Nordiques de Québec - CSKA Moscou (29 décembre 1985)
Supersérie 1986.
Le CSKA vient de remporter le défi contre les champions NHL d’Edmonton. Voilà les Moscovites arrivés à Québec où l’entraineur Michel Bergeron les attend de pied ferme.
Michel Bergeron en est à sa sixième saison aux manettes de l'équipe après avoir dirigé les Draveurs de Trois-Rivières en Junior Majeur du Québec pendant six ans : « Et dire qu'on ne me donnait pas six mois... ». Il revient également sur le match du jour : « Je pense qu'ils sont beaucoup plus forts que nous en attaque. Ils ont d'excellents patineurs et c'est à ce niveau que nous devrons rivaliser avec eux pour espérer les vaincre. »
En conférence de presse, en réponse à une question d'un journaliste à savoir s'il avait vu les Devils du New Jersey ou les Red Wings de Detroit à l'œuvre. Tikhonov a amusé l'audiene par cette réflexion : « À les voir jouer, on peut apprendre ce qu'il ne faut pas faire pour être dernier au classement. »
Avant le coup d’envoi, une cérémonie est organisée pour honorer quatre joueurs canadiens ayant remporté la série du siècle de 1972. Il s’agit de Tony Esposito, Guy Lapointe, Frank Mahovlich et Paul Henderson. Le lieutenant-gouverneur Gilles Lamontagne et le maire de Québec, Jean Pelletier, assistent à la cérémonie. Les quatre joueurs sont présentés au public. Tony Esposito témoigne de l’impact psychologique foudroyant que cette série a engendré : « On ne peut trouver les mots pour expliquer pleinement ce que nous, de l'équipe nationale du Canada, avons ressenti lors de cette série. Il est impossible que ça cela se reproduise de telle manière. Ce fut la même chose pour tous mes coéquipiers. Certains ne s'en sont même jamais remis et, moi-même, j'ai pris quelques mois avant de retomber les pieds sur terre. »
Le match démarre avec beaucoup de vitesse et la pression en zone offensive est très forte de la part des Nordiques. Cet échec-avant perturbe la remontée de palet des Soviétiques et protège le gardien Clint Malarchuk des dangers éventuels. Le jeu de passe est également bien exécuté. Par contre les rouges imposent un rythme de patinage rapide. Randy Moller laisse traîner sa crosse dans les jambes russes et part sur le banc des pénalités. En infériorité numérique, la pression sur le porteur du palet empêche les tirs à la cage. Les joueurs à la fleur de lys dégagent les palets de la zone et n’offrent aucune opportunité au CSKA. C’est au moment où Randy Moller revient sur la glace que Khomutov part en contre-attaque et contourne le portier qui fait l’arrêt. Dans la séquence suivante, Randy Moller intercepte une pase transversale de Zybin et envoie dans le trafic pour la déviation de Michel Goulet (1-0).
Les Nordiques ont concrétisé leur très bon début de partie. Et la domination continue car sur une nouvelle pénalité (de Kumpel), les blancs bloquent toute installation de jeu de puissance. Mieux, John Anderson est au pressing et chipe le palet à Kasatonov. Il part seul et ajuste son palet (2-0).
Le public est en folie par ce départ foudroyant. Les rouges continuent mais cherchent une ouverture pour shooter. La patience soviétique est reconnue, ne cherchant pas à gaspiller les munitions. Sur un nouveau danger, Sergei Babinov est obligé d’accrocher Wayne Babych devant une cage ouverte. On assiste à de jolis mouvements comme la passe dans le dos de Jean-François Sauvé pour Alain Côté qui tire sur le portier. La dernière action de la période est l’œuvre de Vladimir Krutov qui déboule côté droit, repique dans le slot et tire sur Malarchuk. Le dispositif de Michel Bergeron est parfait mais durera-t-il toute la partie ? la question est posée.
Deuxième tiers. Paul Gillis est pénalisé. Sur un changement de ligne un peu aléatoire du CSKA, Mike Eagles déborde et lance. Les Soviétiques n’arrivent pas à s’installer par contre sur une entrée de zone, Fetisov capte la passe mais son tir est dévié de la botte par Malarchuk. Ensuite, Shepelev part sur le banc des pénalités et les blancs nous gratifient d’une séquence collective remarquable. Michel Goulet joue en une/deux avec Peter Šťastný et retrouve le palet au second poteau, tout en vitesse (3-0).
L’intensité vers l’avant continue avec Jean-François Sauvé dont le tir en pleine course va percuter le poteau opposé sous l’équerre. Le jeu va des deux côtés et Veselov fait la reprise devant le gardien après un tir de Mikhail Vassiliev. Ce coup de force soviétique engendre trois occasions successives et la troisième est la bonne avec un lancer du poignet précis de Makarov qui est parti de sa propre ligne bleue (3-1).
Les Soviétiques diminuent l’écart mais subissent également le jeu physique avec Vassiliev qui écope d’un coup d’épaule de Dale Hunter. Le Russe reste sur le banc et voit même le Docteur Beauchemin lui rendre visite. Peter Šťastný charge lourdement Gusarov derrière la cage de Mylnikov. Cela crée une ouverture et Stelnov, pris de vitesse, doit accrocher. La supériorité numérique est gaspillée par une faute inutile de Wayne Babych qui fait trébucher en zone offensive. Mais en infériorité, Clint Malarchuk tient le choc avec une déviation de la mitaine sur un tir d’Alexander Gerasimov, qui part au-dessus de la cage. Gusarov décoche un missile mais les rouges ne réduisent pas le score. La partie commence à changer d’aspect. Le patinage intensif et continuel des Soviétiques se poursuit et les Nordiques remontent beaucoup moins de palets vers le camp adverse. Les joueurs de Québec doivent intensifier la défense. Les rouges ont également renforcé l’échec-avant et Bykov conclut cette période par un tir violent.
La troisième période débute avec un magnifique jeu à deux de Zubin avec Gerasimov, dévié par Malarchuk. Les rouges mettent de la vitesse et tournent autour de la cage. Mais il faut bien dire que le dispositif défensif de Michel Bergeron est efficace, empêchant le CSKA de trouver la faille. Les tirs partent de la bleue avec Brent Ashton pour Québec et Irek Gimaiev pour le CSKA. Les Soviétiques continuent et patinent fort alors que Viktor Tyumenev subit une charge contre la bande de Claude Julien. La tête de Tyumenev percute la bande. Il reste un moment couché sur la glace, repart au vestiaire et ne reviendra plus de la partie (remplacé par Shepelev en première ligne). Aucune pénalité n’est sifflée. Les Nordiques remontent l’échec-avant et les deux équipes se concentrent sur un jeu de passes de qualités mais sans parvenir à approcher les buts. La pression gêne les lignes défensives soviétiques, une situation que l’on a déjà constatée durant la partie. Une relance percuter un patin et c’est Jean-François Sauvé qui récolte la rondelle. Il en profite pour tirer à la cage. De l’autre côté, sur un 3 contre 2, Malarchuk dégage d’un coup de botte, le tir à bout portant. On pourrait penser que les blancs allaient se fatiguer et déjouer en fin de match mais, au contraire, ce sont les contrôles de palet de la défense rouge qui laissent des rondelles libres. Starikov perd le palet par deux fois. Le jeu va très vite et aucune équipe ne baisse le rythme. On assiste à de nombreux défis pour le palet. Peter Šťastný envoi du revers vers la cage et Michel Goulet reprend d’un lancé balayé entre les jambes de Mylnikov (4-1).
Le tir d’Irek Gimaiev est un des rares tirs qui atteint Clint Malarchuk, car le repli défensif québécois verrouille la zone défensive. Brett Ashton enfonce le clou. Laissé libre par Bykov, il profite d’une bataille derrière la cage qui ouvre le slot (5-1).
Malarchuk dévie les derniers tirs et consacre la victoire sans aucune discussion possible des Nordiques de Québec. Les Soviétiques ont patiné intensément mais ont buté sur un très grand gardien et une défense très mobile intense et bien organisée. Les unités spéciales ont également fait la différence. Québec a dominé pour empêcher toute organisation du jeu de puissance adverse.
Derrière cette très belle prestation, l’équipe des Nordiques va devoir reprendre la réalité de son championnat en dernière position de sa division (après la victoire de Buffalo et d’Hartford la veille au soir). Viktor Tikhonov se prépare, quant à lui, à affronter la légendaire franchise des Canadiens de Montréal. Comme un rituel, c’est une nouvelle fois le soir du 31 décembre que le défi aura lieu.
Damien Kuster
Commentaires d'après-match :
Michel Bergeron (entraîneur-chef de Québec) : "J'avais demandé aux joueurs d'en donner pour leur argent aux spectateurs et ils ont bien répondu. Je ne pense pas que nous assistions à une telle performance d'une autre équipe d'ici la fin de la tournée des Soviétiques. Je dirais que nous avons disputé un match presque parfait."
Viktor Tikhonov (entraîneur du CSKA Moscou) : "Nos joueurs ne s'attendaient pas à ce que les Nordiques imposent un tempo aussi rapide au match. Ils n'étaient pas prêts à un duel aussi relevé. Je pense qu'ils étaient fatigués par le long vol d'Edmonton à Québec. Mais surtout, ils se sont relâchés après la victoire contre les Oilers d’Edmonton. Tous les matchs de cette série comptent pour nous, mais nos joueurs savaient qu'ils affrontaient les champions de la Coupe Stanley. C'est naturel de relâcher après une victoire de cette envergure. Le désir de vaincre n'était pas revenu à son haut niveau contre Québec."
Nordiques de Québec
- CSKA Moscou
5-1 (2-0, 1-0, 2-1)
Dimanche 29 décembre 1985 au Colisée de Québec. 15 174 spectateurs
Arbitres : Ron Hoggarth
assisté de John D’Amico et Ray Scapinello
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Pénalités : Québec 8' (4', 4', 0') ; CSKA 8' (4', 4', 0').
Tirs : Québec 17 (9, 3, 5) ; CSKA 23 (6, 9, 8).
Évolution du score :
1-0 à 10’11" : Goulet assisté de Moller et Hunter
2-0 à 12'57" : Anderson (inf. num.)
3-0 à 24'56" : Goulet assisté de P. Šťastný et Delorme (sup. num.)
3-1 à 28'10" : Makarov
4-1 à 34'35" : Goulet assisté de P. Šťastný et A. Šťastný
5-1 à 37'40" : Ashton assisté de Kumpel et P. Šťastný
Nordiques de Québec
Attaquants :
Mike Eagles – Dale Hunter – Alain Côté
Anton Šťastný – Peter Šťastný – John Anderson
Brent Ashton – Jean-François Sauvé – Mark Kumpel (2')
Michel Goulet – Paul Gillis (2') – Wayne Babych (2')
Défenseurs :
Randy Moller (2') – Pat Price
David Shaw – Robert Picard
Gilbert Delorme – Mario Marois
Claude Julien
Gardien :
Clint Malarchuk
Remplaçant : Richard Sévigny (G). Absents : Normand Rochefort (D, cheville), Wilf Paiement, Jimmy Mann (A).
CSKA Moscou
Attaquants :
Vladimir Krutov – Viktor Tyumenev – Sergei Makarov
Aleksandr Gerasimov – Vyacheslav Bykov – Andrei Khomutov
Aleksandr Zybin – Sergei Shepelev (2') – Nikolai Drozdetsky
Mikhaïl Vasiliev – Irek Gimaev – Aleksandr Veselov
Défenseurs :
Vyacheslav Fetisov – Aleksei Kasatonov
Aleksei Gusarov – Igor Stelnov (4')
Sergei Starikov - Sergei Babinov (2')
Gardien :
Sergei Mylnikov
Remplaçants : Aleksandr Tyzhnykh (G), Rashit Gimaev. Absents : Evgeny Belosheikin (G, Mondial junior), Vladimir Konstantinov (D, Mondial junior), Vladimir Zubkov (D, blessé), Igor Larionov (A, interdit de voyage à l'étranger), Valeri Kamensky (A, Mondial junior), Igor Vyazmikin (A, Mondial junior).