Suisse 2023/24 : présentation

 

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La National League

 

Genève-Servette : prêts pour le doublé

Champion en 2022-2023 pour la première fois de son histoire, Genève-Servette peut légitiment prétendre à sa propre succession. En premier lieu, le club grenat avait l’essentiel de son noyau dur sous contrat (Tanner Richard, Marco Miranda et Simon Le Coultre ont même étendu leur bail) et avait réussi à sécuriser les prolongations de Marc-Antoine Pouliot, Arnaud Jacquemet et Teemu Hartikainen assez tôt dans la saison.

Arrivé en fin de contrat à l’issue de la saison écoulée, et après avoir tout gagné (ou presque : il est notamment membre du Triple Gold Club), le Finlandais Valtteri Filppula aurait pu choisir de raccrocher les patins. Il n’en sera rien, puisqu’à 39 ans l’ancien des Red Wings a encore faim de hockey et prolonge son bail d’une année supplémentaire dans la Cité de Calvin.

Le grand changement dans l’effectif grenat est de ne plus voir Henrik Tömmernes patrouiller à la ligne bleue. Après six années passése à Genève (308 matchs playoffs inclus pour 249 points dont 73 buts), l’international suédois a décidé de privilégier sa vie de famille et retrouver son club de Frölunda. Le staff genevois ayant été prévenu en amont des intentions de Tömmernes, il a donc eu le temps de lui trouver un remplaçant (à supposer qu’on puisse remplacer « King Henrik »). Le directeur sportif Marc Gautschi a ainsi jeté son dévolu sur un autre Suédois en la personne de Theodor Lennström, un défenseur résolument offensif vu à son avantage avec Färjestad en 2022/23 (31 points dont 13 buts en 34 matchs). De l’avis général, Lennström est une bonne pioche. Il ne pourra le prouver qu'après un mois de convalescence car il s'est blessé à la cheville en CHL. Le départ de Linus Omark n’a quant à lui été rendu officiel qu’après la fin de la saison. Bien que sous contrat encore une saison, le fantasque ailier (capable de monter sur la glace en oubliant que son téléphone est coincé dans sa cuissette – et de le faire tomber ! – ou de jouer sans semelles dans ses patins) a fait comprendre à plusieurs reprises qu’il souhaitait retourner à Luleå. Pour le remplacer, Genève-Servette a réalisé un joli coup en mettant la main sur l’international finlandais (champion du monde et champion olympique) Sakari Manninen, éternel compagnon de ligne de Hartikainen en sélection et auparavant en KHL.

La cage genevoise sera toujours gardée par le binôme Gauthier DesclouxRobert Mayer. Ce dernier, ancien paria à Davos a été stratosphérique en playoffs (1,67 but encaissé, 93,4% d’arrêts et un titre – bien mérité - de MVP des séries) arrive en fin de contrat. Mais on imagine mal Mayer choisir une autre option que de prolonger son séjour au bout du Lac Léman.

L’une des inquiétudes qui plane sur le GSHC pourrait être l’âge de certains cadres (35 ans Arnaud Jacquemet et Marco Maurer, 38 ans pour Marc-Antoine Pouliot et Daniel Winnik ou encore 39 ans pour Valtteri Filppula) ou la motivation après un titre. Mais le coach Jan Cadieux l’assure au Blick : « D'habitude, après le succès, il y a 50% des joueurs qui se retrouvent dans une zone de confort et 50% qui en veulent plus. Il me semble que mon groupe a encore faim. » La gestion des efforts et de la fatigue sera donc un élément capital dans le succès ou non des Genevois, a fortiori avec la CHL en plus du championnat domestique.

Au final, les remous pourraient trouver leur origine hors glace puisque le club va retrouver son ancien homme fort Chris McSorley devant le tribunal des Prud'hommes à l’automne. Demis de ses fonctions à l’été 2020 alors qu’il était encore directeur sportif, McSorley réclame 7,7 millions de francs à Genève-Servette qui en retour demande 2,8 millions à l’ancien entraîneur, le tout sur fond de pressions…

 

Zurich : un titre, sinon rien

Favori au titre quasi-perpétuel depuis 25 ans, le dernier sacre de Zurich commence à dater (2018). La pression de gagner n’en est que plus forte sur bords de la Limmat, d’autant plus que l’exercice passé c’est soldé par un coup de balai administré par Bienne en demi-finale. Le remplacement de Rickard Grönborg par Marc Crawford en cours de saison passée est un échec. L’ancien coach de l’Avalanche présentant un bilan à peine équilibré depuis son retour derrière le banc. Il est d’ailleurs peut-être le seul véritable point d’interrogation pour les ZSC Lions, avec le poste de second gardien.

Zurich peut s’enorgueillir d’avoir réalisé LE transfert de l’intersaison en rapatriant Denis Malgin. Après avoir retenté sa chance en Amérique du Nord (21 points dont 13 buts en 75 matchs entre Toronto et Colorado en 2022/23), le joueur international a fait le choix de revenir en Suisse dans son club formateur puisqu’il est dans les rangs de l’organisation zurichoise depuis ses 13 ans. Avec 52 points en 51 matchs lors de sa dernière saison dans les rangs des Lions, nul doute que Malgin ajoutera du talent à une attaque qui n’en manquait pourtant pas.

En plus de Malgin, le contingent Zurichois s’est renforcé avec l’international letton Rūdolfs Balcers (en NHL/AHL l’année passée et 9 points en 10 matchs aux Mondiaux avec la sélection de la Lettonie), le Canadien Derek Grant (10 ans et 427 matchs de NHL, majoritairement avec Anaheim) et Jesper Frödén. Un peu court pour la NHL (seulement 21 matchs en 2 saisons entre Boston et Seattle) mais dominant en AHL (47 points en 44 matchs), Frödén avait été vu à son avantage avec Skellefteå entre 2019 et 2021. En plus de ses stars étrangères, les ZSC ont également recruté le précieux Yannick Zehnder (double champion avec Zoug) afin d’apporter de la profondeur à l’attaque.

La défense est inchangée pour le moment, mais plusieurs cadres (Phil Baltisberger, Mikko Lehtonen, Yannick Weber) y sont en fin de contrat. Enfin, Šimon Hrubec entamera la deuxième saison et dernière année de son contrat avec Zurich. Pas loin d’être le meilleur portier de la Ligue la saison passée (2,23 buts encaissés et 92,7% d’arrêts), il resterait une option de choix pour les ZSC avec la resignature de Genoni à Zoug. Reste à espérer qu’il évite les blessures, le ZSC ne disposant pas d’un back-up confirmé après le départ de Ludovic Waeber dans l’organisation de Florida en NHL.

 

Zoug : moins de clinquant mais toujours compétitif

Le double champion 2021 et 2022 est tombé. Il avait fait du three-peat et de la conquête de la CHL un objectif suprême, mais Zoug a chuté à chaque fois en demi-finale, à court d’inspiration contre le futur champion (respectivement Genève-Servette et Tappara Tampere).

Pour ce nouvel exercice, l’équipe de Suisse centrale a renouvelé la moitié de sa phalange étrangère. Jan Kovář (50 points en 52 matchs de saison régulière mais anormalement transparent en playoffs avec seulement 4 assists en 11 matchs), Niklas Hansson (limité à 23 matchs la saison passée pour cause de blessure) et Brian O'Neill (42 points en 50 matchs) poursuivent leur bail avec l’EVZ.

En revanche, exit Carl Klingberg (de retour à Frölunda), Christian Djoos (parti à Lausanne) ainsi que les renforts Adam Almquist (Munich), Carter Camper (Tappara) et Justin Abdelkader (sans contrat). Pour les remplacer, débarquent à la Bossard Arena le défenseur suédois Lukas Bengtsson (champion de SHL avec Växjö), la révélation Marc Michaelis - arrivé sans grandes références en National League, il a réalisé 39 points en 45 matchs avec Langnau – et petit attaquant suédois Andreas Wingerli au profil intriguant car pas considéré comme une « machine à buts » (une trentaine de points en moyenne sur ses trois dernières saisons de SHL).

Les départs de Yannick Zehnder (Zurich) et de Samuel Kreis (Berne) ont été compensés par les arrivées d’Attilio Biasca, de retour dans son club formateur après trois ans à Halifax en LHJMQ et d’Elia Riva qui quitte pour la première fois son Tessin natal.

L’EVZ pourra toujours compter sur sa colonie d’internationaux ou ex-internationaux (Tobias Geisser, Fabrice Herzog, Lino Martschini, Sven Senteler ou encore Dario Simion) au premier rang desquels Hofmann. Le natif de Bienne, pas épargné par les blessures (seulement 33 matchs joués pour 36 points) n’a pas eu l’impact escompté en séries (seulement 4 points en 11 matchs), ralenti par une blessure contractée en CHL.

Dès le début de la saison, Zoug a réglé le cas Leonardo Genoni en prolongeant son portier pour encore deux saisons à l’issue de son contrat actuel qui arrivait à échéance à la fin de la saison. A 36 ans, le gardien sortait d’une saison très en dessous de ses standards (2,67 buts encaissés et 89,8% d’arrêts) mais s’est relevé en playoffs (2,15 buts encaissés et 93,4% d’arrêts) et reste perçu comme une assurance tous risques.

Peut-être moins « épouvantail » sur le papier que les années précédentes en termes de talent brut – mais cette fois sans la fatigue de la CHL à gérer – l’EVZ présente encore un effectif de qualité sur lequel il faudra composer tout au long de la saison.

 

Bienne : gérer l’après Törmanen

Pour le vice-champion 2023, le grand défi est la succession d’Antti Törmanen par derrière le banc. En effet, touché par une récidive du cancer (il avait déjà dû se mettre en retrait il y a 3 ans pour se soigner), Törmanen est contraint de se retirer. Bienne et son manager général Martin Steinegger se sont ainsi mis en recherche d’un nouvel entraîneur pour prendre la suite de l’emblématique Törmanen (très apprécié de ses joueurs) avec le souvenir douloureux de la saison 2020-21 où l’assistant Lars Leuenberger avait été promu headcoach pour des résultats décevants avec une élimination en préplayoffs.

Le HCB s’est tourné cette fois vers un autre Finlandais en la personne de Petri Matikainen. Ce dernier, réputé volcanique, vient de passer les cinq dernières saisons à Klagenfurt en Autriche (avec 2 titres de champion). Il hérite d’un effectif quasi-identique à celui de la saison précédente. En défense, Yanik Burren arrive en provenance d’Ambrì et remplacera avantageusement Noah Schneeberger parti à Davos. Ian Derungs, entraperçu à Ajoie la saison passée mais auteur de 37 buts avec Thrugovie un an plus tôt en Swiss League, viendra apporter de la profondeur en attaque.

Pour affronter les joutes de la CHL en plus de celles du championnat, le EHCB a fait le choix de partir avec 7 étrangers, quitte à en laisser un en tribune à chaque journée de National League. En plus de Toni Rajala, Jesper Olofsson, Jere Sallinen, Alexander Yakovenko et Harri Säteri déjà présents la saison passée, sont arrivés l’attaquant Aleksi Heponiemi (choix de 2e tour des Panthers, 43 points en 62 matchs à Charlotte en AHL) et le défenseur Ville Pokka (champion olympique et champion du monde avec la Leijonat). Ce dernier est arrivé pour pallier la longue absence de Viktor Lööv, grièvement blessé aux cervicales lors du match 7 de la finale en mai dernier.

Le début d’année promet également d’être riche en coulisses. En effet, une grande partie de l’effectif arrive en fin de contrat à l’issue de la saison, obligeant Martin Steinegger à de possibles arbitrages, au premier rang desquels le choix du futur gardien des Seelandais. En effet, Harri Säteri et Joren van Pottelberghe n’ont pas encore de contrat pour la saison prochaine. Recruté en remplacement après la grave blessure au genou de van Pottelberghe, Säteri s’est rapidement imposé comme l’un des meilleurs portiers de l’élite suisse (2,29 buts encaissés et 92,3% d’arrêts), restant un titulaire inamovible après le retour de JVP. Ce dernier, qui représente le futur de la Nati à son poste (avec le Bernois Philip Wüthrich), suscite les convoitises dans la Ligue. En effet, Genève-Servette l’a prouvé la saison passée : disposer d’un gardien suisse d’élite dans son effectif, c’est la possibilité d’aligner 6 joueurs étrangers dans le champ et bénéficier d’un avantage concurrentiel. La prolongation de l’un des deux cerbères devrait entraîner le départ de l’autre.

 

Davos : le baptême du feu pour Holden

Cinquièmes lors des deux dernières saisons, les Grisons ont fait le choix d’entamer un nouveau cycle en mettant fin contrat de l’entraîneur Christian Wohlwend après la dernière Coupe Spengler et en confiant les rênes de l’équipe pour ce nouvel exercice à Josh Holden.

L’ancien joueur, passé par Fribourg-Gottéron, Langnau et surtout Zoug (pendant 10 saisons) était un centre intense (plus de 800 minutes de pénalité en carrière en Suisse) qui s’est ensuite transformé en fidèle et fin tacticien aux côtés de Dan Tangnes. Après cinq années à apprendre le métier à Zoug, Holden se retrouve promu à la tête de Davos. À lui de faire mieux que son prédécesseur avec une équipe quasi-inchangée. Seuls mouvements notables, Kristian Näkyvä (depuis 5 ans à Örebro) arrive pour remplacer Magnus Nygren (de retour à Färjestad) et Noah Schneeberger vient pour compenser la perte de Claude-Curdin Paschoud (parti à Berne).

Les Grisons pourront toujours sur l’inoxydable (24e saison de NL) et productif Andres Ambühl, le passeur Enzo Corvi (40 points dont 33 assistances) ou encore les défenseurs internationaux Michael Fora et Dominik Egli ainsi que sur le sniper tchèque Matěj Stránský (51 buts lors de deux dernières saisons).

 

Berne : on efface tout et on recommence

La saison 2022-23 devait marquer le retour aux avant-postes du CPB après trois années de vaches maigres. Avec une septième place et une élimination en quarts de finale par le voisin biennois, elle s’est soldée par un nouvel échec. En conséquence, le président Marc Lüthi – qui s’était mis en retrait du sportif – est revenu aux affaires et à décider de frapper un grand coup en licenciant son manager général Raeto Raffainer (qu’il avait portant débauché à Davos) et en tirant un trait sur les choix effectués par ce dernier.

Arrivé à la bande en février dernier en remplacement de Johan Lundskog, Toni Söderholm ne se sera pas attardé dans la capitale fédérale et retrouve la DEL avec Munich. Pour lui succéder, les Ours ont fait appel à un autre Finlandais, Jussi Tapola, quadruple champion de la Liiga et vainqueur de la CHL avec Tappara.

Autre choix de Raiffainer remis en cause, le poste de gardien confié jusqu’à lors au jeune (25 ans), prometteur mais inconstant Philip Wüthrich (2,65 buts encaissés et 91,2% d’arrêts). La nouvelle direction a fait le choix de recruter un portier étranger, en l’occurrence Adam Reideborn. Le Suédois, en KHL depuis quatre ans – ce qui lui vaut d’être banni de la sélection nationale – reste sur deux titres de champion avec le CSKA Moscou, devrait reléguer Wüthrich sur le banc, au grand dam des partisans de la Nati.

Recrue phare du précédent mercato et probablement l’un des joueurs les mieux payés de la Ligue, Sven Bärtschi a été une immense déception sur un plan comptable (14 points en 36 matchs). Trahi par un physique qui ne lui permet plus de jouer à haut niveau, il a décidé de raccrocher les patins à tout juste 30 ans.

Au niveau du contingent étranger, c’est également la grande purge. Malheureux sous le maillot du SCB, Chris DiDomenico a préféré demander à casser son contrat pour retrouver Gottéron. Également dotés de contrat pour la présente saison, Eric Gélinas (souvent blessé) et Oscar Lindberg ont été expédiés sous d’autres cieux (respectivement Ajoie et Skellefteå). Tyler Ennis, Cody Goloubef et Josh Teves n’ont pas été prolongés et ne laisseront pas un souvenir impérissable sur les bords de l’Aar. Aux côtés des rescapés Dominik Kahun (seulement 23 matchs en 2022-23 du fait de blessures) et Colton Sceviour (38 points en 49 matchs), les recrues étrangères bernoises présentent une amélioration par rapport à la saison précédente.

En défense débarquent Julius Honka en provenance de Luleå HF (après avoir vainement tenté de percer à Dallas, faisant l’ascenseur NHL/AHL pendant 5 ans) et Patrik Nemeth qui sort de onze saisons en Amérique du Nord (pour 504 matchs et encore 75 matchs avec les Coyotes la saison passée). À l’attaque, Tapola pourra compter sur le Tchèque Martin Frk, qui revient en Europe après une décennie en Amérique du Nord (403 matchs d’AHL et 124 de NHL) et qui valait près d’1 point par match en 2022-23 avec les Thunderbirds de Springfield, et sur le centre Corban Knight vu les 3 dernières saisons à Omsk en KHL. Blessé en présaison, ce dernier sera temporairement remplacé par Joona Luoto (dans l’organisation des Blue Jackets l’exercice écoulé).

Pour tutoyer à nouveau les sommets, le CPB devra également compter sur le retour en forme de Marco Lehmann (meilleur espoir de la NL en 2020-21 et depuis limité à 24 et 8 matchs lors des deux saisons suivantes) et de Joël Vermin (seulement 15 points en 52 matchs) ainsi que sur l’éclosion de Benjamin Baumgartner (seulement 18 points en 48 rencontres).

 

Fribourg-Gottéron : quand DiDo va, tout va ?

Deuxième et demi-finaliste en 2021-22, huitième et écarté en pré-playoffs, Fribourg-Gottéron a regressé en 2022-23, la faute à la blessure du gardien titulaire Reto Berra et à une attaque atone.

Pour résoudre le problème de l’attaque, Fribourg-Gottéron s’est mué en terre d’accueil pour joueurs en déshérence. Malheureux à Berne, Chris DiDomenico est de retour dans la cité de Saint-Léonard. Performant sur un plan comptable avec les Ours, le Canadien a aussi et encore alimenté la catégories faits divers (surtout contre Bienne d’ailleurs) en poursuivant Yannick Rathgeb dans les couloirs de la patinoire après une bagarre sur la glace, en insultant des bénévoles de Bienne lors des playoffs, puis son ancien CEO (Raffainer) après la défaite en quart de finale, ou encore en tirant volontairement sur un adversaire étendu au sol (Lööv). De retour dans un environnement qu’il connaît et qui le connaît avec un coach – Christian Dubé - qu’il respecte et qui sait comment lui parler, DiDo pourrait s’apaiser et dynamiter l’attaque des Dragons dans le bon sens du terme.

Autre transfuge venu sur les bords de la Sarine retrouver le plaisir de jouer, le Suédois Lucas Wallmark arrive de Zurich après rompu son contrat. Plutôt performant sous Rikard Grönborg (1 point par recontre), Wallmark a vu son rendement divisé par deux sous Marc Crawford et son système de "pucks balancés en avant". La présence de deux coéquipiers en sélection nationale, Jacob De La Rose et Marcus Sörensen, a d’ailleurs pesé dans le choix de Wallmark pour Fribourg.

En défense, Andreas Borgman (Frölunda) remplacera avantageusement Juuso Vainio. Pour le reste les cadres de l’effectif restent toujours vieillissants (38 ans pour Ryan Gunderson, 37 ans pour Raphael Diaz et Julien Sprunger, 36 ans pour Reto Berra, 35 ans pour Andrei Bykov) mais Fribourg-Gottéron semble décidé à prendre un virage jeunesse, ce qui n’a pas toujours été la marotte de Christian Dubé, avec l’intégration de Maximilian Streule (19 ans, en provenance de LHJMQ) et de Dominik Binias (21 ans, en couveuse à Thurgovie en Swiss League depuis 2 ans) à la rotation.

L’année 2023-24 sera également une année charnière en coulisses pour les Dragons. Cumulant les postes de coach et de manager depuis des années, Christian Dubé se consacrera uniquement à son poste d’entraîneur à partir de la saison prochaine. Le favori à sa succession pourrait être l’ancien joueur et actuellement adjoint sur le poste Gerd Zenhäusern. Notons également que l’ancien coach de Genève-Servette Patrick Emond a intégré le staff de Gottéron.

Fribourg pourra toujours compter sur le soutien indéfectible de son public (7500 abonnés et un taux de remplissage de plus de 99%), ainsi que sur Reto Berra devant le filet. Âgé de 36 ans, le portier entre dans sa dernière année de contrat et cherchera certainement à conclure une entente pour ce qui devrait être la dernière de sa carrière. Durement touché par une hernie discale ayant conduit à une opération, Berra n’a joué que 16 matchs la saison passée et mais il est revenu en forme pour les pré-playoffs. Néanmoins, l’état de son dos reste un sujet d’inquiétude et il conviendrait de le ménager… sauf que Gottéron ne dispose plus de Connor Hughes (parti à Lausanne) en numéro 2, mais de Bryan Rüegger (en provenance de Thurgovie en SL) et de Loic Galley (formé au club et prêté à Winterthur en SL la saison passée) qui ne présentent aucune garantie à ce niveau.

 

Rapperswil-Jona : à ne pas sous-estimer

Demi-finalistes en 2020-21, cinquièmes du classement en 2021-22 et troisièmes en 2022-23, on ne répétera pas l’erreur de sous-estimer les Lakers de Rapperswil-Jona une fois de plus, malgré des moyens financiers somme toute limités. Les Saint-Gallois comptent toujours dans le rang la présence du double MVP de la National League Roman Červenka. Agé de 37 ans, le Tchèque reste une menace constante en attaque, obtenant un deuxième titre consécutif de top-scorer de la ligue (tout en ayant manqué près de 20% des rencontres).

Pour seconder Červenka et espérer reste dans le haut du tableau, les Lakers devront espérer que Tyler Moy répète ses exploits de la saison passée. L’Américano-Suisse, débarqué sur les bords du lac de Zurich après avoir disputé la préparation avec Genève-Servette, a explosé les compteurs la saison écoulée, réalisant 52 points (en 51 matchs) contre un record personnel à 24 points auparavant.

Le reste du contingent de Rapperswil-Jona est quasi-inchangé par rapport à la saison précédente et comptera sur les performances de joueurs revanchards et négligés par les autres clubs (Dominic Lammer, Nico Dünner, Yannick-Lennart Albrecht) et sur la progression des jeunes à potentiel que sont Iñaki Baragano, Nathan Vouardoux et David Aebischer. Ce dernier, dont le contrat est à échéance en fin de saison, était très convoité et négocie déjà un contrat de longue durée avec Lugano.

Quelques transfuges se trouvent en revanche dans la phalange importée avec Victor Rask et Brett Connolly qui ont pour point commun de sortis d’une saison contrastée. Arrivé comme septième joueur étranger à Fribourg-Gottéron, Rask n’a jamais réellement trouvé sa place du côté de la BCF Arena après huit années en Amérique du Nord. Débarqué juste avant la reprise à Lugano après s’est retrouvé en bout de course en NHL, le Canadien Connolly a été productif dans le Tessin (38 points en 45 matchs) mais son attitude peu concernée lui a été reprochée par les tifosi de la Cornèr Arena. Le renfort principal des Lakers pourrait être Nicklas Jensen, de retour de blessure après été limité à seulement 12 petites rencontres la saison passée.

Le succès – ou l’insuccès – des Lakers résidera certainement dans leur capacité à gérer en parallèle le championnat et la CHL avec un effectif relativement peu profond et sans doublure établie pour Melvin Nyffeler (2,28 buts encaissés, 91,5% d’arrêts et 5 blanchissages en 2022-23).

 

Lugano : répondre enfin aux attentes

Après deux années décevantes ponctuées par deux neuvièmes places dont l’amertume a été quelque peu adoucie par des victoires en pré-playoffs, le bilan de Lugano reste très en deçà des moyens déployés sur la glace. Dans ce club réputé pour consommer les entraîneurs, l’enfant du pays Luca Gianinazzi dispose pour le moment une forme d’immunité… tant que les résultats suivent. Une fois de plus, le HCL alignera de gros noms sur le papier – avec toutefois plus cohérence que l’an passé – en espérant que ceux-ci répondent présents.

Malgré un CV ronflant, le gardien Mikko Koskinen a été à l’image de son club globalement décevant (2,93 buts encaissés et 90,0% d’arrêts). Plus en vue en séries (2,03 buts encaissé et 93,7% d’arrêts), il doit une revanche aux tifosi. Il en est de même pour Mark Arcobello, passé de 51 points en 2021-22 à 27 petits points en 2022-23 et déchu du capitanat (passé à Calvin Thürkauf) pour l’exercice courant.

Les autres étrangers sont partis : Troy Josephs (Lada Togliatti, KHL), Brett Connolly (Rapperswil-Jona), Kris Bennett (Adler Mannheim) et le dernier arrivé Lukas Klok (Neftekhimik Nizhnekamsk, KHL). La balance semble créditrice en termes de talent. Très performant avec Kloten (42 points), Arttu Ruotsalainen débarque arrive dans le Tessin. Il sera accompagné à l’attaque par le Québécois Michael Joly (meilleur scoreur de la Liiga avec le HPK en 2022-23) et par le défenseur le défenseur offensif Joey LaLeggia (18 buts pour Timrå et HV71 en SHL) en espérant que ce dernier ne soit pas un Kaski bis.

Le HCL fait également la place aux jeunes en recrutant Cole Cormier (21 ans, fils de l’ancienne gloire de Sierre Derek Cormier) Canadien à licence suisse en provenance des Olympiques de Gatineau (71 pts en 66 matchs de LHJMQ), le local Lorenzo Canonica (19 ans, depuis 3 ans aux Cataractes de Shawinigan) ainsi que le Genevois Matthew Verboon (23 ans) qui a terminé son cursus à l’Université de Colgate.

 

Lausanne : redevenir un club de hockey normal

Un nouveau chapitre s’ouvre dans la Cité Olympique. Débarqué de la direction sportive en décembre dernier, l’erratique Petr Svoboda a également cédé ses parts à Gregory Finger qui devient l’unique actionnaire du LHC. Si le règne de Svoboda est terminé, son héritage est encore lourd est pèse à la fois dans l’effectif pléthorique mais également sur les finances. En conférence de presse de début de saison, le président Patrick de Preux a ainsi admis que le club était sous le coup d’une à hauteur de 50 millions de francs suisses (!). Dette qu’assumera le discret – et multimillionnaire – Gregory Finger. Cherchant à se "racheter" une conduite auprès de ses fans et des autres clubs, le LHC a également soldé ses contentieux avec ses anciens entraîneurs licenciés en cours d’exercice (Ville Peltonen, Craig MacTavish et Kevin Ryan).

Sur le volet sportif, malgré des marges de manœuvre limitées du fait de la surabondance de joueurs à certains postes et de contrats encombrants (Mickael Hügli, Ronalds Kenins, Ivars Punnenovs), le manager général John Fust a réussi à améliorer significativement son effectif. Tout d’abord, il a réussi à se départir du défenseur Martin Gernát (parti au Lokomotiv Yaroslavl) et du décevant Daniel Audette (envoyé en Ajoie). Cory Emmerton en partance pour Sierre et Richard Pánik non conservé (il a depuis rejoint Třinec), le LHC a profondément repensé sa phalange importée.

En défense, l’Américano-Suédois Lawrence Pilut (passé récemment par e Traktor Chelyabinsk et dans l’organisation des Sabres la saison passée) et le référencé Christian Djoos (vu à son avantage à Zoug les 2 dernières saisons) vient garnir un secteur déjà bien garni. Dans le dur la saison passée, Lukas Frick devrait voir sa production bonifiée avec l’apport des deux défenseurs étrangers. Gêné par les blessures, Andréa Glauser n’a pas encore révélé l’intégralité de son potentiel. Si on ajoute Joël Genazzi (bientôt 500 matchs sous le maillot des Lions), Fabian Heldner, Igor Jelovac, Aurélien Marti ou encore Dario Sidler, le coach Geoff Ward dispose de 9 joueurs compétitifs sous contrat... pour seulement 6 à 7 places sur la feuille de match.

En attaque, Lausanne a réussi un gros coup en attirant Antti Suomela sur les rives du Léman. MVP du dernier exercice de la SHL, le Finlandais a réussi 37 buts à Oskarshamn dans un championnat réputé pour son côté défensif. Il apportera certainement le talent brut et le côté buteur pur qui faisait tant défaut au LHC les deux dernières années. On scrutera également avec attention les débuts professionnels de Théo Rochette (fils de l’ancien arbitre et consultant TV Stéphane Rochette). Non drafté après 5 ans en LHJMQ et une dernière saison à 106 points avec les Remparts de Québec (avec une Coupe Memorial), l’ancien junior du club pourrait devenir l’une des attractions du championnat.

La mauvaise nouvelle pour Lausanne est intervenue en pré-saison avec la blessure au genou de Michael Raffl. L’Autrichien, souvent érigé en leader par l’exemple, avait déjà manqué 3 mois de compétition lors du précédent exercice et est annoncé out pour une durée indéterminée.

Devant le filet, après le départ à la retraite de Tobias Stephan (après un bien triste exercice conclusif avec 1 seule petite victoire en 7 sorties), Ivars Punnenovs, bien que fragile physiquement et parfois irrégulier, semble partir avec une longueur d’avance pour le poste de numéro 1. Néanmoins, sa fin de saison dernière a été un calvaire : il a été relégué sur le banc par la recrue tardive Eetu Laurikainen et son Mondial s’est résumé à 5 minutes de temps de jeu, le temps d’encaisser deux buts, d’être chassé et de voir Artūrs Šilovs emmener la sélection Lettone à la médaille de bronze. Il a ainsi déclaré au journaliste Grégory Beaud du Blick : « Tout le monde était heureux de cette issue, mais pas moi. Mais dans mon esprit, cette médaille mondiale ne m'appartient pas. Je ne l'ai pas méritée. » Punnenovs sera en concurrence avec Connor Hughes. Jusqu’en octobre dernier, le Canado-Suisse n’était perçu que comme la doublure de Reto Berra. Poussé dans la lumière par la blessure de ce dernier, Hughes a porté Gottéron sur ses épaules et en a profité pour sortir de sa condition. Étincelant à l’automne, plus quelconque par la suite, le niveau réel de Hughes reste une énigme.

 

Ambrì-Piotta : objectif playoffs

Vainqueur de la Coupe Spengler mais rejeté des séries (après avoir pourtant atteint les pré-playoffs un an plus tôt...avec un moins bon bilan), Ambrì-Piotta a vécu un exercice 2022-23 contrasté, la faute notamment à un effectif manquant de profondeur en dehors des deux premières lignes d’attaque et de défense.

Les premiers mouvements d’effectif n’allaient pas dans le meilleur sens puisque les Tessinois ont perdu leur meilleur centre en la personne d’André Heim (parti dans l’organisation des Blues de Saint-Louis en NHL) et les deux défenseurs de valeur (à Bienne) et Yannick Fischer (en Ajoie). Malheureux en Léventine (et auteur d’une saillie peu appréciée des dirigants dans la presse en cours de saison écoulée), Filip Chlapík et ses 24 buts sont repartis du côté du Sparta Prague et accentuent le trou béant à l’offensive.

Pour combler ses pertes, le GM Paolo Duca a attiré le Québécois Laurent Dauphin. Drafté au 2e tour en 2013 par les Coyotes, Dauphin a fait toute sa carrière pro en Amérique du Nord sans pour autant s’implanter durablement en NHL (94 rencontres en 6 saisons contre 364 matchs d’AHL à presque 0,6 pt par match). Autre renfort étranger, Jakob Lilja, qui sort de trois saisons en KHL entre le Barys et le Dynamo Moscou. Le Suédois est connu comme un fort travailleur et pourrait s’avérer comme un bon complément à Michael Špaček (50 pts en 50 matchs avec Ambrì).

Pour le reste, comme tous les "petits" clubs, le HCAP s’est tourné vers des joueurs revanchards pour compléter leur effectif avec les arrivées de Nando Eggenberger (en provenance de Rapperswil-Jona et déjà prêté quelques mois la saison passée à Ambrì) et de Floran Douay. Le tricolore, borduré à Lausanne en début de saison passée (au point d’être prêté à Grenoble pour quelques matchs de CHL puis à Sierre en Swiss League), avait trouvé refuge à Langnau pour un bilan assez terne (6 points en 42 matchs). Le natif de Sallanches débarque dans le Nord du Tessin – dans une équipe avec laquelle il a disputé une Coupe Spengler en 2019 – pour retrouver de la stabilité.

Notons toutefois que les Tessinois peuvent s’enorgueillir d’avoir réussi à conserver Johnny Kneubuehler (12 buts la saison passée et des premières sélections avec la Nati) dont l’éclosion avait notamment suscité l’intérêt prononcé de son club formateur de Genève-Servette.

Fidèle à son identité, Ambrì-Piotta comptera toujours un grand nombre de joueurs du cru avec le capitaine Danielle Grassi, Inti Pestoni (42 points en 2022-23 mais un différentiel de -14) ou encore les frères Dotti (Zaccheo et Isacco) à l’arrière. Défense qui, justement, apparaît un peu courte en dehors de la paire de haut-niveau constituée de Tim Heed et Jesse Virtanen.

Dans la lutte pour la qualification pour les pré-playoffs (ce qui semble être l’objectif au regard du potentiel de l’effectif), le HCAP dispose d’un avantage sur ses concurrents directs (Ajoie, Langnau, Kloten) grâce à son duo de gardiens Janne Juvonen et Benjamin Conz.

 

Kloten : la seconde saison est toujours la plus dure

Promu la saison passée en National League, l’EHC Kloten a surpris son monde en obtenant une surprenante 9e place synonyme de qualification pour les pré-playoffs, porté notamment par le rendement de ses joueurs étrangers, qui ont été les cinq meilleurs marqueurs du club. Parmi eux, Jonathan Ang (49 points en 52 matchs) a marqué les esprits et attire les convoitises pour l’exercice prochain. On parle notamment de contacts avancés avec Bienne.

Deux des trois Finlandais présents en 2021-22 le seront également en 2022-23 : le gardien Juha Metsola (2,90 buts encaissés et 91,2% d’arrêts) et l’ancien des Sabres de Buffalo Miro Aaltonen (49 points dont 19 buts). En revanche, Arttu Ruotsalainen est parti monnayer ses talents à Lugano. Enfin, pour remplacer Eric Faillé (un peu juste pour l’élite et parti retrouver la Swiss League avec Olten), Kloten a mis ma main sur un autre Canadien en la personne de Tyler Morley, auteur d’une saison intéressante avec Wolfsburg en DEL (45 points).

La valeur globale de la brigade défensive dépendra du retour de David Reinbacher. Le jeune Autrichien (né en 2004), s’est révélé la saison passée (22 points en 46 matchs) au point que Montréal en fasse le cinquièème choix de la dernière draft.

Comme pour les autres équipes destinées au bas de tableau – ou « championnat du sous-sol » pour reprendre l’expression chère au journaliste/polémiste Klaus Zaugg, la grande question sera celle du rendement des joueurs suisses, notamment à l’offensive. Seuls Marc Marchon (qui a déjà signé à Berne pour le prochain exercice) et Dario Meyer avaient été en capacité de marquer plus de 10 buts parmi les joueurs helvétiques. Peut-être que Keanu Derungs, débarqué en cours de saison dernière après avoir été sevré de temps de jeu avec Genève-Servette, sera celui qui pourra apporter une étincelle offensive.

Le reste du recrutement de l’EHC Kloten a été mesuré avec les arrivées de Deniss Smirnovs (qui plafonnait avec Genève-Servette) ou encore de Leandro Profico (depuis 10 ans à Rapperswil-Jona). Il est vrai que l’équipe de la banlieue zurichoise s’est astreinte à une discipline salariale stricte qui ne permet pas les folies et ce, afin de ne pas reproduire les erreurs du passé qui avaient manqué de conduire à la disparition du club. Le site Watson rapporte qu’aucun Suisse ne gagne plus de 300 000 francs bruts et qu'aucun étranger ne gagne plus de 200 000 francs nets. Ce qui n’aurait pas empêché l’EHCK de perdre environ 600 000 francs au cours de la saison écoulée.

Kloten ne pourra plus compter sur Jeff Tomlinson à la bande. Le Canadien, grand artisan du retour en National League et de la réussite de l’exercice 2022-23, a dû se résoudre à abandonner le coaching pour des raisons de santé. Pour relever le défi de la deuxième saison d’une équipe promue (toujours réputé difficile), c’est Gerry Fleming qui débarque à la bande des Aviateurs. Après avoir longtemps officié en ECHL et en AHL, il a aussi passé 3 ans comme assistant avec les Eisbären de Berlin et dirigeait le promu Francfort en DEL la saison passée.

 

Langnau : Tervetuloa Emmentaliin (bienvenue en Emmental)

Derniers en 2020-21, avant-derniers en 2021-22 et 2022-23, on pourra croire les Emmentalois inscrits durablement dans une dynamique de médiocrité. Pourtant, après avoir compté seulement 17 victoires en temps réglementaires en 102 rencontres entre 2020 et 2022, Langnau a réalisé un exercice écoulé intéressant en étant longtemps dans la course aux pré-playoffs avant de craquer dans la dernière ligne droite avec un effectif miné par les blessures, et notamment celle du top-scorer Marc Michaelis. Pour finir, les Tigers ont "fait le job" en écartant Ajoie en play-out pour s’assurer un maintien (relativement) tranquille.

Un temps menacé, le headcoach Thierry Parterlini a su imposer sa patte et obtenir la confiance de ses dirigeants. Il a d’ailleurs vu son bail prolongé.

Langnau poursuit la dynamique instaurée la saison passée en devant une véritable terre d’accueil pour les Finlandais. Au côté du fidèle Harri Pesonen (5e saison au club, 41 buts lors des deux derniers exercices), d’Aleksi Saarela (3e saison au club, 24 buts en 2022-23) et Vili Saarijärvi (défenseur offensif auteur de 33 points dont 11 buts en 2022-23) arrivent le défenseur Juuso Riikola (Oskarshamn) et l’attaquant Saku Mäenalanen (aux Jets en NHL la saison passée). En plus de la colonie finlandaise, les Américains Sean Malone (31 points avec les Americans de Rochester en AHL) et Anthony Louis (ancien champion du monde U18 et en provenance des Texas Stars) arrivent en Emmental.

Le rendement des joueurs importés constituera certainement le baromètre d’une équipe ou aucun joueur suisse n’a marqué plus de 7 buts la saison passée… Les plus grands talents helvétiques des SCL Tigers sont à chercher devant le filet où Luca Boltshauser s’est mis en valeur (après des plusieurs années comme 1bis à Lausanne) et Stéphane Charlin progresse. Aussi, faute d’attirer des joueurs suisses confirmés, Langnau se rabat sur des joueurs en devenir. Remarquons également les débuts professionnels des défenseurs Brian Zanetti, formé à Lugano, passé par les Petes de Peterborough en OHL et drafté par Philadelphie (au 4e tour en 2021), et de Noah Meier, ancien international U20, pur produit de la formation zurichoise et vu quelques matchs avec les Lions la saison passée.

 

Ajoie : Wohlwend pourra-t-il éviter une 14e place ?

L’apprentissage de l’élite est particulièrement rude pour les Jurassiens, derniers deux ans de suite (et à 120 minutes d’un retour en Swiss League lors du barrage de promotion/relégation face à la Chaux-de-Fonds). La problématique reste la même : comment s’améliorer lorsque les moyens sont (très) limités, dans un petit marché (moins attrayant que les grandes villes) qui plus est sur un marché sec (la plupart des contrats se négocient l’hiver pour la saison à venir) ?

Le HCA a fait le choix de se structurer petit à petit (le budget est en constante augmentation depuis 3 ans) et... de faire avec les moyens du bord. Pour ce faire, le directeur sportif Julien Vauclair est allé piger à l’étage du dessous en Swiss League et a signé des joueurs revanchards. Vu à son avantage en barrages la saison écoulée, le Suédois à licence Suisse Adam Rundqvist – capable de jouer à l’attaque comme en défense – prolonge son bail à Porrentruy. Entraperçu en début au début de l’exercice écoulé avec Fribourg-Gottéron, le défenseur offensif Joel Scheidegger n’avait pas su convaincre Christian Dubé et avait fini par retourner à Olten après 12 petits matchs, ce qui n’a pas refroidi Vauclair au moment de lui offrir une deuxième chance au plus haut niveau.

Devenus indésirables à Berne et à Lausanne, le défenseur Éric Gélinas (189 matchs de NHL, 245 matchs d’AHL et 5 saisons en SHL) et Daniel Audette (0,5 point par match en cinq saisons d’AHL et 39 points à Podolsk en KHL en 2021-22) arrivent dans le Jura à prix réduits – une partie de leur saison est prise en charge par leur ancien club – pour se relancer. Sur le papier, ils représentent une nette amélioration par rapport à leurs prédécesseurs Jérôme Gauthier-Leduc et Martin Bakoš.

L’attaque retrouvera pour la neuvième saison de rang le duo Jonathan Hazen - Philip-Michaël Devos. Productif lorsqu’il est en santé (33 points en 38 matchs), Hazen reste sujet aux blessures. Quant au capitaine Devos, il a de nouveau été le top-scorer d’Ajoie (43 points en 47 matchs) avant de voir son influence fortement diminuer dans les luttesbpour le maintien, limitée par une hernie discale (soignée depuis).

La grande attraction du HCA se trouvera peut-être derrière le banc avec l’arrivée du bouillonnant Christian Wohlwend. Après avoir réussi le défi de remettre Davos sur de bons rails à la fin de l’ère Del Curto, il était arrivé en fin de cycle dans les Grisons. Pas forcément sur la même longueur d’onde que son manager Jan Alston qui lui reprochait notamment ses frasques, Wohlwend a été débarqué du HCD en tout début d’année 2023 après une Coupe Spengler ratée. En rejoignant le Petit Poucet jurassien, Wohlwend retrouve un statut qui lui avait réussi avec la sélection suisse des moins de 20 ans, avec notamment une belle quatrième place en 2018-19. Germanophone en terre romande dans un club marqué par une forte tradition québécoise, on souhaite que la barrière de la langue ne coûte pas autant à Wohlwend qu’elle avait coûté à Filip Pešán l’année passée.

En regard de l’effectif, certes bien garni en défense (10 joueurs) mais limité en talent et en profondeur notamment devant (qui assurera le secondary scoring derrière les joueurs étrangers ?), difficile d’espérer mieux qu’une 14e et dernière place pour Ajoie.

 

 

Swiss League : trouver sa vocation pour exister

 

À l’étage du dessous, la Swiss League a traversé de lourdes turbulences après le retrait de Langenthal et les menaces qui pesaient sur l’avenir des Ticino Rockets et de Winterthur. ces deux clubs ont confirmé leur engagement dans la division et Martigny est monté de MHL, mais la Swiss League est toujours à la recherche d’intérêt sportif et économique. Et c’est là que réside le paradoxe : la National League a besoin d’une deuxième division forte économiquement et surtout sportivement pour servir d’incubateur aux jeunes talents encore trop tendres pour l’élite, mais les clubs de NL font tout pour se protéger et rester entre eux.

Malgré l’instauration d’un barrage de promotion-relégation, le modus operandi de ce dernier est très défavorable aux clubs de Swiss League. Dès lors le fossé se creuse entre les clubs de NL qui bénéficient d’une certaine sécurité et peuvent se structurer (à l’image d’Ajoie par exemple) et les clubs de SL qui peinent à susciter un quelconque engouement médiatique. Difficile de rameuter spectateurs et annonceurs lors que vous accueillez dans votre patinoire les GCK Lions ou les Bellinzona Rockets (nouveau nom des Ticino Rockets), équipes qui n’ont aucune obligation de résultats car clubs fermes…

On devrait retrouver le même championnat à trois vitesses que les années précédentes. Le titre devrait se jouer entre les champions sortants chaux-de-fonniers, le finaliste Olten et Viège.

La Chaux-de-Fonds, à deux victoires d’une improbable remontée en National League, a perdu quelques précieux soldats (Léonardo Fuhrer, Kaj Suter, le capitaine Daniel Carbis ou encore Jaison Dubois) mais pourra toujours compter sur sa première ligne de feu Sondre Olden - Oliver Achermann (33 buts en 38 rencontres) - Toms Andersons (65 points en 45 matchs et un titre de meilleur joueur de la division). Reste que les infrastructures vieillissantes du club (la patinoire des Mélèzes date de 1953) condamnent les possibilités de développement à court terme des Neuchâtelois.

Du côté des Soleurois d’Olten, après avoir mis beaucoup de moyens pour tenter de monter la saison passée (et échouer en finale), la tendance semble être à la réduction de voilure. Le top-scorer Sean Collins est parti à Linz en ICEHL. Auteur de 220 points en 155 matchs sous le maillot des Souris, Gary Nunn file quant à lui chez le rival Viège. Pour les remplacer, débarquent Éric Faille (ultradominant dans la division avec Kloten) et François Beauchemin (meilleur marqueur de la Ligue Magnus avec Rouen). Olten a également perdu les services de routiniers de la division (Lukas Lhotak à Sierre ou encore Larri Leeger et Timothy Kast partis à la retraite) pour les remplacer principalement par de jeunes joueurs.

Les Valaisans de Viège sont à la Swiss League ce qu’est Lugano en National League : un club avec des moyens en inadéquation avec les résultats : aucune série de playoffs remportée depuis 2014 et jamais mieux qu’une quatrième place au classement. Il en résulte une instabilité chronique symbolisée par les nombreux changements de coachs. Ainsi, Heinz Ehlers est le huitième entraîneur à débarquer à la bande ! Rigoureux – pour ne pas dire rigoriste – Ehlers a déjà réussi la promotion avec Bienne (en 2008) puis Langnau (en 2018) et avait réussi des miracles avec ces mêmes Tigers (sixièmes en 2018-19) ou avec Lausanne en National League. On souhaite aux Viègois meilleure fortune avec les joueurs étrangers (Ganny Nunn et Jacob Nilsson) que l’année précédente : Francis Paré (9 années de KHL et passé également par Genève et Lausanne) avait jeté l’éponge au bout de 4 matchs, idem pour Linus Klasen (rentré en Suède pour raisons familiales), enfin le décrié Jake Virtanen (accusé d’agression sexuelle et paria de la NHL) a été écarté après s’être mis l’ensemble de ses coéquipiers à dos par son attitude égoïste et ses écarts de conduite… Notons la présence de Kevin Hecquefeuille dans le staff de Viège en tant qu’assistant. L’ancien défenseur trouve ainsi un point de chute après liquidation des Scorpions de Mulhouse.

Dans le ventre-mou, Sierre continuera de patienter dans son antique patinoire de Graben en attendant la construction de son futur écrin (la Valais Arena projetée à 6000 ou 7000 places) prévue pour 2027, avec un certain Chris McSorley a la tête d’une société (Sierre-Valais Sport SA) pour diriger l'exploitation des patinoires ainsi que les opérations de hockey sur glace. L’ancien coach de Genève-Servette et de Lugano ne dissimule d’ailleurs pas ses ambitions de vouloir placer Sierre au sein de l’élite du hockey helvétique.

On remarquera également les efforts de structuration raisonnée de Bâle. Dans une ville qui ne jure que par son club de football, le club de hockey croît, pierre par pierre, et tente de sortir de l’indifférence généralisée. L’EHC Basel aspire à augmenter son budget dans les années à venir et à se poser parmi les cadors de l’élite.

 

Nicolas Puccio (photos de Pierre Maillard)

 

 

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