New York Rangers - CSKA Moscou (27 décembre 1979)
Match amical.
Champion soviétique, le CSKA a entrepris cette tournée face aux meilleures équipes de NHL avec le renfort d'un trio du Torpedo Gorki (Varnakov-Kovin-Skvortsov) qui permettra à son entraîneur Viktor Tikhonov de tourner à quatre lignes comme il aime le faire.
Les New York Rangers ont une revanche à prendre sur cet adversaire. Leur star Phil Esposito était obligé d’avouer qu’ils avaient totalement raté leur prestation en 1975. Par contre, les Rangers ont atteint la finale de la Coupe Stanley, face aux indétrônables Canadiens de Montréal la saison précédente.
Les Rangers s’appuient sur des joueurs majeurs. En défense, Carol Vadnais a connu les défis face aux Soviétiques. La légende que l’on ne présente plus, Phil Esposito, est l’un des meilleurs marqueurs de NHL. Le groupe est solide et compte également deux Suédois, les ex-internationaux Anders Hedberg et Ulf Nilsson, venus de Winnipeg en WHA. Enfin, un petit jeune prometteur fait son apparition, Don Maloney.
L’entraineur-chef qui dirige ce groupe, n’est autre que Fred Shero, qui a remporté la coupe Stanley avec Philadelphie à l’aide d’un hockey violent et dévastateur. Mais pour ce match, Shero est absent en raison de deux côtes cassées dans une chute chez lui lors du réveillon de Noël, une blessure qui fait jaser tant son alcoolisme est un secret de polichinelle. C’est donc l’assistant Mike Nykoluk qui dirige le groupe. Il place devant les filets Steve Baker. Ce jeune gardien américain a pris le poste de numéro 1 ces derniers mois à John Davidson, qui a mis du temps à se remettre d'une opération estivale du genou.
Les deux équipes se projettent vite à l’avant. Tout commence bien pour le public new-yorkais car Steve Vickers fait la déviation devant la cage, au second poteau (1-0). Du coup, rassurés, les Rangers emploient le physique pour déménager les Russes dans la bande avec Mario Marois entre autres. Les bleus bloquent le jeu vers la zone offensive. Totalement dominés, les rouges s’en tiennent à Tretiak qui tient la baraque. Il n’y a qu’une seule énorme occasion du CSKA dans cette période avec un jeu à trois dans l’enclave. Mihailov, Kharlamov et Petrov déstabilisent la défense mais Baker se couche pour dévier le palet. Clairement, avec un hommee au forechecking et quatre joueurs qui bloquent la ligne bleue, la bande à Esposito parvient à conquérir les pucks et évacuer facilement sa zone défensive. Les batailles de conquêtes sont acharnées. Les Rangers peuvent rentrer au vestiaire confiants, avec le sentiment du devoir accompli.
Pendant la pause, Mike Nykoluk, prend le temps de répondre aux questions du journaliste de CTV : « L’équipe de l’armée rouge est une très bonne équipe, qui évolue comme nous l’avions prévu. J’ai été agréablement surpris par nos gars car ils ont été absents plusieurs jours sans s’entraîner. On est vraiment très fiers de jouer ce genre de match. Les Rangers ont souvent perdu contre eux, mais ce match, nous le jouons très bien et c’est la différence par rapport au passé. Nous savons qu’ils jouent vite et très bien et nous voulons maintenir le jeu très haut pour ne pas se créer de danger dans notre zone. Nous voulons transmettre la rondelle rapidement et la conserver dans leur zone. On ne va pas se contenter d’envoyer dans le fond alors que leurs défenseurs pourraient récupérer le palet et alimenter leurs attaquants en contres rapides. C’est ce que nous faisons bien. Je pense que c’est vraiment utile de jouer ces équipes, car cela nous amène à réfléchir sur les domaines où nos jeunes doivent progresser. Les jeunes Européens, et pas que les Soviétiques, manient très bien la rondelle et cela me fait plaisir de les voir jouer ce genre de séries. »
Phil Esposito, décontracté, prend lui aussi quelques minutes pour répondre aux questions : « Pour être honnête, il y a une semaine, nous ne voulions pas vraiment être présents pour ce match, à cause de notre emploi du temps chargé durant les fêtes. En fin de compte, plus le rendez-vous s’approchait, plus nous étions stressés. Aujourd’hui nous jouons le hockey le plus discipliné que l’on ait pu voir depuis des années. Si nous continuons comme cela, nous pouvons gagner avec du très bon hockey. »
Dès le début de la deuxième période, les Rangers frappent à la porte. Mais sur une remontée de palet rapide, les rouges nous gratifient d’une phase collective, en entrée de zone, incroyable. Mikhail Varnakov entre avec le palet, Viktor Zhluktov emmène avec lui trois joueurs. En deux passes, les défenseurs sont perdus et Zhluktov, seul devant le gardien, crucifie Baker (1-1).
Les Soviétiques ont décidé de passer une vitesse supplémentaire, et là, le patinage est incroyable. Les Rangers sont obligés de suivre le rythme endiablé et subissent le jeu de passes des rouges. Varnakov et Zybin concluent une entrée de zone rapide et un duo parfait (1-2). Lobanov passe la ligne bleue et envoie un « plomb » en pleine course qui traverse Baker (1-3).
Le match a complètement basculé. Les joueurs de Tikhonov patinent fort, mitraillent la cage de Baker. Les locaux ne voient plus le jour. C’en est trop, Nykoluk change son gardien et fait entrer le titulaire, le grand John Davidson. C’est Hedberg qui sonne la révolte et part en dribble dans la zone russe, mais c’est un feu de paille. La pression soviétique sur le porteur du palet est intenable et provoque des ratés. La pression remonte, et Nikolai Drozdetsky est totalement oublié devant la cage (1-4).
New York est dépassé par la vitesse de patinage et le collectif bien organisé adverse. Seul Pat Conacher a une chance sur un rebond qu’il ne parvient pas à exploiter. Deux pénalités successives permettent aux coéquipiers d’Esposito d’avoir une chance de revenir. C’est Ron Greschner qui envoie le tir le plus dangereux, mais cela ne change rien au tableau d’affichage. Pire, au retour à cinq, lors d’un puissant tir à la bleue, le gardien John Davdson est déséquilibré. Vladimir Petrov, présent devant la cage, aggrave le score en toute fin de période (1-5). Le rouleau compresseur soviétique a frappé et le retour au vestiaire est difficile pour les Rangers.
En troisième période, le match n’y est plus avec une équipe locale qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les soviétiques contrôlent intégralement le jeu et conservent la rondelle la plus grande partie du temps. Le public a compris et est éteint. Dans la deuxième partie de la période, on constate une réaction américaine avec un débordement que Greschner dévie (2-5).
Tretiak ferme la porte sur un tir short side d’Esposito, en infériorité numérique. Un tir de Johnstone avec Don Murdoch au rebond représente le seul autre dangers américains de cette période. New York est décidé à stopper l’hémorragie et concentre toutes ses forces en défense avec en particulier un penalty killing solide. Barry Beck signe même une charge monumentale sur Alexander Skvortsov qui peine à se relever. Les défenses ont le dernier mot en fin de match.
Au final, New York a explosé et n’a pas pu suivre le rythme effréné des Soviétiques qui ont mis en route dès le deuxième tiers. Les réactions sont partagées entre des joueurs, comme à leur habitude, blasés et ceux constatant le fatal écart de niveau. Phil Esposito est égal à lui-même : « On a perdu ? So what ? »
Damien Kuster
Commentaires d'après-match
Mario Marois (défenseur des Rangers) : « Le système, ce n’est pas à moi d’en parler mais à mon coach. Mais ce que j’ai vu c’est qu’ils patinent comme des malades. Ils sont en super forme. Ils contrôlent parfaitement la rondelle, ils sont très précis et ont de très bons lancers. En plus, ils sont capables de prendre des mises en échec. »
Mike Nykoluk (assistant coach des Rangers) : « Nous avons joué parfaitement en première période. Les clubs de NHL sont très loin d'avoir lmur condition physique. J'aimerais voir des gars revenir à de bons tirs du revers comme ils le font. Les Russes créent des opportunités quand nous sommes plus statiques. Je ne pense pas qu'on les ait encore vus à leur meilleur. »
Dave Maloney (capitaine des Rangers) : « Nous avons joué avec eux pendant deux périodes, mais ils nous ont fait exploser en deuxième période. Ils sont en bonne forme. Je pense que cela a à voir avec les styles de vie différents et les façons différentes de voir les choses. Je ne sais pas si dans notre société on pourrait incorporer ce style strict de discipline dans le jeu. Ils font tout bien, et quand ils sont en difficulté ils ne se débarrassent pas du palet. »
New York Rangers - CSKA Moscou 2-5 (1-0, 0-5, 1-0)
Jeudi 27 décembre 1979 au Madison Square Garden. 17 429 spectateurs.
Pénalités : Rangers 4' (0' 0', 4') ; CSKA 2' (2', 0', 0').
Tirs : Rangers 20 (10, 3, 7) ; CSKA 23 (5, 10, 8).
Évolution du score :
1-0 à 05'22" : Vickers assisté de Marois et Hedberg
1-1 à 22'11" : Varnakov assisté de Zhluktov
1-2 à 27'20" : Varnakov assisté de Kovin et Skvortsov
1-3 à 28'16" : Lobanov assisté de Volchkov et Lutchenko
1-4 à 32'04" : Drozdetsky assisté de Lobanov et Volchkov
1-5 à 36'58" : Kharlamov assisté de Petrov et Volchenkov
2-5 à 43'49" : Greschner assié de Johnstone et Talafous
New York Rangers
Attaquants :
Steve Vickers - Ulf Nilsson - Anders Hedberg
Claude Larose (2') - Phil Esposito - Ron Murdoch
Dean Talafous - Ron Duguay - Ray Markham
Frank Beaton - Ed Johnstone - Warren Miller
Défenseurs :
Dave Maloney (C) - Carol Vadnais
Barry Beck - Mario Marois (2')
Ron Greschner - Ed Hospodar
Gardien :
Steve Baker
Remplaçant : John Davidson (G). En réserve : Walt Tkaczuk, Don Maloney (A)
CSKA Moscou
Attaquants :
Valeri Kharlamov - Vladimir Petrov - Boris Mikhaïlov (C)
Helmut Balderis - Viktor Zhluktov - Sergei Makarov
Mikhaïl Varnakov - Vladimir Kovin (2') - Aleksandr Skvortsov
Aleksandr Volchkov - Aleksandr Lobanov - Nikolaï Drozdetsky
Vyacheslav Anisin, Irek Gimayev
Défenseurs :
Vyacheslav Fetisov - Sergei Starikov
Aleksandr Kasatonov (2') - Vladimir Lutchenko
Sergei Gimayev (2') - Aleksei Volchenkov
Gardien :
Vladislav Tretiak
Remplaçant : Aleksandr Tyzhnych (G). En réserve : Sergei Babinov (D).