Edmonton Oilers - URSS (28 décembre 1982)

 

Supersérie 1983.

L'Union soviétique joue le premier match de cette tournée le jour même de son arrivée à Edmonton. Après la présentation des cinq majeurs, les gardiens prennent place devant les filets et face à Andy Moog, c’est Vladimir Myshkin qui se présente. Vladislav Tretiak, grippé, a préféré se réserver pour les matchs suivants et surtout pour le défi qu’il attend avec impatience face aux Canadiens de Montréal. C'est la première fois de sa vie que Wayne Gretzky porte le "C" pour les Oilers d'Edmonton, en remplacement de l'habituel capitaine Lee Fogolin absent.

Dans cette première période, les défenses sont solides. L’avantage est tout de même à Edmonton qui place des contres rapides et de nombreux shoots. Les Soviétiques ont peu d’occasions franches, hormis un défi de Varnakov contre Andy Moog. L’échec-avant canadien est puissant et provoque des perturbations chez les rouges. Starikov, pressé, rate sa relance en zone défensive et provoque un tir dangereux des Oilers. Passé ce moment de tempête, les rouges se lancent à l’assaut avec un trio, bien « huilé » de la ligne Maltsev, Krutov, Larionov, et c’est ce dernier qui conclut une belle combinaison en zone offensive. C’est sur cette bonne note des Russes que l’on pense que le match va s’équilibrer. Et c’est à ce moment qu’un tour de cage ultra rapide de Mark Messier est conclu par Glenn Anderson, totalement oublié devant la cage (10’28 : 1-0).

L’équipe de Wayne Gretzky donne encore plus de vitesse et la pression s’accentue sur Myshkin. La pression provoque une faute de Pervukhin. En infériorité numérique, les rouges sont dans l’urgence et Myshkin est au four et au moulin. Il se jette au sol pour stopper un palet repris par Wayne Gretzky. Charlie Huddy était à la passe. Les Soviétiques sont harcelés jusqu’à la fin de la période et ne semblent pas encore entrés dans le match.

En deuxième période, les joueurs de Tikhonov se concentrent sur le contrôle et la conservation du palet. Bénéficiant d’une pénalité de Randy Gregg, le duo Shalimov / Kapustin s’infiltre et distribue un bon palet devant Moog, repris par Shepelev. Les Canadiens tiennent et c’est Mark Messier qui répond avec un tir qui passe au ras du poteau. Les Oilers rehaussent l’échecavant et Kasatonov fait la faute sur Jari Kurri. La sanction est immédiate avec Wayne Gretzky qui exécute un solo magistral en zone offensive, feinte et shoote en angle fermé (30’24 : 2-0).

Les rouges sont au plus mal et c’est Skvortsov qui provoque une réaction avec un tir dans les bottes d’Andy Moog. Mais comme à leur habitude, les joueurs soviétiques parviennent à trouver des ressources pour revenir. Lors d’une phase offensive des oilers, Sergei Kapustin hérite du palet et s’en va, seul, défier Moog. D’un shoot bien ajusté, il bat le gardien canadien (34’00 : 2-1). Et on n’en reste pas là. Les joueurs de Tikhonov se créent un temps fort. Sur un puissant tir à la bleue, le palet rebondit devant la cage et créé le danger. Dans une autre séquence, c’est Larionov qui efface Charlie Huddy d’une belle feinte et shoote à bout portant. Le tiers se termine sur cette belle séquence soviétique. Mais on a tout de même le sentiment que les jambes de Larionov et compagnie sont bien lourdes.

La troisième période est la continuité du temps fort des rouges. Larionov / Maltsev viennent provoquer Andy Moog. Kasatonov, très physique et « à la limite », bloque Wayne Gretzky. En réponse, Dave Lumley envoie un tir « aérien » capté difficilement par Myshkin. À l’autre bout de la glace, Shalimov repique vers le centre de la zone offensive et tire sans avertissement. Malgré les moments de faible patinage, les rouges parviennent à se projeter avec vitesse. Le duo Zhluktov / Skvortsov s’infiltre et Kozhevnikov conclut d’un tir qui transperce le portier des Oilers, côté bouclier (46’43 : 2-2).

Les Canadiens ne se laissent pas intimider et Mark Messier nous gratifie d’une chevauchée fantastique en traversant la patinoire. À la deuxième « embardée », côté gauche, il envoie un palet tendu qui file entre le poteau et la botte de Myshkin (48’35 : 3-2). Et ça continue de plus belle avec Gretzky qui envoie un tir puissant, en pleine course, dévié maladroitement par le gardien soviétique. Les deux équipes donnent de la vitesse. Sur une pénalité de Kasatonov, un missile de Paul Coffey est dévié par Vasili Pervukhin et le palet retombe devant la cage totalement ouverte. Wayne Gretzky n’a plus qu’à pousser la rondelle dans les buts (52’00 : 4-2). C’est le délire dans le coliseum d’Edmonton.

Après une mise au jeu remportée en zone offens ive, Shalimov reçoit le palet et le redonne à Shepelev qui a fait le trajet jusque dans le slot. Il dévie finement de la crosse et remet son équipe dans la course (55’00 : 4-3). Les Soviétiques font le forcing avec une dernière grosse occasion, pas loin de revenir au score : depuis une mise au jeu gagnée en zone défensive, le duo Larionov / Krutov remonte la glace. Igor Larionov fait une passe dans le dos et Vladimir Krutov décoche un tir puissant, qu’Andy Moog capte de la mitaine en se couchant au sol.

Wayne Gretzky tient sa revanche. Les Canadiens ont démontré leur supériorité avec un jeu agressif vers l’avant. Mark Messier et Wayne Gretzky ont été infatigables et ont animé l’attaque en perforant les lignes soviétiques. Les rouges ont patiné sur courant alternatif. Le long voyage a sûrement pesé dans les jambes. Tikhonov est prévenu, les franchises NHL sont bien décidées à ne rien lâcher pour remporter chacune leur défi.

L’après-match a été bon enfant avec des joueurs moscovites plus accessibles qu’à l’habitude. Car derrière l’affrontement sportif, les dirigeants de la NHL prospectent pour faire venir des joueurs soviétiques dans leurs franchises. Malgé le barrage des dirigeants soviétiques, Vladimir Zhluktov a été drafté par les North Stars. Celui-ci s’amuse à répondre aux questions des journalistes : « Jouer au Minnesota, si j’en avais la permission ? Pourquoi pas ? J'aurais certainement le physique approprié pour évoluer dans la Ligue nationale. J’ai l'esprit d'un Européen mais le physique et le style d'un Nord-Américain. En tant que sportif il est toujours intéressant de tester ses capacités et son habileté parmi d’autres excellents athlètes. Et l'expérience de la Coupe Canada de 1976 nous a prouvé qu'il nous fallait continuer d'apprendre pour ne pas être rattrapés. Il nous faut nous servir davantage de notre corps pour ralentir l’adversaire. »

Le blocage d’éventuels transferts de joueurs en Amérique du Nord par les dirigeants de la bureaucratie soviétique est réellement politique. Car, des sésames ont été délivrés pour certains joueurs voulant finir leur carrière à l’ouest ou l’Asie, mais vers l’Autriche pour Aleksandr Yakushev, le Japon pour Vladimir Shadrin, la Suisse ou la Finlande pour d’autres.

L’importance est cruciale, pour les jeunes soviétiques. Tikhonov l'a répété hier. Cette tournée nord-américaine constitue le test final pour ceux qui souhaitent être sélectionnés dans l'équipe nationale pour les championnats du monde d'avril 1983. Pour le moment, l’équipe soviétique s’envole pour affronter les Nordiques de Québec du trio Šťastný, et autres Dale Hunter, Wilf Paiement…

Joueurs du match : Mark Messier pour Edmonton et Aleksandr Kozehvnikov pour l'URSS.

Damien Kuster

Commentaires d'après-match :

Wayne Gretzky (attaquant d'Edmonton) : "Habituellement les Soviétiques jouent un hockey très agressif. Aujourd'hui ils semblaient rester un peu en retrait pendant les deux premiers powerplays. Donc je n'ai pas senti que le défenseur [Bilyaletdinov] allait se ruer sur moi. Donc j'ai tenu le palet et tiré. J'ai toujours dit que la raison pour laquelle ils sont meilleurs que nous est qu'ils maîtrisent bien mieux le palet. Je pense que même aujourd'hui ils ont montré que chacun de leurs joueurs sait maîtriser la rondelle et cela fait toute la différence."

Viktor Tikhonov (entraîneur de l'URSS) : "Ce n'était pas notre meilleur match. Je sens qu'on peut bien mieux jouer. J'ai encore l'impression que mes joueurs ne tirent pas assez. Je ne suis pas très impressionné par la performance des nouveaux joueurs en test mais ils ont besoin du temps pour prendre de l'expérience en Amérique du Nord. On ne peut pas donner une note à un joueur après un seul match. Il n'y a pas de match facile avec la NHL. Chaque fois que nous venons ici, nous devons nous attendre à beaucoup de hockey dur et de tension."

Glen Sather (entraîneur d'Edmonton) : "J'ai toujours été impressionné par les Soviétiques. Ils ont laissé une empreinte sur notre équipe. Ils ont fait beaucoup de choses pour nous aider, par exemple leur système de [patinage en] flux libre. Certains diront que c'est un style européen. Ça ne l'est pas. C'est russe. C'est une façon de jouer excitante et très explosive."

Edmonton Oilers - URSS 4-3 (1-0, 1-1, 2-2)
Mardi 28 décembre 1982 au Northlands Coliseum. 17 498 spectateurs.
Arbitres : Andy Van Hellemond assisté de Swede Knox et Randy Mitton.
Pénalités : Edmonton 4' (2', 2', 0') ; URSS 6' (2', 2', 2').
Tirs : Edmonton 32 (17, 6, 9) ; URSS 35 (6, 12, 17).

Évolution du score :
1-0 à 10'28" : Anderson assisté de Messier et Gregg
2-0 à 30'24" : Gretzky assisté d’Anderson et Messier (sup. num.)
2-1 à 34'00" : Kapustin assisté de Bilyaletdinov et Shalimov
2-2 à 46'43" : Kozhevnikov assisté de Zhluktov et Gimaev
3-2 à 48'35" : Messier assisté d’Anderson et Larivière
4-2 à 52'00" : Gretzky assisté de Coffey (sup. num.)
4-3 à 55'00" : Shepelev assisté de Shalimov et Kapustin
 

Edmonton Oilers

Attaquants :
Dave Semenko (2') – Wayne GretzkyJari Kurri
Mark MessierMarc HabscheidGlenn Anderson
Dave Hunter – Ken Linseman – Pat Hughes
Jaroslav Pouzar – Laurie Boschman – Dave Lumley

Défenseurs :
Paul CoffeyCharlie Huddy
Randy GreggDon Jackson (2')
Kevin Lowe – Garry Larivière

Gardien :
Andy Moog

Remplaçant : Grant Fuhr (G). En réserve : Lee Fogolin (D), Tom Roulston, Garry Unger (A).

URSS

Attaquants :
Vladimir KrutovIgor LarionovAleksandr Maltsev
Mikhaïl Vasiliev – Vyacheslav Bykov – Aleksandr Gerasimov
Sergei Kapustin – Sergei Shepelev – Viktor Shalimov
Aleksandr Skvortsov – Viktor Zhluktov – Aleksandr Kozhevnikov

Défenseurs :
Vyacheslav Fetisov – Aleksei Kasatonov (4')
Zinetula Bilyaletdinov – Vasili Pervukhin (2')
Sergei Gimaev – Sergei Babinov

Gardien :
Vladimir Myshkin

Remplaçant : Vladislav Tretiak (G). En réserve : Yuri Vozhakov, Vladimir Zubkov, Sergei Starikov (D), Mikhaïl Varnakov, Viktor Tyumenev, Anatoli Semyonov, Sergei Svetlov (A).

 

Retour aux matches internationaux