Buffalo Sabres - Dynamo Moscou (8 janvier 1986)

 

Supersérie 1986.

Le Dynamo conclut cette supersérie à Buffalo. Par le passé, notamment un jour de gloire de 1980, l’entraîneur-chef Scotty Bowman a pu contrecarrer les visiteurs par sa très précise lecture du jeu soviétique. Cette année, il est passe au rang de manager général, laissant la place à Jim Schoenfeld, un joueur référence de la franchise. Il a évolué dix saisons sur la glace avant de passer derrière le banc de Rochester en AHL et maintenant aux manettes des Sabres.

La partie démarre avec beaucoup de vitesse. Les Américains imposent leur physique et font bloc face aux attaques moscovites. Sur la première réelle occasion, Cloutier sort de ses cages, s’avance et capte de la mitaine. Un puissant lancer de Mike Ramsey est freiné par le trafic et tape la base du poteau. Gilbert Perreault, juste devant la rondelle, est coincé par le défenseur soviétique.

Dans une longue bataille de conquête, chaque équipe arrive à bloquer l’adversaire ; on assiste à une session ininterrompue d’attaques-défenses et de pertes successives de palets dans les duels. Les gardiens sont donc rarement mis en danger. On note quelques occasions de Sergei Yashin qui pousse un palet sur le portier, la reprise en pivot de Lacombe que Myshkin dévie et un puissant tir de Nikolay Varyanov qui provoque un énorme rebond, non exploité. Tout le monde rentre au vestiaire, et ce sont tout de même les Soviétiques qui ont eu la domination territoriale.

En deuxième période, Yashin écope d’une crosse au visage et doit revenir au banc, la lèvre ouverte. Bob Halkidis est sanctionné. Hormis l’entrée de zone avec un patinage incroyable et un tir, les bleus ne parviennent pas à organiser de jeu de puissance. Revenus à cinq, les Américains constatent le fabuleux jeu de passes soviétique, mais parviennent à récupérer les rondelles. Et ils se projettent rapidement à l’avant avec Gilbert Perreault qui traverse Yuri Vozhakov et lance dans les bottes de Myshkin. Buffalo met encore plus de vitesse. Le Dynamo s’adapte et démontre savoir donner du patin. On assiste à de multiples contre-attaques avec Bilyaletdinov/Varnakov d'un côté, Housley et Ruff de l’autre. Les gardiens sont d’une solidité à toute épreuve et tiennent le match. Lindy Ruff envoie un palet à la tête de Vozhakov qui reste au sol. Pas de sanction, mais on constate que Vozhakov a reçu un tir à la gorge qui ne ressemblait pas vraiment à une passe.

Le patinage est incroyable, ce soir, avec Varnakov qui hérite du palet sur une mise au jeu en zone défensive et s’échappe pour remonter la rondelle. Cela lui permet de créer un jeu de puissance qui ne sera pas concrétisé. La vitesse, encore avec Zubrilchev qui déborde et tire. Le rebond est poussé dans la cage par Varyanov qui arrive en glissade. Cloutier conteste ce but du patin sous la bronca du public mais l’arbitre l’accorde (0-1).

Ce match est formidable de vitesse et passionnant. Sur l’action suivante, il n’y a aucune contestation possible car Mikael Andersson se fait chiper le palet derrière sa cage par Sergeï Yashin qui engage un jeu collectif en zone offensive. Déboussolés, les Américains perdent de vue le palet et Yashin, oublié devant la cage, le reprend (0-2). Buffalo ne lâche rien. Sur une bataille remportée dans la bande, Paul Cyr envoie le palet dans un angle impossible depuis le coin (1-2).

Jacques Cloutier est intenable et fait deux arrêts successifs devant Yuri Leonov. En se retrouvant assis sur la glace, le gardien nous gratifie d’une déviation incroyable. La pression s’intensifie et c’est encore le jeu de passe des bleus qui est imparable. Lors d’une entrée de zone à trois joueurs, Varnakov s’avance et transperce Cloutier (1-3). On en reste sur cette domination soviétique.

Troisième tiers. D’entrée de jeu, les bleus harcèlent la cage de Buffalo. Paul Cyr se retrouve en punition après avoir accroché Andrei Pyatanov au visage ; c’est encore le gardien Jacques Cloutier qui s’illustre avec un arrêt à bout portant de Yashin. Au retour à égalité, Buffalo a encore de l’énergie et met les gaz. Sur une mise au jeu gagnée en zone neutre, Jon Tucker capte la rondelle et s’enfuit vers l’avant. Larry Playfair la récupère et l’envoie dans les filets (2-3).

Les Américains sont survoltés et multiplient les tirs. C’est l’enfer dans la zone soviétique et les Sabres nous gratifient d’un jeu collectif bien rôdé avec Lindy Ruff qui envoie derrière la cage à Dave Andreychuk. Celui-ci transmet à Foligno devant la cage. La reprise part dans les cages et le public explose, survolté par ce retour foudroyant (3-3).

Le public est en transe ! L’équipe de Jim Schoenfeld a fait son retard. Les Sabres sont dans leur momentum. La pression est infernale et provoque une erreur de contrôle du palet soviétique. Lacombe peut récupérer la rondelle et la pousser entre les jambes de Myshkin (4-3).

Le mano à mano est hallucinant. Buffalo a repris les devants. Chaque équipe veut gagner et ne lâche rien. Pour un match exhibition sans enjeu, on se croirait dans un match 7 de Coupe Stanley. C’est encore, une fois, la vitesse d’exécution qui fait basculer la partie. Sur un jeu collectif des bleus imparable Svetlov exécute une reprise, cage ouverte au second poteau (4-4).

Myshkin est toujours indispensable avec un arrêt déterminant sur une reprise de Gilbert Perreault, suite à un gain de face-off en zone offensive. La contre-attaque est foudroyante et Pervukhin envoi un tir en « plomb », en pleine course, qui transperce le gardien canadien (4-5).

Le public ne lâche rien et hurle à tout rompre. Buffalo donne tout mais essuie des contres dangereux. C’est sur une pénalité de Foligno, peu évidente, que Varnakov est oublié devant la cage et crucifie Jacques Cloutier (4-6). Jim Schoenfeld tente le tout pour le tout et sort son gardien quand Pyatanov est envoyé en prison. À six contre quatre, le palet repart dans les filets vides et Varnakov s’offre un coup du chapeau (4-7).

La partie a été incroyable de vitesse, de jeu de passes bien construites et d’intensité. Clairement ces superséries deviennent encore plus passionnantes car chaque camp progresse à une vitesse folle. Le Dynamo, au pire moment de domination, a renversé la situation. Les deux derniers défis face au Dynamo ont été un régal. Les franchises NHL, même si elles ont perdu une majorité de matchs (8 pour 2 victoires acquises par Québec et Calgary), ont fait jeu égal pour certaines et démontré une progression dans la qualité du jeu.

C’est la légende Maurice Richard qui expose dans La Presse sa vision de la situation : « Le hockey que nous proposent les Soviétiques et leurs professionnels est meilleur que celui de la ligue Nationale. On n'y voit presque pas de batailles. Ça me rappelle le hockey tel qu'on le pratiquait ici il y a 25 ou 30 ans. Plutôt que de se débarrasser de la rondelle, les joueurs contrôlent le jeu. Et les Soviétiques apprennent au contact des joueurs de la ligue Nationale. Auparavant, la rudesse leur était presque inconnue. Aujourd'hui, on ne les intimide plus aussi facilement. Ils savent se défendre le long des bandes aussi bien que les hockeyeurs nord-américains. Mais les Russes, comme les Tchécoslovaques, les Suédois et les Finlandais, nous ont surtout montré l'art du hockey discipliné. Pour les vaincre, on ne peut se permettre d'écoper trop de punitions. Pas question non plus de se débarrasser machinalement de la rondelle. Notre hockey s'en trouve amélioré. »

Buffalo Sabres - Dynamo Moscou 4-7 (0-0, 1-3, 3-4)
Mercredi 8 janvier 1986 au Memorial auditorium de Buffamp. 16 433 spectateurs.
Arbitres : Viktor Gubernatorov assisté de Bob Hodges et Dan McCourt
Pénalités : Buffalo 6' (0', 2', 4') ; Dynamo 2' (0', 0', 2').
Tirs : Buffalo 32 (7, 7, 18) ; Dynamo 35 (6, 16, 13).

Évolution du score :
0-1 à 32'09" : Varyanov assisté de Zubrilchev et Yashin
0-2 à 33'47" : Yashin assisté de Varnakov et Bilyaletdinov
1-2 à 35'29" : Cyr assisté de Hamel
1-3 à 38'10" : Varnakov assisté de Yaschin et Pyatanov
2-3 à 45'35" : Playfair assisté de Tucker
3-3 à 47'35" : Foligno assisté de Andreychuk et Ruff
4-3 à 48'06" : Lacombe assisté de Perreault
4-4 à 48'57" : Svetlov assisté de Varnakov et Yashin
4-5 à 50'54" : Pervukhin assisté de Yashin
4-6 à 56'59" : Varnakov assisté de Svetlov et Yashin (sup. num.)
4-7 à 59'26" : Varnakov assisté de Fakhrutdinov (cage vide)
 

Boston Bruins

Attaquants :
Lindy Ruff – Dave AndreychukMike Foligno
Gilbert Perreault – John Tucker – Ric Seiling
Sean McKenna – Paul Cyr – Gilles Hamel
Mikael Andersson – Larry Playfair – Normand Lacombe

Défenseurs :
Richie DunnPhil Housley
Joe Reekie – Hannu Virta
Bob Halkidis – Mike Ramsey

Gardien :
Jacques Cloutier

Remplaçant : Tom Barrasso (G). Absents : Steve Dykstra (D), David Fenyves (D, blessé), Bill Hajt (D, étirement à l'aine), Gates Orlando (A).

Dynamo Moscou

Attaquants :
Sergei Yashin – Mikhail Varnakov – Sergei Svetlov
Yuri Leonov – Anatoli Antipov – Vladimir Zubrilychev
Miskhat Fakhrutdinov – Nikolai Varyanov – Viktor Shkurdyuk
Vladimir Shashov – [Antipov]Nikolai Borshchevsky

Défenseurs :
Zinetula Bilyaletdinov (C) – Vasili Pervukhin
Evgeni Popikhin – Yuri Vozhakov
Viktor Glushenkov – Andrei Pyatanov (2')

Gardien :
Vladimir Myshkin

Remplaçants : Yuri Nikitin (G), Oleg Mikulchik (D), Andrei Popugayev (A).

 

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