Suisse 2026/27 : présentation

 

Miam, la saison 2026/27 démarre : Jesse Puljujärvi (Genève-Servette) se lèche les babines à la perspective d'affonter Jesse Zgraggen d'Ajoie (photo ci-contre de Pierre Maillard)

Après moins d'un an à la présidence de la fédération suisse, Urs Kessler avait rendu son tablier après l'affaire Patrick Fischer (maintenant suspendu 4 ans de toutes les compétitions de l'IIHF) qui lui a fait apprécier la difficulté du poste, trop grande pour lui. Son successeur est Marc Lüthi, un manager expérimenté qui a dirigé Berne pendant 28 ans avec un certain succès (7 titres, soit un tous les 4 ans en moyenne).

Plus encore que l'équipe nationale, le premier dossier sur la pile de Lüthi doit être la Swiss League (SL), toujours organisée sous l'égide de la fédération. Cette deuxième division peine à exister en dessous d'une National League (NL) qui suit sa voie égoïste depuis son autonomie en 2021. La SL est de nouveau réduite à la taille critique (10 équipes) par retrait d'un participant, Winterthur, qui n'y a pas trouvé de viabilité économique. Les équipes du monde amateur ou semi-pro ont donc encore plus peur de la rejoindre et les clubs de division supérieure ont tout fait pour ne pas y descendre. Un cercle vicieux.

Le paradoxe est que l'homme qui doit sauver la Swiss League a longtemps été vu comme son principal ennemi. Les clubs de SL regardaient avec méfiance celui qui, en tant que représentant influent des clubs de NL, a cherché à limiter les possibilités de relégation et créé la situation actuelle, plaidant pour la transformation de la SL en simple ligue-ferme. Une option aujourd'hui écartée de la table, car même les grands clubs qui la portaient n'y croient plus et ne veulent plus payer pour. En changeant de casquette, Lüthi a changé de regard et de discours. Il doit trouver une solution d'intérêt général, mais le fait d'avoir été de l'autre côté de la barrière peut l'aider à trouver un consensus autour de son nouveau projet : placer la deuxième ligue sous le même toit que la NL, avec mise en commun des droits TV et du marketing centralisé.

Si cette solution - qui n'est encore qu'à l'état de projet - aboutit, ce serait un cas unique en Europe. La DEL2 porte le même nom que la DEL mais est gérée par une organisation indépendante et gère séparément ses contrats de diffusion et de publicité. Le seul cas similaire serait la future Liiga B finlandaise, avec exactement le même problème de déséquilibre entre une première division à 14 clubs et une deuxième division à 10 clubs, parce que la majorité veut profiter du soleil en laissant la minorité à l'ombre. Un modèle en cours de constitution à observer de près pour chercher une solution vraiment fiable...

Accès direct à la présentation de chaque club : ZSC Lions, Genève-Servette, Davos, Fribourg-Gottéron, Lausanne, Berne, Lugano, Zoug, Bienne, Rapperswil-Jona, Kloten, Langnau, Ambrì-Piotta, Ajoie.

Accès direct à la présentation succincte des favoris de Swiss League.

 

Zurich : le meilleur effectif confié à une autorité éminente

Le double champion de Suisse a perdu sa couronne contre des adversaires qui avaient plus faim. L'entraîneur "maison" Marco Bayer, champion 2025, a été renvoyé et redémarrera comme simple assistant à Genève (avec une clause de sortie si on lui propose un poste d'entraîneur-chef ailleurs). La direction zurichoise a estimé que l'atmosphère de camaraderie dont il était le garant ne suffisait plus. Les ZSC Lions ont donc choisi de nouveau un coach canadien plutôt de la vieille école, Claude Julien, ancien vainqueur de Coupe Stanley (2011 avec Boston) dont le CV impose une autorité naturelle. Il n'a pas l'habitude de se laisser contrarier par des stars et a déjà imposé un entraînement plus dur que dans les précédentes présaisons.

Les cadres s'y plieront-ils longtemps sans rechigner ? C'est à peu près la seule interrogation. La qualité de l'effectif est sans équivalent, car elle s'est encore améliorée. Le seul départ notable est celui de Vinzenz Rohrer mais le jeune Autrichien n'avait pas un rôle important (13 points en 50 parties), c'est aussi pour cela que cela arrange les Canadiens de Montréal de le prêter maintenant à Zoug. Il n'y a pas de place à Zurich tant l'abondance de talents déborde. A contrario, deux internationaux supplémentaires arrivent, le défenseur Tim Berni (Genève) et l'attaquant Simon Knak (Davos).

Claude Julien voit dans l'ailier physique Knak le "complément parfait" à Denis Malgin et Sven Andrighetto, ce duo de classe internationale dont la complicité est si affirmée depuis longtemps qu'elle laisse leur troisième homme dans l'ombre. Rappelons que l'absence d'Andrighetto pour cause de commotion avait expliqué en bonne partie l'élimination contre Davos en demi-finale. Ce trio suisse allège le poids sur les épaules des étrangers, des joueurs complets qui peuvent faire le travail de l'ombre sans être jugés sur leur pointage à chaque match.

 

Davos : favori ou sur un nouveau cycle ?

La déception fut immense, presque cruelle. Après avoir dominé la saison régulière et s'être hissé à sa première finale depuis onze ans, le HC Davos est tombé d'un rien, de quelques centimètres sur un tir de Chris Egli - parti depuis à Zoug - qui frappe la barre transversale en prolongation du septième match. Pour le recordman absolu aux 31 sacres, cette opportunité manquée laisse un goût amer, d'autant qu'elle a scellé la fin d'un cycle. La cité grisonne doit digérer d'importants départs, mais elle conserve l'étoffe d'un prétendant de tout premier ordre.

Les vagues de départs ont en effet secoué les fondations du club. Le patron de la défense depuis 4 saisons Klas Dahlbeck est parti vers Malmö, tandis que les internationaux Michael Fora (Lausanne) et Simon Knak (Zurich) ont cédé aux sirènes de la concurrence. Mais la perte la plus douloureuse reste sans doute celle du leader de meute Matěj Stránský. Auteur de 221 points en 249 matchs durant ses cinq saisons sous le maillot grison, le Tchèque s'est laissé séduire par l'ambition et les arguments financiers irrésistibles de Pardubice (malgré un contrat encore valable au HCD).

Pour amorcer cette nouvelle ère, Davos a misé sur trois solides retours dans les Grisons. Le symbole le plus fort est sans conteste la signature de Ken Jäger. Après six saisons à Lausanne, l'attaquant formé au HCD revient dans sa ville natale doté d'un contrat de sept ans et récupère immédiatement le capitanat, et le flambeau de figure locale laissé vacant depuis la retraite du mythique Andres Ambühl. Autre retour d'envergure, celui du défenseur international Dominik Egli après deux exercices à Frölunda couronnés d'un titre en CHL. Le prometteur Lars Steiner (18 ans) revient quant à lui de deux saisons avec Rouyn-Noranda en LHJMQ où il a inscrit 115 points.

La légion étrangère privilégie la continuité dans le secteur offensif. Arrivé avec l'étiquette d'ancien sixième choix de la draft NHL 2018, le Tchèque Filip Zadina s'est parfaitement acclimaté à l'altitude davosienne avec des saisons à 34 puis 41 points, s'imposant d'ailleurs comme le seul attaquant importé à la hauteur lors de la dernière finale. Les nouveautés étrangères prennent place en défense. Frédéric Allard (28 ans) sort de trois exercices remarqués à Luleå, où il a été sacré champion de Suède et MVP des playoffs en 2025. Ajout de dernière minute, le Slovaque Martin Gernát, bien connu en Suisse après ses passages à Lausanne entre 2021 et 2023, a été engagé dans l'urgence pour compenser la blessure de Nico Gross. Pour fermer les accès à la cage grisonne, la brigade défensive estampillée "Nati" s'appuiera également sur des valeurs sûres comme Sven Jung et surtout Lukas Frick, étincelant la saison passée en signant le meilleur total de sa carrière avec 32 points à 32 ans.

Malgré la nécessité d'un temps d'adaptation légitime pour assembler toutes ces pièces, le HC Davos aborde ce championnat dans la peau d'un deuxième favori très crédible. Les armes sont là, l'ambition demeure intacte, et le souvenir douloureux de la dernière finale promet d'être le carburant idéal.

 

Fribourg-Gottéron : le Graal acquis n'enlève pas l'envie

Même si le club local a le plus grand palmarès du basket suisse (23 fois champion), Fribourg n'avait jamais vécu quelque chose s'approchant de la liesse qui a accompagné le titre attendu depuis si longtemps de Fribourg-Gottéron. Voulant se garder de toute euphorie, le directeur sportif Gerd Zenhäusern a fixé comme objectif une place dans le top-6 "comme l'année passée". Il ne faut ni décrocher des réalités, ni se reposer sur ses lauriers.

Le garant de l'absence de faim, c'est l'entraîneur suédois Roger Rönnberg, un homme habitué à gagner durablement avec Frölunda. Il est en quête de tous les trophées, aussi bien en championnat qu'en CHL. C'est ce que dont rêvent les supporters, car chaque match à guichets fermés dans les deux compétitions, mais les Dragons en ont-ils un effectif assez dense pour cela ?

Fribourg a vécu un imprévu : le départ après le Mondial de la révélation de la saison Attilio Biasca vers Boston. Un autre jeune attaquant est certes arrivé, l'Austro-Suisse Jonas Taibel de Rapperswil, il a peut-être le même potentiel technique mais pas forcément le même culot offensif. L'arrêt du capitaine Julien Sprunger et le départ du gardien Reto Berra étaient parfaitement connus et anticipés. Mais voir venir le problème ne suffit pas à garantir sa résolution. Parti de sa ville natale comme numéro 2, le nouveau gardien Ludovic Waeber revient six ans plus tard, avec plus d'expérience mais en ayant perdu sa place de numéro 1 un peu partout (à Zurich, en AHL et à Kloten). Il sera installé comme titulaire à la maison, mais aura une très forte pression.

Après la légende Sprunger, le capitanat va à un autre joueur formé au club, Andrea Glauser... qui est blessé en ce début de saison. Mais le club ne s'affole pas, joue sans étranger surnuméraire même si Henrik Borgström est encore absent à la reprise. Il sait que le championnat est long et que les playoffs sont le plus important (même si sous les champions depuis 2019 ont fini premier ou deuxième en sason régulière). À une exception : en dépit d'une petite alerte en présaison, l'insubmersible Christoph Bertschy ne veut manquer aucun match pour battre le record de parties consécutives de Rüthemann (523 alors qu'il en est à 483).

 

Genève-Servette : le GSHC mise sur Hallam pour retrouver les sommets

Marc Gautschi a tranché. Après avoir démis Jan Cadieux, puis Yorick Treille, et confié la tête de l'équipe à Ville Peltonen sur une base quasi-intérimaire, le directeur sportif genevois tenait son candidat idéal : Sam Hallam. Le technicien suédois débarque avec un palmarès en club qui force le respect (trois fois champion de SHL avec Växjö, deux fois élu meilleur entraîneur), même s'il n'a jamais pleinement convaincu avec la sélection nationale de Suède. Gautschi espère sans doute secrètement imiter la formule de Fribourg-Gottéron avec Roger Rönnberg, en misant sur un entraîneur suédois à la réputation de gagneur. Pour l'épauler, Hallam pourra s'appuyer sur deux adjoints familiers de la NL, Marco Bayer (Zurich) et Christer Olsson, assistant-coach à Berne entre 2011 et 2025.

Dans les buts, Stéphane Charlin sera attendu au tournant. De retour dans son club formateur la saison passée, le portier a eu du mal à s'acclimater au système de jeu genevois, moins rigoureux que celui qu'il avait connu à Langnau. S'il est progressivement monté en régime, il n'est pas parvenu à arracher des matchs à lui tout seul comme il en avait l'habitude dans l'Emmental. Résultat : avec des performances en dents de scie à l'image de celles de son équipe, Charlin a reculé numéro 5 dans la hiérarchie de la Nati. Il sera toujours secondé par Robert Mayer, un des artisans du titre de Servette en 2023 dont les bonnes performances semblent bien loin.

L'arrière-garde a subi un lifting. Tim Berni a filé aux ZSC Lions sans avoir jamais totalement convaincu à Genève par rapport à ses standards internationaux. Mais le GSHC a su réagir en sécurisant la prolongation de Giancarlo Chanton (23 ans), membre du cadre élargi de la sélection nationale. À ses côtés arrivent Mika Henauer (Rapperswil), qui peine à confirmer les belles promesses de ses débuts professionnels avec Berne (2020-2022), et surtout le vétéran Ramon Untersander, avec un esprit revanchard vu les circonstances de la fin de son aventure bernoise.

Sur le front de l'attaque, les Aigles s'appuient toujours sur un trio finlandais prolifique : Markus Granlund (54 points dont 22 buts en 2025-2026), Jesse Puljujärvi (19 buts, 33 assists) et Sakari Manninen (17 buts, 45 assists). À ces cadres s'ajoute la jeune révélation lituanienne Simas Ignatavicius. Drafté cet été par les Florida Panthers qui le prêtent au GSHC, le junior a brillé avec 13 points (dont 7 buts) et amènera de la fougue au sein de l'équipe qui affiche la plus haute moyenne d'âge (30 ans).

Le véritable talon d'Achille genevois réside cependant dans l'apport offensif des joueurs suisses. Symbole de cette carence : le meilleur pointeur "local" fut Josh Jooris (22 points, photo)... un Canadien à licence suisse. Pour pallier ce manque, la direction sportive est restée fidèle à sa réputation de découvreuse de Canadiens à passeport suisse. Elle a rapatrié Tristan Lemyre (25 ans), un centre de petit gabarit (1m75) qui sort d'une saison à 35 points avec l'Université de Minnesota State, puis Jérémie Bucheler (26 ans), un défenseur au gabarit XXL (1m93, 100 kg) qui n'a pas réussi à s'établir en AHL (19 matchs avec San José) et sort de deux saisons en ECHL (seulement 15 matchs l'an passé avec Indianapolis).

Le contingent purement suisse s'étoffe un peu en profondeur et en kilos. Le retour anticipé d'un an de l'enfant du pays Johnny Kneubühler (depuis Bienne) devrait garantir une dizaine de buts et une vingtaine de points d'après ses standards. Nicolas Müller (27 ans) avait montré des choses intéressantes à son retour de NCAA avec Bienne en 2024-2025 (14 points mais un différentiel de -15) avant de voir sa dernière saison gâchée par les blessures (16 matchs).

Sur le papier, le GSHC a indéniablement les moyens qualitatifs et quantitatifs d'aller chercher le titre. Une ambition d'autant plus cruciale que le projet de la nouvelle patinoire du Trèfle-Blanc (8500 places pour une ouverture espérée en 2030) semble enfin sur les rails. La clé du succès résidera dans plusieurs facteurs déterminants : la capacité de Sam Hallam à s'acclimater rapidement, son management pour faire cohabiter stars et égos dans un effectif pléthorique, et surtout un réveil impératif de la contribution offensive des joueurs suisses. Le défi est immense, mais Genève a les cartes en main.

 

Lausanne : le goût (du titre) des autres

Après deux finales consécutives, Lausanne a vécu une rude élimination en quart de finale face à Genève. Des trois grands clubs romands, le LHC est maintenant le seul à n'avoir pas été champion. Son président Jean-Luc Rochat a confié à 24 heures : "Fribourg nous a donné envie. Mon petit doigt me dit qu'on est peut-être le seul club de Suisse capable de fêter un titre avec autant d'engouement. Ce que je ressens, c'est une énorme volonté d'y arriver."

La difficulté du LHC est que les cadres suisses ont disparu au fil des ans. Après la paire défensive Frick-Glauser, ce sont maintenant deux attaquants de l'équipe nationale qui ont filé : le principal talent offensif suisse Théo Rochette vise l'aventure NHL à Détroit et le travailleur Ken Jäger est retourné à Davos. Le LHC est donc devenu plus dépendant des étrangers, selon le modèle de Genève, et compte à nouveau sur Austin Czarnik, meilleur marqueur 2024/25 avec Berne, en meneur offensif. Sauf qu'il ne dominera pas les compteurs car il sera absent 6 à 8 semaines, opéré de la main après une blessure dès la première journée de championnat. On voit mal pourquoi les mêmes étrangers que l'an passé produiraient beaucoup plus par miracle. Toute la mise est donc placée dans un "all-in", pour que le nouveau défenseur en provenance directe de NHL Colin Miller retrouve la main chaude de ses meilleures années à Vegas...

Pour encadrer un contingent suisse assez jeune, le LHC a fait venir deux défenseurs internationaux. Il a accordé un contrat de 5 ans à Michael Fora, le pilier défensif de la Nati des années Fischer qui a manqué les deux finales perdues du printemps (avec Davos et l'équipe de Suisse) à cause d'une blessure au genou, et a fait venir en juin le vétéran Romain Loeffel dans un échange (accepté par le joueur et non imposé à la façon NHL) contre le gardien Connor Hughes. Lausanne se retrouve ainsi avec les deux jeunes portiers Kevin Pasche (23 ans et prolongé cinq saisons de plus) et Ewan Huet, le fils de Cristo - et international junior pour la Suisse - qui obtient donc un poste de numéro 2 à 21 ans.

Le directeur sportif John Fust a été un peu moqué pour un recrutement étrangement déséquilibré. Lausanne abordait la saison avec une défense pléthorique à 12 (ils ne sont que plus que 11 car le club s'est séparé de Sami Niku la veille de l'ouverture du championnat) pour une attaque à 13 hommes, dont le centre Antti Suomela blessé au moins un mois. Bien plus facile dans ses conditions de se faire une place devant... et le Gapençais Tom Vidal - qui est arrivé en Suisse à 15 ans mais n'a pas transposé en équipe de France U20 ses grosses stats dans le championnat junior élite local - a donc joué son premier match en senior dès la première journée. La concurrence est arrivée très vite : deux jours plus tard, Curtis Lazar a débarqué de NHL et Floran Douay, qui n'a pas trouvé d'autre club, a été réengagé pour un essai d'un mois.

 

Berne : une pression populaire insoutenable ?

Auréolé de cinq titres en six ans avec les Eisbären, Serge Aubin n'avait plus rien à y prouver et a choisi un autre défi dans une capitale plus petite... mais vraiment pas plus confortable. Berne, ce n'est pas Berlin. Un coach y a une presse impîtoyable sur le dos et il est impossible de survivre jusqu'à la fin du championnat pendant une saison ratée (comme Aubin l'avait vécu en 2022/23 en DEL). En quatre ans, Berne a consommé deux présidents, quatre directeurs sportifs et quatre entraîneurs.

Même le statut d'idole du public ne protège pas de la pression populaire. Une banderole "top comme joueur, flop comme directeur sportif" avait visé Martin Plüss lors du playin contre Rapperswil. Ses prérogatives ont été réduites uniquement à la formation de l'équipe, et non plus à la stratégie sportive globale du club. Plüss a pris une décision impopulaire en avril en chassant le capitaine de 35 ans Ramon Untersander, un fidèle du club depuis 11 saisons dont il avait pourtant prolongé le contrat jusqu'en 2028 à l'été précédent.

Dans son grand ménage de printemps, Plüss s'est aussi débarrasssé de l'autre cadre important Joël Vermin (Bienne) et a échangé le défenseur Romain Loeffel à Genève pour avoir un gardien suisse (Connor Hughes) et pouvoir donc utiliser six étrangers - parmi les 8 sous contrat - à d'autres positions.

Arrivant avec un regard neuf dans une équipe dépourvue de ses cadres habituels, Serge Aubin a fait le choix de passer la pré saison sans capitaine pour observer son vestiaire. Il a fait coudre le C sur le maillot du champion du monde 2026 Waltteri Merelä, choix sportivement indiscutable... sauf pour la représentation face à l'environnement médiatique car le Finlandais ne parle pas allemand.

Celui que certains supporters auraient vu comme leur capitaine de cœur, Tristan Scherwey, est de moins en moins efficace (2 buts la saison dernière), son contrat s'achève dans un an et il n'est plus au centre de la stratégie du club. La place de titulaire de la principale figure d'identification n'est même plus assurée.

Les fans devront s'y faire : les visages de l'équipe ont changé, avec l'arrivée de deux joueurs aux portes de l'équipe nationale. L'attaquant Dario Rohrbach de Langnau a signé depuis un an et avait donc hâte tout ce temps de franchir ce palier dans un grand club. Le défenseur Rodwin Dionicio, en disgrâce à Bienne, veut montrer un visage plus sérieux après avoir goûté à la discipline en faisant son service militaire cet été. Et n'oublions pas Davyd Barandun, joueur offensivement plus discret mais qui était un pilier défensif sous-estimé à Davos.

 

Lugano : À la recherche du temps perdu

Pendant longtemps, le hockey sur glace a été le sport roi à Lugano. Mais le paysage local évolue : avec l'inauguration du nouveau stade de football moderne et ses 8 793 places couvertes (soit deux mille de plus que la vieillissante Corner Arena inaugurée en 1985), le ballon rond est passé devant en capacité d'accueil et semble mieux armé pour décrocher un titre. Pour le HCL, privé de sacre depuis vingt ans et n'ayant plus remporté de série de playoffs depuis 2018, le risque de glisser au second plan est bien réel.

Lugano a grandement souffert du manque d'impact de ses attaquants étrangers lors du dernier exercice, au point d'avoir dû utiliser jusqu'à 10 licences étrangères. Le ménage d'inter-saison est donc d'envergure : l'énigmatique Jiří Sekáč (parti au Sparta Prague), capable du meilleur comme du pire, ou encore l'attaquant canado-britannique Brendan Perlini (12 points en 34 matchs) ont plié bagage, après l'exfiltration en cours de saison dernière de Mike Sgarbossa vers Berne.

Pour les remplacer, Janick Steinmann a privilégié la complémentarité au clinquant. Le centre américain Nick Shore (33 ans), champion avec Zoug en 2021 et auteur de 28 points avec Linköping, amènera son expérience dans les deux sens de la patinoire. En défense, le Finlandais Lassi Thomson (25 ans, ancien choix de premier tour d'Ottawa) n'a jamais pu s'imposer en NHL (29 matchs en trois ans) et vient relancer sa carrière au bord du Ceresio après une saison solide en AHL à Belleville (25 points en 55 matchs). Il arrive accompagné d'Olle Lycksell (27 ans), un ailier prolifique en AHL (158 points en 178 matchs) mais gêné par son gabarit modeste (1,81m) pour s'imposer définitivement en NHL. Enfin, l'ailier finlandais Jere Innala (28 ans), vainqueur de la CHL et auteur de 22 buts en SHL avec Frölunda, débarque avec de grosses garanties offensives.

Du côté des étrangers reconduits, l'Américain Zach Sanford (44 points en 2025-2026) conserve sa place de leader, tout comme le défenseur suédois Carl Dahlström (31 ans), tour de contrôle rassurante malgré un apport offensif modeste (1 but, 10 points). La grande interrogation concerne le Finlandais Rasmus Kupari (26 ans). Sa première saison tessinoise a été gâchée par une commotion cérébrale reçue dès le deuxième match de championnat, mais il a su convaincre le staff du HCL de prolonger son contrat.

Si la légion étrangère a fait défaut l'an dernier, le noyau helvétique a parfaitement tenu son rang. Lugano peut compter sur l'incontournable enfant du pays Luca Fazzini (31 ans, auteur de 47 points), sur le centre international Calvin Thürkauf (34 points) et sur Dario Simion (27 points, actuellement blessé). La jeunesse prend également du galon. Après une adaptation difficile en 2024-2025, le défenseur David Aebischer (25 ans) s'est totalement épanoui sous les ordres de Mitell (20 points, +15), s'imposant comme un candidat crédible à la sélection nationale. En attaque, le centre Lorenzo Canonica (23 ans) a véritablement décollé en franchissant le cap des 20 points. L'arrière-garde s'enrichit également du défenseur tricolore Enzo Guebey, qui débarque dans le Tessin après trois saisons à Davos. À noter que le club a longtemps caressé l'espoir de rapatrier Philipp Kurashev (20 points en 43 matchs avec San José) qui a préféré retenter sa chance en NHL.

Pour garder la cage, Lugano continue de faire confiance à Niklas Schlegel (32 ans et 92,3% d'arrêts en 36 rencontres) et Joren van Pottelberghe (29 ans et 92,0% en 16 matchs). S'il ne s'agit sans doute pas du tandem le plus ronflant de la ligue sur le papier pour aller chercher un titre, il offre certaines garanties de régularité. À moins que Steinmann arrive à concrétiser le "serpent de mer" (ou plutôt "serpent du lac") du retour de l'enfant prodigue Elvis Merzļikins, opéré de l'épaule le mois dernier et en fin de contrat NHL dans un an.

En quête de calme et loin du recrutement spectaculaire des années passées, le HC Lugano possède un groupe équilibré capable de jouer les trouble-fêtes si ses nouveaux importés répondent présents.

 

Zoug : les joueurs restent, les dirigeants prennent la porte

Après deux saisons moyennes conclues par des éliminations très sèches contre Davos en quart de finale, le conseil d'administration de Zoug a fait le grand ménage d'intersaison. Mi-juin, il a renvoyé Reto Kläy, directeur sportif depuis douze saisons. C'est ensuite le président Patrick Lengweiler (48 ans lui aussi) à qui l'on a montré la porte de sortie, alors qu'il s'était investi dans le club dans différentes fonctions depuis sa majorité. Les deux piliers du club champion 2021 et 2022 ont été remplacés respectivement par Ted Suihkonen (qui était responsable du développement depuis quatre ans) et par Paolo Duca, qui arrive donc à la présidence de son autre ancien club après avoir été directeur sportif d'Ambrì... et avoir perdu l'élection pour être le nouveau directeur sportif de la fédération, avec 2 voix contre 5 à Patrick Von Gunten.

L'entraîneur Lauri Marjamäki vient aussi d'arriver. Il travaille pour de nouveaux interlocuteurs alors que c'est Kläy qui l'avait engagé. Même si on dit que les joueurs ont provoqué ces changements par leur mécontentement envers les entraînements trop souvent programmés non à Zoug mais dans le centre de performance OYM de Cham (le gros investissement du club), eux aussi ont été un peu déstabilisés par la brutalité des changements. Même le logo de l'EVZ a changé ! De longues réunions avec une agence externe ont abouti à cet objet d'art "moderne", plus préoccupé par le concept que par l'esthétique : le "V" de Verein (club ou littéralement "union") relie le E de Eishockey et le Z de Zoug.

Ce qui a subi le moins de modifications, c'est finalement l'équipe. L'éternel gardien Leonardo Genoni et les huit meilleurs marqueurs sont tous restés. S'y ajoute la recrue majeure Vinzenz Rohrer (ex-ZSC), à qui Zoug a donné un salaire supérieur à celui d'un rookie NHL pour le faire venir via un prêt des Canadiens de Montréal.

Le début de saison est aussi compliqué par l'agrandissement de la patinoire. Zoug ne jouera pas à domicile avant le 23 octobre, il devra enchaîner huit déplacements d'ici là et les rencontres reportées vont embouteiller le calendrier autour de janvier. Il faudra peut-être rattraper du retard au classement, mais ce n'est pas plus mal de moins jouer car ce début de saison se fait à effectif réduit. En plus de Lino Martschini, absent depuis l'automne à cause d'une opération du genou, Mike Künzle et surtout les deux meilleurs buteurs Dominik Kubalík et Grégory Hofmann sont eux aussi blessés jusqu'à début octobre.

 

Bienne : un coach bouillant et un buteur-star de NHL

Le directeur sportif Martin Steinegger a choisi en connaissance de cause son ex-coéquipier Christian Dubé en janvier dernier. Il sait pertinemment que le Québécois se fâche souvent, et qu'il devra se contenter de sa place de coach sans empiéter sur la place de manager qu'il occupait aussi à Fribourg avant son renvoi en 2024. Oui, cela fait deux longues années que Dubé est dans l'ombre, il a fait un break avec sa famille avant d'encadrer les jeunes de Davos champions mini (U15)... pendant que Bienne faisait pareil en U21. Malheureusement, le grand espoir de cette équipe championne junior dominante, le défenseur Niklas Blessing, s'est rompu les ligaments croisés durant l'été alors qu'il était prévu comme titulaire indiscutable.

De sa double culture canado-suisse, Christian Dubé - qui a grandi dans le Valais où jouait son père Normand Dubé - a quelques éléments helvètes, il collectionne par exemple les montres qu'il possède par dizaines. Mais il n'a pas le même rapport au temps que les Suisses, c'est un grand impatient, au volant et dans la vie. Il veut une équipe avec de l'émotion. Il hurle régulièrement ses joueurs à l'entraînement pour leur réclamer de mettre plus d'énergie. L'équipe lui ressemble un peu plus : il a mis dehors le jeune défenseur Rodwin Dionicio, trop dilettante à son goût, et obtenu des joueurs expérimentés de caractère comme Joël Vermin et Dario Trutmann. Mais celui qui aime un hockey agressif a toujours l'équipe la plus petite du championnat...

Cette nouvelle approche tranche avec l'atmosphère nordique qui régnait jusqu'ici à Bienne. Des sept années largement réussies de gestion finlandaise qui ont laissé leur marque sur le club, il ne reste plus que les deux grandes idoles du public, deux champions olympiques 2022 qui semblent en fin de cycle : le fidèle Toni Rajala est maintenant étranger surnuméraire tandis que le gardien Harri Säteri (36 ans) vient de vivre sa première saison sous les 90% depuis douze ans (!) et arrivera en fin de contrat en 2027 après cinq ans à Bienne, le club sondant déjà ouvertement le marché des portiers suisses. Les 18 derniers mois de tactique suédoise prudente (Martin Filander) ont quant à eux été jetés à la poubelle sans regret. Il y a bien "trois couronnes" dans l'effectif mais la nouvelle donne peut leur convenir. Le centre Lias Andersson, notamment, pourra donner plus libre cours à sa créativité dans un jeu de passes courtes. Le style de jeu de Dubé peut mieux lui convenir, reste à voir si le style de management passera humainement, surtout s'il relâche son travail défensif.

En plus d'Andersson (numéro 7 de la draft NHL 2017), Bienne a recruté deux autres joueurs identifiés parmi les meilleurs de leur génération, le défenseur offensif Victor Söderström (numéro 11 de la draft 2019) et surtout la star Jeff Skinner, numéro 7 de la draft 2010 qui fut meilleur rookie de la NHL l'année suivante et a enchaîné 1110 parties (712 points dont 379 buts) avant de débarquer en Suisse à 34 ans sans que Bienne ait eu besoin de forcer le coffre d'une banque (Buffalo le paie 2,4 millions par an jusqu'en 2030 après avoir racheté son contrat en 2024...). Le pur joueur offensif Skinner a gardé la qualité de patinage qui a fait sa force.

Meilleur marqueur de l'équipe la saison passée, Fabio Hofer, est censé céder le casque doré avec de tels CV dans le même vestiaire, même s'il peut être tout aussi performant en étant rejoint par un compatriote, Dominic Zwerger, un des joueurs autrichiens les plus électrisants. La qualité offensive de Bienne est maintenant digne des meilleures formations de la ligue, tant par sa ligne de parade que dans la profondeur (le jeune Slovène Mark Sever par exemple), mais sa performance défensive globale semble en question.

 

Rapperswil-Jona : la saison des épines pour la ville des roses ?

Les neuf équipes citées ci-dessus semblent au-dessus du lot et ne doivent pas se rater en play-offs. Et puis, il y a Rapperswil-Jona, que l'on sous-estime toujours, mais qui s'est qualifié cinq fois en six ans. Oui, le meilleur marqueur Malte Strömwall a filé à Zurich où il sera un bon étranger parmi d'autres. Oui, le grand espoir du club Jonas Taibel est parti à Fribourg. Mais les Lakers en ont vu d'autres. Le SCRJ n'a-t-il pas survécu au départ de son joueur hors normes (le capitaine tchèque Roman Červenka) il y a deux ans ? Nul n'est irremplaçable.

L'idole locale se nomme aujourd'hui Tyler Moy (photo), meneur offensif spectaculaire qui a prolongé jusqu'en 2030. Un nouvel étranger de premier plan arrive avec Kevin Labanc mais l'ancien joueur de NHL était déjà la recrue-vedette des Shanghai Dragons il y a un an. Il ne les a pas qualifiés en play-offs de KHL et a fini la saison avec la pire fiche de son équipe (-24). À force de s'habituer à ce les Lakers soient l'équipe-surprise, n'y a-t-il pas le risque qu'ils déjouent un jour les pronostics dans l'autre sens ?

Problème supplémentaire potentiel : dans un marché suisse assez clos où l'on anticipe les signatures très en avance, le SCRJ a 16 joueurs dont le contrat s'achève en fin de saison. Une situation potentiellement risquée si le vestiaire se disperse mentalement avant de le faire physiquement, si le groupe perd sa solidarité en pensant à son avenir. Voilà une épine potentielle pour la charmante "ville des roses" au bord du lac de Zurich...

 

Kloten : un "sauveur" nommé Reto Berra

À Kloten, l'espoir d'une saison réussie porte désormais les jambières d'un champion... de 39 ans. De retour dans son canton d'origine après avoir été l'artisan majeur du sacre de Fribourg-Gottéron, Reto Berra constitue la prise de choix de l'intersaison des Aviateurs. Jugé trop âgé pour s'inscrire dans l'avenir à long terme du club fribourgeois, le portier international reste une valeur sûre au plus haut niveau suisse. S'il sera épaulé par l'international italien Davide Fadani qui a compilé des stats honorables en 25 rencontres disputées l'an passé, Berra apporte un supplément d'âme et de sérénité indispensable à une arrière-garde qui en avait grandement besoin.

Derrière le banc, la direction a confié les commandes à Michael Liniger. Après une expérience plus que mitigée à Zoug, conclue par un limogeage en cours de saison, le technicien hérite d'un effectif nettement moins rutilant sur le papier, mais au sein duquel il aura assurément moins d'égos surdimensionnés à gérer. Sa mission principale sera de redynamiser une attaque en grande souffrance, matérialisée par un meilleur marqueur plafonnant à un bien modeste total de 28 points : Dario Meyer. Ce dernier prend d'ailleurs du galon puisqu'il hérite du capitanat laissé vacant par le retraité Steve Kellenberger. Dans le secteur défensif, le club a dû réagir dans l'urgence : après la rupture du tendon d'Achille subie à l'entraînement par le vétéran Nicholas Steiner, Kloten a mis la main en juillet sur Dominik Schlumpf, lui aussi âgé de 35 ans et arrivé au terme de son bail avec Zoug.

Le visage de la légion étrangère a été largement remanié, sans Tyler Morley (Wolfsburg), Robert Leino (Kometa Brno) et Lukas Klok (Munich), jugés trop peu productifs. Pour apporter le danger devant la cage adverse, Kloten enregistre le retour très attendu d'Arttu Ruotsalainen, qui avait enchanté les supporters en 2022-2023 (42 points) avant un passage manqué à Lugano et deux campagnes abouties à Frölunda (36 points l'an dernier). Le Finlandais sera d'autant plus sollicité que l'infirmerie offensive se montre déjà bien remplie : arrivé en fin de championnat écoulé, Pontus Åberg est sur le flanc jusqu'en novembre, tandis que Brandon "ne m'appelez pas Pierre-André" Gignac (20 points en 26 matchs) s'est gravement blessé au coude et ne reviendra pas avant janvier. Pour pallier l'absence du Canadien, les dirigeants ont engagé le Finlandais Joona Luoto (28 ans), champion de Liiga et MVP des playoffs avec Tappara en 2022, qui cherche à se relancer après deux saisons très discrètes en Suède sous le maillot du HV71 (9 points en 30 matchs). Petteri Puhakka (24 points) complète le groupe des attaquants reconduits.

C'est finalement de la ligne bleue que pourrait venir la plus grande étincelle offensive. Le défenseur suédois Simon Johansson (27 ans) constitue une très belle prise, qui débarque avec le statut de meilleur arrière de Liiga finlandaise, fort d'une récolte impressionnante de 51 points, dont 19 buts, avec Ilves. Associé à Max Lindroth, lui aussi très porté vers l'avant (28 points dont 10 buts sous le maillot zurichois), Johansson apportera une puissance de feu indispensable depuis l'arrière. Cette contribution sera vitale parce que le contingent suisse affiche un talent limité et que le départ de l'ailier Axel Simic (21 points) n'a pas été compensé en matière de secondary scoring.

Entre le niveau retrouvé devant le filet et une défense capable d'alimenter le marquage, Kloten tentera de déjouer les pronostics et grappiller une place en play-in... si les étoiles s'alignent.

 

Langnau : les Dupont et Dupontt

Langnau a subi une attaque avant même que la saison ne débute. Le site internet des SCL Tigers a en effet été victime de hackers début septembre. La billetterie a néanmoins été externalisée. Cela ne devrait donc pas gêner un club impatient de voir à l'œuvre sa grosse recrue. Jonathan Dahlén, fils d'Ulf et meilleur buteur de SHL (30 buts avec Timrå), voulait rejoindre la Suisse et a choisi Langnau, qui l'a engagé en même temps que son expérimenté coéquipier Emil Pettersson. Ce duo a fonctionné dans un petit club en Suède, il continuera dans un petit club en Suisse ! Les deux hommes retrouveront un compatriote, André Petersson, qui a mis 24 buts.

Petersson et Pettersson ont une lettre de différence et ne se connaissaient pas, ils apprennent à se découvrir. Le principal attaquant suisse Julian Schmutz et le nouveau capitaine Flavio Schmutz ne sont pas plus apparentés... Personne ne les confond. Même si ce ne sont plus des "gars du village" comme autrefois, l'environnement de cette commune de moins de 10 000 habitants identifie bien les homophones, et il vaut mieux : il y a maintenant deux Meier en défense et un Meyer dans les cages ! Le coach Thierry Paterlini, en poste depuis 2022 et prolongé jusqu'en 2029, se débrouille.

Au-delà des confusions possibles, le contingent helvète est peu flamboyant, comme c'est souvent le cas dans les clubs suisses aux moyens plus modestes. Le seul Suisse qui marquait autant que les étrangers, Dario Rohrbach, a été happé par Berne. Tout repose sur les 7 étrangers (pour 6 places). Les vétérans finlandais Hannes Björninen, Saku Mäenalanen, Juuso Riikola et Santtu Kinnunen abattent toujours le travail de l'ombre, même si le cinquième homme de la colonie, l'ex-capitaine Harri Pesonen, a été sacrifié et non prolongé pour faire place à la doublette venue du nord de la Suède.

 

Ambrì-Piotta : pas d'autre choix que de survivre sous les dettes

En négociant avec Christian Dubé dans le dos de son staff technique, l'ex-président d'Ambrì, Filippo Lombardi, a rompu la confiance qui existait dans une direction théoriquement collégiale, un déchirement exposé au grand jour en octobre dernier dans une conférence de presse vécue comme un tremblement de terre pour le club le plus attachant de Suisse. Conscient de son erreur, Lombardi est devenu... président d'honneur, poste honorifique en récompense du travail accompli pendant ses 17 années de mandat, mais la gouvernance a changé.

Nouveau président depuis quatre mois, l'avocat Davide Mottis a trouvé une situation budgétaire encore plus compliquée qu'il ne le pensait. Le HCAP a 30 millions de dettes, dont 22 millions pour la construction de sa Gottardo Arena (2021), 3 millions de prêts publics lors des aides de la période Covid, et des dettes privées... dont 750 000 euros envers Lombardi. Point positif : Ambrì-Piotta est le seul club propriétaire de sa patinoire, et même si celle-ci est hypothéquée aux banques, ce grand bâtiment installé dans un petit village ne leur servirait à rien sans équipe de hockey, donc elles sont dans le même bateau... Pour se sortir de ce guêpier, Mottis vient de nommer directeur général Ivan Fanconi, ancien hockeyeur et président d'un petit club tessinois (HC Poschiavo) qui tient depuis dix ans les finances florissantes du HC Davos. Celui-ci prendra ses fonctions au 1er octobre.

Si les Tessinois restent aux commandes, ce n'est plus le cas dans le domaine sportif. Carte blanche a été donnée à Lars Weibel, l'ancien directeur des équipes nationales. Il a mis en place une opération de rajeunissement. Opération déjà contrariée car les jeunes attaquants Manix Landry (23 ans, un des deux fils du nouvel entraîneur de Rouen) et Miles Müller (21 ans) ont déjà signé pour 2027/28 à Lausanne, qui voulait même les récupérer avant, mais Weibel bloque et veut vraiment mettre en avant la carte jeune.

Le symbole est fort : toujours présent, Daniele Grassi (33 ans), qui a passé presque toute sa carrière au club depuis sa plus tendre enfance, a passé le capitanat à un joueur de 21 ans (!), Tommaso de Luca. Un des deux assistants-capitaines, Nathan Borradori, a même 20 ans. Autre message encore plus marquant : Inti Pestoni, l'incarnation de l'équipe (35 ans), a perdu sa place de titulaire parce que l'entraîneur finlandais Jussi Tapola considère sa condition physique insuffisante, tests à l'appui.

Si l'objectif officiel est les playoffs, les observateurs se demandent plutôt si cette très jeune équipe (hormis les six étrangers bien sûr) ne risque pas cette fois d'être larguée derrière Ajoie. En tout cas, les tifosi croient toujours au HCAP car plus de 5000 abonnements ont été vendus.

 

Ajoie : un jeune gardien français et de la TNT finlandaise

La patinoire d'Ajoie a été repeinte à neuf à l'intersaison. C'est même tout l'organigramme du club qui était en rénovation, avec un nouveau directeur général, Yannick Meyer. Dernier cinq fois de suite, le HCA avait besoin d'incarner ce changement tant espéré dans le Jura. Il a donc misé sur un grand nom comme entraîneur, Ville Peltonen, qui a emmené Genève jusqu'en demi-finale après avoir pris la place de Yorick Treille à l'automne.

Le Finlandais, entouré de ses compatriotes de confiance Samuel Tilkanen et Petteri Nummelin, voulait absolument emmener avec lui Deniss Smirnovs, qu'il a placé au centre de sa deuxième ligne. Il a aussi choisi Jérémi Gerber, révélation de la campagne victorieuse de Fribourg-Gottéron (7 points en playoffs dont le but en prolongation du match 6 de la finale contre seulement 6 points en saison régulière), mais ils restent les deux seules recrues suisse notables.

On ne peut nier pourtant que l'effectif a été transformé et largement rajeuni. La retraite du vénérable Bellemare n'explique pas à elle seule la baisse de 3 ans de la moyenne d'âge. Des quatre internationaux français, il n'en reste plus qu'un, Antoine Keller : toujours encadré par Vladimir Hiadlovsky (rare membre du staff conservé en plus du directeur sportif Julien Vauclair), le gardien de 21 ans se retrouve dans une position rare de numéro 1 indiscutable, au point d'être le seul gardien de la NL à avoir joué en totalité les trois premières parties de championnat. S'agit-il d'un développement accéléré pour l'espoir de l'équipe de France avant un possible retour à Genève que l'on murmure ?

Un atout important est que la naturalisation de Philip-Michaël Devos en mai a permis d'engager un étranger supplémentaire. Le défenseur offensif Anttoni Honka, promu capitaine, a ainsi été rejoint par son frère Julius (Rapperswil). En plus du retour en Suisse du vétéran canadien Daniel Carr, on compte pas moins de cinq Finlandais avec l'arrivée de Kristian Tanus (en photo avec Antoine Keller), cinquième marqueur de Liiga.

Si le Suédois Alfred Nobel a inventé la dynamite, c'est donc de Finlande qu'a été importée la "TNT". Sigle donné au premier trio composé de Jerry Turkulainen, Joonas Nättinen et Tanus, en trichant un peu pour que ce surnom soit "explosif" car c'est en fait Tanus qui fait office de centre.

 

 

Swiss League

 

Après avoir remporté son premier titre en 58 ans, le HC Sierre est favori à sa propre succession en Swiss League. La domination du club de Chris McSorley arrange bien les formations d'élite car il ne peut pas participer au barrage de promotion à cause d'infrastructures insuffisantes. Il envisage de le faire pour 2028 via une rénovation de l'actuel Graben, car son vrai grand projet aboutira bien plus tard : la Valais Arena de 6500 places financée par la promotion immobilière de l'écoquartier "Viva" ouvrira au mieux fin 2031.

Ce sont surtout les deux principaux concurrents La Chaux-de-Fonds (champion 2023 et 2024) et Viège (champion 2025) qui déposent un dossier de promotion. La Chaux présente sa candidature chaque année mais prépare surtout la montée pour 2030, avec la construction de nouvelle patinoire, car la phase de transition occasionnera des difficultés en 2028-29 à cause d'une capacité réduite de la patinoire des Mélèzes pendant les travaux.

 

Marc Branchu et Nicolas Puccio (photos de Pierre Maillard)

 

 

Retour à la rubrique articles