Allemagne 2023/24 : bilan
Cela fait deux ans que le champion de DEL2 ne peut pas monter : c'est d'une part parce que le grand favori Kassel ne cesse d'échouer dans la dernière ligne droite dans cette division de plus en plus compétitive, mais aussi parce que les critères de la DEL (dont les 4500 places assises) étaient jugés trop restrictifs. Certaines équipes dont les salles modernes datent de ce siècle étaient coincées sans solution, et on n'est vraiment plus dans une époque d'investissement dispendieux.
La DEL a entendu le message et fait un geste, preuve qu'il y a une vraie volonté d'avancer en commun avec les clubs de l'étage inférieur. Les critères ont été revus : il faudra maintenant un total supérieur de 9500 points, sachant que la place debout vaut 1, la place assise 2 et - surtout - la place VIP 8 points au lieu de 4. Or, les salons VIP à l'extérieur de la patinoire pourront désormais être pris en compte. Même quand on ne peut pas pousser les murs, chacun peut donc trouver un moyen de respecter le cahier des charges.
Surtout, l'accord de promotion/relégation a été prolongé, ce qui donne une bonne visibilité sur des structures solides. Dans ce contexte positif qui donne confiance, la saison a encore été riche en évènements. Pour être champion, il fallait toutefois montrer patte blanche... Ce sont en effet des Eisbären (ours blancs) qui ont remporté le titre en DEL comme en DEL2.
Les résultats commentés du championnat allemand
Les clubs de DEL
Berlin (1er) : le troisième titre en quatre ans
L'entraîneur Serge Aubin n'a pas perdu une seule série de play-offs depuis cinq ans qu'il est entraîneur des Eisbären ! Le coach québécois a en effet vécu une fin de saison annulée (Covid) puis trois titres entrecoupés d'une saison complètement ratée sans play-offs (2022/23). Un an plus tard, ce n'est plus qu'un mauvais souvenir car les Berlinois ont encore levé tous les obstacles.
On s'est pourtant dit qu'ils n'avaient décidément pas de chance avec leurs défenseurs étrangers. Ben Finkelstein, comme Guhle l'an passé, a fait faux bond à la trêve de février en mettant un terme soudain à sa carrière. Le seul joueur en +/- négatif n'était pas si grosse perte, remplacé par un autre droitier de plus grand gabarit qui tenait mieux la baraque derrière (Thomas Schemitsch). La défense a été très solide dans la conquête du championnat, menée par un excellent duo Kai Wissmann - Jonas Müller qui jouait déjà ensemble en junior et qui a aussi formé la première paire en équipe d'Allemagne
Autre point faible possible, les Eisbären ont été les plus pénalisés de saison, ce qui n'était jamais arrivé sous l'ère Aubin. Ses compatriotes québécois Yannick Veilleux et Patrice Cormier notamment ont souvent été indisciplinés. Néanmoins, Cormier reste précieux aux engagements et le robuste Veilleux, qui fait l'effort d'apprendre l'allemand, a inscrit le but le plus long match de l'histoire de la finale. Si les fautes ont peu handicapé Berlin, c'est parce que cette équipe restait solide en infériorité numérique : troisième en saison régulière et deuxième en play-offs avec plus de 85% de réussite à chaque fois.
Le gardien Jake Hildebrand a élevé son niveau de jeu de 91,7% d'arrêts en saison régulière jusqu'à 93,6% en playoffs. Et le héros a finalement été Leo Pföderl, deuxième joueur dans l'histoire (après Ernst Höfner) à marquer le but du titre deux fois dans sa carrière.
Bremerhaven (2e) : peu de fluctuation, mais une progression constante
Premier de la saison régulière et vice-champion : c'est une saison extrêmement aboutie pour ce petit club. La Karavanken-Express slovène a été dominante avec Jan Urbas en roi des compteurs de la ligue. Même si c'est avec le plus faible total de l'histoire de la DEL pour un meilleur marqueur (52 points), sa performance reste remarquable car Urbas a manqué 5 matches ! Bremerhaven a aussi trouvé une belle homogénéité, jusqu'à avoir deux internationaux danois en quatrième ligne (Christian Wejse et Felix Scheel).
La défense compte aussi deux éminents représentants du Danemark, l'offensif Phillip Bruggisser et le physique Nicholas B. Jensen, en plus de Lukas Kälble qui s'est imposé dès sa première saison en DEL pour intégrer l'équipe d'Allemagne. Et dans les cages, Kristers Gudlevskis, recruté comme numéro 1 bis, n'a pas lâché le poste de titulaire après la blessure de Maximilian Franzreb, avant de s'imposer en équipe de Lettonie au-dessus de son concurrent de NHL (Merzlikins). Avec le retour de la Slovénie dans l'élite, Bremerhaven pourrait donc être le club le plus représenté au prochain Mondial 2025 ! Voilà une autre manière de se faire connaître au-delà des frontières allemandes, en plus de la CHL.
Les deux artisans de la réussite exceptionnelle de Bremerhaven, qui avaient annoncé leur départ, s'en vont donc sur une quasi-consécration avec cette finale. Alfred Prey (70 ans) prend sa retraite. L'entraîneur Thomas Popiesch (58 ans) a signé avec Krefeld en DEL2 parce qu'il veut rentrer dans sa région pour raisons familiales. Tous deux ont choisi leurs successeurs respectifs, le tout jeune retraité (de Wolfsburg) Sebastian Furchner et l'assistant-coach Alexander Sulzer, mais même si la transition semble parfaitement préparée, il s'agit d'un sacré défi pour les deux "quadras" car leurs prédécesseurs ont placé la barre très haut. Ils ont été un modèle de continuité, philosophie que Prey expliquait en janvier dans Eishockey News : "Nous avons toujours fait attention à garder un effectif compétitif avec aussi peu de fluctuation que possible. Cela semble porter ses fruits. Un joueur qui joue au même endroit pendant des années à selon moi une autre relation au club, à la ville et aux supporters que le joueur qui a joué pour sept équipes différentes en sept ans.".
Si la structure professionnelle est au maximum de son potentiel, le club est toujours faible dans la formation des jeunes : c'est le seul club en DEL à n'être classé que 3 étoiles sur 5 par la fédération. Le développement est toujours difficile dans ces terres du nord sans tradition de hockey, et donc sans adversaires et championnats de bon niveau chez les jeunes. Cela se ressent forcément dans le quota U23. Philipp Preto a été considéré comme le meilleur joueur de moins de 23 ans depuis que le club est en DEL, mais s'il a été présent sur le banc moyen à chaque match de play-offs, son temps de jeu moyen (1'31") montre que la confiance qui lui était témoignée reste limitée. Les trois jeunes "bouche-trou" restent l'exception à la profondeur de banc.
Straubing (3e) : la présidente élue meilleur(e) dirigeant(e) d'Europe
Pour la troisième année de suite dans le top-4 de saison régulière, les Tigers ont cette fois concrétisé en play-offs. Après deux éliminations en quart de finale, l'équipe était mieux bâtie avec des attaquants qui pensent d'abord à défendre, L'avantage de la glace a donc prévalu cette fois, de manière logique entre les deux meilleures équipes à domicile de la DEL (Straubing et Schwenningen), à l'issue d'une série énorme d'intensité. Au bout du septième match, la deuxième qualification en demi-finale de l'histoire du club (la première avait été obtenue du temps de Laurent Meunier en 2012). Sandro Schönberger a connu ces deux performances à douze ans d'intervalle : après 15 années au club dont 10 comme capitaine, il tire sa révérence du haut niveau en pleine gloire.
Straubing s'est ainsi qualifié pour la prochaine CHL, et avec l'invitation en plus à la Coupe Spengler, son calendrier sera dense. La profondeur de banc devra être meilleure car les Tigers ont parfois tourné à onze attaquants cette saison après la blessure de Marcel Müller. Mais ce n'est pas la faute des U23 qui sont déjà excellents et seront encore dans le quota l'an prochain : Josh Samanski est déjà cinquième meilleur marqueur du club tandis que le gardien Florian Bugl a formé un solide duo avec Hunter Miska et incarne l'avenir à ce poste.
Le club bavarois continue décidément de grandir dans tous les domaines. Malgré le surcoût des travaux (plus de 10,3 millions d'euros au lieu des 8,5 annoncés), le conseil municipal a ainsi voté en novembre la rénovation de toute la partie annexe de l'aréna pendant l'été prochain : bureaux, vestiaires, salle de musculation. Cette croissance continue de Straubing a été récompensée par le "Leadership Award" remise par l'association des clubs européens à la présidente du club Gaby Sennebogen.
Les Tigers comptaient aussi dans leurs rangs le joueur de l'année du championnat allemand avec Nicholas Mattinen. Qu'un défenseur obtienne ce titre est déjà rare : c'était arrivé avec Udo Kiessling (deux fois), Roger Öhman en 1997 et Andreas Holmqvist en 2013. Qu'il s'agisse d'un joueur recruté en Autriche rend la chose peu commune. Straubing a servi de tremplin : pour la saison prochaine, Mattinen a signé d'abord à Mannheim... puis à Toronto. C'est une aubaine selon l'accord de transferts avec la NHL car cela signifie que 100 000 dollars sont versés aux deux tiers à Straubing et à un tiers à la DEL (pour un fonds de formation).
Munich (4e) : relaxation et devoirs dans la nouvelle aréna
On savait que la succession du mythique Don Jackson ne serait pas facile. Munich a connu des difficultés à s'adapter au passage en défense de zone voulu par le nouveau coach Toni Söderholm. À la trêve de novembre, les Bavarois ont changé de système pour être plus agressifs en zone défensive. Ils ont redressé la barre en saison régulière et éliminé une fois de plus Wolfsburg, mais ils ont succombé logiquement en demi-finale contre une équipe de Bremerhaven aux unités spéciales bien plus solides.
Munich a été beaucoup moins efficace que l'an passé en attaque, au point que le meilleur marqueur a été le défenseur américain très complet Jonathon Blum. L'équipe bavaroise a paru lente derrière et son âge avancé - un atout les années précédentes - a semblé se retourner contre elle. Or, beaucoup de joueurs sont sous contrat... et le resteront malgré quelques tentatives pour négocier des ruptures conventionnelles. Le départ le plus marquant est donc celui du... speaker : Stefan Schneider arrête après 34 ans et 1049 matches à domicile. Il a connu six championnats sous trois diverses incarnations de l'histoire tourmentée du hockey professionnel munichois.
Déception suprême, Munich ne sera même pas représenté en CHL après 8 participations de suite ! On sait pourtant combien le sponsor Red Bull avait fait de cette compétition européenne un objectif. Cette absence survient juste au moment où une nouvelle ère s'ouvre pour le club dans l'aréna qui ouvrira à la rentrée. Il disposera d'infrastructures impressionnantes, et on ne parle pas seulement de l'espace bien-être réservé aux pros et présenté en images de synthèse avant la fin des travaux (photo).
C'est surtout sur place pour la formation que les Bavarois auront beaucoup plus de moyens avec bien plus d'heures disponibles sur les nombreuses glaces. Red Bull tient à prendre cela en main et a annoncé en janvier un nouvel organigramme du hockey mineur sans même tenir compte des cadres existants de l'EHC Munich. Pensant à tout, il a même prévu dans les nouveaux bâtiments une salle d'attente pour les parents pendant les entraînements mais aussi une salle pour que les enfants fassent leurs devoirs...
Wolfsburg (5e) : déception rapide et abrupte en playoffs
Après une finale perdue contre Berlin puis deux demi-finales perdues contre Munich, l'équipe de Wolfsburg était persuadée de pouvoir faire au moins aussi bien. Elle avait en effet affiché une belle constance en saison régulière. Même la blessure du meilleur marqueur Matt White a été bien gérée : le club l'a remplacé en première ligne par Peter Mueller, qui s'était entraîné en Suisse après son capricieux départ volontaire en pleine saison en Tchéquie. Et comme White était de nouveau sur pied avant les play-offs, l'effectif semblait plus fort que jamais. Le meilleur de l'histoire du club, se répétait-on.
La déception fut encore plus grande de se faire blanchir en quarts, encore par ce même Red Bull de Munich, et cette fois malgré l'avantage de la glace. Le manager Karl-Heinz Fliegauf tentait de tempérer cette amertume : "Je comprends la déception après la sortie en play-offs mais nous devons nous évaluer de manière réaliste. Nous ne sommes actuellement pas du tout dans le top-6 des budgets. Néanmoins nous voulons être dans le top-6 et nous y sommes parvenus."
Le motif le plus évident de l'élimination fut la performance du gardien. Déjà devancé statistiquement par sa doublure Hannibal Weitzmann en saison régulière, le gardien international Dustin Strahlmeier n'a joué que 2 matches en play-offs, avec un faible 85%. Il n'était plus à son niveau en fin de saison, mais il semblait diminué et avait programmé une opération de routine en fin de saison. Pas question de le remettre en cause. Ayant gardé toute la confiance du club, Strahlmeier a encore prolongé son contrat qui courait déjà jusqu'en 2025..
Schwenningen (6e) : l'équipe-surprise et l'entraîneur de l'année
Dès sa première année comme entraîneur-chef en DEL, Steve Walker a été élu coach de l'année. Il a conduit Schwenningen à son premier quart de finale de DEL depuis 1995, et à travers une qualification directe, dans le top-6, ce qui a dépassé toutes les espérances. Les Wild Wings ont cédé avec les honneurs car la bataille en sept manches contre Straubing a été épique. Il leur faudra confirmer avec une équipe très peu modifiée, car les tendances de la saison étaient assez peu prévisibles.
La saison précédente, la ligne des jumeaux Spink avait été la seule avec des fiches positives. Sebastian Uvira a vécu comme un privilège d'être placé avec les frères canadiens et a fait un gros travail physique dans les coins pour leur ouvrir des espaces... mais l'ailier allemand a été absent deux mois après une blessure au pied fin octobre et les Spink ont sombré avec des fiches négatives, pour la moins bonne de leurs quatre saisons au club. Ils resteront tout de même l'an prochain, au contraire de Max Görtz qui a raté son retour au club et a vu sa seconde année de contrat résiliée.
À l'inverse, les cadres allemands Alexander Karachun, Daniel Pfaffengut et Phil Hungerecker (respectivement 23, 14 et 16 buts playoffs inclus) ont tous connu leur meilleure saison, donnant à Schwenningen une puissance offensive nouvelle et élargie. Le nouvel attaquant majeur a été Kyle Platzer, avec une belle fiche de +29, à égalité avec Karachun. C'est que le système de Steve Walker était efficace dans les deux sens de la glace. Le défenseur Ben Marshall y a tenu un rôle majeur : c'est lui qui a le plus contrôlé le palet, avec de la vitesse, et en gagnant la majorité de ses duels (57%)
Mannheim (7e) : un spécialiste de NHL pour tout rebâtir
"Nous sommes l'équipe de la ligue qui passe le plus de temps en zone offensive mais nous prenons trop peu de tirs." Telle était à l'automne l'explication de l'entraîneur Johan Lundskog sur les mauvais résultats de Mannheim. Quelques jours après cette déclaration, il s'est fait virer, comme le manager Jan-Axel Alavaara. Les performances étaient très loin des attentes du club : une neuvième place en DEL puis une brutale élimination en huitièmes de finale de CHL après avoir dominé la phase de poules)
Les Adler ont de grands moyens financiers pour corriger une saison mal partie. Ils ont donc embauché un coach venu directement de NHL, Dallas Eakins. Celui-ci a constaté les problèmes offensifs persistants de son équipe, et le trop gros écart de performance entre le buteur Matthias Plachta et le reste de l'équipe. Un joker de luxe est arrivé avec Leon Gawanke et a bien aidé. Après avoir dû lutter simplement pour une place pré-playoffs, Mannheim a "sauvé" un quart de finale, mais cela reste une régression après trois demi-finales de suite, et plus encore par rapport aux ambitions.
L'apport de Dallas Eakins n'a pas été déterminant, mais en arrivant en cours de saison, il n'a pu vraiment être jugé que dans sa fonction de coach et pas encore dans son autre rôle de bâtisseur à long terme. Il a signé pour trois années supplémentaires dans une double fonction : entraîneur le matin, manager l'après-midi quand les joueurs quittent la patinoire et rentrent chez eux. Il consacrera le temps nécessaire car il sera seul sur place, loin de sa femme et de ses filles qui resteront en Californie (en raison de leurs écoles qui allient sport et scolarité de haut niveau). Eakins a déjà commencé à refaire l'équipe à son image, c'est celle qui bougera le plus parmi les grands clubs. Il a déjà écarté des figures de l'équipe comme David Wolf, Korbinian Holzer ou Denis Reul, autant de joueurs réputés pour leur fort engagement physique mais peut-être pas pour leur adaptation à la vitesse du jeu moderne.
Ingolstadt (8e) : pas de critiques malgré une saison médiocre
Après sa finale 2023, Ingolstadt est retourné à l'ordinaire avec une saison en milieu de tableau. Pourtant, le fond de jeu était toujours présent : c'était l'équipe de DEL qui a fait le plus de passes, avait le meilleur taux de passes réussies, et avait la plus grande possession du palet. Malheureusement, elle a peiné à mettre ses occasions au fond, tel Charles Bertrand qui a vu son rendement fondre de 35 points et +3 la saison passée à 16 points et -13 cette année. Confronté à cette phase difficile après avoir été élu meilleur entraîneur à sa première saison en DEL, Mark French s'est toujours refusé à critiquer ses meilleurs joueurs qui ne produisaient pas (ce que faisait régulièrement son prédécesseur Doug Shedden).
En manque de leaders offensifs, Ingolstadt a eu le meilleur marqueur le moins prolifique de la ligue (seulement 35 points). Il faut dire qu'il s'agissait du vétéran Daniel Pietta, plus vu aujourd'hui comme un centre complet dans les deux sens du jeu que comme un authentique meneur. L'attaque a retrouvé des couleurs en play-offs (notamment Charles Bertrand qui a mis 3 buts et 2 assists en 6 matches), mais Michael Garteig - le gardien le plus utilisé de DEL - a décliné au même moment. L'ERCI s'est fait balayer par Bremerhaven qui lui a succédé comme vice-champion.
Ingolstadt devrait garder sa philosophie et ses cadres. Très convoité, l'international Wojciech Stachowiak a prolongé dès l'automne dernier jusqu'en 2027. L'international impressionnant de vitesse se sent bien dans le club et a une grande confiance dans le manager Tim Regan. Même la rumeur d'une rupture de contrat de Travis St Denis, qui a agacé par ses fautes douteuses et que l'on disait peu apprécié dans le vestiaire, ne s'est pas confirmée à ce jour. Une saison moyenne ne remet donc pas en cause la ligne directrice.
Cologne (9e) : Krupp mis en face de ses responsabilités
Arrivé avec des ambitions de titre, le KEC a été leader pendant... trois semaines. Trois recrues offensives formaient alors la meilleure ligne de l'équipe, voire de la ligue : le centre Gregor MacLeod et les attaquants Alexandre Grenier et Justin Schütz. Ce dernier a véritablement explosé alors qu'il ne semblait pas totalement exploiter son potentiel à Munich, et il a été élu attaquant de l'année en DEL.
Cela n'a pourtant pas suffi à ce que Cologne atteigne ses objectifs collectifs. La saison précédente, les Haie avaient vu un des leurs élu défenseur de l'année, Nick Bailen, mais celui-ci n'a pas répété les mêmes performances. Capable de passes parfois géniales mais parfois risquées, l'ex-international biélorusse a commis bien plus d'erreurs. Le déclin des joueurs en place a donc effacé les satisfactions du recrutement. En plus de Schütz, le point positif est ainsi venu du gardien Tobias Ancicka, qui s'est clairement imposé comme titulaire devant Pantkowski et a été invité en numéro 3 de l'équipe nationale derrière Grubauer et Niederberger.
Après cet échec, l'ex-sélectionneur Uwe Krupp ne pouvait plus échapper à ses responsabilités car il avait obtenu les joueurs qu'il voulait avec un budget élevé. Le public l'avait souvent réclamé : Krupp a été émis de ses fonctions. Il sera remplacé par un entraîneur à la grande expérience internationale, Kari Jalonen, ce qui prouve que Cologne veut se donner les moyens de réellement se mêler à la course au titre, et pas juste d'être parmi les favoris en septembre.
Nuremberg (10e) : grossesse difficile, accouchement libérateur
L'entraîneur Tom Rowe ne met pas de politiquement correct dans sa communication très franche. Il s'est ainsi emporté contre "les joueurs qui croient qu'ils sont talentueux" en visant nommément Dane Fox et ses pertes de palet pendant la série automnale de défaites. Il a alors menacé de faire jouer la rotation et de mettre aussi les vétérans en tribune s'ils continuaient de déjouer. Mais Rowe, en contact permanent avec ses pairs de NHL et au fait des dernières tendances tactiques, n'hésite pas non plus à se remettre lui-même en question à 67 ans. C'est avec une défense plus agressive et un jeu plus libéré offensivement que Nuremberg a redressé la situation.
Mais l'amélioration la plus nette est venue de la performance des gardiens, qui étaient en grande difficulté à l'automne. Niklas Treutle vivait alors la grossesse difficile de sa femme avec de fréquentes visites à l'hôpital jusqu'à la naissance de leur fils en décembre. Après l'accouchement qui s'est bien passé, on a vu un tout autre Treutle. Même le coach Rowe, qui l'avait critiqué en début de saison, lui a alors tressé des louanges : "Il joue de nouveau comme un vrai numéro un. Il est vraisemblablement meilleur qu'il ne l'a jamais été, et je l'avais déjà vu jouer en Amérique du Nord [pendant son année en NHL et AHL en 2015/16]. Il était déjà bon. Maintenant il est de nouveau un gardien pour l'équipe nationale."
Niklas Treutle a prolongé pour trois années supplémentaires, contrairement à Rowe dont le départ s'est dessiné assez vite (il ira à Francfort). On a longtemps craint qu'il soit aussi impossible pour Nuremberg de conserver ses jeunes très convoités. Mais un d'eux a re-signé en février, et c'est le plus important : Roman Kechter, l'enfant de Nuremberg (comme Treutle), a été le seul attaquant de son équipe avec une fiche positive, et a inscrit 17 points en 42 matches de DEL pour sa dernière année junior.
Düsseldorf (11e) : aux armes !
Que le peu connu Roger Hansson ait conduit Rögle en finale suédoise en prenant l'équipe à mi-saison, c'était un peu le bouquet pour les supporters de Düsseldorf. L'entraîneur suédois avait en effet été viré l'été dernier après une bonne saison, pour être remplacé par son adjoint Thomas Dolak, très vite pris en grippe par le public qui réclamait son renvoi. Les dirigeants ont tenu à garder Dolak jusqu'en fin de saison, mais il devra maintenant quitter le club où il travaillait depuis dix ans (il sera adjoint à Augsbourg). Le prochain coach sera l'ancien grand joueur Steven Reinprecht, et pour la troisième année consécutive, la DEG repartira donc avec un débutant comme entraîneur-chef en pro !
Dolak a pourtant des excuses car Düsseldorf est l'équipe qui a le plus souffert des blessures. La défense n'a bénéficié du retour de Kyle Cumiskey qu'en janvier après un an et demi de convalescence (ligaments croisés), et le joker recruté en octobre à l'arrière - Luke Green - s'est blessé à son tour à son cinquième match. Le meilleur U23 Bennet Roßmy s'est blessé à l'épaule fin novembre. Deux semaines plus tôt, Brandon O'Donnell avait fait son retour et apporté enfin de l'efficacité offensive à la DEG avec ses compagnons de ligne Kenny Agostino et Phil Varone. L'équipe semblait refaire peu à peu son retard et revenir à la dixième place... avant de revenir de la pause de février par une série de six défaites qui a plombé tout le monde.
Le gardien Henrik Haukeland a alors critiqué l'absence d'une "mentalité de vainqueurs", mais lui-même a eu des moments faibles dans ces semaines décisives. Düsseldorf a ouvertement proposé Haukeland sur le marché malgré (ou à cause de) son contrat signé jusqu'en 2030 il y a quelques mois, mais les clubs intéressés voulaient d'abord que la DEG et le Norvégien résilient leur contrat. Or, si le club veut s'en défaire, c'est justement parce qu'il dépasse ses moyens. Le manager général Niki Mondt a révélé ces difficultés financières... le lendemain de l'attribution par la DEL du prochain match en plein air à la candidature concurrente de Francfort. Il était logique et attendu pour la ligue de changer d'affiche, mais Düsseldorf avait quand même déposé un dossier, à l'initiative de la société publique qui gère le Dome, pour essayer de compenser ainsi l'explosion des coûts d'exploitation. Sans ce recours, le loyer réclamé au club sera en forte hausse...
Alors que sa planification économique semblait dans une impasse, Düsseldorf a trouvé un sponsor majeur, établi dans la ville prêt à verser un montant à six chiffres. Le partenaire parfait ? Sauf qu'il s'agit de Rheinmetall, le numéro 1 allemand de l'industrie de l'armement. Deux semaines plus tôt, le fabricant d'armes avait annoncé sponsoriser le Borussia Dortmund, quelques jours avant que celui-ci ne dispute la finale de la Ligue des Champions de football. Un accord très controversé - et souvent qualifié de "Sportwashing" - dans ce club de football très marqué à gauche, d'autant qu'on a appris au même moment qu'un autre Borussia (celui de Mönchenglabach) avait refusé le soutien de 10 millions d'euros proposé par Rheinmetall. Mais, malgré son histoire populaire, la DEG était tellement aux abois sur le plan financier que la majorité des supporters ont quand même accueilli favorablement ce sponsor. L'argent n'a pas d'odeur... même quand il a une odeur de poudre.
Francfort (12e) : calage en deuxième après un démarrage rapide
On dit souvent que la deuxième saison est la plus difficile. Elle l'est encore plus quand on ne s'attend pas du tout à souffrir. Qualifié en pré-playoffs dès la saison de sa montée, Francfort s'imaginait viser bien plus haut. Si les stars de l'an passé (Carter Rowney et Dominik Bokk) étaient moins en réussite, le métronome aux passes intelligentes Cody Kunyk devenait le nouveau meneur offensif. La progression globale restait donc possible... jusqu'à la terrible chute survenue tout le mois de décembre puis début janvier : 13 défaites en 14 matches.
Les faiblesses de l'équipe étaient cruellement exposées. Les attaquants pensaient trop peu au collectif. Si les défenseurs Maksim Matushkin et Ville Lajunen étaient de loin les joueurs les plus utilisés de DEL (près 26 et 25 minutes par match), c'est parce qu'ils affichaient des bilans positifs ou nuls quand les défenseurs allemands au bout du banc prenaient l'eau à l'image de Daniel Wirt (-14) et Simon Gnyp (-11 pendant son faible de temps de jeu pour sa dernière chance de rester en DEL). Le recrutement de l'arrière danois Markus Lauridsen était nécessaire pour stabiliser la défense. Comme le gardien Joe Cannata n'était pas non plus au niveau, il fallut aussi recruter un joker dans les cages, Julius Hudacek.
En même temps qu'il accueillait ces deux renforts pour mettre fin à la série de défaites, le directeur sportif Franz Fritzmeier a été aussi contraint de licencier l'entraîneur Matti Tillikainen, pour prendre lui-même sa place. L'objectif avait changé : il ne s'agissait plus que du maintien. Celui-ci a été sauvé, mais pas Fritzmeier, renvoyé en fin de saison du club qu'il avait ramené en élite. Son remplaçant Daniel Henrizi est un local qui s'est fait connaître comme manager du voisin Bad Nauheim avant de faire ses preuves de gestionnaire dans d'autres clubs de DEL2 (Fribourg-en-Brisgau puis Ravensburg). Ce sera sa première expérience en élite, mais avec un coach expérimenté, Tom Rowe, "piqué" à Nuremberg où il a obtenu de meilleurs résultats avec un effectif moins clinquant. Dès sa nomination, Heinrizi a dû gérer un cas très difficile, le cas Ugbekile (voir ci-dessous).
Iserlohn (13e) : rarement une avant-dernière place a déclenché pareille fête
Ambiance du premier match : victoire un peu assombrie. Le capitaine Hubert Labrie s'y est en effet blessé. Sans lui, Iserlohn connaîtra 10 défaites dans 11 matches suivants. Le temps que Labrie revienne de blessure, tout a changé. Le directeur sportif Christian Hommel a d'abord jeté l'éponge, insulté jusque devant son domicile personnel par les supporters mécontents. Il ne les avait pas calmés même en changeant d'entraîneur. Doug Shedden (qui remplaçait Greg Poss) mettait un peu cause la composition d'équipe en pointant les contre-performances de ses attaquants-clés mais aussi des gardiens.
Ambiance du dernier match : l'annonce de la prolongation pour deux saisons du gardien Andreas Jenike, 35 ans, est accueillie par une ovation. Né et formé à Hambourg dans une métropole, ce père de trois enfants apprécie l'atmosphère rurale d'Iserlohn car il aime la nature et va se fournir en produits alimentaires directement dans les fermes chez les producteurs. Plus personne ne critique Jenike, et la défaite n'empêche pas une véritable euphorie car l'équipe est assurée de sa place : avant-dernière ! Les Roosters sont la pire défense, la pire attaque, et aussi la pire équipe à domicile malgré ses supporters chauds. Mais comme elle a été dernière d'octobre à février, elle revient de tellement loin que le maintien est fêté comme un titre !
S'il y a une satisfaction dans cette saison, c'est Colin Ugbekile, sélectionné avec l'Allemagne aux championnats du monde. Ce défenseur a inscrit 12 buts et 33 points, soit presque autant (10 buts et 34 points) que pendant ses quatre premières années et demie en DEL, et il a beaucoup progressé dans son analyse du jeu. Shedden, aussi disert pour les compliments que pour les critiques, a même déclaré : "Colin Ugbekile est comme Orr ou Coffey pour nous". Dès novembre, Ugbekile avait signé avec Francfort pour la prochaine saison, mais en février, il a commencé à se raviser, souhaitant rester à Iserlohn en raison de problèmes de santé dans sa famille proche. Il a changé plusieurs fois d'avis selon cet état de santé. Les Roosters sont évidemment prêts à le réengager... mais pas à payer les 50 000 euros de dédommagement réclamés par Francfort pour la rupture de contrat.
Augsbourg (14e) : tu me sauves la vie et je te paie une bière
Pour la seconde année consécutive, Augsbourg a été relégué, puis sauvé par l'échec des candidats à la montée dans les play-offs de DEL2. Un sponsor du club a même payé 2000 litres de bière pour la fête de fin de saison de Regensburg, l'équipe qui a donné le coup de main cette fois-ci. Mais ce maintien obtenu comme spectateur ne satisfait personne.
Pourtant, les Souabes ont espéré toute la saison ne pas revivre le même sort, tombé comme un couperet par une série de sept défaites en février-mars. L'équipe n'était pas trop mal partie mais les renforts n'ont pas amélioré la situation, bien au contraire. Le défenseur arrivé en décembre, Nick Welsh, a ainsi été laissé 8 fois en tribune alors qu'il y avait une place d'étranger de libre sur la feuille de match ! Le seul à échapper aux critiques est l'éternel T.J. Trevelyan, qui a encore mis 14 buts à 40 ans (dont 7 en powerplay) et dépassé Ernst "Göri" Köpf pour devenir le meilleur buteur de l'histoire du club en première division.
Autre légende, Dennis Endras raccroche les patins et encadrera dorénavant les gardiens du club. Il y aura parmi eux un étranger parce que la moyenne d'arrêts de Markus Keller tourne autour de 90% année après année et semble insuffisante pour être autre chose qu'un numéro 1 bis.
L'autre enseignement que les dirigeants ont tiré est qu'ils ne voulaient plus de la double fonction "entraîneur + directeur sportif". Ils ont donc dit à Christof Kreutzer qu'il faudrait choisir, mais en sachant qu'ils ne pourraient payer un poste supplémentaire qu'en cas de maintien. Ils ont engagé Larry Mitchell comme directeur sportif... en sachant que celui-ci pouvait toujours être aussi coach en cas de relégation. En fin de compte, le maintien confirme le plan initial, même si Kreutzer est parti entre-temps. Un peu plus d'employés dans l'encadrement, mais un effectif plus resserré et qualitatif, c'est l'objectif.
Premier : Regensburg. Comme l'an dernier, c'est le deuxième de saison régulière qui a fini champion. Regensburg jouait pourtant seulement le maintien pour sa deuxième saison, mais avait augmenté son budget à 3,4 millions d'euros, ce qui le plaçait déjà dans le top-5 de la ligue, même s'il n'avait pas l'ambition de monter (faute de capacité d'accueil des VIP et de recettes de restauration). Ce club formateur bavarois fait aussi appel à des naturalisés : le défenseur travailleur Tariq Hammond a vu une opportunité de carrière en se découvrant un arrière-grand-père maternel allemand par sa grand-mère et avait passé un an en Slovaquie le temps que le processus de naturalisation suive son cours.
La réussite des "autres" Eisbären tient surtout à leur premier trio nord-américain YTG (Yogan / Trivino / Girduckis), très efficace, solidaire sur la glace et partageant la même culture. L'attaque déjà forte été complétée par David Booth, ex-joueur de NHL exemplaire dans sa condition physique mais aussi en étant le premier à aider les employés de la patinoire. Cet esprit collectif a été essentiel. Le Tchèque Richard Divis s'est retrouvé étranger surnuméraire après l'arrivée de Booth, mais l'entraîneur voulait qu'il puisse rejouer en fin de saison régulière pour avoir de la pratique. C'est la superstar du championnat Andrew Yogan qui s'est alors porté volontaire pour aller en tribune : cela n'empêchera pas le premier joueur drafté en NHL originaire de Floride de finir meilleur marqueur de la saison, et lui vaudra le grand respect de son coéquipier !
Cet état d'esprit a été maintenu par l'entraîneur Max Kaltenhauser, très apprécié de ses joueurs. Mais ceux-ci seront orphelins après un départ inattendu. Kaltenhauser a obtenu une proposition pour devenir adjoint à Munich et le club n'a pas fait obstacle à cette opportunité de carrière.
Deuxième : Kassel. Et de quatre échecs consécutifs pour les Huskies, dont trois en ayant fini premiers de la saison régulière. Décidément, la promotion en DEL se refuse à eux. Ils sont normalement au-dessus du niveau dans cette DEL2, mais à force de trébucher dans la dernière ligne droite, ils paniquent avant même d'y arriver ! En janvier et février, cinq joueurs sont arrivés et deux sont partis, ce qui a déstabilisé l'équipe, pourtant première du classement. Les performances déclinantes et l'alchimie détériorée dans le vestiaire ont abouti au renvoi de Bohuslav Subr, l'entraîneur qui avait fait monter Francfort, à deux journées de la fin ?
Le copropriétaire Joe Gibbs a alors rappelé son vieil ami depuis 25 ans, Bill Stewart, qui avait pris sa retraite de coach l'an passé et est toujours dans la masse salariale de Mannheim (comme conseiller-recruteur). Un pari très risqué si près du but... et qui n'a pas fonctionné. Stewart a été viré à son tour, en pleine finale, en raison d'un comportement inapproprié. Le Canadien aurait renversé la table sur lequel était posé le dîner des joueurs après une défaite, ce que l'intéressé a démenti. Dans tous les cas, ce sont bien ses colères et emportements "à l'ancienne" qui ont provoqué son renvoi, or tout le monde connaît Stewart et savait à quoi s'attendre...C'est l'autre copropriétaire Paul Sinitzin qui a pris cette décision. Après avoir laissé les rênes sportives à Gibbs, il veut maintenant se ré-impliquer. Mais il faudra surtout se tenir à sa stratégie jusqu'au bout et ne pas en changer juste avant ou pendant l'ultime bataille...
Troisième : Crimmitschau. Les Eispiraten comptaient dans leurs rangs celui qui a été meilleur gardien de la ligue, Oleg Shilin. Mais ils ont su gagner sans lui. Quand le Germano-Russe s'est blessé en se coinçant le patin sous le socle de la cage fin janvier, sa doublure Christian Schneider l'a remplacé avec brio en enchaînant 6 victoires en 7 matches, période où Crimmitschau est remonte à la troisième place de la saison régulière, la meilleure de l'histoire du club.
Ce succès, confirmé en play-offs, Crimmitschau le doit aussi à Jussi Tuores, jeune entraîneur finlandais de 34 ans qui laisse de la liberté à ses joueurs et sait leur donner confiance dans les moments difficiles. Le club a progressé au-delà des espérances, mais sa patinoire ouverte d'un côté reste une condition rédhibitoire pour l'accès en DEL. Une salle entièrement fermée reste un critère discriminant. Une étude de faisabilité a donc été commandée par la ville cet été pour envisager une rénovation ou reconstruction de la patinoire, preuve que le hockey sur glace reste pris au sérieux dans cette région en difficulté d'Allemagne de l'Est.
Quatrième : Kaufbeuren. La précédente saison de l'ESVK avait très bien débuté mais s'était mal terminée, par un balayage en quart de finale. Le doute était donc encore précédent au début du championnat 2023/24. Une série de quatre défaites fin novembre a suffi à provoquer le licenciement du coach finlandais Marko Raita, remplacé par son assistant tchèque Daniel Jun. Celui-ci a connu de bonnes phases et de moins bonnes. L'équipe était irrégulière et la saison paraissait moins pleine.
Mais c'est le dénouement qui compte. Kaufbeuren est revenu en demi-finale, pour la première fois depuis cinq ans. Le quart de finale a cette fois été gagné, en deuxième prolongation du match 7 contre Landshut. Et bien entendu, le but vainqueur a été inscrit par Sami Blomqvist : le Finlandais est entré dans la saison avec un mois de retard, pour attendre qu'il ait son passeport allemands, mais cela ne l'a pas empêché de finir meilleur marqueur de l'équipe. Blomqvist a prolongé son contrat pour trois ans et Kaufbeuren reste donc une des valeurs sûres de la ligue.
Cinquième : Landshut. Le début saison a été compliqué pour l'EVL et quelques cas ont crispé le public. Marco Pfleger, qui avait prolongé de deux ans en février, a été viré en décembre. On jugeait que le positif ne compensait plus le négatif pour ce joueur utile uniquement dans un rôle offensif. Une mauvaise communication a été beaucoup reprochée au staff du club. "Tu n'as qu'à la faire, la conférence de presse" : cette phrase de l'entraîneur Heiko Vogler à un supporter lui a valu la réputation d'arrogance dont il est difficile de se défaire.
Pourtant, Vogler n'en a jamais rajouté, pas rancunier dans ses discours après une saison régulière au-delà des objectifs. Dans ce bastion traditionnel, ni l'entraîneur ni le directeur sportif (Ralf Hantschke) ne sont bavarois. Ils ont découvert l'énorme pression mise ici par le passé glorieux. Presque plus surprenant, le nouveau président Alexander Steiger n'est pas non plus bavarois, et n'est même pas issu du monde du hockey. Mais il peut s'appuyer sur tout un club formateur qui continue de bien travailler, et qui vient même d'obtenir le titre de champion d'Allemagne chez les juniors. Le club progresse d'année en année et se rapproche du haut du tableau. Il déposera un dossier de montée l'an prochain, et l'aurait fait même sans le changement de règles car la patinoire récemment faite en fonction des critères de la DEL.
Sixième : Krefeld. Les guichets étaient fermés au dernier match saison régulière (8029 spectateurs), une première depuis 2019, pour voir les Pinguine de l'inoxydable défenseur-star Christian Ehrhoff battre leur concurrent direct Ravensburg et s'offrir in extremis la qualification dans le top-6. Avec de telles affluences, il y a de quoi s'étonner que la presse locale ait révélé un déficit de près de 300 000 euros. Il faut dire que Krefeld continue de consommer trop d'entraîneurs. Le directeur sportif Peter Draisaitl a viré l'entraîneur Boris Blank au bout de six semaines. Pourtant, Blank n'avait pas eu son mot à dire dans la composition de l'équipe, formée par... Draisaitl. Or, certaines individualités ne manifestaient pas une grande envie en ce début de saison, notamment Jon Matsumoto.
Papa Draisaitl change souvent d'avis. Il avait estimé que Herbert Hohenberger dirigerait l'équipe jusqu'à la fin de la saison, puis a embauché un nouveau coach - Greg Poss - début décembre. Ce ballet incessant derrière le banc devrait prendre fin. Le destin du KEV sera confié à Thomas Popiesch, un des meilleurs entraîneurs allemands, qui arrive auréolé d'une finale avec Bremerhaven. Popiesch vient donc d'un club avec une vraie culture de stabilité, espérons qu'il puisse la diffuser à Krefeld qui a au moins autant de potentiel mais l'a beaucoup gâché ces dernières années.
Septième : Ravensburg. Après un titre de champion, difficile de ne pas régresser. La place dans le top-6 perdue à la dernière journée est indubitablement une déception. Mais les Towerstars ont perdu trois de leurs cinq meilleurs défenseurs sur blessure : Julian Eichinger, l'international polonais Pawel Dronia, puis Oliwer Granz au début du quart de finale. Le reste de l'équipe est alors tombé malade. Se faire sortir en sept manches dans ces conditions (par le futur champion Regensburg) n'a donc rien de déshonorant.
L'entraîneur Gergely Majoross - qui avait la difficile mission de succéder au sélectionneur britannique Peter Russell - n'aura pas de nouveau contrat, mais un nouveau défi puisqu'il mènera son pays - la Hongrie - de retour dans l'élite. C'est Bo Subr qui lui succèdera après avoir prouvé - y compris à Kassel - qu'il pouvait mettre en place un hockey spectaculaire et efficace à ce niveau.
Le club doit se réinventer aussi parce que le directeur sportif Daniel Heinrizi a annoncé dès février qu'il ne resterait pas (approché par Francfort en DEL) après trois années globalement réussies. S'il reste un point sur lequel travailler, ce sont les affluences : Ravensburg est 12e sur 14 en DEL2 avec moins de 2500 spectateurs de moyenne, pas à la hauteur de ses résultats sportifs.
Huitième : Weißwasser. Jonas Stettmer a prouvé que sa titularisation soudaine en play-offs 2023 avec Ingolstadt (alors qu'il n'était que 3e gardien) n'étaient pas un accident. Ses stats ont été impressionnantes (plus de 95,7%) mais la conséquence est qu'il a été rappelé plus souvent par les Eisbären Berlin, où il a supplanté Nikita Quapp comme numéro 2. Pour ne pas dépendre des prêts des portiers berlinois, les Lausitzer Füchse ont engagé en décembre un gardien "à eux", Matthew Galajda, un Canadien dont les grands-parents maternels sont allemands. Et c'est Galajda qui a obtenu deux victoires contre le cours du jeu (4-2 malgré 19 tirs à 59 puis 6-3 à l'extérieur malgré 24 tirs à 60 !) pour forcer un septième match en quart de finale face à l'ultra-favori Kassel.
Ses stats improbables des gardiens montrent aussi l'efficacité du style défensif de l'entraîneur finlandais Petteri Väkiparta. C'est lui qui a fait en sorte que Weißwasser ait la meilleure défense, même si le bilan de l'attaque a encore empiré (avant-dernière l'an passé, dernière cette saison). Néanmoins, le club n'a pas prolongé Väkiparta... en disant ne pas avoir les moyens de le garder aux mêmes conditions financières ! Le Finlandais deviendra simple adjoint de l'ambitieux Kassel. Les Füchse ont trouvé un entraîneur célèbre - Christoph Kreutzer - volontaire pour travailler pour ce club qui a plus de tradition et de culture hockey que d'argent.
Neuvième : Bad Nauheim. Les Rote Teufel avaient la deuxième meilleure attaque mais la deuxième pire défense de la DEL. Avec ce bilan, ils affrontaient en pré-playoffs Weißwasser, qui était totalement l'inverse en termes de philosophie de jeu et de bilan. En élimination directe, c'est la défense qui a gagné, les Füchse s'imposant autour de leur jeune gardien Stettmer après deux longues prolongations. Le pari pris deux semaines plus tôt en embauchant Rich Chernomaz (60 ans) a donc coûté très cher pour 17 jours de travail effectif. Cette saison de DEL2 a décidément marqué l'échec de la vieille garde face à la jeune génération d'entraîneurs.
Entraîneur et directeur sportif jusqu'à son licenciement, Harry Lange n'avait pas réussi à maintenir l'équilibre au sein de cet effectif qu'il avait conduit en finale en 2023. Les quatre attaquants étrangers prenaient tellement de place que les autres étaient frustrés de temps de jeu, ce qui a abouti à la séparation avec Daniel Weiss (parti à Kassel en janvier). Les deux jeunes gardiens allemands ont souffert pour assumer la difficile succession de Felix Bick : même si Niklas Lünemann s'est imposé comme titulaire et a fini avec près de 91% d'arrêts, ce n'était pas assez pour échapper aux critiques. Mais ces performances moyennes sont plus en adéquation avec la place normale de Bad Nauheim dans cette DEL2.
Dixième : Fribourg-en-Brisgau. Les pré-playoffs ont été vécus comme une victoire, un "maintien anticipé", pour l'EHC Freiburg, qui sait combien ses moyens le conduisent aujourd'hui à survivre dans cette DEL2. Ses infrastructures sont hors d'âge et les vestiaires visiteurs ont même été comparés à un "container" par les équipes adverses. Il faudra pourtant poursuivre avec cette antique patinoire, dont le toit sera au moins assaini. Le projet de reconstruction est toujours repoussé aux calendes grecques.
Le contenu a été meilleur que le contenant. L'entraîneur Timo Saarikoski a réussi à mettre en place son hockey de possession, surtout après l'arrivée du joker Eero Elo fin novembre : l'ancien joueur de Thurgovie était au chômage car il avait restreint sa recherche aux pays germanophones parce que ses enfants ont suivi leur scolarité en allemand, et dès son arrivée, il s'est imposé comme leader offensif. En plus de Parker Bowles et d'Elo, un troisième joueur a dépassé un point par match, et il s'agit d'un jeune Germano-Tchèque de 22 ans : Filip Reisnecker était prêté par Schwenningen (où il n'a en revanche pas réussi à faire sa place), cet ex-international junior allemand a vu son contrat en DEL résilié et s'engagera à plein temps avec Fribourg-en-Brisgau.
Onzième : Rosenheim. Les Starbulls ont mis six ans à remonter après leur descente en Oberliga, mais dès leur première saison en DEL 2, ils ont fini à 1 seul point derrière les pré-playoffs, et à 7 points derrière le top-6, tellement le classement était serré. Ils ont obtenu leur maintien avec confiance, tout en préparant déjà la suite. Le meilleur marqueur C.J. Stretch a encore un an de contrat. Le défenseur offensif Shane Hanna a prolongé de deux ans pendant la saison.
Rosenheim a même déposé un dossier pour la montée en DEL en 2025. Ce n'est pas que les dirigeants croient vraiment être déjà en mesure d'aller à l'étage supérieur, mais ils veulent par cette candidature de témoignage manifester l'importance pour la DEL2 de la perspective de promotion, et leur soutien au nouvel accord trouvé entre les ligues.
Douzième : Dresde. Les Eislöwen, qui faisaient partie des quatre candidats à la promotion, ont vite sombré à l'avant-dernière place (devant l'autre prétendant Bietigheim !) et l'ont occupée presque toute la saison. L'attaquant tchèque Tomas Andres semblait avoir perdu confiance dans son jeu, mais il toujours tout donné et sera le joueur le plus exemplaire de la saison, finissant quand même meilleur marqueur. Le gardien Janick Schwendener a commis cinq grosses erreurs dans les six premières semaines de championnat, paraissant moins en confiance car mis en concurrence par sa bonne doublure (Pascal Seidel). Le Germano-Suisse finira numéro 2 après le recrutement de Danny aus den Birken, sorti de sa retraite.
Les nombreux joueurs embauchés en janvier - la plupart en même temps que le nouveau coach Niklas Sundblad - n'ont rien vraiment réglé. Le capitaine Travis Turnbull a trop souvent été invisible malgré de stats correctes. Le dernier joker Tomas Sykora a même joué de malchance quand il a dévié le palet vers son larynx en bloquant un tir : celui qui possède une entreprise de bâtiment en Slovaquie avec sa femme a passé 10 jours à l'hôpital mais est revenu sur la glace moins de deux mois plus tard pour les play-down. C'est à ce moment, quand il a fallu lutter pour le maintien, qu'on a enfin retrouvé de l'ambiance à Dresde. Les affluences restaient bonnes en saison régulière mais l'atmosphère était plombée et souvent silencieuse. Avec une ambiance moins négative, le potentiel de Dresde se situe bien, bien plus haut.
Treizième : Selb. Le retour comme capitaine de l'enfant du pays Frank Hördler avait déclenché une véritable euphorie. Mais rien n'est facile dans cette DEL2. Selb était plus compétitif, mais ses adversaires aussi. Il a fallu jouer le maintien, en passant par un changement d'entraîneur en décembre : Sergej Waßmiller a été remplacé par l'Austro-Canadien Ryan Foster. Le coach russe n'a certainement pas été regretté par l'attaquant Nick Miglio, qui a déclaré dans Eishockey News : "Je suis en situation de jouer avec la tête libre et de jouer mon jeu au lieu de m'inquiéter de me faire pointer du doigt et insulter devant toute l'équipe en séance vidéo en cas d'erreur. Avec le reproche que j'essaierais de jouer mon jeu. Depuis que Ryan est ici, c'est beaucoup plus facile de venir chaque jour à l'entraînement."
Selb est un temps remonté jusqu'à la huitième place, avant de retourner lutter contre la relégation, jusqu'au dernier tour de barrages contre Bietigheim. Une fois le maintien en poche, les supporters se sont remis à rêver, cette fois du retour de l'autre figure formée au club (Denis Reul, libéré par Mannheim). Mais c'est un recrutement impossible. Le budget va en effet diminuer de 20% et Selb sera de nouveau le petit poucet de la ligue. Ce sont les moyens actuels du club, même s'il a des projets intéressants avec la ville, en particulier une seconde glace ouverte 12 mois sur 12 qui permettrait des tournois ou des séances d'entraînement pour des équipes de haut niveau pendant l'été.
Quatorzième : Bietigheim-Bissingen. Redescendus de DEL, les Steelers étaient en piteux état. Le gérant Gregor Rustige avait peu d'expérience et beaucoup à faire. Les joueurs étaient partis, l'équipe était entièrement à rebâtir, mais avec un budget moyen de 3,1 millions d'euros. Or, l'enveloppe pour le recrutement a été entièrement dépensée d'emblée, sans qu'il y ait de place pour un joker. Trois entraîneurs se sont succédé (Dean Fedorchuk, Daniel Naud puis Alexander Dück) mais l'équipe n'a fait que s'enfoncer.
Quatre recrues tardives sont arrivées à l'extrême limite des transferts. Il fallait tenter le tout pour le tout en barrages de relégation. Des équipes maintenues après avoir été larguées, cela s'était déjà vu en DEL2. Mais c'est justement pour cela qu'une nouvelle formule a été mise en place cette année, dans lequel l'équipe la mieux classée pat avec 1 ou 2 victoires d'avance. Bietigheim-Bissingen n'a remporté qu'un succès à chaque tour et n'a jamais été en mesure de redresser une saison mal embouchée. Après deux ans en DEL, l'ancien club dominant va donc se retrouver en Oberliga, la troisième division, pour la première fois depuis 1999. Une seconde descente d'affilée qu'il faudra beaucoup mieux gérer que la première...
Promu d'Oberliga : Weiden. Les premiers de chaque zone d'Oberliga avaient énormément investi pour monter. Au nord, il s'agissait des Scorpions de Hanovre. Ils ont ainsi recruté comme joker en février Davis Koch, un joueur venu d'ECHL qui réclamait 50 000 euros aux clubs de DEL pour être engagé juste sur la fin de saison ! Au sud, Weiden a aussi eu un renfort tardif (James Bettauer) mais était mieux préparé dans un championnat plus fort.
Une fois de plus, c'est donc un représentant de l'Oberliga sud qui montera en DEL2. Le meilleur marqueur de Weiden est Tomas Rubes, le Tchèque qui es au club depuis presque six ans, après un passage en France (Anglet alors en D1, Bordeaux puis Mulhouse). Dans cette ville proche de la frontière tchèque, l'autre héros de la montée a aussi ses origines dans le pays voisin : le gardien de 41 ans Jaroslav Hübl avait annoncé après la défaite de l'an passé en finale qu'il voulait faire une dernière saison pour ne pas rester sur cet échec, il part sur une célébration de titre.
Marc Branchu