Allemagne 2025/26 : bilan
En 2015, la fédération allemande de hockey sur glace (DEB) lançait le programme "Powerplay 26" qui visait notamment à développer la formation pour se mêler à la lutte pour les médailles à un horizon à dix ans. Les objectifs paraissaient alors extrêmement ambitieux, ils ont pourtant été atteints plus vite que prévu avec la finale olympique 2018 et la finale mondiale 2023. L'arrivée conjointe d'une génération de jeunes de haut niveau appuyait encore ce succès... même si elle était essentielle due à la génération 1995 formée avant "Powerplay".
Nous sommes aujourd'hui en 2026, l'année où devait se terminer le programme, et le bilan final est moins reluisant. Les moins de 18 ans ont été relégués de l'élite et les résultats de l'équipe nationale senior ont décliné. Quant au temps de jeu des jeunes joueurs en DEL, il a encore régressé par rapport à l'an passé. Les quotas de moins de 23 ans qui constituaient la trace la plus évidente du programme "Powerplay 26" sont presque contre-productifs, tant les équipes ont intégré qu'ils ne joueraient qu'au bout du banc. La diminution du nombre d'étrangers en DEL, qui faisait partie de l'accord, a été abandonnée en cours de route et plus personne n'en parle. La DEL est toujours dominée par des staffs nord-américains et la place laissée aux jeunes y demeure de loin la plus faible des grands championnats européens. Avec l'échéance de l'ancienne, la fédération est bien obligée de lancer une nouvelle stratégie ("DEB 2034"), mais elle contient plus de vœux pieux et de mesures symboliques que de grandes révolutions.
Les résultats commentés du championnat allemand
Les clubs de DEL
Berlin (1er) : Partir en pleine gloire
Le champion Berlin a longtemps paru vivre une saison maudite. La rupture du tendon d'Achille du défenseur majeur en supériorité numérique Kai Wissmann ne fut que la première d'une longue série de blessures, dont deux pour le tenant de la couronne de meilleur marqueur de la ligue Ty Ronning. Les Eisbären ont passé presque toute la saison entre la sixième et la septième place, laissant la qualification directe en quart de finale incertaine. Elle était finalement obtenue en finissant par cinq victoires.
Et puis, les playoffs venus, les Eisbären redevinrent mentalement invincibles. Ronning redevenait le meilleur marqueur des séries. Le Britannique Liam Kirk continuait d'enfiler les buts comme des perles, 41 au total. Même Les Lancaster, le défenseur que Munich avait sous contrat sans le déclarer pour ne pas occuper une licence d'étranger et qui n'avait pas vraiment convaincu à son poste en arrivant à Berlin, mettait même 6 buts en jouant en attaque en quatrième ligne. Le danger pouvait venir de partout.
Le MVP des séries ne fut aucun de ceux-là, mais Jonas Stettmer. Numéro 2 derrière Jake Hildebrand depuis son arrivée dans la capitale il y a trois ans, le gardien originaire de Straubing a peu à peu supplanté l'Américain jusqu'à être désigné numéro 1 pour les play-offs. Sorti au match 2 de la demi-finale, Stettmer récupérait sa place quand Hildebrand se blessait au match 4. Il a fini les play-offs à 95% d'arrêts et a même été appelé en équipe nationale pour le championnat du monde (où il a vécu un petit calvaire face à la Suisse). Une sortie triomphale avant de quitter Berlin puisqu'il avait déjà signé pour son ancien club Ingolstadt.
Un autre départ avait été tenu bien plus secret par le club, celui du coach champion Serge Aubin. Quand il avait été contacté par Berne fin 2025, le Québécois avait pourtant joué cartes ouvertes avec le manager Stéphane Richer, et l'avait tenu au courant des négociations qui s'étaient déroulées pendant la pause olympique. Son souhait de partir a pris les supporters par surprise, pas ses dirigeants qui comprennent sa volonté de nouveau challenge. Il n'a plus rien à prouver dans une DEL où il n'a jamais perdu une série et laisse des souvenirs marquants à tous. Il suffit d'entendre les mots de Marcel Noebels - pourtant disparu des premières lignes cette saison et lui aussi sur le départ - qui décrit un entraîneur très important pour lui sur le plan humain, un homme dont les conseils ont "changé sa vie".
Cologne (2e) : un gardien en guise de cadeau d'adieu
Si les tractations d'Aubin étaient secrètes, on savait déjà depuis le 15 octobre que Kari Jalonen retournerait dans son pays (pour entraîner Tappara). Une lourde perte tant c'est le Finlandais qui a redonné une crédibilité aux Kölner Haie. On se demandait s'ils se remettraient de cette annonce précoce, survenue de surcroît 5 jours après la blessure au genou du gardien Felix Brückmann.
Jalonen faisait alors un cadeau d'adieu. Il contactait par ses réseaux Janne Juvonen, un gardien disponible qui affiche le même calme olympien que l'entraîneur au patronyme assez voisin. Le renfort tardif Juvonen a carrément été élu meilleur joueur de la saison régulière de DEL avec ses 93% d'arrêts, un pourcentage maintenu en playoffs. Il a grandement participé à une fantastique série de 16 victoires - record absolu de la ligue - qui installait le KEC dans une première position inédite depuis 2000, et en grand favori.
En demi-finale attendait Berlin qui avait infligé des roustes mémorables à Cologne lors de la finale 2025. Les requins semblaient maintenant mieux armés pour résister, mais leur aréna multi-fonctions est à la fois un atout (ils ont été le premier club en Europe à dépasser 18 000 spectateurs de moyenne) et un handicap. Ses indisponibilités ont obligé en effet à inverser l'ordre de priorité des rencontres. Chacun restant maître chez soi, le KEC perdait le bénéfice de son statut de tête de série n 1 en devant courir après le score, s'inclinant finalement à domicile au match 6.
Cologne retrouvera la CHL après 11 ans d'absence et est redevenu un grand club sous Jalonen, mais sans remporter de titre. Il devra le faire avec un autre tacticien du cercle polaire, au sang plus chaud (Thomas "Bulan" Berglund de Luleå). Il faudra refonder la défense, qui était à l'image de l'entraîneur avec moitié de Finlandais. Mais Juvonen est là pour durer, re-signant pour trois ans. Les deux meilleurs marqueurs aussi. Gregor MacLeod, fils de l'entraîneur de l'équipe d'Allemagne féminine (Jeff MacLeod), a prolongé à l'automne jusqu'en 2028. Son nouveau partenaire danois Patrick Russell, recrue très efficace, avait heureusement signé à l'origine pour deux ans.
Mannheim (3e) : le coach a enfin trouvé son groupe
Mannheim-Berlin, c'est le grand classique des playoffs de DEL : les Adler avaient gagné les trois premières confrontations face aux Eisbären entre 1998 et 2002, mais les Berlinois ont remporté les huit dernières séries depuis 2005 ! La finale 2026 n'a pas échappé à cette nouvelle règle.
Cette défaite s'inscrit néanmoins dans une progression régulière. Septième place en saison régulière et quart de finale en 2024, puis quatrième et demi-finale 2025, puis deuxième et finale en 2026 : l'ex-entraîneur de NHL Dallas Eakins a franchi une marche à chaque fois, et semble mieux s'adapter. Même le temps de jeu des jeunes Maximilian Heim et Yannick Proske a progressé pour s'inscrire dans une rotation régulière à 5 contre 5, avec des lignes équilibrées.
Dallas Eakins a maintenant trouvé son groupe. Alors qu'il se plaignait à son arrivée de se faibles marges de man uvre pour changer l'effectif, il ne manifeste plus la même volonté de changement désormais. Sur les 15 joueurs qui étaient en fin de contrat à l'issue de la saison, 12 ont ainsi été prolongés très tôt, avant la trêve olympique. Dans cette équipe dont le meilleur marqueur a été un défenseur (l'offensif Nicolas Mattinen qui a bien profité de la couverture défensive de son partenaire Dan Renouf), il manque toutefois un buteur. C'est pourquoi les Adler vont faire revenir de KHL Brooks Macek.
Et heureusement, Eakins restera bel et bien pour diriger le groupe qu'il a construit. Mannheim a eu quelques sueurs froides quand son nom a circulé pour les deux derniers postes d'entraîneur-chef ouverts en NHL à Los Angeles et à Toronto.
Munich (4e) : l'agressivité n'a pas payé
Après huit journées, Munich était onzième et les supporters pas du tout habitués au bas de tableau étaient déjà impatients. C'est alors que Les Lancaster a été sacrifié (il finira champion à Berlin) et que le gardien canadien Antoine Bibeau a été embauché. Une décision d'autant plus indispensable, a posteriori, que le gardien Mathias Niederberger se blessait en novembre et restait toujours très loin de sa meilleure forme.
Les dirigeants ont en revanche laissé le temps au nouveau coach Oliver David de faire ses preuves. La difficile adaptation était normale car c'était la première fois que l'EHC Red Bull changeait vraiment de système après plusieurs entraîneurs qui s'inscrivaient dans la lignée de la légende Don Jackson. Le jeu plus agressif souhaité par David, éprouvé à Salzbourg dans un championnat autrichien très physique, "explosait" dans un quart de finale très houleux contre Ingolstadt. Elle aboutissait à la suspension-record de 14 matchs de Fabio Wagner, un joueur à la bonne réputation, qui a payé pour les autres après des mois de laxisme. De nombreux récidivistes avaient pris 1, 2 ou 4 matchs (St-Denis) et il y avait déjà eu un grand débat à l'automne sur la faiblesse des sanctions en DEL...
En demi-finale, ce fut une autre paire de manches. Bibeau avait été intensivement observé par Mannheim, qui avait été intéressé par lui durant l'été, et l'adversaire avait donc eu tout le temps d'identifier ses points faibles. À l'inverse, les jolies combinaisons du duo offensif Taro Hirose - Adam Brooks n'aboutissaient plus face à Franzreb, qui remportait le duel des gardiens. Munich passera donc une troisième saison consécutive sans la CHL.
Straubing (5e) : le pire adversaire possible en quarts
La présence des quatre grands clubs en demi-finale a inquiété les observateurs : la DEL est-elle devenue un festin réservé aux gros ? Les outsiders n'ont-ils aucune chance ? La saison des Tigers de Straubing prouve pourtant le contraire : ils ont dépassé pour la première fois de leur histoire la barre des 100 points, emmenés par une recrue-phare, le Canadien Nick Halloran, qui a dynamisé l'attaque avec un jeu fondé sur la vitesse, et qui a fini quatrième marqueur de la ligue.
Avec seulement 6 jours de pause accordés par le coach Craig Woodcroft sur les quatre semaines de trêve olympique, les Tigers ont gardé leur élan (série en cours de 9 victoires) mais ils ont peut-être manqué de fraîcheur. Surtout que le jeu physique - si important en playoffs - n'est pas vraiment le point fort de certains attaquants-clés comme Halloran ou la révélation Elis Hede, qui l'a parfois accompagné en première ligne. Mais de la fraîcheur, le gardien Henrik Haukeland en avait encore assez pour conduire la Norvège à une incroyable médaille mondiale. Celui qu'on annonce en KHL n'a pas eu cette même réussite en club.
En fait, Straubing a surtout joué de malchance : s'améliorer autant et finir troisième pour retomber en quart de finale contre l'épouvantail Berlin, "caché" en sixième position à cause des blessures qui l'ont affaibli. Les Tigers ont toujours été éliminés par les Eisbären, mais ils n'ont jamais été aussi proches que cette année, ne s'inclinant qu'en prolongation du match 6 à l'extérieur. De quoi garder confiance pour viser encore le titre si jamais les ours blancs si gloutons sont enfin repus...
Ingolstadt (6e) : engourdis par l'hiver
Jusqu'à la fin de l'automne, Ingolstadt était encore l'équipe de référence de la DEL : première du classement grâce à une série-record de 11 victoires et quart de finaliste de la CHL, sortie seulement par le futur champion Frölunda en ayant donné du temps de jeu aux jeunes (courage que l'on ne s'autorise pas en championnat). Riley Barber était l'attraction de la ligue par la qualité de son tir du poignet, mais savait aussi servir de bonnes passes à ses coéquipiers si la défense adverse se concentrait sur lui.
Malheureusement, sitôt l'hiver arrivé, une nuit froide s'abattait soudain. Ingolstadt glissait inexorablement au classement et n'arrivait plus jamais contre une équipe mieux classée. Un mauvais présage pour les play-offs, après avoir perdu l'avantage de la glace et les trois dernières confrontations lors du derby de Haute-Bavière face à Munich. Un présage confirmé par une élimination en 6 rencontres, avec trois blessés et une polémique sur la rugosité des adversaires. Mais la panthère n'abordait ce genre de série physique de la meilleure manière, avec un taux trop faible de duels gagnés.
Force est de constater que toutes les recrues n'ont pas autant cartonné que Barber. L'écart de +/- était abyssal en défense entre le fiable international Leon Hüttl (+24) et l'auteur du but du titre ECHL de Trois-Rivières Chris Jandric (-14), devenu étranger surnuméraire à cause de ses mauvaises décisions sur la glace. Le même sort attendait en fin de saison le jeune gardien Brett Brochu, talentueux mais pas au niveau d'un titulaire : 89% en saison et régulière et 79% en play-offs où il a perdu sa place dans les cages au profit du double passeport Devin Williams.
Bremerhaven (7e) : un rajeunissement aussi naturel que les playoffs
Cela fait dix ans que Bremerhaven est en DEL. Dix ans que le club de la Mer du Nord accède toujours aux playoffs comme si c'était devenu la chose la plus naturelle du monde. La qualification n'a jamais fait le moindre doute cette saison malgré une cascade de blessures, dont le premier gardien Kristers Gudlevskis et le capitaine Jan Urbas. Il y avait toujours au moins deux absents à chaque match. Longtemps meilleur marqueur, le jeune Bennet Rossmy a ainsi vu son excellente saison s'achever prématurément.
Ces péripéties ont prouvé si besoin que Bremerhaven n'a plus aucun souci de profondeur. Très dépendant autrefois de son premier trio slovène, le club ne s'inquiète plus guère de voir Urbas et Ziga Jeglic repartir au pays. On ne souhaitait apparemment pas s'aligner sur la durée de contrat de 3 ans offerte par l'Olimpija Ljubljana aux deux vétérans. La pyramide des âges des Fischtown Pinguins va être corrigée, et tant pis pour les figures d'identification. C'est ainsi Ross Mauermann ne s'est pas vu proposer de nouveau contrat après dix ans de bons et loyaux services, toute sa carrière pro après sa sortie d'université en fait.
Cela ne signifie pas que l'on veut changer à tout prix. Bien au contraire, Bremerhaven gardera tous ses 8 défenseurs l'an prochain, cas rare en DEL. Ludvig Byström a été le patron de ces lignes arrières (où les deux internationaux danois Phillip Bruggisser et Nicholas B. Jensen ont été parmi les pensionnaires de l'infirmerie) et, surtout, Rayan Bettahar s'y est développé de façon spectaculaire. La Mer du Nord est aujourd'hui une destination où les jeunes hockeyeurs peuvent progresser, et une destination que ne dédaignent pas même les actuels titulaires en équipe d'Allemagne (Parker Tuomie arrivera ainsi de Cologne cet été).
Schwenningen (8e) : niveau parfaitement stable... mais glace penchée ?
Schwenningen commence aussi à s'habituer aux playoffs. En 13 ans depuis la remontée en DEL, c'est seulement la quatrième fois que le club de la Forêt-Noire accède aux play-offs, mais la troisième fois en trois saisons pour l'entraîneur Steve Walker, vite prolongé dès novembre dernier jusqu'en 2028. Les Wild Wings ont toujours un collectif équilibré avec des lignes homogènes. Il a juste manqué un attaquant étranger sortant du lot, en plus d'Alexander Karachun qui a été l'attaquant né en Allemagne le plus efficace de la ligue (24 buts). Proche aux tirs à chaque match, Schwenningen n'a jamais trouvé la clé en quarts de finale face à Cologne et au gardien Juvonen.
Le risque que l'équipe vieillisse en se reposant sur ses lauriers semble avoir été évité. Ayant trouvé une entente immédiate avec le nouvel entraîneur des gardiens, Joacim Eriksson a retrouvé son niveau de performance. Les jumeaux Spink, effectivement en déclin, iront jouer en DEL2 à Dresde. Les défenseurs Thomas Larkin et Ben Marshall prennent tous deux leur retraite : si l'Américain a connu plus de sautes de concentration et de pertes de palet, le capitaine italien est parti en pleine gloire.
Schwenningen se rénove... et rénovera sa glace cet été avec trois ans d'anticipation sur le calendrier initial de travaux. 3,5 millions d'euros seront investis. Le système de réfrigération sera revu en remplaçant l'ammoniac par le glycol. La dalle sera aussi refaite. La rumeur qui court veut le but visiteur (au premier et au troisième tiers) soit quelques centimètres plus bas que le but local : était-ce donc la raison de la force historique de l'équipe à domicile ?
Wolfsburg (9e) : virer un ami proche
Wolfsburg a passé tout le championnat dans les mêmes eaux tranquilles que Schwenningen, mais en a été beaucoup moins satisfait. Le club était habitué à viser beaucoup plus haut. Malheureusement, hormis le vieux capitaine Spencer Machacek toujours aussi impliqué, les Grizzlys avaient des meneurs étrangers trop inconstants, à l'image de Matt White, meilleur marqueur depuis deux ans mais trop souvent transparent, ou en défaut défensivement. C'est la raison pour laquelle la carrière du Canadien (double champion avec Berlin) se poursuivra en DEL à Kassel. Comment retrouver l'état d'esprit qui avait fait la force de l'équipe ?
Au début de la trêve olympique, le manager Karl-Heinz Fliegauf file en Amérique du Nord et rencontre à New York l'ancienne figure de Wolfsburg pendant 13 ans (comme joueur, scout puis assistant-coach) Tyler Haskins, qui lui a dit viser un poste d'entraîneur-chef en Europe. Il se met d'accord sur un contrat de deux ans... et anticipe même son arrivée début mars quand les Grizzlys repartent mal après la pause. Le coach Mike Stewart est donc sacrifié quelques mois avant la fin de son contrat, malgré les liens personnels. Fliegauf l'explique : "Indépendamment de la situation sportive, Mike a été avec mes enfants la personne la plus importante de mon entourage à l'époque où ma femme et mon père sont décédés. Je lui en serai toujours reconnaissant. À la fin il ne s'agit pas de Mike Stewart ou de Charly Fliegauf, mais d'une décision pour le bien du club."
Difficile d'en vouloir à Haskins, arrivé à cinq journées de la fin, pour l'élimination en pré-playoffs devant Schwenningen malgré l'avantage de la glace. C'est l'an prochain qu'on le jugera. C'est l'an prochain que l'on verra si se confirme la fantastique progression de Julian Chrobot (25 ans) qui a triplé son total de points et obtenu la meilleure fiche +/-. Ce sera aussi une seconde chance pour Sven Ziegler : recrue-phare de l'été dernier après une saison à 25 buts (à Nuremberg), il avait mis 1 but en 15 rencontres et en avait passé 5 en tribunes car même sa place de titulaire était remise en cause. On se demandait s'il ne risquait pas de quitter Wolfsburg avant l'heure avec un tel bilan... quand il s'est gravement blessé à l'épaule et a vu sa saison mal commencée s'achever.
Nuremberg (10e) : de la merde ("Scheiße" en VO)
"Sortir au premier tour, ce n'est pas une réussite. C'est de la merde." Cette phrase sans ambages du directeur sportif Stefan Ustorf prouve qu'après une cinquième qualification en pré-playoffs de suite, Nuremberg s'y est habitué et ne s'en contente plus. Les Ice Tigers avaient pourtant le meilleur marqueur du championnat, Evan Barratt, qui a même battu le record de passes en une saison du club d'un certain Steven Reinprecht. Ils ont aussi vu progresser le centre complet Samuel Dove-McFalls jusqu'à atteindre l'équipe nationale. Mais ça n'a pas suffi.
Après un duo allemand l'an passé, l'arrivée d'un gardien étranger n'a en effet pas amélioré la situation comme espéré. Evan Fitzpatrick, pas meilleur que son concurrent, a été quand même préparé pour être numéro 1 dans les dernières semaines. Mais après trois titularisations de suite marquées par de mauvais buts, il a fallu changer de plan en catastrophe. Niklas Treutle a repris sa place au dernier match de saison régulière puis en pré-playoffs. L'entraîneur Mitch O'Keefe - lui-même ancien gardien notamment du côté d'Amiens - ne cache pas que cette situation ne correspondait pas aux attentes : "Quand on engage un import, c'est pour être numéro 1, mais finalement c'est Niklas qui a cette position."
Revenir à des gardiens allemands la saison prochaine permettra de passer à trois étrangers en défense. Le temps de jeu d'Owen Headrick (plus de 24 minutes par match) était un peu excessif, il a été le plus utilisé du championnat. Les lignes arrières ont aussi pâti de la rupture du tendon d'Achille de leur doyen Constantin Braun. Recruté à sa place en décembre, l'autre ex-international Sinan Akdag a mis du temps à se remettre dans le rythme de la DEL et à s'adapter à ses coéquipiers.
Augsbourg (11e) : un joueur en clinique psychiatrique et un entraîneur menacé de paralysie ?
Après trois années à échapper de justesse à la relégation (deux fois par repêchage puis une fois sportivement), Augsbourg pourrait se contenter de n'avoir jamais été concerné par le problème. Mais ce n'était pas tout à fait à la hauteur des espérances initiales. Les play-offs étaient l'objectif, mais l'illusion n'a duré que deux mois. Les Souabes sont sortis de la zone de qualification à mi-championnat et n'y sont jamais retournés. La saison s'est finie à la onzième place, en encéphalogramme plat. Un peu à l'image des statistiques du capitaine Maximilian Renner : fiche de -18 et aucun but en 145 matchs de DEL joués pour le club (record dur à battre ?).
Un autre joueur avait déjà quitté l'équipe par la toute petite porte. Florian Elias a frappé sa copine au réveillon du Nouvel An puis a été arrêté par la police en état d'ivresse au volant : aussitôt exclu de l'équipe, il a annoncé dès le lendemain son entrée en clinique psychiatrique... Le club a rompu son contrat et n'a plus de contact avec lui.
Cette litanie de mauvaises nouvelles s'est poursuivie quand l'entraîneur Bill Peters a appris en mai qu'il souffrait du syndrome de Guillain-Barré, une affection neurologique rare qui entraîne une paralysie progressive. Le directeur sportif Larry Mitchell que cela ne changerait rien. Il continue d'échanger avec le coach, content de parler hockey depuis l'hôpital pour se distraire de ses ennuis de santé. Peters a promis d'être présent à la reprise de l'entraînement mi-août.
Iserlohn (12e) : une culture du développement et non de mercenaires
Stefan Nyman avait refusé un contrat de 3 ans en Suède pour un club qui avait connu 7 entraîneurs en 7 ans. Voilà qui un pari qui paraissait pour le moins risqué ! Et pourtant. Le coach n'a vraiment ressenti la pression qu'une fois, avant un duel pour le maintien à Dresde fin novembre... où Iserlohn a remporté sa plus large victoire (6-1). Alors qu'elle avait perdu 17 fois en 21 journées jusque là, l'équipe s'est nettement améliorée. Même si le retard était trop grand pour que cela se voie au classement, les Roosters auraient figuré dans un top-6 virtuel sur la seconde moitié du championnat.
Si Nyman a pu travailler aussi sereinement, avec la formation la moins pénalisée de la ligue, c'est parce que le directeur sportif Franz Fritzmeier, arrivé au cours de la saison précédente, a apporté une culture du développement à long terme. Un environnement dans lequel s'est relancé Daniel Fischbuch, engagé comme capitaine et devenu meilleur marqueur de l'équipe avec 45 points dont 18 buts. Fischbuch a repris pied en équipe nationale pour le Mondial... où il s'est cassé le pied. Mais après une si bonne saison, il a obtenu un contrat chez un favori à Cologne.
Les Roosters ne manqueront néanmoins pas de leadership. Le défenseur Colin Ugbekile a été impressionnant, dépassant encore les 40 points (43) et obtenant une fiche de +10 dans une équipe où personne d'autre ne dépasse +1. Deux Allemands comme meilleurs marqueurs, c'est un changement culturel à Iserlohn, qui remettait souvent son destin aux mercenaires de passage. Même parmi les étrangers, l'état d'esprit a changé. Un Tyler Boland est aujourd'hui un cadre respecté du vestiaire et rempilera pour une quatrième saison.
Francfort (13e) : une saison viciée dès le départ
Dès le début de saison, passé en dernière position avec 0 point en cinq journées, on sentait quelque chose de vicié à Francfort. Débouté en justice après avoir tenté de se débarrasser de lui par un examen médical douteux, le club avait payé plus de 100 000 euros en dédommagement pour annuler la seconde année de contrat de Juho Olkinuora. Le témoignage public du gardien finlandais sur instagram a été soutenu par plusieurs joueurs passés et actuels des Löwen, on voit donc vers où est allée la sympathie du vestiaire...
Cette décision a été d'autant plus coûteuse a posteriori que le poste de gardien a été un souci constant. Après son échec à Cologne, Mirko Pantkowski a de nouveau déçu dans un rôle de titulaire en DEL (88% d'arrêts). Mais l'ex-gardien de NHL Dustin Tokarski n'a vraiment pas fait mieux. Arrivé en décembre, il n'a arrêté que 83% de tirs en 5 parties et on l'a laissé partir en février.
L'expérience en DEL du préparateur physique français Johan Merbah (voir interview) n'a donc duré qu'un an - il ira à Düsseldorf en DEL2 - mais le problème de Francfort n'était clairement pas physique. Il était mental, avec des rechutes régulières. Le remplacement de Tom Rowe à la trêve de novembre par un des entraîneurs les plus réputés de la ligue - Tom Pokel fort de son long mandat réussi à Straubing - a eu un bref effet psychologique avec 3 victoires en 5 rencontres... avant une nouvelle série de 9 défaites. Francfort s'est résigné à jouer seulement le maintien, et Pokel à préparer la prochaine saison en constatant tout ce qu'il y avait à refaire.
Essayons de trouver le positif. Linus Fröberg, qui était un attaquant défensif en Suède, a de plus en plus souvent joué défenseur au cours de la saison pour bénéficier de sa vision du jeu réfléchie : cela ne l'a pas empêché de finir meilleur marqueur. Les jumeaux Kose, que Francfort a refusé de prêter à son partenaire Bad Nauheim même quand il n'y avait plus d'enjeu en fin de saison de DEL, ont eu des temps de jeu corrects, supérieurs à bien des U23 plus âgés, alors qu'ils n'ont eu que 19 ans en janvier.
Dresde (14e) : désastre sportif mais club encore en croissance
Les vétérans avaient permis à Dresde de monter en DEL, mais on était sceptique sur la stratégie de construire encore une équipe de "vieux" dans une division qui exige un rythme supérieur. Emil Johansson était le seul défenseur rapide même s'il prenait parfois un peu trop de risques. La marge de manoeuvre était réduite car toutes les licences d'étrangers étaient déjà dépensées quand l'entraîneur Niklas Sundblad et Matthias Roos - les deux artisans de la promotion - ont été écartés de leurs fonctions fin novembre. Roos avait refusé d'élargir l'organigramme, Dresde était donc le seul club de DEL sans préparateur athlétique ni entraîneur des gardiens, ni coach vidéo. L'adjoint Petteri Kilpivaara (seul membre du staff conservé) était l'homme à tout faire dans ses domaines.
Le nouveau coach Gerry Fleming trouve une condition physique défaillante et évoque un phénomène général selon lequel les joueurs travailleraient moins bien après un titre. Toujours est-il que Dresde ne relève jamais la tête et redescend sans le moindre espoir avec 27 points de retard sur l'avant-dernier. Les Eislöwen ont même été la pire équipe de l'histoire de la DEL sur une saison complète (seul Krefeld a connu une pire moyenne de points la saison du COVID). Ils ont clairement abandonné avant la fin, même si le directeur général du club Maik Walsdorf s'est défendu d'avoir allégé l'effectif en fin de saison en expliquant que tous les départs étaient à l'initiative des joueurs. C.J. Suess avait ainsi annoncé partir dans sa famille aux États-Unis... et signé à Krefeld.
En revanche, Walsdorf a annoncé préparer très tôt une équipe pour la saison prochaine de DEL2, sans attendre de savoir si le champion monterait, pour ne pas se retrouver dans la situation des précédents relégués Bietigheim et Düsseldorf qui avaient dû repartir tardivement de presque zéro. Son objectif est d'être constamment dans le "top-18 des clubs allemands". Tomas Andres, l'ancien joueur de Nice et de Lyon déjà sous contrat pour la saison prochaine, a même prolongé jusqu'en 2030 et dit vouloir rester "pour toujours" dans ce club avec lequel il a explosé.
Dresde espère avoir grandi lors de cette saison dont le bilan économique a été aussi solide que le bilan sportif était raté : le budget a été bouclé à 9 millions d'euros ! La DEL a donc un goût de reviens-y.
Premier : Krefeld. Début mars, le KEV a annoncé le départ en fin de saison du directeur sportif Peter Draisaitl, arrivé (comme coach) il y a trois ans. Il restera pour les Pinguine l'homme qui a recruté Max Newton par sa connaissance du championnat slovaque. Rejoint par son ex-coéquipier de Michalovce Matthew Santos, Newton a terminé meilleur marqueur de saison régulière une seconde fois consécutive... et il a surtout été MVP des play-offs ! Les deux hommes formaient le premier trio avec l'ex-international Philipp Gogulla, venu au départ s'entraîner à Krefeld en attendant un contrat en DEL... et qui montera finalement dans cette ligue avec le club rhénan.
"Beaucoup avaient dit pendant la saison que nous ne pourrions pas gagner le titre avec notre équipe de vieux messieurs", a rappelé Marcel Müller après le titre. Il est revenu de blessure en finale pour remplacer le capitaine Alexander Weiss, autre vétéran victime d'une fracture de la main. Le collectif mis en place par l'entraîneur Thomas Popiesch était sans égal et n'a connu aucune défaite en play-offs.
L'incertitude n'était même plus sportive, uniquement financière. Le dirigeant Peer Schoop avait eu un discours très prudent au sujet la montée et semblait calmer les ardeurs. Mais celui qui s'est pris au jeu des playoffs en se laissant lui aussi pousser la barbe s'est finalement laissé convaincre. Les sponsors ont réagi positivement pour augmenter leur contribution et le public le plus nombreux de l'histoire de la DEL2 retrouvera logiquement le niveau supérieur, quatre ans après la relégation.
Deuxième : Kassel
. Troisième finale perdue en six ans : les Huskies ont encore échoué à remonter. Cette fois-ci, ils n'étaient pas favoris... mais ils n'ont même pas gagné un match en finale et cela rend la défaite encore plus cuisante. La saison avait débuté par le conflit larvé avec le gardien Brandon Maxwell, dont on ne voulait plus mais qui a utilisé l'option de prolongation incluse dans son contrat pendant sa convalescence. Maxwell n'a joué qu'un match, devenu superflu parce que le jeune Philipp Maurer est devenu numéro 1.Le problème était ailleurs. Kassel n'a pas eu de vrais leaders étrangers. Tyler Benson (28 matchs de NHL en carrière avec Edmonton), en progrès au fil du championnat au point de devenir meilleur marqueur, est ainsi passé de la meilleure fiche de l'équipe en saison régulière (+29) à la pire en playoffs (-5)... après avoir prolongé son contrat en février.
Et que dire du défenseur Bode Wilde ? Le directeur sportif Daniel Kreutzer n'a pas mâché ses mots à son sujet dans Eishockey News : "Il doit faire le pas suivant la saison prochaine. Il doit apprendre ce que c'est de jouer du hockey d'hommes, pour pouvoir aussi passer l'examen des play-offs. Il a encore beaucoup à apprendre. Après avoir été mis sur le banc, il a déjà été meilleur. Bien sûr, nous aurions eu encore plus besoin de notre meilleur défenseur en finale." Joueur étonnant que ce Bode Wilde, qui avait été drafté par les Islanders puis libéré par l'organisation pour refus de vaccination pendant le Covid-19, et qui dit pourtant toujours croire à la NHL à 26 ans. Le "pas suivant", il le fera en étant recruté en DEL (par Schwenningen), surtout à la faveur de son passeport allemand !
Troisième : Bietigheim-Bissingen. Une plainte pénale, déposée en mars 2025 par deux anciennes kinésithérapeutes du club, accusait Alexander Dück, l'entraîneur de Bietigheim-Bissingen, d'avoir harcelé sexuellement l'une d'elles en octobre 2024 en lui caressant la jambe et en tentant de l'embrasser. Face à ces accusations gênantes, les Steelers ont fait jouer la présomption d'innocence jusqu'au bout. C'est en avril qu'une ordonnance pénale a été prononcée à son endroit, une sanction (non publique) que le coach germano-kazakh a accepté sans faire appel.
Cette fin de la procédure tombait au plus mauvais moment, la veille du match 6 de la demi-finale contre Kassel. Le club ne pouvait plus conserver un entraîneur cette fois reconnu coupable, et l'a renvoyé avec effet immédiat, peu importe si cela perturbait l'équipe battue et éliminée le lendemain (en prolongation).
Cette affaire a évidemment terni une saison qui aurait été sinon l'histoire d'une grande réussite sportive. Derniers après dix journées, les Steelers ont eu du mal à reprendre pied en DEL2. C'est alors que Cole Fonstad est arrivé. Cet attaquant spectaculaire, pas toujours investi défensivement (ce qui fut rédhibitoire tant à Straubing qu'en Finlande puis en Suède), est un dynamiteur d'offensive quand on lui laisse de la liberté. Avec l'Américain Jack Dugan, autre attaquant très doué mais avec une zone d'ombre (ses nombreuses pénalités inutiles), ils ont formé un duo dominant, pour remonter l'équipe en cinquième position et plus encore pour dominer Ravensburg en quart de finale.
Quatrième : Regensburg. Champion puis avant-dernier, Regensburg était attendu en bas de tableau... et a pourtant fini dans le top-6. La saison remarquable de constance s'est conclue en beauté par une qualification en demi-finale. Seul Krefeld était manifestement trop fort, vainqueur 8 fois sur 8 entre la saison régulière et les play-offs !
Le héros de ce championnat au-dessus des espérances a été Jonas Neffin. Pour sa première saison comme gardien numéro 1, ce grand travailleur passionné de hockey a démontré la qualité de sa posture et le bon usage de son énergie. Désigné joueur de l'année, Neffin a décroché un contrat pour les autres Eisbären, ceux de Berlin : il deviendra le numéro 2 des champions d'Allemagne. Neffin s'est distingué par la bonne collaboration avec ses défenseurs sur les rebonds et les angles de tirs. Il n'a d'ailleurs pas manqué de saluer son défenseur italien Patrick Demetz, qui a bloqué plus de 100 tirs, et le rôle important des défenseurs expérimentés Guillaume Naud et Pascal Zerressen qui amènent du calme. Tous trois resteront.
Il faudra en revanche déplorer le départ du dernier natif de Regensburg, Jakob Weber, que l'ex-entraîneur Max Kaltenhauser avait décrit comme "[son] étranger en défense" pour expliquer pourquoi l'équipe avait renoncé à en avoir à ce poste. Cette saison, Weber a perdu un temps sa place en powerplay, et même s'il l'a récupérée et a fini meilleur pointeur des lignes arrières, les exigences de son agent ont été jugées trop élevées pour lui proposer un nouveau contrat. Il est possible que les Towerstars puissent recruter un vrai étranger en défense la saison prochaine : cela dépendra d'un possible passeport allemand pour le meilleur marqueur Corey Trivino, ce Canadien fils d'Argentin qui porte le numéro 86 en référence à la Coupe du Monde ayant forgé la légende de Maradona.
Cinquième : Rosenheim. L'entraîneur et directeur sportif Jari Pasanen avait fait de bons choix durant l'été, même s'ils avaient été critiqués. Le collectif était en effet encore plus fort et homogène, finissant troisième de saison régulière malgré l'absence d'un gros marqueur. Dans un club qui a toujours compté sur un fort premier trio, un manque était ressenti.
Le buteur Ville Järveläinen était un peu trop seul à être efficace. On a essayé d'ajouter un sniper supplémentaire avec le joker Teemu Pulkkinen, blessé à son premier match fin octobre, mais vite indispensable en revenant au jeu un mois plus tard. Dès lors, il a fallu jongler avec un étranger surnuméraire entre Pulkkinen, les deux centres C.J. Stretch et Charlie Sarault... mais aussi le gardien Oskar Autio. Celui qui était considéré comme le meilleur portier du championnat était parfois remplaçant, concurrencé par le jeune Christopher Kolarz.
Autio n'en était guère heureux et il s'est entendu avec le club pour un départ. Le seul des cinq étrangers qui n'a manqué aucun match, c'est le défenseur Shane Hanna, modèle de condition physique qui absorbe son gros temps de jeu. Ce sera aussi le seul étranger à rester. Après avoir remodelé son fond de banc, Pasanen changera cette fois ses meneurs étrangers après la petite déception de l'élimination en quart de finale contre Regensburg.
Sixième : Ravensburg. Le vice-champion partait avec une équipe peu modifiée. On attendait une belle continuité... et il était seulement douzième à mi-championnat. Le club qu'on espérait plus attractif perdait ses hommes, aux postes inattendus. Le responsable du marketing (l'Autrichien David Keckeis) partait fin novembre vers le club de basketball de Tübingen et le "chef matos" depuis trois ans et demi (Oliver König) partait fin décembre dans un club de deuxième Bundesliga de football.
Dernier élément de cette saignée, le départ de l'entraîneur Bohuslav Subr vers Dresde était connu avant même les playoffs, les premiers abordés en capacité de montée avec un dossier valide. La remontée en quatrième position, avec une qualification directe en quarts de finale et même l'avantage de la glace... qui ne suffisait pas à éliminer Bietigheim. Il reste donc une pointe de frustration à cette saison.
Les Towerstars ont des briques solides à empiler pour remonter vers les sommets. L'exemplaire capitaine Robbie Czarnik, marié avec une patineuse artistique locale, a fini par obtenir la nationalité allemande à 36 ans. Et il a trouvé cette saison un nouveau complice en première ligne en Mark Rassell, le meilleur buteur de DEL2 devant Santos (l'homme qu'il avait remplacé !).
Septième : Weißwasser. La plus jeune équipe de la DEL 2 a encore réussi une saison au maximum de ses moyens. Lennard Nieleck, frustré de temps de jeu à Iserlohn et arrivé début octobre, y a trouvé un terrain idéal pour se développer : il a été élu meilleur espoir de la ligue à 22 ans et a été recruté par Mannheim.
Cette stratégie qui a fait leur force, les Lausitzer Füchse devront la poursuivre sans leur manager Jens Baxmann, parti à Dresde au 1er janvier pour préparer la saison prochaine. Une lourde perte car, s'il est jeune dans ce poste, il était déjà apprécié par son attitude constructive.
Celui restera le pilier de l'équipe, c'est le très sûr gardien Anthony Morrone, qui ne force jamais l'arrêt spectaculaire. Sa prestation légendaire au match 5 du quart de finale (55 arrêts dont 4 breakaways du meilleur buteur adverse Tristan Keck) a poussé Kassel à un sixième match, un résultat déjà exceptionnel pour un si petit club.
Huitième : Landshut. Entendre des joueurs se plaindre du manque d'efficacité, c'est commun. Entendre des joueurs avouer que l'efficacité est anormalement haute, c'est plus rare. L'entraîneur Uwe Krupp n'était pas dupe de la réussite de son équipe, qui n'avait jamais quitté le top-4 pendant toute la première moitié du championnat. Il voyait bien que son équipe, avec trois joueurs à plus de 30 buts playoffs inclus (Tor Immo, Trevor Gooch, Tobias Lindberg), se reposait un peu trop sur sa "facilité offensive" et son powerplay redoutable. Elle ne faisait pas les petits efforts suffisants pour apprendre à protéger un score et se faisait trop souvent remonter.
Lentement, l'EVL reculait. La huitième place finale le condamnait à un quart de finale contre l'épouvantail Krefeld... et à un balayage en quatre matchs. Le public a pourtant fêté ses joueurs après cette élimination sèche. Les Bavarois ont pu compter sur plus de 4000 spectateurs de moyenne, dépassant même l'affluence de la dernière saison en DEL à la fin du siècle dernier. Le club continue de grandir et dispose maintenant du label maximum "5+" pour la formation des jeunes. La pépite locale Tobias Schwarz restera d'ailleurs fidèle : il n'est pas aveuglé par le mirage de la DEL (avec des temps de jeu ridiculement bas) comme ses collègues de l'équipe d'Allemagne U20 et comprend qu'il se développe mieux dans sa ville natale sous la férule de Krupp.
Neuvième : Düsseldorf. Remis d'une descente qu'ils n'attendaient pas, les supporters de la DEG s'étaient remobilisés pour la découverte de la DEL2, mais ils ont encore souffert. Leur équipe a perdu la majorité de ses rencontres à domicile (15 sur 27). Elle n'a jamais été capable de jouer les premiers rôles. Lorsqu'elle est même tombée en douzième position à mi-championnat, un second entraîneur - Rich Chernomaz - s'est même fait virer dans la même année civile.
L'entraîneur autrichien Harry Lange est alors arrivé. Il a stabilisé l'équipe et a été prolongé deux mois plus tard. Son discours ouvert et direct, sans langue de bois, a été apprécié des fans. Exemple de propos qui ont plu aux supporters (moins aux clubs concurrents cités), cette interview au Rheinische Post : "Les joueurs doivent savoir ce que ça signifie de jouer dans une ville avec cette tradition et cette histoire. Ce n'est pas toujours juste cool, mais ça peut aussi être un poids à porter. Les joueurs doivent le savoir et le comprendre, sinon ils peuvent aller à Crimmitschau ou à Bad Nauheim." Après avoir fait ré-atterrir un budget de DEL2, dans l'inconnu pour elle, la DEG aura plus de moyens pour renforcer l'équipe mise à disposition de Lange l'an prochain.
Dixième : Crimmitschau. Les comptes sont en revanche au rouge vif à Crimmitschau, qui a laissé déraper les dépenses avec l'augmentation des coûts et les recrues supplémentaires en cours de saison. L'augmentation des affluences, avec près de 3000 spectateurs, ne suffit pas malgré un budget-record dans l'histoire du club (3,5 millions d'euros). Les actionnaires ont dû se mobiliser pour boucher le trou et présenter un dossier financier validé, avant même d'aller chercher de meilleurs attaquants étrangers qui seraient nécessaires.
Sportivement, les Eispiraten ont pourtant passé une grande saison. Ils ne sont jamais sortis de la zone de la qualification de toute la saison. Jusqu'à la toute fin d'année 2025, ils étaient même dans le top-6, mais le recul a commencé quand le patron défensif Mirko Sacher (fiche de +21) s'est blessé à l'épaule en décembre. Et puis, en janvier, c'est le capitaine et recordman des parties jouées pour le club Dominic Walsh qui s'est sérieusement blessé aux cervicales après un choc à l'entraînement : une nuit à l'hôpital puis une longue convalescence. La perte de ces deux joueurs-clés a fait mal.
Onzième : Fribourg-en-Brisgau. Peter Salmik était arrivé à Fribourg-en-Brisgau à 17 ans à l'été 1992 avec ses parents, venus en vacances... et jamais repartis en Slovaquie ! Il a consacré 34 ans de sa vie au club, à tous les postes. Devenu symbole de l'instabilité, le directeur sportif Salmik a viré 3 entraîneurs pendant les 2 dernières saisons, mais sa dernière décision lui a donné raison : le coach Martin Sloutkal ne pouvait plus rester après avoir donné un coup de crosse sur la main d'un jeune joueur à l'entraînement. Salmik l'avait compris avant ses dirigeants, qui ont compris le problème quand plusieurs sponsors ont menacé de se retirer.
Salmik avait déjà fait venir Juraj Faith à Fribourg-en-Brisgau quand était joueur de Mulhouse en 2003 et était toujours en contact depuis. Il voulait déjà l'embaucher il y a 4 ans, et c'est Faith qu'il a choisi pour remplacer Sloutkal. L'entraîneur slovaque a remonté l'équipe vers un maintien obtenu haut la main, malgré la perte prématurée du meilleur buteur Eero Elo (25 buts), blessé à l'épaule le 15 février. Deux semaines après la fin de saison, Salmik a été renvoyé et remplacé par un autre symbole local : Simon Danner, plus de 1000 matches pour l'EHC Freiburg et 19 sélections en équipe d'Allemagne, se réinvestit, lui qui dirige deux supermarchés dans la ville avec son frère. Plus étonnant, Faith a été viré à son tour pour "manque de communication" (un reproche contre lequel il s'insurge).
Douzième : Bad Nauheim. C'est une saison tristounette qu'ont vécu les Rote Teufel en bas de classement. L'entraîneur Peter Russell, pourtant réputé en DEL2, a été renvoyé fin janvier, sans forcément le regretter car il se dit que le Britannique avait déjà convenu de son avenir au pays à la tête de Milton Keynes la saison suivante. Après l'intérim de Máté Arany arrive le coach finlandais Antti Karhula, qui ne restera que 35 jours avec un bilan médiocre de 2 victoires pour 10 défaites.
C'est alors que l'éternel dirigeant du club Andreas Ortwein - qui doit enfin passer la main à un successeur en août - avoue sacrifier la volonté de hockey moderne incarnée par Karhula et Arany, tous deux renvoyés. Nous sommes à la veille des play-down, bien tard pour un changement, et Ortwein emploie en "mission commando" Kevin Gaudet, un entraîneur à l'ancienne qui est surtout connu pour savoir remotiver une équipe et en tirer le meilleur. Prenant les commandes du jour au lendemain, Gaudet ne connaissait que deux joueurs avec lesquels il avait travaillé, dont le gardien Jerry Kuhn, qui était en panne de confiance les semaines précédentes. Ce gardien Kuhn, qui avait dit "jouer par plaisir et non plus pour le prochain contrat", fera la différence en arrachant le maintien le jour des 40 ans. Grâce à lui, Bad Nauheim a gagné les quatre confrontations du barrage de relégation face à Weiden alors que les tirs étaient égaux au premier match et défavorables ensuite.
Treizième : Weiden. Les investisseurs canadiens avaient certes repris le club en faillite, mais leur gestion depuis lors a été très controversée. Dès sa première saison aux commandes, le Birch Group a annoncé des augmentations de prix de 31% (places assises) et 26% (places de bout)... en plein milieu de la saison, à partir de février ! Autant dire que le ticket pour une boisson gratuite offert en compensation n'a pas suffi à faire avaler la pilule au public. Mais ce qui n'est pas passé du tout, c'est que l'entraîneur de la montée, le très respecté Sebastian Buchwieser, a été démis de ses fonctions... parce qu'il n'acceptait pas l'ingérence du président Stephen Seeger dans le choix du gardien. La lettre ouverte des joueurs, expliquant qu'ils portent "l'entière responsabilité de la situation sportive", n'a pas du tout convaincu les supporters qui pensent que le texte a été écrit par Seeger.
Le directeur sportif Jürgen Rumrich engage Alan Letang, qui fut son coéquipier à Hambourg, mais qui connaît aussi les propriétaires. Le coach obtiendra le maintien face à une équipe encore plus mal en point (Kaufbeuren). Fin avril, Rumrich annonce son départ prochain de Weiden, même s'il continue pour trois mois son travail de recrutement sur le marché allemand. Son successeur est... Stephan Seeger junior, le fils du proprio ! Face à ce qu'ils perçoivent comme du népotisme et des réseaux de complaisance, les fans ne reconnaîtront plus leur équipe. Le capitaine et meneur de jeu Tomas Rubes (blessé depuis l'automne) ira à Rosenheim et sera remplacé comme premier centre par un autre joueur venu de Ligue Magnus (Michael Regush de Rouen).
Quatorzième et relégué : Kaufbeuren. L'embauche de Patrick Reimer comme directeur sportif de Kaufbeuren avait été annoncée en grande pompe la saison dernière, distrayant les supporters de résultats décevants. Belle histoire : une légende du hockey allemand - meilleur buteur de l'histoire de la DEL - choisissait ainsi d'investir sa reconversion dans son club formateur. Un an plus tard, quel est son bilan ? Trois entraîneurs consommés (Todd Warriner, le long intérim du duo Andrew Donaldson - Sebastian Osterloh puis le retour de Leif Carlsson) et une relégation après 17 années de présence ininterrompue en deuxième division. Reimer, qui a tout tenté en venant même en soutien sur le banc après les deux défaites initiales pendant la série de relégation, devra quitter ses fonctions. Son poste n'existera plus avec un budget d'Oberliga. Le futur entraîneur Sebastian Buchwieser (ex-Weiden) s'occupera aussi du recrutement.
Reimer est pourtant loin d'être le seul responsable de la situation. Il a dû composer à son arrivée avec un budget en forte baisse et les moyens supplémentaires ne se sont débloqués qu'à l'automne. Reimer n'a alors cessé de rajouter des renforts de bon niveau, mais ne pouvant ranimer un vestiaire déprimé. La formule des playdown de la DEL2 limite les possibilités de rattrapage. Pour remporter le barrage de relégation, il fallait battre 4 fois Weiden alors que l'adversaire n'avait besoin que de 3 succès... et que les quatre confrontations perdues en saison régulière ne plaidaient guère pour l'optimisme. Le dénouement était prévisible. L'ultime joker arrivé de Dresde fin février, Travis Turnbull, aura donc vécu le triste privilège d'être relégué deux fois la même année !
Les deux Finlandais naturalisés Sami Blomqvist et Jere Laaksonen, qui avaient porté l'équipe au plus haut et à demi-finales, ont plongé avec lui dans les abysses, méconnaissables. Ils auront l'occasion de se rattraper de cette saison individuellement et collectivement ratée car ils resteront une onzième saison pour essayer de remonter.
Promu d'Oberliga : Memmingen. L'ESVK sera remplacé par un club du même district de la Souabe bavaroise, Memmingen. Ce club peu connu, qui n'avait jamais intégré les deux premières divisions, forme des joueurs dans les petites catégories tel Markus Lillich : le MVP des playoffs d'Oberliga (26 ans) connaît déjà la DEL2, notamment avec... Kaufbeuren où il a passé ses années juniors. Le meilleur marqueur de l'équipe et auteur du but décisif de la montée, Félix Brassard, (qui avait été recruté en Oberliga par Peiting depuis Neuilly-sur-Marne il y a quatre ans), sera le seul étranger conservé pour cette aventure totalement nouvelle.
Si les 3900 places se sont très bien remplies dans cette saison victorieuse, Memmingen est limité par l'infrastructure de sa patinoire. Il faut en effet partager les vestiaires et la glace avec l'équipe féminine championne d'Allemagne. Or, le règlement de DEL2 prévoit que les visiteurs puissent se déplacent la veille et avoir droit à un entraînement sur place. De nouveaux vestiaires sont discutés avec la ville mais ne pourront ouvrir qu'en 2027/28. Le dirigeant des féminines a déjà fait savoir que son équipe joue aussi à haut niveau et ne peut pas voir ses conditions dégradées par la montée des hommes...
Marc Branchu