arrivée de Taro Hirose, qui était de moins en moins souvent appelé en NHL au fil de ses six saisons à Détroit et qui en a tiré les conséquences. L'ailier gauche canadien quitte donc l'AHL pour l'Europe au meilleur âge, à 28 ans, et rassure les supporters qui s'inquiétaient d'une équipe vieillissante. Ce petit gabarit est un pur talent offensif et assurera le spectacle au SAP Garden.

Parlons-en, de cette infrastructure ultra-moderne de 150 millions d'euros et 11 250 places. Elle se veut exemplaire dans sa conception : alors qu'elle comprnend quatre patinoires, sa consommation est équivalente à un équipement multifonctions sans glace, grâce à sa conception semi-enterrée qui résiste mieux aux variations de température. La modification du règlement qui interdisait les panneaux solaires dans le périmètre de l'Olympiapark a aussi permis une installation photovoltaïque qui produit l'électricité nécessaire pour une des patinoires.

 

Maintenant que Thomas Popiesch a quitté Bremerhaven, Tom Pokel est l'entraîneur en poste depuis le plus longtemps en DEL : cela fera sept ans en octobre qu'il dirige Straubing. Et si, après son collègue, c'était son tour de connaître la consécration en accédant à la finale ? Les Tigers sont l'autre club qui progresse avec beaucoup de continuité et de travail de fond. Lui aussi le mériterait, lui aussi suscite une véritable euphorie en ville.

Les deux meilleurs marqueurs de la saison 2022/23, Trevor Leier et Travis St. Denis, font leur retour après avoir connu chacun une année difficile (blessures pour Leier à Linköping, suspension et piètre intégration pour St. Denis à Ingolstadt). Tous deux sont très heureux de retrouver un environnement familier, et leur ajout donne à Straubing la meilleure attaque de son histoire. Il faudra gérer la forte concurrence interne, y compris chez les Allemands avec l'arrivée des trois joueurs de Nuremberg (Tim Fleischer, Danjo Leonhardt et le double passeport Elis Hede), mais cette profondeur de banc est obligatoire car les Tigers auront un calendrier extrêmement chargé avec la CHL plus l'invitation en Coupe Spengler.

Deux successions délicates se profilent dans le même temps au sein des deux autres secteurs. L'ancien meilleur gardien universitaire Zane McIntyre, en déclin dernièrement en AHL, doit remplacer Hunter Miska parti en KHL, mais Straubing s'appuiera sûrement en pratique sur un duo de gardiens avec le prometteur Florian Bugl. Ce sera peut-être plus dur encore pour l'autre Américain Alex Green de faire oublier le défenseur MVP Nico Mattinen qui était plus gros et plus offensif. Mais là encore, on a élargi le spectre en engageant début septembre Nelson Nogier (Barys), encore un droitier (ce qui témoigne de la solidité financière du club quand on sait combien ces profils sont convoités), plus défensif. À l'évidence, l'effectif est densifié de partout pour avoir bien plus de solutions et ne pas dépendre d'un ou deux noms.

 

La DEL a accordé une règle d'exception pour Cologne : l'équipe débutera toujours à l'extérieur en playoffs quel que soit son classement, seul le match 7 (ou le match 3 en pré-playoffs) sera déterminé par l'avantage de la glace. Objectif : cela ne bloquera que 14 dates au lieu de 24 au printemps dans une Kölnarena surbookée depuis la fin de la pandémie de Covid. Cette dérogation est toutefois un privilège un peu étonnant : les autres équipes aussi ont une salle multifonctions, et bien évidemment, cette garantie ne peut être donnée qu'à un seul club !

Si les responsables de l'aréna renâclaient plus que dans d'autres grandes villes, c'est peut-être qu'ils réservaient les dates pour rien ! Cologne n'a atteint aucune demi-finale depuis cinq ans, et aucune finale depuis dix ans. Les concerts rapportent donc sûrement plus que les play-offs rabougris... Les espoirs suscités l'an passé par l'alchimie instantanée du premier trio de recrues Justin Schütz - Gregor MacLeod - Alexandre Grenier ont été un feu de paille.

Le KEC a donc changé de stratégie. L'équipe a peu bougé, mais tous les entraîneurs sont nouveaux. La DEL s'est enrichie en accueillant un spécialiste de réputation internationale qui a dirigé deux équipes nationales (Finlande et Tchéquie), Kari Jalonen. S'il a une approche extrêmement détaillée, presque scientifique, le Finlandais n'a pas négligé les entretiens individuels pour connaître chaque joueur. Jalonen a fait venir un stabilisateur expérimenté en défense, Veli-Matti Vittasmäki (triple champion de Finlande avec Tappara), mais on espère surtout que son système tactique très précis, privilégiant les relances par passes courtes, conviendra au joueur-clé Nick Bailen, impressionnant à son arrivée mais trop inconstant à sa seconde saison.

 

Cet été, la municipalité de Bremerhaven a remis la médaille de la ville à Alfred Prey, le manager bâtisseur qui a fait des Fischtown Pinguins un club professionnel à succès. Ce n'est pas une distinction galvaudée : elle n'a été remise que dix fois depuis la guerre, et jamais dans le domaine du sport. Prey n'a pas seulement construit le club, il reste présent à 70 ans pour mettre le pied à l'étrier de son successeur Sebastian Furchner (comme le nouvel entraîneur-chef Alexander Sulzer a appris le métier en tant qu'adjoint). Cette méthode très rare de passation progressive en douceur d'un manager fait penser à Rouen, autre exemple de club qui a toujours agi à très long terme.

Les deux clubs se sont d'ailleurs retrouvés en CHL, mais avec des différences d'infrastructures, donc de budget et de profondeur d'effectif. Bremerhaven a gagné et a assuré sa qualification en phase finale, comme les autres clubs allemands, en obtenant 3 victoires dès le mois de septembre. L'équipe de la Mer du Nord a certes été plutôt gâtée par le début du tirage, mais justement elle ne devait surtout pas se rater sur ces premières semaines, y compris à Vojens où elle avait perdu son premier match de préparation. Or, c'est le club européen qui a eu sa présaison la plus perturbée avec 9 internationaux partis aux qualifications olympiques pendant dix jours.

Cette préparation était donc un défi, y compris pour le préparateur physique du club, l'ex-hockeyeur Leon Lilik, bien occupé cet été. Il entraîne en effet aussi son épouse Elena... qui a obtenu la médaille d'argent en slalom C1 aux Jeux olympiques de Paris, et qui a loué ses méthodes plus expérimentales (ne s'occupant pas que du haut du corps comme c'est d'usage en canoë). Une médaille d'argent, encore ? Cela fait donc une autre deuxième place après la finale perdue de DEL. Mais rappelons que le rapport de budget entre Bremerhaven (environ 6 milions) et les clubs puissants comme Mannheim est un facteur 3, bien plus grand qu'entre Rouen et Bremerhaven ! Voilà pourquoi le club et son manager historique méritent bien toutes les médailles du mérite pour ce qu'ils ont accompli.

 

Jamais Wolfsburg n'a connu une telle constance à une intersaison : seulement 6 départs et 5 arrivées. Les cadres allemands n'ont pas changé, en pratique les seules modification notables concernent trois positions d'étrangers. En défense, le faible Nolan Zajac a été remplacé par Julian Melchiori, de retour chez les Grizzlys après avoir été champion avec Berlin. C'est un profil moins offensif mais plus physique.

Le mot d'ordre du recrutement est donc clair : plus de robustesse. Même s'ils furent des marqueurs efficaces lors de la saison régulière si satisfaisante (4e place), Matt Wilkie et le joker Peter Mueller ont manqué d'impact lors de la sèche élimination contre Munich en quart de finale. Wolfsburg a donc préféré le pur ailier de puissance Nick Caamano, pour sa première expérience hors d'AHL (et 40 matches de NHL). Pour remplacer JC Beaudin après une seconde saison en demi-teinte, un risque a été pris en engageant un centre qui revient d'une opération des ligaments croisés, Phil Varone (Düsseldorf).

C'est un peu la dernière chance pour cet effectif - le plus vieux de DEL - de remporter enfin un titre de champion. Dans un an, il volera en éclats car une quinzaine de contrats arriveront à échéance. Alors que Mannheim et Munich auront des moyens stratosphériques, on voit mal le groupe Volkswagen continuer à mettre autant la main au portefeuille pour sponsoriser du hockey pro alors que la fronde sociale menace. Après avoir survécu au Dieselgate (falsification des valeurs d'émission de polluants), le constructeur allemand est de nouveau en crise et a rompu l'accord historique avec les syndicats en évoquant un tabou d'entreprise, une possible fermeture d'usine. Mais Volkswagen est intimement lié à sa r´gion puisque le Land de Basse-Saxe est actionnaire à 20% avec deux places au conseil de surveillance.

 

Avec le meilleur taux de possession de la ligue mais le pire taux de réussite aux tirs, Ingolstadt reste sur sa plus mauvaise saison régulière depuis dix ans (9e). Il est logique que l'on ait cherché à recruter des joueurs capables de "la mettre au fond". Riley Sheen avait étonné en 2021/22 en devenant meilleur buteur de DEL avec 40 buts lorsqu'il avait accompagné Bietigheim dans sa promotion, mais depuis, il a chuté à peu près aussi vite que son ancien club (descendu deux fois de suite) : 6 buts puis 3 buts lors de ses deux dernières saisons à Rögle et partiellement à Zoug. Défensivement suspect, Sheen a été mis sur la ligne du fiable Daniel Pietta et aura surtout les mains libres en powerplay.

L'autre finisseur potentiel est Daniel Schmölz, un ailier allemand qui est au contraire très régulier et qui garantit ses 15 buts par saison. Entouré du talent technique de Wojciech Stachowiak et Charles Bertrand, peut-il être le complément idéal qui les rendra encore plus efficaces pour concrétiser les occasions qu'ils peuvent créer ? De la créativité, les Bavarois en ont toujours autant, presque plus même avec l'arrivée de Kenny Agostino qui a fini quatrième compteur de la ligue à Düsseldorf.

Ingolstadt n'a pas hésité à avoir 10 étrangers pour 9 places dès le début de saison et à faire jouer la concurrence à fond. Cela explique l'exploration de sources plus atypiques avec Austin Keating (MVP du championnat universitaire canadien) ou le défenseur offensif Alex Breton (double champion en Slovaquie après avoir été meilleur défenseur d'ECHL), mais cela ne signifie pas que la rotation ne concernera pas aussi des joueurs déjà établis....

 

Après une saison exceptionnelle dans le top-6, Schwenningen a réussi à prolonger l'essentiel de son groupe. Le départ de Daniel Pfaffengut (38 points dont 21 buts) pour un meilleur contrat à Francfort est le seul qui soit vraiment déploré, car c'est le club de la Forêt-Noire qui a choisi de mettre fin prématurément au contrat de Max Görtz (19 points, recasé à Bremerhaven). L'objectif poursuivi a été de faire revenir Mirko Höfflin après cinq ans à Ingolstadt et d'engager Matt Puempel après trois ans à Augsbourg. Des cibles certainement abordables après une dernière saison décevante : Höfflin a décliné de 42 à 17 points en un an et Puempel n'a inscrit que 29 points et surtout 0 but en powerplay, domaine dont il s'est toujours décrit comme un spécialiste.

Mais la surprise du chef est venue fin août avec l'engagement de Teemu Pulkkinen. Celui qui fut un junior extrêmement prometteur chez les Jokerit n'a jamais trouvé sa place en NHL (13 buts en 83 parties) alors qu'il faisait trembler les filets d'AHL (135 buts en 274 parties play-offs inclus) et a aussi décliné au fil de ses six années de KHL (seulement 5 buts avec Kunlun l'an passé). Dans le hockey de la fin du siècle dernier, son slap aurait été dévastateur, mais dans le jeu moderne plus rapide, il reste un patineur trop moyen. Néanmoins, ce shooteur invétéré peut faire mal en DEL, qui n'est pas la ligue la plus rapide.

Le recrutement de Pulkkinen a été permis par la naturalisation fin août du capitaine Thomas Larkin, alors même qu'une seconde licence d'étranger a été utilisée en défense pour Jordan Murray, qui fut un défenseur offensif redoutable à Wolfsburg avant une dernière saison noire à Mannheim (7 points et une fiche de -12). Beaucoup de recrues semblent donc avoir été choisies pour améliorer le jeu en avantage numérique, secteur où les Wild Wings étaient avant-derniers. S'ils étaient redevenus une forteresse à domicile (20 victoires en 26 matches) comme dans le bon vieux temps regretté par les supporters nostalgiques, c'est surtout par leur défense de fer : 1,73 buts encaissés de moyenne par match à domicile... mais 3,85 à l'extérieur ! L'amélioration du second gardien - le naturalisé Michael Bitzer qui est un des meilleurs portiers de DEL2 à la place de Cody Brenner - doit aider à gagner en constance.

 

C'est le deuxième été de suite que Francfort est, avec la lanterne rouge Augsbourg, l'équipe qui a le plus changé à l'intersaison. Malheureusement, le précédent recrutement important n'avait pas fonctionné. Les Löwen avaient régressé de la 10e à la 12e place dans une deuxième saison de DEL ratée. C'est pourquoi les modifications sont aussi intervenues en coulisses avec un nouveau directeur sportif, Daniel Heinrizi (Ravensburg), et un nouvel entraîneur, Tom Rowe (Ingolstadt).

La nouvelle star est Juho Olkinuora, même s'il devra forcer sa nature réservée pour se plier à la tradition de danses de victoire des gardiens de Francfort. Quand un club communique sur la mentalité de vainqueur de sa dernière recrue, ce sont généralement des paroles convenues. Pas dans le cas du Finlandais, qui a gagné trois médailles d'or avec la Finlande (dont un titre de MVP aux Mondiaux 2022) et la CHL avec Genève-Servette. Néanmoins, Olkinuora n'a jamais remporté des play-offs en club. Même avec un contrat de deux ans, il serait ambitieux d'espérer le devenir en Allemagne. Francfort a les moyens économiques de progresser au classement, mais ce n'est pas si simple à concrétiser.

Le désistement de la recrue-clé (Ugbekile) laisse toujours le soutien offensif des lignes arrières dans les mains des étrangers. Maksim Matushkin est une référence en la matière, mais la pression est forte sur la recrue canadienne Clayton Kirichenko, qui a affolé les compteurs en Autriche (43 points en 56 matches) mais a laissé sceptique en pré-saison.

En attaque, le centre suédois Linus Fröberg est plus convaincant, il crée du jeu et sert généreusement ses ailiers en passes. Mais c'est surtout de la part des joueurs déjà présents qu'on attend plus de régularité pour vraiment former un groupe soudé et stable. Cela dépendra de l'approche mentale de Dominik Bokk et Carter Rowney, qui n'avaient pas confirmé leur excellente saison 2022/23, et de la condition physique de Cameron Brace, pour qu'il ne s'éteigne pas au fil du temps comme lors du championnat.

 

40% seulement de réussite aux engagements la saison dernière : Düsseldorf a rapidement identifié son principal point faible, qui a induit ensuite un gros déficit dans la possession du palet. Un critère essentiel dans le choix des nouveaux centres a donc été leurs statistiques aux mises au jeu. Drake Rymsha était même le numéro 1 au pourcentage d'efficacité dans la ligue autrichienne avec Salzbourg, mais il n'a mis que 18 points dans le même temps. Hormis Jacob Pivonka (mais c'était juste en ECHL), ces quatre nouveaux centres étrangers qui auront le rôle-clé dans la saison de la DEG n'ont pas des statistiques offensives faramineuses. Les supporters s'inquiétaient de ne disposer d'aucun vrai meneur de jeu ni centre numéro 1. À vrai dire, un tel profil semble un peu hors budget...

Le directeur sportif Niki Mondt, lui, assume ses choix et dit aimer ces jeunes profils complets d'attaquants compétents dans les deux sens de la glace, comme celui de Tyler Angle qui a même fait deux apparitions en NHL la saison dernière (à Columbus). Et cette position se défend. Si les supporters se focalisent sur le talent offensif, Düsseldorf a aussi péché défensivement la saison dernière, mettant en difficulté son gardien norvégien Henrik Haukeland. Or, la défense n'a pas changé, hormis l'ajout d'un profil offensif (Max Balinson qui a été élu meilleur arrière de DEL 2). C'est donc bien la responsabilité de tout le groupe de mieux défendre à cinq et attaquer à cinq.

Ce sera aussi et surtout le défi du nouveau coach Steven Reinprecht, qui débute comme entraîneur en chef dans cette ligue allemande qui l'a vu briller en tant que joueur. Ce ne sera pas facile car il est dans le club où les attentes sont les plus élevées parmi les quatre équipes qui, sur le papier, paraissent un peu décrochées en bas de tableau. Elles prétendent souvent viser les play-offs... mais elles savent que l'épée de Damoclès de la relégation pèse au-dessus de leurs têtes. Les managers de Düsseldorf et de Nuremberg se sont prononcés en faveur de l'instauration de playdown pendant que leur collègue d'Iserlohn plaidait pour un élargissement de la ligue. Point commun derrière ces déclarations : ils ont tous peur de la dernière place.

 

Après avoir fini sa carrière de gardien de but par trois saisons chez les Gothiques d'Amiens (2014/2017), Mitch O'Keefe avait commencé sa carrière d'entraîneur en 2018 en s'occupant les gardiens d'Innsbruck. Deux ans plus tard, il était déjà devenu coach principal. Sur quatre saisons en Autriche avec le club du Tyrol à budget modeste, il a mis en place un style offensif et réalisé trois années correctes et un cru exceptionnel (2020/21) marqué par une qualification en CHL. Le voilà maintenant promu, à tout juste 40 ans, à la tête d'une équipe de DEL, Nuremberg.

Les années fastes sont du passé pour les Ice Tigers qui ont aujourd'hui le plus petit budget de la ligue. Jusqu'ici, le manager Stefan Ustorf s'en est sorti en bâtissant essentiellement ses succès sur des profils dominants en ECHL (mais tout de même éprouvés en AHL) avec lesquels ses concurrents ne prennent pas de risques. Ce sera encore le cas avec Owen Headrick, défenseur de l'année et meilleur +/- d'ECHL en 2022/23 : ce bon patineur sera chargé de faire circuler le palet en powerplay, avec également un bon tir. Jeremy McKenna doit quant à lui être l'arme fatale par son gros lancer. La pleine réussite des recrues venues directement d'outre-Atlantique sera essentielle pour remplacer le meilleur marqueur Daniel Schmölz parti à Ingolstadt.

En y ajoutant les trois départs conjoints à Straubing, Nuremberg a perdu au total quatre attaquants allemands de premier plan. Ils n'ont pas vraiment été compensés par le retour d'Eugen Alanov et par les arrivées du double passeport décevant en DEL2 Samuel Dove-McFalls ainsi que des récents internationaux juniors Josef Eham (qui n'a pas confirmé lors de sa seconde saison à Düsseldorf) et Thomas Heigl (séparé durablement pour la première fois de sa vie de son frère jumeau Nikolaus resté dans l'orbite Red Bull). La "recrue cachée" à utiliser pleinement pourrait aussi être Jake Ustorf, qui n'avait pas eu de temps de jeu à son retour de blessure, possible victime collatérale du conflit latent entre son père manager et l'ancien coach Tom Rowe. Même si les Ice Tigers ont perdu de la densité, O'Keefe a pris l'habitude à Innsbruck de gérer une faible profondeur de banc.

 

Après une saison longtemps traumatisante, Iserlohn peut s'appuyer sur sa remontée finale qui lui a évité la dernière place et regonflé le moral. C'est ainsi la seule équipe de bas de tableau à avoir conservé son entraîneur : "sauveur" arrivé en cours de championnat, Doug Shedden a des prérogatives que ses prédécesseurs n'avaient pas et a eu le dernier mot dans le recrutement, par rapport à son directeur sportif jeune et inexpérimenté (Axel Müffeler).

Cela signifie aussi que tout éventuel mécontentement retombera sur le Canadien, lui qui critique souvent ses leaders offensifs quand son équipe tourne moins bien : il les aura choisis. Le trio Michael dal Colle - Tyler Boland - Eric Cornel a été performant l'an passé à partir de l'arrivée de Shedden, la confiance doit donc être mutuelle. Mais il faudra que les quatre nouveaux attaquants nord-américains soient tous performants car Iserlohn n'a que deux cadres allemands (Taro Jentzsch et Sven Ziegler).

La profondeur de banc est ensuite famélique, au point qu'on a vu débarquer par surprise au camp d'entraînement un joueur qui avait arrêté sa carrière pro et joué un an en amateur (Manuel Alberg). C'est pareil dans les lignes arrières où la charge est maximale sur les épaules d'un seul homme : finalement resté pour raisons personnelles, Colin Ugbekile devra confirmer son excellente saison qui lui a ouvert les portes de l'équipe nationale. Il est maintenant le seul vrai défenseur offensif après le départ de Brandon Gormley.

 

Pendant deux années de suite, Augsbourg a été relégué, puis rattrapé parce que les candidats à la montée se sont ratés, ce qui n'arrivera probablement plus (voir ci-dessous). Installé dans la région, Larry Mitchell a signé avant ce repêchage inespéré, dans une double casquette d'entraîneur et manager qui aurait fait sens en DEL2. Pas en restant dans l'élite. Mitchell a embauché comme coach Ted Dent, qui a occupé comme lui les deux rôles : un risque de confusion ? Les deux hommes répondent que chacun connaît sa fonction et n'empiètera pas sur l'autre. Dent est aussi le premier entraîneur de l'histoire du club sans aucune expérience du hockey européen. Michell ne se dit pas inquiet en considérant qu'il a fait ses preuves en AHL, ligue de niveau équivalent.

Larry Mitchell était l'homme qui avait découvert Dennis Endras à Landsberg et l'avait engagé à Augsbourg, où il s'était révélé au plus haut niveau. Comme Endras a pris sa retraite cet été, c'est encore Mitchell qui lui a fait signer un nouveau contrat comme entraîneur de gardiens. Il encadrera son ex-coéquipier Markus Keller et le nouveau titulaire Strauss Mann, sans doute le gardien étranger dont Augsbourg avait besoin pour se rassurer.

Avec une équipe encore renouvelée aux deux tiers, les points d'ancrage sont peu nombreux. C'est plutôt utile de rassembler de grands amis qui ont déjà joué sur même ligne en AHL et qui sont contents de se retrouver après deux ans de séparation, Anthony Louis et Riley Damiani... Mais si Mitchell avait bâti sa réputation sur ses réseaux nord-américains, c'était il y a longtemps quand des logiciels ne permettaient pas à tous les recruteurs du monde de voir des extraits tout prêts de n'importe quel joueur. Sans avantage compétitif, il a recruté surtout en DEL. La meilleure pioche semble Cody Kunyk, 41 points avec Francfort l'an passé et meilleur pointeur de la pré-saison avec 9 points (4+5). Mais sur ces 9 matches de pré-saison face à une adversité pourtant faible (essentiellement de ligue autrichienne avec un seul rival de DEL), Augsbourg a connu 7 défaites. La défense constituée autour du colosse vétéran Denis Reul a notamment paru bien friable

 

 

 

DEL 2

 

Le dernier échec de Kassel a provoqué une révolution de palais. Paul Sinitzin, qui avait vendu ses parts dans une société de location de vélos pour investir dans la rénovation de l'aréna, a définitivement évincé l'ex-propriétaire Joe Gibbs (qui avait marqué le club de son passage pendant un quart de siècle). C'est l'ancien joueur du club Derek Dinger qui est devenu co-dirigeant avec Sinitzin. Le grand favori ne peut pas se rater éternellement, il paraissait déjà au-dessus du lot avant que la naturalisation d'Andrew Bodnarchuk permette de recruter un étranger de plus en défense (Marc-André Duquette, désolé Rouen)

Attention toutefois : deux autres prétendants à la montée, jusqu'ici loin du compte, paraissent bien plus solides cette fois. Thomas Popiesch, le Berlinois qui avait passé quatre ans dans les geôles de la Stasi pour tentative de fuite à l'Ouest, avait connu sa première expérience de joueur dans l'élite allemande à Krefeld. Il est devenu un des entraîneurs les plus respectés d'Allemagne après avoir fait progresser Bremerhaven de la DEL2 à la finale de DEL en huit ans et demi. Il sait ce qu'est un club qui travaille dans la continuité, et peut mettre fin à l'instabilité qui plombe Krefeld depuis des années. Appelé par le propriétaire Peer Schopp qui le considère comme le meilleur coach allemand, il devrait travailler tranquillement sans que le manager Peter Draisaitl ne vienne le gêner. L'équipe reste bonne sur le papier et certains joueurs d'expérience sont apparus en meilleure forme dans les tests physiques de présaison. Après une année en bas de classement, Dresde a également affirmé ses ambitions en recrutant le MVP de DEL2 Andrew Yogan en plus de deux ex-joueurs de DEL, Dane Fox et Drew LeBlanc, arrivés après la naturalisation de trois Suédois.

Deux clubs bavarois ont déposé pour la première fois un dossier de promotion après l'évolution des conditions d'entrée. Ce sont tous deux d'anciens champions d'Allemagne, des bastions traditionnels à la formation solide. Battu deux ans de suite au match 7 des quarts de finale, Landshut a ajouté deux purs buteurs qui lui manquaient avec Tor Immo et Jack Doremus. Promu il y a tout juste un an, Rosenheim a un projet à plus long terme mais ne doit pas être négligé.

Il paraît difficile de croire qu'un trouble-fête empêchera pour la troisième fois les volontaires de monter. Il est très improbable que le champion sortant Regensburg après avoir perdu son entraîneur et deux des trois membres de son super-trio (Yogan à Dresde et Girduckis à Ingolstadt), même si un nouveau buteur suédois arrive avec Olle Liss. Le plus dangereux des "autres" est normalement le champion 2023 Ravensburg mais il a connu une déconvenue : son capitaine Sam Herr, dont la prolongation avait été annoncée à la fête de fin de saison avec les supporters, est finalement parti à Nottingham.

Mais la DEL2 est si serrée que beaucoup d'équipes peuvent aller loin. Les demi-finalistes 2024 veulent évidemment continuer sur leur lancée. Dans l'attaque de Kaufbeuren, en plus de ses deux cadres nordiques désormais naturalisés et de deux recrues nord-américaines, l'entraîneur germano-tchèque Daniel Jun a ajouté une touche tchèque plus personnelle en faisant venir deux joueurs à fort potentiel qui se connaissent bien, le double national Samir Kharboutli et le diamant brut Premysl Svoboda. Après avoir connu la meilleure saison de son histoire, Crimmitschau s'est offert un international letton, Rihards Marenis. Quant au finaliste 2023 Bad Nauheim, il a lié son sort à deux vétérans de 38 ans en recrutant Brent Aubin (Grenoble) mais aussi de manière plus controversée le gardien Jerry Kuhn... qui avait eu altercation avec un supporter lors des playoffs 2022 !

Weißwasser reste sur deux quarts de finale mais le Germano-Canadien Matthew Galajda s'est décommandé pendant l'été quand il n'y avait plus de gardien allemand sur le marché. Pour ne pas dépendre des prêts berlinois, le club a été obligé de recruter Anthony Morrone, ancien numéro 1 de Mulhouse qui n'a ensuite été que numéro 1 bis à Ljubljana et clairement numéro 2 à Sheffield. Le Canadien occupe un poste d'étranger, qui fera donc défaut dans les autres lignes. Fribourg-en-Brisgau reste handicapé par la patinoire la plus vétuste du championnat. Un coup de perceuse ayant perforé deux fois les tuyaux d'ammoniac, les Wölfe ont été hébergés en août par l'ex-rival Schwenningen et un peu à Colmar. Mais même en fonctionnement normal, l'infrastructure montre ses limites : le manque d'heures de glace a conduit à supprimer l'équipe-réserve. C'est Spencer Naas (l'ex-Amiénois meilleur buteur d'EIHL à Dundee) qui est le centre de la première ligne de Freiburg alors qu'il a plus souvent été ailier.

Le promu Weiden se sait limité par la patinoire la plus petite de DEL2 (2650 spectateurs) et il a donc fait le choix rare d'avoir 2 étrangers sur 4 en défense. 2 étrangers sur 3 en fait... car Tomas Rubes - arrivé fin 2018 après 4 saisons de ligue Magnus - vient d'obtenir la nationalité allemande en même temps que le capitanat, ce qui laisse la place pour un joker... qui reste pour l'instant éventuel. L'équipe à battre pour le maintien pourrait être le voisin et rival de derbys Selb, grenouille qui avait essayé - vainement - de se faire plus grosse que les bœufs l'an passé. Cet été, les Selber Wölfe ont cassé le contrat de Jordan Knackstedt, certes meilleur marqueur mais qui agissait comme un corps étranger dans l'équipe, et recruté... Marco Pfleger, un autre buteur très offensif à la réputation de "diva". C'est un nouveau risque pour un joueur qui était payé sans jouer depuis son renvoi de Landshut en décembre, mais Pfleger a trois ans de moins que Knackstedt et a prouvé dès la présaison qu'il en a encore sous le pied.

 

Marc Branchu

 

 

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