Bilan et analyse des championnats du monde 2026

 

Même s'il restera inabouti pour l'équipe locale, ce championnat du monde de Zurich et Fribourg restera comme une grande réussite populaire. Les affluences n'ont pas été spectaculaires car les salles utilisées étaient "petites" pour les standards actuels de l'IIHF, mais elles ont été très bien remplies à chaque match, avec un public intéressé par le hockey sur glace et pas du tout froid. Les prix des billets n'étaient pas gênants pour le pouvoir d'achat suisse, et le coût de la vie dans le pays n'a pas dissuadé les cohortes de supporters qui ont accompagné les différentes nations.

Ces Mondiaux ont été un mélange entre logique et sensations. Les trois pays qui avaient rassemblé les plus beaux effectifs, et qui avaient été désignés come favoris, se sont retrouvés en demi-finale, mais parmi eux s'est immiscée une nation inattendue et rafraîchissante, la Norvège, portée par un formidable esprit de groupe. Sa réussite récompense aussi l'audace d'un changement de génération.

Les pays qui n'évoluent pas ou plus s'en iront, ceux qui progressent encore se maintiennent pour des durées qu'ils n'avaient jamais connus... mais ne connaîtront peut-être jamais plus. La perspective de réintégration du Bélarus et de la Russie va de nouveau bouleverser le hockey mondial. On ne sait pas encore quand, et cela ne se fera pas sans heurts. Mais dans tous les cas, certains seront plus prêts que d'autres. Analysons en détail la situation de chaque pays et les enseignements de ce tournoi riche en très belles émotions.

Résultats et comptes-rendus des Mondiaux 2026

 

Finlande (1er) : ne jamais se lasser de la victoire

La Finlande est vraiment devenue une machine à gagner. L'équipe qui comptait le plus de médaillés d'or dans ses rangs en a maintenant encore plus. Même les blessures en cours de route des deux ailiers droits Teuvo Teräväinen et Eemil Erholtz n'ont pas déstabilisé l'équipe. Même s'il a été baladé de ligne en ligne par les circonstances, le "bon gros géant" Jesse Puljujärvi a été une présence déterminante, dès lors que l'ailier droit de Genève-Servette a retrouvé une forme lui permettant de peser par sa puissance physique phénoménale. Les trous ont aussi été plus que comblés par les jokers de NHL Mikael Granlund et Konsta Helenius, qui ont finalement encadré Barkov sur un premier trio longtemps mouvant. Et c'est finalement le plus jeune des deux qui a marqué le but du titre, faisant s'évanouir sa mère dans les tribunes...

Antti Pennanen et son staff ne semblaient pas avoir assez de louanges pour le capitaine Aleksander Barkov, capitaine si précieux sur la glace dans tous les petits détails. Et si son collègue floridien Anton Lundell a commis plusieurs pertes de palet en zone défensive en poule, il a effacé ces déchets au moment crucial des phases finales. Les Leijonat ont été portés par des centres dominants, dont l'apport s'est aussi fait sentir par des statistiques impressionnantes aux mises au jeu : Barkov 66%, Räty 64%, Björninen 60% et Lundell 56%. De quoi priver l'adversaire de précieux palets...

Les défenseurs étaient tout autant habiles à garder la possession, emmenés par un Mikko Lehtonen qui a fait taire les critiques sur un présumé manque de vitesse depuis ses trente ans. Henri Jokiharju est l'incarnation de cette gestion du palet, et Ville Heinola développe des qualités prometteuses. Et si certains profils ont été plus invisibles (on pense à Matinpalo), c'est peut-être un compliment à faire pour cette typologie de joueur discret, cela veut dire qu'il n'a pas fait d'erreur. La défense était clairement la plus stable du tournoi.

Évidemment, presque tout le monde aurait préféré que la Suisse gagne et vive la liesse de ce premier titre, que la Finlande a déjà connue en 1995. Mais le peuple finlandais ne semble jamais se lasser de la victoire : 80 000 personnes se sont rassemblées ce lundi au centre de Helsinki pour fêter cette cinquième victoire en championnat du monde. La presse a même convoqué des psychologues pour comprendre pourquoi tant de gens grimpent à plusieurs mètres de haut sur des fontaines ou sur des panneaux de signalisation routière. Les journalistes suisses peuvent bien s'offusquer que des groupes finlandais reprennent à leur compte la chanson suisse de but dans de concerts de victoire, mais la Finlande avait fait pareil avec l'hymne du hockey suédois en 1995 et ne connaît aucune borne de décence en matière de célébrations...

 

Suisse (2e) : ne jamais se lasser malgré la défaite ?

La Suisse est maintenant première au classement IIHF. Cela lui fait une belle jambe et remue un peu plus le couteau dans la plaie. Elle n'a toujours pas été championne du monde...

La Suisse avait pourtant tout fait pour préparer ce titre. Les joueurs avaient été placés dans des conditions optimales, avec des chambres individuelles à l'hôtel Mercure à 200 mètres de la patinoire. Tout était aussi prêt pour fêter la victoire. La ville de Zurich avait annoncé lever l'interdiction de vente des boissons dans la rue pendant la nuit de dimanche à lundi. La Nati avait tout réussi. Elle était première dans tous les secteurs statistiques. Le gardien Leonardo Genoni finit avec 97% d'arrêts mais une médaille d'argent. Il a battu le record de blanchissages en championnat du monde, et si on compte sur 60 minutes, il en compte deux de plus sur les deux dernières finales... mais il les a quand mêmeperdues car ses coéquipiers n'ont pas marqué. Un but en trois finales consécutives, pour une équipe qui paraissait pourtant injouable pendant toute la quinzaine et a humilié certains de ses voisins (le 5-0 en deuxième période contre l'Allemagne et le 9-0 contre l'Autriche).

Beaucoup de héros auraient certainement arrêté en pleine gloire en cas de victoire, ils restent indécis. Lors de fête de la médaille organisée dans une salle de Zurich où les joueurs ont autant remercié le public que l'inverse, Genoni (38 ans) a eu ces mots : "Savoir qu'on a été si près aide. Un jour, le moment de la victoire viendra. Mon job de gardien est facile avec cette troupe." Après son triste record de cinq finales perdues, Nino Niederreiter a laissé entendre qu'il n'a pas totalement abandonné le rêve d'or mondial. La Suisse espère qu'il en sera de même du capitaine Roman Josi, que l'on sait si proche de l'ex-sélectionneur Patrick Fischer au point de l'avoir défendu dans un courrier.

Le seul qui s'est retiré, c'est donc... le président de la fédération Urs Kessler, à qui l'on avait reproché la mauvaise gestion de la polémique autour de Fischer. "Les discussions m'ont montré que je n'étais pas la bonne personne pour le poste", déclare dans le communiqué de presse celui qui était entré en fonction en septembre. Le successeur aura du travail. Que les vétérans persévèrent un ou deux ans ou non, la Suisse a dans tous les cas un problème de renouvellement. Sa génération dorée est de plus en plus une génération argentée, de la couleur qui commence à s'immiscer dans les cheveux.

 

Norvège (3e) : un exploit mérité qu'il faut respecter à sa juste valeur

S'il y en a un qui doit avoir une pointe d'amertume mais une part de fierté dans l'incroyable succès du hockey norvégien, c'est l'ex-entraîneur suédois si critiqué Tobias Johansson, que la presse norvégienne a essayé en vain de joindre pour commenter l'évènement. Sa volonté de faire place aux jeunes, qu'il a portée à son paroxysme, a été couronnée de succès, un an seulement après sa démission, par une médaille de bronze totalement inattendue. La Norvège a battu sa meilleure performance (quatrième aux Championnats du monde 1951 à Paris) et l'a fait avec la manière, en épatant le monde du hockey.

C'est beau que Noah Steen, l'auteur du but de la médaille en prolongation (et de 7 buts au total), ait su rendre hommage à l'ancien sélectionneur : "Tobias Johansson a été celui qui a vraiment, vraiment allumé ce feu, et nous avons besoin de ce changement de génération. C'était un choc pour moi aussi d'être sélectionné à mes premiers championnats du monde à Riga à 2023. Tobbe et tout le staff d'alors ont fait les choix qui devaient être faits, et reçu des critiques pour cela. Mais nous en récoltons les fruits aujourd'hui." Steen n'était pas du tout identifié comme un talent d'exception comme ses collègues Brandsegg-Nygård, Solberg et maintenant Tinus Luc Koblar (meilleur marqueur de l'équipe dans ce tournoi... à 18 ans). C'est l'équipe nationale qui l'a mis en lumière, et c'est l'expérience donnée à un âge précoce qui l'a fait grandir.

Steen ne manque pas évidemment de saluer l'actuel coach Petter Thoresen, qui a vraiment tiré le meilleur de ce groupe et qui a su fédérer le hockey norvégien comme un étranger n'aurait sans doute pas pu le faire : "Petter est tout simplement un leader d'une capacité incroyable. Il sait quoi dire et faire à chaque moment, il est un grand example pour nous et une grande personnalité pour le hockey norvégien." L'emploi de Steen en est un bon exemple : il est facialement en quatrième ligne, mais est le quatrième attaquant le plus utilisé car il joue en supériorité et surtout en infériorité numérique, où sa vitesse excelle. La Norvège, qui avait les temps de jeu les plus disproportionnés du temps de Roy Johansen, a aujourd'hui une profondeur incroyable.

La Norvège a mis en place le travail de formation adéquat. La formation en club n'est peut-être pas aussi bien encadrée qu'au Danemark dans les petites catégories, mais elle a bien plus de patinoires et de clubs et elle s'appuie sur une grande tradition de sports-études. Les deux pays bénéficient évidemment de la proximité de la Suède qui permet aux jeunes de se frotter à la meilleure structure de formation d'Europe pour les juniors. Ce qui a toujours manqué au hockey norvégien, c'est l'exposition, dans l'ombre des grands sports que sont le football et le handball, sans même parler du ski dominant.

C'est en cela que cette médaille est d'une importance extrême. Le Premier Ministre l'a saluée sur les réseaux sociaux. Le milliardaire Petter Stordalen, connu pour ses dons philanthropiques pour la science et l'écologie, a affrêté un charter pour que les nouveaux héros puissent arriver à temps pour être célébrés par tout le stade Ullevål à la mi-temps du match de football Norvège-Suède (3-1 pour ne pas être en reste). Pourtant, le commentateur sportif (retraité) le plus connu du pays, Ernst Lersveen, a nié le fait que la performance des hockeyeurs ait sa place parmi les plus grands exploits du sport norvégien, et a affirmé qu'elle était bien en dessous de la victoire sur le Brésil à la Coupe du Monde 1998 de football... en match de poule. Ses arguments ? Les joueurs sont inconnus et "le hockey n'a pas la même position". Le serpent qui se mord la queue. "Cela n'aurait pas été pareil s'ils avaient remporté le championnat". Et puis quoi encore ? Rappelons que les footballeurs avaient perdu en huitièmes de finale en 1998. Que Lersveen ait été le commentateur des matchs de hockey de la Norvège (il y a 35 ans) en dit long...

Ce qu'a réussi la Norvège est un immense exploit, car il est extrêmement difficile pour une petite nation de ramener une médaille. Un exploit, mais pas une anomalie. Oui, elle a bénéficié d'une très haute efficacité (quatrième en pourcentage de tirs réussis et troisième en pourcentage d'arrêts). Mais cela reflète aussi les progrès de fond de son jeu : elle a très bien défendu devant Henrik Haukeland (seul joueur de ce collectif à avoir reçu une récompense individuelle avec le titre de meilleur gardien), y compris parce qu'elle ne concède presque plus de contre-attaques surnuméraires. En revanche, elle s'en procure beaucoup, et les convertit de manière efficace.

 

Canada (4e) : une remise en cause après avoir tout perdu ?

Une saison sans aucune médaille d'or masculine ou féminine ? Ce n'était jamais arrivé au Canada depuis 1997/98, saison où il n'y avait pas de championnats du monde en moins de 18 ans et donc moins de chances de gagner... C'était l'époque d'une profonde remise en cause pour le Canada, qui sentait sa suprématie s'éroder. L'idée même de se faire priver de médaille en perdant contre le Danemark ou la Norvège aurait fait rire à l'époque, comme une chose impossible. Essayons de se souvenir quand et comment le Canada avait appris à tailler une équipe pour gagner un championnat du monde. C'était en 2003, quand il avait créé la "checking line" Doan/Draper/Maltby pour neutraliser les meilleurs joueurs adverses. À l'époque, c'était presque original (Krueger faisait pareil avec la Suisse). Aujourd'hui, c'est d'une banalité sans nom de faire débuter un trio à vocation défensive. Tout le monde le fait à l'occasion... sauf le Canada.

En soi, ce n'est pas illogique de privilégier le talent quand on les meilleurs joueurs. Le Canada présente une première ligne de superstars, deux lignes de "stars secondaires" (qui seraient des superstars dans n'importe quel autre pays) et une quatrième ligne de figurants (qui seraient des stars dans n'importe quel autre pays). Plus l'équipe est en difficulté, plus on a recours aux meilleurs joueurs censés tout décider. On a vu ce film aux JO, on a revu un remake un peu moins prononcé. Et à chaque fois, cela a échoué. Le mythe d'un Sidney Crosby qui transforme tout ce qu'il touche en or a vécu. Et il serait absurde d'accuser le capitanat confié à 19 ans à Macklin Celebrini car le "C" symbolique n'empêche aucun des joueurs d'expérience de rallier l'équipe par la parole, ni de montrer l'exemple sur la glace. À ce titre, on peut s'étonner de l'étonnant bilan de 0 médaille en 6 championnats du monde pour John Tavares, et plus encore de ses fiches négatives (!) sur ses deux dernières appartiions, comme capitaine en 2024 et comme assistant cette année. Pour comparer, Crosby et Celebrini ont fini à +13 et +12... C'est une mauvaise passe de Tavares qui a précipité l'élimination. Le hockey s’est accéléré depuis le sommet de sa carrière...

On a parlé du déclin de l'école canadienne de gardiens. Jet Greaves irradiait beaucoup de confiance jusqu'en quart de finale à Fribourg mais, encore inexpérimenté, il a ployé sous l'enjeu le dernier week-end à Zurich. Et si on parlait des lignes arrières... Il fut un temps où tous les meilleurs défenseurs du monde étaient canadiens, souvent avec des profils physiques. Dans le hockey moderne, où l'on privilégie la capacité d'un défenseur avec le palet, les meilleurs à ce poste sont américains ou suédois. La blessure d'Evan Bouchard a bien sûr privé le Canada de son atout majeur à la ligne bleue, mais comment le pays qui a le plus grand réservoir de joueurs a-t-il pu construire son équipe sans plan B ? Comment le pays le mieux staffé peut-il si souvent se laisser déstabiliser par la perte d'un seul joueur ?

 

République Tchèque (5e) : de jeunes défenseurs plus habiles mais pas de buteurs

Ce n'est pas le repos qui attend l'entraîneur Radim Rulík : il doit se faire opérer du genou puis se contenter de deux mois de convalescence avant de commencer son nouveau travail à Kladno le 1er août. Pour la première fois depuis le triomphe de Pragano 2024, Rulík a été vraiment critiqué lors de ce championnats du monde. Beaucoup de décisions ont été incomprises, dans ses choix de (deuxième) gardien ou ses compositions de ligne.

Rulík aura laissé des souvenirs globalement positifs, par l'inoubliable or à domicile bien sûr, mais aussi par un style de hockey attrayant. Néanmoins, il a déclaré qu'"après trois défaites de suite en quart de finale, il n'y avait aucun conseil à donner" à ses successeurs Zdeněk Moták et Pavel Gross.

On peut néanmoins essayer de tirer les enseignements. L'un d'eux est que, discrètement, les Tchèques ont progressé en défense. C'est aussi le mérite de l'adjoint de Rulík chargé de ce secteur, Marek Židlický, ancien défenseur offensif qui a peut-être aidé par ses conseils à développer ces profils utiles dans le hockey moderne. On pense notamment à Tomáš Galvas, le junior de 20 ans qui a été une belle satisfaction du tournoi. Ce poste reste en effet trop dépendant de Filip Hronek : celui-ci a été pointé du doigt pour certaines erreurs, mais il est fatal de finir par en commettre quand on joue plus de 24 minutes par match. Hronek a en effet été le joueur chargé avec le plus gros temps de glace dans ce championnat du monde (devant Nathanael Halbert et Moritz Seider).

Si la Tchéquie était devenue championne du monde sans Hronek, Rulík vient de connaître sa première compétition internationale sans Pastrňák... et ce n'est plus tout à fait la même musique. Moins bien dotés offensivement, mais avec des jeunes joueurs rapides et énergiques, les Tchèques ont été bons contre les grosses équipes qui pratiquaient un hockey ouvert, mais ils ont eu beaucoup de mal à faire le jeu contre les petits adversaires plus repliés... et ce fut aussi le cas en quart de finale contre des Finlandais très difficiles à jouer quand ils mènenent au score. Les Tchèques ont fini à une inhabituelle treizième place en efficacité aux tirs, tout comme en avantage numérique. Le manque de buteurs s'est fait sentir : aussi bien Matěj Blümel que David Tomášek - auteur en revanche de quelques jolies passes - ont déçu dans ce rôle.

 

Lettonie (6e) : des records qui ne seront pas si faciles à répéter

La Lettonie s'attendait à avoir du mal à créer du jeu offensif en l'absence de tous ses meilleurs centres. Il n'en a rien été. Deniss Smirnovs, après une saison très modeste pour le club de Kloten à quelques kilomètres de là (8 points en 44 parties), a dépassé toutes les espérences au centre du premier trio au point d'insrire 9 points (en 8 rencontres) lors de de championnat du monde de Zurich. Il faut dire qu'il était entouré d'ailiers en feu. Le capitaine Rudolfs Balcers a signé un tournoi "sensationnel", selon le mot même de son coach, et a établi un record letton avec 7 buts. Dès sa première saison en équipe de Lettonie, l'infatigable Sandis Vilmanis (photo, plus de 23 minutes de temps de jeu) a lui aussi obtenu le meilleur résultat d'un Letton dans un Mondial élite avec 4 buts et 7 assists.

L'attaque s'est déchaînée face aux petites équipes, mais si les Baltes se sont qualifiés en quart de finale, c'est surtout grâce aux performances du gardien Kristers Gudlevskis. Il a réussi un blanchissage décisif contre le pays où il joue (l'Allemagne, 2-0) et a su compenser la défaite contre l'Autriche en étant solide pour battre les États-Unis (4-2). Il a fini avec un pourcentage d'arrêt exceptionnel de 94,6%, en ayant énormément joué parce que le seul match sans lui s'est fini en déroute. Faute de doublures, Gudlevskis a cumulé 7 parties et a rappelé l'époque où Edgars Masalskis enchaînait de manière héroïque sans se reposer. Un Masalskis qui a d'ailleurs vexé quelques joueurs lettons de NHL en regrettant dans un podcast qu'on puisse trouver des excuses pour ne pas venir en équipe nationale...

La sixième place de 2026 est le deuxième meilleur classement de la Lettonie après la troisième place de 2023. Ces deux résultats coïncident aveec la suspension de la Russie des compétitions internationales, qui les a facilités. Or, celle-ci risque fort de ne pas durer puisque le bureau disciplinaire de l'IIHF a annulé la prolongation générale automatique de la suspension de la Russie pour "motifs de sécurité". La Lettonie s'opposera certainement de toutes ses forces au retour des Russes, elle qui a déjà déclaré qu'elle boycotterait tout match contre le Bélarus au prochain Mondial U18 alors qu'il peut s'agir potentiellement d'un barrage de relégation (et elle tiendra parole car elle l'a déjà fait il y a quelques semaines dans un match qualificatif de championnat d'Europe U19 de football). Comme Riga vient d'obtenir la co-organisation du Mondial 2030 avec Helsinki, le mandat du prochain président de l'IIHF promet d'être extrêmement compliqué...

 

Suède (7e) : de jeunes talents offensifs mais toujours pas de mentalité d'équipe

Si la meilleure période de la Lettonie a coïncidé avec l'absence des Russes, il est étonnant de constater que le hockey suédois connaît actuellement les pires résultats depuis son histoire malgré l'absence de ces concurrents importants. Pour être tout à fait précis, cette période noire a débuté avant, en 2021, par une élimination historique en phase de poules. Et la Suède espère qu'elle s'est enfin achevée avec la qualification de justesse de cette année, arrachée dans la douleur contre la Slovaquie. Elle correspondrait ainsi uniquement aux mandats des sélectionneurs Johan Garpenlöv (aucune médaille) et Sam Hallam (deux médailles de bronze), pendant lesquels la sixième place - autrefois même pas un plancher... - a constitué la position moyenne de la Tre Kronor.

Cette période n'a pas été tout à fait improductive. Elle a permis l'éclosion d'un jeune attaquant, Lucas Raymond. Certains peuvent lui reprocher de s'approprier trop le palet par moments, mais heureusement qu'il était là, une fois de plus, pour prendre en charge l'offensive. Nous vous révélons une statistique qui en dit long sur ses performances : à 24 ans et 2 mois, Raymond est le plus jeune joueur à atteindre le cap des 50 points dans les compétitions internationales d'élite (il en a inscrit 51) depuis... les légendaires ailiers de la KLM Valeri Krutov et Sergei Makarov ! Lucas Raymond a porté la première ligne et le powerplay avec deux autres talents d'exception, les juniors Ivar Stenberg et Viggo Björck. Ce dernier est devenu au passage le plus jeune joueur mais aussi le plus jeune buteur de la Tre Kronor au Mondial.

L'intronisation de ces juniors est le legs de Hallam, par décision collégiale commune avec le manager général Josef Boumedienne qui s'en va lui aussi. Le dernier entraîneur à avoir gagné, Rikard Grönborg, fera son retour. On saura si le problème est juste sur le banc ou s'il est plus profond. On n'est pas dans le vestiaire, mais les défenseurs d'expérience comme Mattias Ekholm et Oliver Ekman-Larsson ont donné l'impression de se comporter en bons leaders. Même sans être du niveau des favoris, cette équipe est sur le papier meilleure que la Norvège, contre qui elle est tombée pour la première fois. Elle a tous les ingrédients de la réussite... sauf ce dévouement au maillot national. Les juniors qui ont été mis en avant comme jamais à un mois de la draft NHL garderont-ils cette reconnaissance envers la Tre Kronor ?

 

États-Unis (8e) : Zurich a gagné un futur touriste

On a beaucoup parlé de Matthew Tkachuk, arrivé en retard dans l'équipe américaine parce qu'il voulait attendre la visite médicale du 1er mois de son bébé. Le joueur-symbole des États-Unis a découvert le mode de vie européen : "Zurich est incroyable, je m'y plais beaucoup jusqu'à présent. C'est sans aucun doute l'un des plus beaux endroits au monde que j'aie visités. On se déplace surtout en scooter, par exemple pour aller au lac, aux restaurants, aux bars, partout. C'est bien mieux que de prendre un Uber." La star, qui a aussi pris les transports en commun en toute quiétude, a promis de revenir avec sa famille pour les vacances.

Tkachuk (photo de gauche ci-dessous) n'est pas venu que pour le tourisme. Ses détracteurs peuvent retenir grâce aux caméras placés sur des arbitres que même l'un d'eux a sermonné après une simulation : "Matt, ne fais pas ça ! Tu peux mieux faire, c'est en dessous de ton niveau." Néanmoins, même en manquant 3 rencontres, il a été le meilleur buteur de son équipe. Il aurait surtout dû être mieux entouré pour que les Américains aient une chance. Le "Triple Gold Club" ne s'offre pas si facilement. Des joueurs quelconques de NHL ne suffisent plus à être compétitifs en championnat du monde. Les États-Unis ne se seront finalement qualifiés que par la capacité de Declan Carlile à donner des coups de crosse dans la mitaine de Grubauer pendant que l'arbitre ferme les yeux.

Dans ce match-clé, on retiendra un pénalty très important à mettre au crédit de Matt Coronato pour rattraper son tournoi par ailleurs très décevant : il avait mis 8 points quand il était encore universitaire, il n'en a mis que 3 avec une fiche désastreuse de -7. La meilleure fiche (+4), c'est celle de Ryan Lindgren, mais on ne se souviendra de lui que pour sa charge sur Bouchard et son expulsion. Le problème réside surtout dans les absents. On verra en année non olympique si les Américains, bien repus cette saison, taillent de nouveau une équipe pour gagner.

 

Slovaquie (9e) : ah, les parents de joueurs !

L'entraîneur Vladimír Országh a conduit la Slovaquie à la quatrième place de Jeux Olympiques très relevés, mais il a été incapable de qualifier l'équipe pour un quart de finale de championnat du monde en deux ans. Elle était méritante. La dernière équipe à avoir été éliminée avec 11 points... c'était la Slovaquie en 2023 ! Il ne restait plus qu'une toute petite marche à franchir, mais elle a concédé trois défaites à zéro point pour finir face aux trois grosses équipes.

Ce dénouement frustrant a déclenché une vidéo en colère de... Katarína Pospíšilová, la mère des joueurs de première ligne Martin et Kristián ! "On ne peut pas gagner quand les potentiels leaders Mato et Kik ont le même temps de glace que le quatrième bloc". Elle a continué - et c'est encore une preuve de la perméabilité de la Slovaquie aux thèses complotistes grotesques - en accusant les entraîneurs de préféré mettre en avant les jeunes joueurs pour faire plaisir aux agents et aux scouts, plutôt que de jouer la victoire. L'accusation était presque amusante puisqu'elle faisait suite à une défaite contre la Suède, qui - elle - mettait vraiment en avant ses juniors ! Országh s'est abstenu de répondre, comme n'importe quel coach devrait le faire à tout niveau avec des parents de joueurs toujours trop impliqués émotionnellement...

Ni Országh ni son équipe n'ont grand chose à se reprocher, surtout compte tenu des nombreuses défections : hormis le premier match (paradoxalement gagné) contre la Norvège, la Slovaquie a dominé aux tirs tous ses adversaires ! Après une entrée en matière convaincante, elle a joué de mieux et mieux et produit de l'offensive. Le capitaine et unique vétéran Marek Hrivík a mené l'équipe au-delà des espérances (4 buts en 16 tirs) mais il a peut-être manqué un soupçon d'efficacité aux jeunes attaquants pourtant actifs et énergiques. Dans l'ensemble, la différence s'est moins faite dans la réussute aux tirs (9,6%) que dans le gardien : Samuel Hlavaj avait toujours fini à 91% ou plus en compétition internationale, il a terminé à 87% cette fois et quelques buts moyens ont coûté la qualification.

Compte tenu de la manière, ce résultat ne dégrade pas le bilan du président de la fédération Miroslav Šatan, qui se représente à sa propre succession. Il peut faire valoir la réussite du Mondial des moins de 18 ans à domicile, qui constitue un bel avant-goût du Mondial senior 2029. L'équipe slovaque U18 joue toute l'année ensemble, ce qui est un avantage évident pour atteindre la finale mondiale. Derrière la qualité prometteuse des jeunes générations, certains brossent néanmoins un tableau moins reluisant : les clubs privilégient leur équipe première et trop de jeunes arrêtent encore après 15 ans, au point que le réservoir du championnat risque encore de fondre après la retraite des vétérans actuels.

 

Allemagne (10e) : apprendre à faire confiance

Le directeur sportif de la fédération allemande (DEB), Christian Künast, a expliqué avant le tournoi dans une interview à Eishockey News qu'il avait refusé une première version du calendrier du championnat du monde qui faisait commencer son pays par les "petits" adversaires. Il a obtenu l'inverse, un championnat qui permettrait à l'équipe de mettre en place son identité contre les gros. Le résultat a été... le même : l'Allemagne a remporté 9 points sur 9 face aux adversaires inférieurs, que ce soit au début ou à la fin, mais cela n'a pas suffi à se qualifier. Elle a perdu la confrontation directe la plus importante (contre le Danemark l'an passé et la Lettonie cette année).

Son erreur est d'avoir cru que les Lettons s'écrouleraient tout seuls (après leur défaite contre l'Autriche). Elle tenait la victoire face aux États-Unis, avant de concéder une égalisation controversée à cinq minutes de la fin sans même la challenger. Cette (non-)décision du coach Harold Kreis a beaucoup fait parler, parce qu'elle semblait ne pas suffisamment soutenir son gardien Grubauer qui s'était déjà plaint précedemment des crosses américaines. Tout en critiquant la réputation de siffleur tardif de l'arbitre canadien Taylor Burzminski, Künast est venu assurer la défense de Kreis. Il a déclaré que l'IIHF lui avait assuré après coup que la décision était du 50/50, et que les images n'auraient pas permis aux arbitres de se déjuger. L'Allemagne aurait risqué une infériorité numérique fatale en fin de match. In fine, si elle avait ensuite gagné la prolongation ou les tirs au but, elle se serait qualifiée et on n'en parlerait pas...

Le capitaine Moritz Seider a regretté ces points laissés en route contre les Américains "très prenables". Il a aussi eu cette phrase à rebrousse-poil du discours officiel : "Nous n'avons pas vraiment d'identité qui nous distingue". Là encore, Künast s'est senti obligé d'assurer le service après-vente le lendemain en parlant de propos "un poil trop critiques", évoquant un joueur qui s'exprimait après un match sous le coup de l'émotion. C'est parfaitement faux. Seider a parlé après un match gagné face à la Grande-Bretagne qui ne changeait rien à une situation qu'il avait largement eu le temps de digérer. Il a expliqué son point de vue d'une voix très posée et réfléchie.

Un peu "control freak", Künast devra apprendre qu'il ne peut pas maîtriser toute la communication de ses joueurs, tout ce qui dit dans la presse, et encore moins sur les réseaux. Il devra aussi apprendre à faire confiance à Moritz Seider, ce capitaine exemplaire venu cette année même après avoir dû soigner une blessure. L'indispensable défenseur qui ne cherche jamais d'excuses a déjà donné rendez-vous pour le Mondial 2027 à domicile, et l'Allemagne aura bien besoin de son leadership.

PS : Harold Kreis et la fédération se sont finalement entendus, ce vendredi 5 juin, sur la rupture anticipée de la saison 2026/27 prévue au contrat du sélectionneur, pour donner une "nouvelle impulsion" après la stagnation constatée depuis trois ans, après la médaille d'argent de 2023.

 

Autriche (11e) : manque de jus et de défense

Un an après son quart de finale, l'Autriche a débuté sur la même lancée après 3 victoires, dont une contre la Lettonie qui a rebattu les cartes de la qualification. Mais ensuite, elle n'a jamais été en capacité d'en gagner d'autres. Outre la qualité des adversaires, c'était dû notamment à la baisse de forme des joueurs de Salzbourg, à l'image du capitaine Peter Schneider qui avait encore mis des points importants pour assurer le maintien en début de tournoi. En particulier, le gardien naturalisé Atte Tolvanen n'a toujours pas sorti le match attendu quand il fallait des points, ni face aux Allemands ni face aux Américains.

C'est même toute toute l'équipe a manqué de jus à la fin. La venue en cours de tournoi du dynamique Vinzenz Rohrer a fait beaucoup de bien pour en redonner. Il a fait office de second centre dans une équipe qui avait perdu ses quatre centres majeurs. Heureusement d'ailleurs que Benjamin Nissner est revenu en équipe nationale, tant il était indispensable dans le contexte. Ne crions pas haro sur le baudet Mario Huber (bilan de 0 point et -6) car cet ailier a fait de son mieux en dépannant au centre et en défendant plus son enclave qu'à l'accoutumée.

Hé oui, il faut savoir se méfier des statistiques et les resituer dans le contexte. Les meilleures ont été celles du défenseur Thimo Nickl, mais ses 6 points (2+4) incluaient des buts en cage vide ou aidés par les adversaires contre leur camp. Néanmoins, Nickl, avec le jeune Gregor Biber passé sous contrat NHL l'an prochain, était aussi responsable dans sa mission de la faible infériorité numérique (55%). Défensivement, les Autrichiens ont encore de progrès à faire pour vraiment espérer jouer les quarts de finale.

 

Danemark (12e) : passage à temps partiel

Sans trop de surprise, le Danemark est rentré dans le rang après sa demi-finale à domicile de l'an passé. Il ne lui manquait pas seulement le soutien de ses supporters, mais aussi ses meilleurs joueurs. Sans renforts nord-américains, l'attaque a été trop dépendante de la seule ligne Olesen-Russell-Aagaard, qui regroupait les deux ailiers révélés au Mondial de Herning. C'est la première fois que Mikkel Aagaard figurait sur un premier trio et il a encore amélioré sa performance de 2025 en marquant 10 points (5+5), donc en participant aux deux tiers des buts de son équipe !

L'absence de trois défenseurs blessés mettait surtout l'attention sur les lignes arrières à la profondeur incertaine. Sur une grande glace, le grand gabarit Malte Setkov a été moins efficace qu'aux Jeux olympiques sur petite glace et a souvent été compromis. En revanche, la surprise est venu du moustachu Anders Koch, qui n'était pas toujours titulaire et qui a été le meilleur défenseur. Très sûr dans sa zone et à la relance, il est le seul Danois à avoir fini avec une fiche positive.

Le forfait définitif du gardien Frederik Dichow, connu juste avant le tournoi, a aussi permis à d'autres gardiens de percer enfin. On a craint le pire pour Mads Søgaard après son match raté contre la Suède puis son violent choc à la tête face à la Slovaquie. Mais le jeune portier d'Ottawa a été très solide lors des deux rencontres à remporter pour le maintien contre la Slovénie et l'Italie. Et son forfait à l'échauffement au dernier match à permis à un gardien du championnat danois, Daniel Henriksen, de contribuer au point précieux face à la Norvège qui maintient le Danemark dans le top-12 et permet à l'entraîneur suédois Mikael Gath de finir sur une bonne note.

Le Danemark pourrait se contenter de ce ventre mou. Après avoir atteint ses objectifs les plus importants, le président de la fédération (DIU) Henrik Bach Nielsen a surpris en annonçant que le prochain sélectionneur serait à temps partiel : "Nous avons examiné s'il y avait assez de travail pour un poste à temps plein la saison à venir, et sur la recommandation de notre département sportif, nous avons choisi d’essayer quelque chose de nouveau. Dans l'ensemble, nous ne dépenserons pas moins d’argent. L'argent que nous ne dépensons pas pour un entraîneur national, nous pouvons le dépenser pour les moins de 16 ans, les moins de 18 ans ou les féminines. La saison prochaine, il n'y aura pas de missions supplémentaires comme les Jeux Olympiques ou la qualification olympique."

 

Slovénie (13e) : Edo Terglav, tombeur de deux entraîneurs champions du monde

Pour la première fois de son histoire, la Slovénie jouera trois années consécutives dans l'équipe mondiale. Elle a égalé son meilleur classement, treizième, et aurait même pu l'améliorer d'une place sans l'égalisation danoise à 1,3 seconde de la fin face à la Norvège. Cela reste quand même une anomalie pour un pays qui ne compte que 7 patinoires. Edo Terglav a eu cette phrase sur ce groupe soudé : "Je suis fier d’être l’entraîneur non pas de cette équipe, mais de la famille slovène du hockey. Nous ne sommes pas nombreux, mais nous donnons tous le maximum."

Terglav, qui a obtenu ces deux maintiens consécutifs, pourra même dire qu'il a battu cette année deux entraîneurs champions du monde, Radim Rulík avec l'équipe tchèque et Jukka Jalonen avec l'Italie ! Deux contextes différents : la Slovénie a su à la fois surprendre une grosse équipe et afficher son esprit serein et positif face à l'adversaire direct qu'il fallait battre à tout prix. Le meilleur marqueur aura été Rok Tičar, à 37 ans : de quoi rendre jaloux la plupart des joueurs de sa génération qui ont pris leur retraite internationale début 2025. Aucun d'entre eux ne pensait sans doute que les Lynx auraient autant de succès avec Terglav...

Le changement de génération a fonctionné, incarné par le cru 2003 mené par Marcel Mahkovec et Matic Török, mais elle fait suite à dix années creuses qui n'ont produit presque aucun cadre de l'équipe nationale (Drozg et c'est tout) - et qui ont conduit au cas particulier de la naturalisation du gardien tchèque Lukáš Horák sans qui les performances de ce Mondial 2026 n'auraient pas été possibles. Il faudra donc continuer à sortir trois joueurs de haut niveau par an pour combler les départs inexorables. Ce n'est pas impossible mais cela implique de ne perdre aucun talent en route et de conserver cet esprit solidaire. L'année 2027 restera en tout cas une belle opportunité pour continuer à habituer les jeunes au haut niveau : face à l'Ukraine, la Slovénie sera clairement favorite pour se maintenir un an de plus et aller en France en 2028 !

 

Hongrie (14e) : 11 buteurs et un modèle de persévérance

Après avoir obtenu le premier maintien de son histoire l'an passé, la Hongrie a récidivé cette année. Elle s'est présentée en équipe technique avec de bonnes transitions. Comme l'an dernier, elle se maintient avec la moins bonne défense, mais elle s'est tout de même améliorée dans ce domaine. Ce n'est qu'en fin de tournoi, avec un calendrier de 4 rencontres en 5 jours, qu'elle a a tiré la langue et cédé. Enchaîner au rythme international reste un problème.

Ce qui est de moins en moins un problème en revanche, dans un pays qui compte de plus en plus de patinoires et de clubs, c'est la profondeur. 11 buteurs différents en championnat du monde, c'est une performance absolument remarquable pour une équipe de bas de tableau ! Et ça l'est d'autant plus que la la principale star Vilmos Galló a fini à zéro point. Après deux parties jouées, il est en effet rentré auprès de sa femme prête à accoucher.

Arrivée pour une fois au complet, les Hongrois ont perdu deux cadres les premiers jours. Après une élongation musculaire lors du match de préparation contre le Canada, le pauvre István Bartalis a subi un choc au dos après avoir joué seulement quatre minutes contre l'Autriche. Après la victoire-clé face aux Britanniques, le gardien Bence Bálizs, qui a reçu le trophée interne au vestiaire (une épée) pour son blanchissage l'a remis à Bartalis - si souvent blessé ces dernières années - en lui rendant un bel hommage : "Je voudrais le donner à quelqu’un qui a une telle persévérance que beaucoup d’entre nous pourraient prendre en exemple le travail qu'il a effectué pour être ici avec nous. Peut-être que certains d’entre nous auraient arrêté le hockey s’ils avaient vécu la même chose."

 

Italie (15e) : un entraîneur ne peut changer le niveau de ses joueurs

Dès le lendemain de la relégation, la fédération italienne (FISG) annonçait dans un communiqué que ses chemins se sépareraient avec Jukka Jalonen. Son passage à la tête de l'Italie n'aura donc laissé aucune trace spectaculaire : zéro victoire au niveau élite, que ce soit aux Jeux olympiques et aux championnats du monde. La FISG avait proposé en début d'année de prolonger son (gros) contrat, mais le Finlandais préfère rentrer au pays où il aura une émission de télévision en plus de conseiller le HPK.

Le Finlandais savait où il mettait les pieds (il avait passé un an à Alleghe pendant sa carrière de joueur à la fin du siècle dernier) n'était pas du genre à s'engager juste pour être sous les projecteurs olympiques. Il s'était d'ailleurs efforcé de convaincre ses joueurs que le championnat du monde serait plus important, mais en vain. Après l'aventure olympique, certains ont raccroché les patins ou ont déjà la tête ailleurs. Jalonen a accompli sa mission jusqu'à la fin, même si l'objecif de maintien n'a pas été rempli.

Le discours de Jalonen n'a jamais varié. Il a partagé ses idées comme il partagé le temps de glace, pour créer un système de jeu rapide et le faire appliquer à tous. Mais si l'équipe de Finlande n'avait pas son pareil pour protéger un score, il n'en va pas de même pour les joueurs italiens. Ce n'est par manque de volonté, mais parce qu'ils sont plus sujets aux erreurs individuelles sur les bases techniques telles que les passes. L'Italie a été la première équipe dans ce Mondial - le sixième jour seulement - à perdre un match en menant au score, contre les Tchèques malgré une prestation d'anthologie de Damian Clara. Et elle s'est aussi fait remonter lors du match décisif pour le maintien face aux Slovènes.

Alors que son équipe était encore à 0% en supériorité numérique après les cinq rencontres les plus difficiles, Jalonen reconnaissait le problème et gardait confiance : "Il nous faut un bon powerplay. Il nous faut attaquer le filet avec plus d'intensité, même sans palet, car nous n'avons pas tant de talent individuel. Nous devons donc marquer en équipe. Je suis certain que nous marquerons au bon moment contre les bonnes équipes et que nous remporterons les matchs importants."

Perdu. Les seuls buts contre le Danemark et la Slovénie ont été inscrits grâce au même homme, Tommy Purdeller, auteur de 2 buts et 1 passe décisive. Le seul Italien doté d'une vraie dose de talent offensif aura surpassé les doubles passeports et contribué à la majorité des buts de son équipe... car il y a en eu à peine 5 en tout. On n'a jamais vu une aussi faible attaque au Mondial depuis... l'Italie, déjà, en 2019 ! Cela reflète le niveau du pays en hockey sur glace. Même avec le meilleur entraîneur du monde, le niveau des joueurs ne permet pas mieux.

 

Grande-Bretagne (16e) : la retraite à 28 ans

Battue sans appel face à son principal rival pour le maintien (0-5 contre la Hongrie), la Grande-Bretagne n'a pas vraiment existé dans ce championnat du monde. Même lors des deux dernières relégations en 2021 et en 2024, les exploits de Liam Kirk avaient au moins fait sensation. Cette fois l'attaquant des Eisbären Berlin n'a pas eu le même apport offensif et n'a marqué que 1 but en 19 tirs. Pire, il s'est plus fait remarquer par ses pertes de palet et a fini avec une terrible fiche de -11, à égalité avec le reste du premier bloc. Kirk a laissé la couronne de meilleur marqueur à un défenseur, Nathanael Halbert (1+2), qui a pour sa part été formé au Canada.

Kirk reste plus que jamais l'exception : un joueur formé en Grande-Bretagne de moins de 30 ans avec un temps de jeu à peu près décent, il n'y en a que quatre, lui, Betteridge, Harewood et Tetlow. Rectification : plus que trois. Josh Tetlow a annoncé sa retraite internationale à 28 ans parce que sa femme est enceinte de jumeaux et que la situation de hockeyeur professionnel en Grande-Bretagne n'est pas si reluisante. Tetlow est un défenseur défensif qui a joué un rôle important en infériorité numérique, le secteur fort de la Grande-Bretagne dans ce Mondial (87%).

L'avenir s'annonce donc nuageux car il faut y ajouter les retraites de deux piliers, le capitaine Robert Dowd et le gardien Ben Bowns. Comme la France sera automatiquement qualifiée pour son Mondial en 2028, il n'y aura qu'une place permettant de remonter l'an prochain en Division 1A. Les Britanniques ne paraissent pas forcément favoris face à l'Italie ou la Pologne, deux pays assez faibles au niveau junior... mais toujours devant la Grande-Bretagne dont les bonnes années font clairement partie du passé. La nouvelle fédération qui doit être créée en unifiant toutes les structures aura beaucoup de travail devant elle...

 

Marc Branchu, photos de Pierre Maillard

 

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