Tchécoslovaquie - Allemagne (7 mars 1953)

 

Match comptant pour les Championnats du monde 1953.

Dix minutes d'illusion avant la démonstration

Une cérémonie d'ouverture est prévue dans chacune des deux villes organisatrices, mais c'est à Bâle que le président de la LIHG John F. Ahearne a fait l'honneur de sa présence (peut-être parce que son pays la Grande-Bretagne jouait en lever de rideau dans le tournoi B ?). Même si le coup d'envoi a été donné plus tôt à Zurich, c'est donc lui qui déclare le championnat du monde officiellement ouvert, dans un discours en anglais.

Auparavant, une fanfare avait salué les porte-drapeaux de chaque participants, au milieu des jeunes hockeyeurs bâlois. Le drapeau tchécoslovaque porte un crêpe de deuil et reste à moitié en berne pendant le match : il honore ainsi la mort du dictateur soviétique Staline. Les Tchécoslovaques sont en effet revenus dans ces Championnats du monde avec une couleur politique plus marquée que symbolise l'étoile communiste sur leurs maillots. Leur dernière participation à cette compétition - hors JO - remonte à 1949, quand ils avaient réussi l'exploit de remporter le titre mondial à Stockholm. Mais après deux non-participations consécutives (pour raisons politiques par peur des fuites des hockeyeurs à l'étranger), ils ont perdu de leur lustre et ont fini hors du podium olympique l'an passé, derrière la Suède qui sera leur plus sérieux rival.

Le début de match semble confirmer ces doutes. Pendant huit minutes, les Allemands, agissant en contre-attaques, se procurent quatre occasions franches (contre une seule à leurs adversaires) : un tir non cadré d'Egen pourtant tout seul face au but, un beau revers d'Unsinn, un tour de cage de Guggemos et une tentative de Sepp. Pourtant, on n'attendait rien de cette équipe en crise. Juste avant le tournoi, la fédération allemande de patinage (DEV) a renvoyé l'entraîneur canadien Joe Aitken, qui avait longtemps préparé l'équipe. Il n'a pas pu l'accompagner au Mondial, remplacé par le directeur du Comité Sportif de la DEV Bruno Leinweber qui met en place des lignes inédites. Aitken a d'ailleurs porté plainte contre la fédération pour rupture de contrat en déclarant qu'il s'agit d'une "discrimination contre sa réputation d'entraîneur de hockey".

Même quand Slavomír Bartoň perce seul à pleine puissance pour ouvrir le score, Biersack égalise dans la foulée. Le public bâlois est enthousiasmé à la fois par le niveau de jeu, et par la résistance allemande inattendue. Mais une passe ratée de Bruno Guttowski permet à Danda de redonner l'avantage à la Tchécoslovaquie. Dès lors, les buts s'enchaînent, car les Allemands étaient au-dessus du rytme qu'ils pouvaient soutenir. Miloslav Charouzd perce, puis s'arrête soudainement et fait une passe parfaite pour Jan Lidral. Le gardien Alfred Hoffmann ne dégage pas le rebond après un tir de Nový et Rejman peut inscrire le 4-1 en cage ouverte.

La démonstration est totale en deuxième période. Les Allemands sont dominés en patinage, aussi bien en vitesse de démarrage que de pointe. La technique très sûre de la Tchécoslovaquie lui permet de longues séquences de possesion en zone offensive. Elle ajoute trois autres buts qui lui permet de mener 7-1 à la mi-match. Le septième est l'œuvre de la troisième ligne, qui n'avait fait qu'une seule présence en première période. Les Tchécoslovaques font tourner et peuvent se permettre de faire entrer leur gardien remplaçant. Les Allemands aussi changent de portier. Freddy Hoffmann, légèrement blessé au pied, cède son poste à Ulli Jansen. Celui-ci encaisse un but d'entrée quand Danda déborde et repique au centre. Juste avant la sirène, Slavomír Bartoň - que la presse suisse compare à la grande vedette tchèque Zábrodský en plus mastoc physiquement - ajoute un troisième but personnel sur un revers subtil.

Bartoň ne reviendra plus sur la glace car les Tchécoslovaques économisent leur première ligne au dernier tiers-temps. Pas besoin d'en faire plus face à des Allemands qui ne jouent qu'à deux blocs et laissent même leur capitaine (Dieter Niess) sur le banc. Le centre de la troisième ligne Jozef Kluc marque son second but. Et même si Egen sauve l'honneur allemand sur passe de Kremershof, c'est Vlastimil Bubník qui clôt le score à 11-2 malgré le défenseur qui le gêne.

Marc Branchu

 

Tchécoslovaquie - Allemagne 11-2 (4-1, 5-0, 2-1)
Samedi 7 mars 1953 à 21h00 à la Kunsteisbahn Margarethen de Bâle. 5 000 spectateurs.
Arbitres : Gösta Ahlin et Axel Sandö
Pénalités : Tchécoslovaquie 0', Allemagne 0'.

Évolution du score :
1-0 à 09' : Bartoň
1-1 à 09' : Biersack
2-1 à 12' : Danda
3-1 à 15' : Lidral assisté de Charouzd
4-1 à 17' : Rejman assisté de Nový
5-1 à 23' : Vl. Bubník assisté de Danda
6-1 à 27' : Bartoň assisté d'Ošmera
7-1 à 30' : Kluc assisté de Seiml
8-1 à 35' : Danda
9-1 à 39' : Bartoň assisté de Sekyra
10-1 à 53' : Kluc
10-2 à 54' : Egen assisté de Kremershof
11-2 à 58' : Vl. Bubník
 

Tchécoslovaquie

Attaquants :
Jiří Sekyra - Slavomír Bartoň - Miroslav Rejman
Miloslav Charouzd - Bronislav Danda - Vlastimil Bubník
Oldřich Seiml - Miroslav Kluc - Milan Vidlák

Défenseurs :
Karel Gut (C) - Jan Lidral
Miloslav Ošmera - Miroslav Nový

Gardien :
Jan Richter puis à 30' Jozef Záhorský

En réserve : Stanislav Bacílek (D), Karel Bílek (A).

Allemagne

Attaquants :
Georg Guggemos - Xaver Unsinn - Kurt Sepp
Walter Kremershof - Markus Egen - Otto Brandenburg

Défenseurs :
Karl Bierschel - Bruno Guttowski
Toni Biersack - Martin Beck

Gardien :
Alfred Hoffmann puis à 34' Ulrich Jansen

Remplaçants : Karl Enzler, Dieter Niess (C), Fritz Poitsch. En réserve : Hans Rampf.

 

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