Allemagne 2026/2027 : présentation
La NHL organisera deux rencontres de saison régulière à Düsseldorf en décembre et ses représentants sont également venus cet été dans la capitale bavaroise pour annoncer un partenariat avec... le club de football du Bayern Munich. Une conférence de presse organisée sans inviter aucun représentant du club de hockey local, ni de la DEL, selon les méthodes peu amènes d'une ligue nord-américaine dont les velléités d'expansion - purement commerciale - en Europe agacent.
Mais le hockey allemand n'a-t-il pas lui aussi privilégié le développement économique ? L'augmentation générale des chiffres d'affaires est nette, en DEL et encore plus en DEL2 (où le budget cumulé des clubs est le double de la période pré-Covid il y a seulement six ans !). Les moyens consacrés à la formation n'ont pas connu la même expansion.
La fédération a annoncé cet été une stratégie concentrée sur quelques "planètes" - où l'on concentreraient les meilleurs jeunes avec des conditions d'entraînement élevées - autour desquelles tourneraient des clubs-satellites. Comme la formation coûte de l'argent, l'argument employé est qu'il est moins cher de concentrer les moyens financiers et le temps consacré dans un petit nombre de clubs et de faire avaler ça aux autres. Lesquels ne sont pas du tout contents d'être considérés comme des accessoires, sous prétexte qu'ils n'ont pas deux glaces par exemple, quelle que soit la qualité de leur travail.
Ce qui est étonnant est que ce système est le contraire de ce que font les pays nordiques, où tous les clubs forment des jeunes et les font jouer en équipe première. C'est toute la différence culturelle avec une Allemagne dominée par des coachs nord-américains qui ne se considèrent pas partie prenante dans la formation. Pourtant, on ne peut pas toujours s'approvisionner uniquement outre-Atlantique... où les salaires ont encore plus augmenté. Pour cette raison, la source majeure des recrues extérieures n'est plus comme toujours l'AHL, mais la KHL. Comme les joueurs venus de Russie ne sont pas les bienvenus en Scandinavie, la DEL a récupéré ainsi une dizaine de joueurs de haut niveau, dont le revenant Brooks Macek.
Les Eisbären de Berlin comptent encore dans leurs rangs 18 champions, dont 10 ont remporté les trois derniers titres. Ils savent donc gagner comme personne. L'ultime défi commence maintenant : aucune équipe n'a été championne quatre fois d'affilée depuis la création de la DEL. Et il faudra y arriver avec un entraîneur qui débute en tant que chef en senior à 56 ans : Éric Dubois. L'ancien adjoint de Mark French à Ingolstadt avoue lui-même que ce poste à Berlin est le "job de rêve".
Changement complet à deux endroits-clés : sur le banc... et dans la cage. Renvoyé par le coach de sa première université, Jack LaFontaine fut le meilleur gardien de BCHL (meilleure ligue junior permettant alors de préserver l'éligibilité en NCAA) en 2019, puis le meilleur gardien universitaire en 2021, mais après seulement quelques semaines d'expérience chez les pros, le grand gabarit a raté ses deux premières apparitions en NHL avec les Carolina Hurricanes et il est sorti des plans de la franchise qui l'avait pourtant drafté au troisième tour en 2016. Oscillant entre de brefs appels en AHL et de longs passages en ECHL toujours avec de bonnes stats, ce passionné de littérature qui s'est marié en juillet peut trouver plus de stabilité à Berlin et semble une belle trouvaille. Jonas Neffin n'est rien d'autre que le meilleur gardien de DEL2, qui a mûri sur le tard comme ça arrive à ce poste.
Le vétéran quintuple champion Marcel Noebels (parti à Cologne) n'a même pas été remplacé. Quatre étrangers sont partis, seulement deux sont arrivés. L'un est juste revenu car il s'agit de Gabriel Fontaine, titré en 2025 à Berlin puis moins en réussite à Munich. L'autre, le défenseur Brandon Davidson, est arrivé juste au dernier moment pour le premier match de CHL. Pas besoin de plus pour l'instant. Le nouveau coach pourra d'abord installer son système sans faire de mécontents, puisque tout le monde peut jouer. Dans un club confronté à une cascade de blessures la saison passée, on se garde des jokers pour plus tard.
C'est l'exact opposé chez le concurrent Mannheim : ici c'est la concurrence maximale qui prévaut. Cela permettra de soutenir le cumul des compétitions avec la CHL et l'invitation à la Coupe Spengler. L'effectif complet pourra jouer en coupe d'Europe. Mais avec les quotas de jeunes en DEL (3 sur 19 places disponibles hors gardiens), il y aura quatre surnuméraires à chaque match parmi les joueurs établis, illustrant la volonté de Dallas Eakins d'intensifier la compétition. C'est ainsi que l'entraîneur venu de NHL avec les pleins pouvoirs veut franchir la dernière marche après avoir passé un tour de plus chaque année.
La concurrence concernera surtout les joueurs allemands car on attendra la fin du processus de naturalisation du gardien venu du champion Berlin, Jake Hildebrand, pour l'aligner. Cela permettra d'aligner 4 étrangers dans la défense possiblement la plus forte de DEL, qui n'a connu qu'un seul changement : William Worge Kreü, joker plus utilisé, a été remplacé par les qualités avec le palet du jeune Canadien de 25 ans Jérémie Poirier.
Mais c'est surtout l'attaque qui a été renforcée. La quête d'un buteur - assez éternelle à Mannheim - voit son nouveau Messie en Brooks Macek, qui a vu l'évolution en sept années à Ekaterinbourg et dit qu'il y a "aussi des choses politiques qui [l']ont influencé dans [sa] décision que c'était un bon moment pour prendre congé". Lui aussi père de trois enfants, le centre américain Patrick Brown est un grand professionnel attentif aux détails comme il en faut pour chercher un titre.
Malgré l'arrivée du meilleur rookie de DEL2 Lennard Nieleck (22 ans) comme concurrent potentiel, Max Calce - qui s'appelait encore Max Penkin l'an dernier avant de prendre le nom de son beau-père - devrait profiter du quota de jeunes pour devenir titulaire et se mettre en évidence dans cette année de ses 17 ans qui est pour lui celle de sa draft en NHL.





Après un des meilleurs entraîneurs finlandais (Kari Jalonen), Cologne a choisi l'entraîneur peut-être le plus respecté de SHL, Thomas Berglund, une véritable légende dans son club de Luleå mais aussi un homme qui ne connaît pas la DEL - ni l'étranger en général. Son style de hockey est physique mais aussi assez défensif. Comme son prédécesseur, il s'est entouré de compatriotes. En plus du petit centre défensif Markus Ljungh, (qui remplace Nate Schnarr notamment pour les infériorités numériques), Cologne a fait venir Robin Press, champion KHL 2024 qui était le seul Suédois dans la ligue russe et dont le recrutement est donc inenvisageable pour un club de son pays. Cela fait un second défenseur offensif droitier en plus de Valtteri Kemiläinen, une arme de plus pour un powerplay qui s'annonce redoutable.
Berglund avait souvent une des équipes les âgées en Suède, il aime les vétérans. Pas étonnant qu'il soit tombé sous le charme de Moritz Müller, défenseur "incroyablement professionnel" qui "connaît ses forces et ses faiblesses" : après avoir passé le Mondial comme commentateur, le défenseur a rempilé pour une dernière saison avec l'énorme envie de remporter enfin un premier titre..
Si son rôle avait diminué à Berlin, Marcel Noebels a été placé en présaison sur la première ligne aux côtés du Danois Patrick Russell et du Canadien Patrick MacLeod, respectivement troisième et septième marqueurs de la dernière saison de DEL. Malgré le départ de Parker Tuomie (vers Bremerhaven), le contingent s'est donc enrichi avec l'ailier droit Daniel Fischbuch et le relativement jeune Tim Fleischer qui s'est engagé pour trois saisons à 25 ans pour devenir un cadre du club.
Les conditions sont donc idéales à Cologne... sauf l'extrême occupation de l'aréna qui a déjà obligé à inverser l'ordre de la demi-finale l'an passé, ce que les supporters n'ont pas digéré car ils pensent que cela a participé à l'élimination. Le sujet s'est reproduit en CHL où, pour cause de concert et alors que le premier match a battu un record de spectateurs, le second match a été délocalisé à Krefeld. Un appel aux boycott signé des 34 fan-clubs a suivi : "Un match à domicile doit avoir lieu à la maison et après douze ans sans match de Coupe d'Europe un match ailleurs qu'à Cologne n'est pas acceptable"
Rentré dans le rang depuis trois saisons, Munich ne figure plus parmi le trio de favoris. Même un peu en retrait, le quatrième prétendant a des arguments en sa faveur par rapport aux trois autres gros clubs. D'une part, il a déjà son entraîneur (Oliver David) et n'a pas à s'adapter à un nouveau système contrairement à Berlin et Cologne. D'autre part, le groupe qui se connaît et vit bien devrait vivre avec plus d'harmonie une concurrence moins extrême qu'à Mannheim.
Les trois nouveaux attaquants sont tous en terrain de connaissance. Munich avait été le tremplin vers la NHL pour Dominik Kahun, qui revient de Suisse comme tout jeune papa - depuis début août - après deux années malchanceuses (une fracture à chaque main). Le jeune ailier de 25 ans Elis Hede (ex-Straubing) était passé par l'académie Red Bull. Quant à l'Autrichien Lucas Thaler, choix atypique pour un renfort étranger, il vient du giron du sponsor et a déjà pratiqué le même système avec le même coach à Salzbourg.
Autre facteur de stabilité, l'attaquant Veit Oswald a fait le choix de ne pas accepter de contrat NHL. Il estime que ce n'est pas le bon moment de s'y essayer car il n'a pas encore retrouvé sa pleine forme après sa blessure en préparation olympique. En revanche, le jeune défenseur international Philip Sinn a fait le choix inverse et est parti pour se retrouver sans doute en AHL. La place de Sinn dans le quota U23 devra donc être laissé à un "vrai" jeune de pas encore 20 ans comme Rio Kaiser.
L'opportunité que l'ex-international tchèque Lukas Klok débarque avec un passeport allemand ôte toutefois une partie du problème qui se pose en défense. On peut rester à trois étrangers officiels en défense, dont Trevor Carrick, défenseur rugueux au très bon lancer qui a amassé 440 points en 813 parties de NHL. Là encore, une recrue indirectement familière, puisque son coach à San Diego, Matt McIlvane, avait été adjoint à Munich (et entraîneur-chef chez les "co-sponsors" de Salzbourg). En tout cas, on ne peut pas faire plus typiquement canadien que la fratrie Carrick : Trevor a un frère en NHL tandis que les deux autres gèrent... la cabane à sucre familiale !
Le style de jeu offensif de Mark French, qui cherche toujours à avoir le palet et produit beaucoup de jeu, expose un peu Ingolstadt aux contre-attaques. Sur l'ensemble de la saison passée, les deux gardiens étaient sous les 90% d'arrêts, ce qui n'était jamais arrivé à Devin Williams - certes gêné par une blessure - en neuf saisons professionnelles.
La recrue-phare de l'intersaison est justement un gardien, j'ai nommé Jonas Stettmer. Même s'il ne passe pas inaperçu (1m94), celui-ci est un peu le collègue discret dont vous découvrez les qualités le jour de son pot de départ : il avait quitté Ingolstadt après s'être révélé comme troisième gardien en qualifiant son équipe en finale de DEL, il y revient après avoir pris la place de titulaire à Berlin pour les playoffs, achevés en tant que champion, MVP et membre de l'équipe d'Allemagne. Rien que ça !
Tous les regardes convergent sur Stettmer car le reste de l'effectif a peu changé. Sa venue permet juste d'ajouter un troisième titulaire étranger en défense, un profil en devenir : le mobile Emil Wasenden n'a que 22 ans et a été retranché de l'équipe de Norvège juste avant qu'elle ne réussisse un Mondial 2026 historique. Pas besoin de plus car les atouts ne manquent pas, tant à 5 contre 5 qu'en powerplay avec le meilleur défenseur offensif de DEL Alex Breton, le tir exceptionnel de Riley Barber ou encore la présence tenace de Daniel Schmölz en écran devant la cage.
La présidente de Straubing, Gaby Sennebogen, a reçu l'ordre du mérite du Land de Bavière cet été. Il est difficile d'être plus méritante. le club a battu son record de spectateurs et il n'y a plus de place disponible dans l'espace VIP. On a doublé la taille du vestiaire de l'équipe locale cet été, mais les Tigers ne peuvent plus grandir car ils exploitent déjà au maximum leurs capacités. Ils sont donc à la merci des gros clubs qui leur ont pris les deux attaquants allemands Elis Hede (37 points, Munich) et Tim Fleischer (31 points, Cologne). Ils n'ont pu les remplacer que par le seul Taro Jentzsch, qui reste sur une saison compliquée à Iserlohn (13 points).
Le club de Basse-Bavière n'est pas seulement moins riche que ses concurrents de haut de tableau, il a aussi été devancé par Francfort sur le recrutement de Biro. Il est obligé de prendre des risques et a engagé six joueurs qui découvrent l'Allemagne, dont deux Canadiens sans la moindre expérience européenne. Seul défenseur parmi ces recrues étrangères, Joseph Duszak est en terrain sportif familier : il a choisi les Tigers pour retrouver Craig Woodcroft, l'entraîneur qui l'a fait progresser individuellement et pour qui il a connu sa meilleure saison au Dinamo Minsk en 2022/23, avant de régresser sur ses dernières années en KHL. L'acclimatation des autres Nord-Américains sera capitale : c'est la mission confiée plus particulièrement au tout jeune retraité Mike Connolly, dont l'épouse travaille à Straubing et qui est resté au club où il est un des deux responsables d'équipe.
Le choix controversé du gardien Henrik Haukeland de partir en KHL s'est concrétisé tard mais Straubing s'est consolé en empochant 100 000 euros du Traktor Chelyabinsk pour le rachat de son année de contrat. Parmi les gardiens disponibles sur le marché, les Tigers ont opté pour le Tchèque d'AHL Jakub Skarek, qui voulait se rapprocher de sa famille : ses parents ne l'avaient plus vu jouer en vrai depuis qu'il avait 18 ans, époque où il joua trois Mondiaux juniors. Le grand gardien de 1m91 voudrait intégrer l'équipe nationale tchèque mais sa progression a été freinée par un manque de régularité. Si celle-ci ne s'améliore pas, un autre portier pourrait profiter du départ de l'international norvégien. Après son stage estival à Lausanne sous la direction de Cristobal Huet, le gardien Florian Bugl est rentré avec la volonté d'affirmer son ambition pour ne plus être juste le discret numéro 2.
Avec autant de départs, Straubing paraît le plus fragile des habitués du top-6 qui qualifie directement en quart de finale : cette équipe a fini quatre des cinq dernières saisons régulières dans les quatre premiers (et une fois septième), mais elle lutte contre bien plus fort qu'elle.
est réputé pour prendre grand soin des familles, ce qui explique que les étrangers restent aussi longtemps sur les rives de la Mer du Nord. Seule la limite d'âge provoque des départs comme ce fut le cas pour deux membres du premier trio slovène, Ziga Jeglic et Jan Urbas. Le centre Urbas en particulier était le dépositaire du jeu et le joueur emblématique de l'histoire du club. Il était aussi le capitaine, rôle dans lequel lui succède Christian Wejse, le Danois qui a montré sa résilience après des blessures et son investissement collectif dans ses missions au service du groupe, que ce soit en quatrième ligne ou devant le gardien en avantage numérique.
Seul Slovène restant, Miha Verlic n'aura plus ses compatriotes avec lui, mais il côtoiera sur sa ligne deux recrues qui témoignent du standing en hausse de Bremerhaven. L'international allemand Parker Tuomie connaît le club où son père jouait quand il était enfant et dans lequel il a grandi jusqu'à 14 ans. Le centre américain Alex Broadhurst - arrivé en retard au camp pour raisons personnelles - vient de passer quatre ans en KHL avec des stats déclinantes mais aura moins de voyages qu'en jouant à Omsk ou à Khabarovsk.
Aucune autre recrue dans un groupe familier, sinon des jeunes qui intensifieront la concurrence pour les trois postes réservés aux U23 : Roman Kechter, qui fut un espoir précoce de Nuremberg et a déjà une belle expérience en DEL, et l'international junior Lenny Boos, qui avait quitté Düsseldorf cet hiver pour une demi-saison en USHL.
Huitième l'an passé, Wolfsburg annonce vouloir progresser mais ses poursuivants sont bien plus proches que les équipes devant. Nommé en février dernier, Tyler Haskins est à 40 ans le plus jeune entraîneur de DEL. Ses huit années comme attaquant du club s'étaient toutes déroulées sous le commandement de Pavel Gross. Profondément marqué par le coach tchèque, l'Américain a un style de management différent mais veut lui aussi tirer le meilleur de chacun de ses hommes. Sauf que ce qu'il a connu comme joueur, c'est une autre époque, quand le sponsor majeur et employeur de presque toute la ville Volkswagen était l'entreprise la plus aimée d'Allemagne, et pas comme aujourd'hui un groupe en panne stratégique et en crise morale.
L'équipe a repris une configuration plus fréquente à l'époque, consistant à jouer avec 4 défenseurs étrangers. Parmi eux, deux recrues toutes deux âgées de 31 ans. Le rugueux Madison Bowey (158 parties de NHL) arrive d'Augsbourg et Les Lancaster, l'attaquant reconverti à l'arrière la saison passée chez les Eisbären, débarque de l'équipe championne pour augmenter le soutien offensif.
Une des conditions pour que cette répartition fonctionne avec seulement 5 attaquants étrangers, c'est que Sven Ziegler retrouve son meilleur niveau après une saison de convalescence à oublier. L'autre motif qui a conduit à ce choix était la progression de Julian Chrobot, appelé en équipe nationale au camp de préparation des derniers championnats du monde et qui ne l'avait quitté qu'à cause d'une blessure au doigt. Malheureusement, le joueur de 25 ans a vécu un terrible accident quand son coéquipier Luis Schinko est tombé sur son genou droit lors d'un tournoi de présaison à Dresde : rupture des ligaments croisés. Wolfsburg a dû engager à sa place le seul attaquant à passeport allemand disponible sur le marché : Ross Mauermann, légende de Bremerhaven non prolongée après une décennie au club car il aura 36 ans le mois prochain.
Le Canadien Steve Walker aborde sa quatrième saison comme entraîneur de Schwenningen. Il a qualifié les Wild Wings en play-offs trois ans de suite, alors que le club ne les avait connus qu'une seule fois lors des dix années avant sa venue. La constance que Walker avait édictée comme premier commandement a donc été trouvée. Mais cette saison pourrait être la plus difficile pour le coach devenu le Messie de la Forêt-Noire. Parce que tous les indicateurs statistiques (sauf le powerplay) ont décliné au fil des trois années. Parce que l'équipe n'a jamais autant changé, aussi.
Il était impératif de retrouver de nouveaux buteurs pour soulager un Alex Karachun un peu seul (24 buts l'an passé). Cela semble le cas puisque Reed Lebster (personnalité réservée qui avait planté 31 buts en ECHL et qu'a emmené avec lui Jack Skille... qui devait être le nouvel assistant-coach mais est reparti avant le début de championnat) et Austin Ortega - qui a connu la relégation de Dresde - ont trouvé le chemin des filets respectivement 6 et 4 fois lors de la présaison jouée en déplacement, principalement en Suisse, pendant la réfection de la piste de glace. Mais si le départ des jumeaux Spink (forcément alignés ensemble) et l'arrivée du polyvalent Eric Cornel donnent des solutions offensives plus variées, le banc est mince devant : 10 défenseurs pour seulement 13 attaquants, dont 12 valides en ce début de saison car Phil Hungerecker a dû être opéré d'une fracture du pied, frappé par un tir fin août.
Les lignes arrières ont certes plus d'épaisseur avec leurs trois recrues au-dessus de 1,91 m mais un Bode Wilde aux deux visages en DEL2 doit s'adapter au niveau supérieur. Le nombre de joueurs attirés vers l'avant peut aussi rendre l'équipe plus vulnérable aux transitions défensives. La présence de Schwenningen en play-offs n'est plus forcément une évidence et la chasse aux cygnes est ouverte pour quelques félins affamés...
La panthère d'Augsbourg est la chasseuse la plus active de l'été. C'est la quatrième année de suite que ce club est celui qui recrute le plus de joueurs. Ce changement excessif n'est vraiment pas bon signe : il avait tout changé trois fois parce qu'il avait été en grand danger de relégation. Depuis deux ans, un sondage réalisé auprès des fans de hockey place Augsbourg en réponse numéro 1 à la question de savoir quel club en DEL avait le mieux recruté. Il s'était certes amélioré l'an passé, mais sans atteindre les play-offs.
Recruter le plus ne veut pas toujours dire recruter mieux. Sur la balance, c'est fort avec quatre nouveaux défenseurs pesant entre 94 et 104 kg. Cela s'annonce musclé aussi en attaque avec Cameron Wright, à la fois meilleur marqueur du HPK et joueur le plus pénalisé en Finlande. Le spécialiste des mises au jeu Sean Malone doit corriger ce secteur faible. Et après la relégation de Dresde, Trevor Parkes revient dans ce qui fut son premier club en DEL. Le grand point d'interrogation est le gardien Tobias Ancicka qui n'a joué que 22 rencontres sur les deux dernières saisons à Cologne et qui vient relancer sa carrière avec la responsabilité d'un titulaire
Hasards de la vie professionnelle... Le directeur sportif Larry Mitchell avait viré Gerry Fleming et pris sa place sur le banc il y a trois ans à Kloten. Au début de l'été, le même Mitchell a embauché Fleming comme "coach associé" et non assistant, une formulation de plus en plus commune DEL, mais que tout le monde a remarqué dans le contexte du syndrome de Guillain Barré de Bill Peters. Après avoir été adjoint à Berlin, Gerry Fleming est entraîneur-chef depuis cinq ans et donc parfaitement qualifié pour prendre la relève. Peters était bien là au camp malgré sa maladie neurologique diagnostiquée tôt. Les deux hommes travaillent de concert.
Premier signe pour les superstitieux, la Dolomiten cup, qu'Augsbourg avait gagné en ouverture de saison lors de ses trois participations en play-offs. Quand il a été éliminé en demi-finale - ce qui fut le cas cette année - Augsbourg a toujours fini dans les deux derniers en DEL !
Parmi les félins, les Ice Tigers de Nuremberg sont peut-être tout aussi chassés que chasseurs. Leur série de 5 qualifications consécutives en playoffs semble fragile. Le directeur sportif Stefan Ustorf, en fin de contrat dans un an, n'est plus le seul en DEL à recruter en ECHL par contrainte financière, même s'il a encore pris les tout meilleurs profils sur le papier : Austin Magera - dont le père slovène a émigré aux États-Unis à 19 ans - et William Dufour étaient les deux meilleurs marqueurs des playoffs ECHL avec Fort Wayne après avoir déjà cartonné en saison régulière (Dufour y était premier en moyenne de points par match). Avec la prolongation du meilleur compteur de DEL Evan Barratt, Nuremberg a toujours des meneurs offensifs de premier plan.
Le changement stratégique majeur a eu lieu dans les cages. Luis Janett, de père suisse et de mère allemande (originaire d'Aix-la-Chapelle) a choisi d'utiliser son autre passeport en ne trouvant plus de poste dans la Confédération. L'ancien second gardien de Bienne n'a pas l'étoffe d'un titulaire et son arrivée implique de redonner - trop tard à 35 ans ? - une confiance accrue à Niklas Treutle dans les cages après trois saisons de concurrence étrangère.
L'objectif de cette absence de gardien étranger est de densifier la défense avec trois Nord-Américains. Choix qui fonctionnera si la seule cause de la saison ratée du très bon patineur Chris Jandric à Ingolstadt était vraiment un long temps d'adaptation à l'Europe. Les deux recrues ont un total cumulé de... 1 but l'an passé. Le powerplay dépendra donc énormément d'Owen Headrick (39 points dont 12 buts).
Le petit nombre de leaders à fort temps de jeu augure certes de potentielle réussite statistique individuelle, mais l'équipe avait tiré la langue en fin de saison dernière après avoir dû longtemps jouer à trois lignes à cause des blessures. L'effectif est toujours le plus mince de la DEL avec 13 attaquants seulement. Dufour a déjà manqué toute la présaison, achevée avec un bilan catastrophique de 7 défaites en 7 sorties. Les jambes ne sont pas encore fatiguées, la tête en a déjà pris un coup.
L'Eintracht a pris 10% des parts du club de hockey sur glace de Francfort cet été, ce qui a inquiété les supporters qui tiennent à l'identité des Löwen, les Lions germanisés. La direction a alors précisé que le club de football serait un simple partenaire, devant amener ses compétences dans les domaines de la digitalisation et du merchandising. Deux autres entreprises locales ont aussi racheté chacune 10% des parts et le PDG Stefan Krämer n'en a plus que 40%.
Si chaque annonce est potentiellement irritante pour les fans, c'est que les dirigeants de Francfort n'ont pas bonne presse. Prenons l'exemple de la fin brutale de la collaboration avec le club de DEL2 voisin Bad Nauheim, qui a évoqué dans son communiqué de presse son exigence qu'un partenariat soit construit sur "la fiabilité, le respect mutuel et la conformité avec les discussions communes". Il semble que de soudaines exigences financières des Löwen aient provoqué la rupture, annulant le prêt tout juste convenu de Nico Pertuch. Il a donc fallu garder celui-ci et faire tourner trois gardiens en présaison, mais Pertuch reste numéro 3 un peu superflu derrière le fidèle Cody Brenner et le nouveau titulaire Adam Scheel (Barys Astana) qui doit enfin stabiliser ce poste compliqué à Francfort.
Les Löwen ont fait venir le plus de joueurs de KHL, trois : à Scheel s'ajoutent le nouveau centre numéro 1 Brandon Biro du Spartak Moscou et l'ailier énergique Austin Wagner (29 ans et 178 parties de NHL) des Shanghai Dragons. Et comme finisseur, ils misent sur le champion ECHL Anthony Romano qui a mis 38 buts en 84 parties avec les Florida Everblades.
Mais le grand chantier est la stabilisation d'une défense parfois en déroute l'an passé. Elle s'appuiera sur deux anciens internationaux, Björn Krupp et le symbole munichois Konrad Abeltshauser. Le coach Tom Pokel devra aussi gérer la reconversion à l'arrière du meilleur marqueur de l'an passé Linus Fröberg.
Président depuis 2000 puis directeur général d'Iserlohn depuis juillet 2002, Wolfgang Brück était le fil rouge de la présence du club en DEL. Il cèdera son poste après un quart de siècle, le 1er février 2027. Son successeur, il l'a connu au conseil de surveillance de la DEL, où Brück continuera à siéger jusqu'à la fin de son mandat en 2030. Ex-dirigeant de Düsseldorf pendant cinq ans, Harald Wirtz a perdu toute représentation dans la ligue à la suite de la relégation de la DEG en 2025, et a cédé toutes ses parts dans un club qu'il a totalement quitté. Les supporters de Düsseldorf ont honni ce "dirigeant de la descente", qui avait démissionné dans la semaine, mais Brück reconnaît en lui un économiste avisé et un manager expérimenté.
Les Roosters n'ont jamais dépassé la douzième place sur une saison complète depuis 2018, et ils commencent seulement à travailler un peu plus sur du moyen terme. C'est surtout le cas en reconduisant encore le même duo dans les cages, où Hendrik Hane a travaillé sa lecture du jeu avec l'entraîneur des gardiens Santeri Hilli et a connu une rotation plus régulière avec le vétéran Andreas Jenike en fin de saison.
Iserlohn a aussi voulu réparti les responsabilités en désignant des capitaines différents à domicile (Tyler Boland) et à l'extérieur (la recrue Cole Maier de Nuremberg). Le but est de ne pas trop surcharger Boland par ce statut nouveau pour lui, tout en reconnaissant son implication car il entame sa quatrième année au club (seul Jenike et Ugbekile sont là depuis plus longtemps).
Les problèmes sont surtout offensifs. Les Roosters sont l'équipe qui avait mis le moins de buts en supériorité numérique. Mac Hollowell arrive pour animer ce secteur depuis la ligne bleue car l'international allemand Colin Ugbekile était jusqu'ici trop seul comme défenseur offensif capable de construire le jeu. On compte aussi sur le one-timer de Peter Quenneville (Ilves), arrivé deux semaines avant le camp en juillet pour installer sa femme qui devait accoucher en août. Malheureusement, "Pistol Pete" s'est enrayé et n'a pas inscrit le moindre but en présaison.
Quatre ans après sa relégation, c'est un club de Krefeld réorganisé, rasséréné et ambitieux qui revient en DEL, avec la capacité d'y rester. L'envie est énorme et plus de 6000 spectateurs étaient déjà présents en présaison pour le derby contre Düsseldorf. Mais le maintien n'y a rien de facile. Le principal atout qu'on lui voit est l'entraîneur Thomas Popiesch, qui avait bâti la progression de Bremerhaven
Comme le directeur sportif Peter Draisaitl n'a pas été remplacé, Popiesch a recruté son équipe avec l'aide du seul Marco Schuchmann, un ancien chimiste qui propose depuis quatre ans à Krefeld des analyses statistiques de données qui présélectionne des profils selon les caractéristiques précises données par le coach. Champion de DEL2 avec beaucoup de vétérans, Krefeld ne doit pas commettre la même erreur que Dresde avec une équipe trop âgée et pas assez investie en défense. Profil particulièrement suspect, Jon Matsumoto (39 ans) n'a pas été conservé : il s'est mis violemment en colère quand il l'a appris, avant de s'excuser auprès du staff pour sa réaction.
Les Pinguine ont en revanche conservé leurs trois quasi-quarantenaires allemands Philip Gogulla, Marcel Müller et Alexander Weiß, car leur grande expérience de la DEL reste précieuse pour un promu. D'autant que les marqueurs prolifiques de DEL2 (Max Newton et Matthew Santos) ne connaissent pas la ligue. Kevin Wall non plus... et il ne la connaîtra pas : constatant que la recrue à un point par match en ECHL n'a pas le niveau, le club a décidé après la présaison de ne pas dépenser une licence de joueur étranger pour lui.
C'est surtout la défense de Krefeld sera mis à l'épreuve. Elle a été renforcée de l'Américain Max Gildon, passé par Mannheim et arrivé de Bolzano, et du Canadien Stuart Percy, ancien choix de premier tour de draft gâché de Toronto qui vient de passer cinq saisons en Extraliga tchèque. Un recrutement pas extrêmement spectaculaire, mais peut-être bien vu. Les observateurs se sont surtout étonnés du choix d'un jeune gardien pour épauler la référence de DEL2 Felix Bick. Question de différence culturelle, possiblement, car là d'où vient Juha Jatkola (KooKoo et plus généralement la Finlande), on n'a pas besoin de quota et on ne qualifie plus de "jeune" un hockeyeur de 24 ans.
Dresde
a peut-être été le promu en DEL le moins apte à ne pas redescendre, il pourrait cependant devenir le relégué en DEL2 le mieux préparé à remonter. Il n'a eu aucun mal à se remettre en ordre de bataille et a envoyé un message à toute la ligue en embauchant les jumeaux Spink de Schwenningen (vrais jumeaux mais différents : Tylor vient d'obtenir la nationalité allemande car il a pris beaucoup d'initaitive alors que Tyson parle toujours mal allemand). Même si le rôle de favori ne lui a jamais réussi, Kassel ne veut pas s'en laisser dépouiller pour autant et a lui aussi recruté gros à l'étage au-dessus avec Matt White, le meilleur marqueur d'Augsbourg. Notons que Kassel a réduit cet été la largeur de sa patinoire aux dimensions NHL (26 mètres) pour créer trois rangées supplémentaires de places assises. C'est la deuxième patinoire de taille nord-américaine en Allemagne après Schwenningen, et avant la nouvelle Rheinlandhalle de Krefeld l'an passé.
Ce n'est pas le cas à Düsseldorf qui commence sur une glace de taille normale ; elle sera adaptée juste avant le passage de la NHL pour les deux rencontres Ottawa-Chicago. Dans une saison riche en évènements où la ville organisera aussi la finale des prochains championnats du monde de hockey sur glace, la DEG, qui a complètement revu son modèle économique après la descente l'an passé, est maintenant aussi prêt à lutter pour la remonter. Elle aussi a ferré un gros poisson, Carter Turnbull, rien moins que le meilleur marqueur de l'Extraliga slovaque. À lui d'éclipser son coéquipier japonais qui a déjà eu le droit documentaire de 1h10 sorti dans un cinéma de Düsseldorf cet été : "Yushiro Hirano : un voyage, deux mondes, un objectif".
En embuscade, les deux rivaux traditionnels de Bavière. Rosenheim est le seul club à utiliser 2 des 4 étrangers en défense (Shane Hanna et le nouveau venu suédois Erik Ullman qui arrive de Slovaquie) plus le double passeport Ryan McKiernan. Landshut n'a qu'un arrière étranger mais il a beaucoup de vécu (Jonathon Blum), et l'EVL a montré sa profondeur avec 14 buteurs différents en présaison. Cinq des six candidats à la montée dépassent donc les 5 millions d'euros de budget. La seule exception est Ravensburg, qui compte sur son effectif stable, confié à un nouvel entraîneur suédois (Johan Pennerborn)
Les principaux outsiders seront les deux étonnants demi-finalistes de l'an passé. Regensburg s'est développé économiquement avant même la rénovation de sa patinoire (prévue en 2027 et 2028) et recrute maintenant sans risque des étrangers déjà présents dans la ligue, dont l'ancien gardien de l'année Oskar Autio (ex-Rosenheim). Le club formateur compte toujours sur ses jeunes même si ses juniors ont été relégués après 14 ans au plus haut niveau (DNL). Bietigheim-Bissingen a toujours énormément de force offensive mais se distingue surtout par ses 4 gardiens de 21 ans (Felix Noack prêté par Mannheim) ou moins.
Tous les autres clubs seraient déjà très contents d'aller en préplayoffs, et donc d'éviter les terribles barrages de relégation. À l'Est, le niveau de Weißwasser dépendra toujours des joueurs prêtés par les Eisbären de Berlin, et celui de Crimmitschau aurait été meilleur sans les blessures que lors des deux dernières saisons, c'est pourquoi l'ex-entraîneur (2011-2014) Fabian Dahlem a été rappelé (de Glasgow) comme entraîneur des gardiens et surtout préparateur physique.
Les deux clubs aux patinoires vétustes seront marqués par la personnalité de leurs entraîneurs. En bon Finlandais, le nouveau coach de Fribourg-en-Brisgau, Johannes Nygård, n'hésite pas à faire jouer les juniors. C'est donc un véritable gâchis que le meilleur junior formé au club Niclas Hempel soit parti à Ravensburg parce qu'il était mécontent de son temps de jeu sur la saison écoulée... Appelé à Bad Nauheim pour une mission-express de 10 jours pour sauver le club en barrage de maintien, Kevin Gaudet s'est engagé avec une équipe très largement reconstruite. Un des rares joueurs devant rester, et qu'il connaissait déjà, Davis Koch, a fait défection en juillet en trouvant un boulot loin du hockey. En 34 ans de carrière de coach, Gaudet n'avait jamais eu autant de nouveaux (14), mais dans le lot il y a le vétéran canadien Allen McPherson qu'il a dirigé chez les Scorpions de Hanovre et en qui il a confiance même une division plus haut.
Reste l'intrigant cas Weiden, où la famille Seeger (le père président et le fils directeur sportif) fait ce qu'elle veut depuis le rachat du club. Les crises s'y accumulent. Le gardien placé par la famille Michael McNiven s'est blessé en présaison et devra être remplacé. Le coach Dave Matsos est absent pour raisons de santé (Mikhaïl Nemirovsky assure l'intérim). Le chouchou restant des fans, Luca Gläser, dernier joueur présent depuis quatre ans, n'est pas aligné et serait sur le départ...
Ces fragilités peuvent être exploitées par le promu inédit Memmingen, où les fans ont majoritairement admis eu une décision pourtant déchirante. Le capitaine de la montée Tyler Spurgeon a en effet été mis dehors parce que le club craignait qu'il éprouve des difficultés à suivre le tempo du niveau supérieur à 40 ans, et n'était pas sûr qu'il accepte un rôle réduit dans un effectif renforcé. Le vétéran continuera donc à jouer en Oberliga (à Heilbronn). Même pour ses ex-coéquipiers, la DEL2 est souvent un monde inconnu, et un seul étranger la connaît : le défenseur canadien Jamal Watson, longtemps passé par l'autre club de la région de l'Allgäu (Kaufbeuren qui a pris l'ascenseur dans l'autre sens) et qui revient d'une année britannique à Guildford.
Marc Branchu (photos : Nini Calimoutou, Pierre Maillard et Barbara Hébert)