Bilan et analyse des Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026
Ces Jeux olympiques, accaparés par les Américains, resteront aussi comme ceux du 3 contre 3. Ce format de jeu, que l'IIHF cherche à promouvoir comme sport parallèle à part entière dans l'idée d'en faire une seconde discipline olympique (à l'instar du basket 3x3), a été utilisé dans toutes les prolongations. Il aura décidé de trois quarts de finale sur quatre, puis de la finale.
Si ce format irrite les puristes, il a fait exactement ce qu'on attendait de lui dans ces JO : il a forcé la décision rapidement, et en plus il a très spectaculaire. On a vu de belles séquences de jeu à 3 contre 3, et pas des séquences de contrôle monotones de rondelle en reculant parfois comme on en voit de plus en plus souvent y compris en NHL (sauf par les Suédois qui y ont payé leur manque d'audace). C'est le 3 contre 3 qui a déterminé le champion olympique en envoyant deux frères au firmament...
Après les tirs au but à Lillehammer en 1994, après le 4 contre 4 à Vancouver en 2010, puis le 4 contre 3 à PyeongChang en 2018 (conséquence d'une pénalité en format 4 contre 4), voilà donc une nouvelle méthode pour déterminer les champions olympiques. Un format qui n'est "pas du hockey" selon l'entraîneur canadien Jon Cooper, qui n'a pas manqué d'être critiqué pour cette déclaration car il n'avait rien dit quand son équipe avait gagné dans cette situation face aux Tchèques en quart de finale. Mais le Canada a perdu cette finale incroyable bien plus tôt en ne faisant pas la différence.
Résultats et comptes-rendus des Jeux olympiques 2026
États-Unis (1er) : les centres sur la glace, les extrêmes en dehors
Jamais les Américains n'avaient été champions olympiques hors de leurs frontières. Ils n'avaient même jamais joué de finale olympique sur le continent européen (elle n'existait pas toujours dans la formule). Et même si on recherche leur dernière médaille en Europe, il faut remonter en 1956... à Cortina d'Ampezzo, déjà ! La glace mise à "leurs" dimensions les a aidés à imposer leur style de hockey.
Ce style cherchait à imprimer une marque physique et à s'imposer dans les duels. Brady Tkachuk en était l'archétype avec ses provocations continuelles parfois insupportables. Mais ce qui a fait sa force, ce sont les phases-clés de conquête. Aux mises au jeu, les cinq centres Jack Eichel (malgré ses 47%), Auston Matthews (59%), Dylan Larkin (70%, premier du tournoi), Vincent Trocheck (67%, deuxième) et Brock Nelson (59%) ont été dominants, surtout dans les engagements-clés en zone offensive (Larkin sur son ouverture du score face à la Suède) et en zone défensive (Larkin toujours au début du 3 contre 5 en finale). Ajoutons-y des statistiques impressionnantes en infériorité numérique : aucun but encaissé en 30'36" ! Et bien sûr, la performance en finale du gardien Connor Hellebuyck - 41 arrêts dont un de la crosse sur un tir à un mètre d'une cage paraissant vide - est déjà entrée dans l'histoire.
Les Américains ont en revanche moins utilisé la vitesse qu'ils ne le font au championnat du monde... sauf quand il s'agissait de jouer la prolongation à 3 contre 3. Dans ces phases de jeu, la qualité de patinage exceptionnelle de Quinn et Jack Hughes a alors illuminé la patinoire, et ce sont eux qui ont amené cette médaille d'or historique avec leurs buts en prolongation. Même avec des dents en moins après avoir pris une crosse dans le visage, Jack restait une figure sympathique et les frangins incarnaient un visage moins clivant que le premier trio ouvertement "MAGA" Tkachuk-Eichel-Tkachuk. Mais alors que la célébration avec les enfants du regretté Johnny Gaudreau avait pu fédérer toute la communauté du hockey, les images qui ont fuité des célébrations dans le vestiaire avec le directeur du FBI Kash Patel (régulièrement accusé d'utiliser le jet privé de l'agence pour des voyages personnels) et au téléphone avec Trump ont rouvert les plaies politiques.
Canada (2e) : les superstars déchues de leur piédestal
Le fait que les Canadiens décident de quitter le village olympique pour un hôtel 5 étoiles (réservé par la NHL... uniquement pour les formations nord-américaines) a été critiqué même par les États-Unis qui ont choisi au contraire de rester dans l'ambiance olympique. Le groupe américain choisi par Bill Guerin et comprenant les fils de Keith Tkachuk (deux joueurs impliqués dans le scandale du vandalisme des chambres d'hôtel de Nagano) a retenu les leçons du passé.
Le Canada, lui, a un peu trop mis en avant ces Jeux olympiques comme ceux des superstars. Cette compétition était présentée - à juste titre - comme une occasion unique de voir évoluer dans une même équipe le meilleur joueur du début du siècle (Sidney Crosby), les deux meilleurs joueurs actuels (Connor McDavid et Nathan MacKinnon) et la nouvelle étoile déjà prête à leur succéder, Macklin Celebrini. Mais on a oublié une chose : ce ne sont pas les grands joueurs qui font les grands évènements ; ce sont les grands évènements qui font les grands joueurs, comme ce fut le cas de Crosby, définitivement entré dans la légende avec son but en or à Vancouver.
Le capitaine Sidney Crosby se contentait cette fois d'un rôle de l'ombre, avant de se blesser en quart de finale et de se dire inapte à revenir au jeu en finale (chose que lui seul peut juger), laissant un vide. Il a été assez curieux de voir Jon Cooper chercher très souvent à réunir les trois autres talents d'exception en cours de match pour faire la différence. Crosby l'avait fait en son temps en étant un élément parmi d'autres. Ce qui a toujours fait et faisait encore la domination du Canada, c'est sa capacité à mettre une pression énorme avec ses quatre lignes. Cette intensité mise devenait insoutenable et faisait plier l'adversaire après la mi-match. Ce fut vrai contre les Tchèques, contre les Finlandais, et aussi contre les Américains, avec une domination identique sur la seconde moitié, mais la réussite en moins.
Durant cette phase éliminatoire où ça comptait vraiment, on a retenu le but gagnant de MacKinnon en jeu de puissance en demi-finale, mais le super-trio n'a marqué aucun but à égalité numérique. C'est le "secondary scoring" qui avait gagné. Et pourtant, le coach Jon Cooper s'est entêté à sur-utiliser les trois champions... qui sont devenus malgré eux les symboles de la défaite. En finale, McDavid et Celebrini ont chacun manqué une échappée, tandis que Nathan MacKinnon a vendangé de manière improbable une cage grande ouverte. Et en prolongation, le malheureux "capitaine remplaçant" Connor McDavid, qui a perdu le palet décisif, a maintenant la terrible image du "loser" patenté après avoir échoué dans deux finales consécutives de Coupe Stanley puis une finale olympique, comme un miroir inverse de Crosby qui avait enchaîné les succès. Les évènements manqués défont aussi les légendes...
Finlande (3e) : une polémique chasse l'autre
Dès sa défaite au premier match contre la Slovaquie, une bombe a explosé dans l'équipe de Finlande. La mèche a été allumée par le tabloïd Ilta Sanomat, qui a expliqué que les hockeyeurs de NHL avaient suggéré l'été dernier de remplacer Antti Pennanen - qui ne les a vraiment pas convaincus - par Paul Maurice, l'entraîneur des Florida Panthers doubles vainqueurs de la Coupe Stanley avec quatre joueurs finlandais dans leurs rangs. Au lieu de démentir, le manager Jere Lehtinen a confirmé avec sincérité que la discussion a bien eu lieu, mais sans aller plus loin. Chacun comprend que la fédération n'aurait jamais admis le désaveu que constituerait le recrutement d'un coach étranger, idée abandonnée depuis trente ans compte tenu de l'état de développement du hockey finlandais. La communication de crise n'est pas son fort et les champions olympiques semblaient déjà vaciller. Il a pourtant suffi d'une victoire sur les rivaux suédois au match suivant pour que la polémique soit oubliée.
Ce n'est pas que l'équipe de Pennanen ait laissé des souvenirs impérissables. Elle a fini par ressembler à ses devancières en pratiquant une tactique défensive prudente. Elle est ainsi l'équipe qui a le moins concédé de tirs depuis l'enclave, donc le mieux défendu. En revanche, le top-6 offensif a déçu, surtout Teuvo Teräväinen (0 but et 1 assist en passant tout le tournoi en deuxième ligne) mais aussi Rantanen et Hintz. Personne n'aurait imaginé au départ que le meilleur marqueur de l'équipe serait Joel Armia, dont le duo avec Erik Haula a excellé tant à 5 contre 5 en troisième ligne qu'en infériorité numérique.
En fin de compte, pourtant, tout s'est encore terminé par une médaille. La collection des podiums olympiques de la Finlande se poursuit, c'est la cinquième - dont quatre en bronze - en six éditions avec les joueurs de NHL. Ce résultat est impressionnant pour ce petit pays de 5,6 millions d'habitants. Pourtant, les têtes des hockeyeurs lors de la cérémonie montraient qu'ils étaient surtout déçus de ne pas avoir atteint la finale, passée si près. Ils ont mené 2-0 contre le Canada mais se sont fait remonter. Ils n'ont pas digéré la pénalité ayant conduit au but fatal (MacKinnon aurait lui-même soulevé la crosse de Mikkola avant de la prendre dans le visage), ni le fait que les deux arbitres du match étaient... canadiens. Comme quoi une polémique chasse l'autre très vite.
Slovaquie (4e) : pas de médaille mais de belles promesses
Zéro médaille : c'était le sort de la Slovaquie lors des 3 premiers JO d'hiver qui ont suivi la partition de la Tchécoslovaquie, mais elle avait toujours ramené des breloques depuis. Cette année fut une grande disette : la dixième place en relais féminin de biathlon était la meilleure dans les autres sports. Autant dire que les Slovaques avaient fondé tous leurs espoirs sur leur équipe masculine de hockey sur glace, raison pour laquelle son capitaine Tomáš Tatar avait été porte-drapeau sans trop de concurrence. Elle n'a pas obtenu de seconde médaille consécutive, mais elle y a vraiment cru.
Les hockeyeurs slovaques ont vite attiré l'attention au-delà de leurs frontières en créant une première surprise dès le tout premier match du tournoi olympique avec une victoire face à la Finlande. Ils ont apporté de nouveau beaucoup de fraîcheur avec une volonté offensive qu'on aurait voulu voir chez certaines équipes mieux dotées. Ils sont allés chercher une première place de poule méritée puis ont surclassé l'Allemagne en quart de finale.
Les deux défaites sur des scores de tennis qui ont suivi ne doivent pas réduire la performance de cette jeune équipe d'avenir. Mais c'est un fait, la Slovaquie est brutalement redescendue sur terre. En réussite en début de tournoi, le gardien Samuel Hlavaj est revenu à des performances plus moyennes et a concédé des buts évitables. La première ligne a été moins en réussite, y compris en avantage numérique. Bien plus surveillé au fil du tournoi, Juraj Slafkovský n'a pas poursuivi sa moyenne improbable d'un but par match olympique. Il n'empêche qu'il totalise déjà 15 points à pas encore 22 ans. De quoi se demander s'il est capable de finir sa carrière avec un record olympique - les 37 points "modernes" de Selänne voire les 46 points de Harry Watson en de 1924 ?
Suisse (5e) : un Mondial à domicile pour se consoler
Pas mal de Canadiens se sont dit surpris du niveau de jeu de la Suisse. Cela en dit malheureusement plus sur leur méconaissance du hockey international que sur les mérites de la Nati. Celle-ci n'était pas venue là juste pour récolter des louanges pour perdants de la part d'un Canada à la mémoire courte... qui n'avait jamais battu les Suisses dans le temps réglementaire dans les précédentes confrontations avec joueurs de NHL. Cette fois, la Nati a non seulement perdu le match, mais aussi trois joueurs sur blessure, dont deux attaquants majeurs (Kevin Fiala et Denis Malgin) qui ne sont jamais revenus.
Pour les finalistes des deux derniers championnats du monde, il n'était plus question de se chercher d'excuses, ni de parler de la prochaine fois. Ni pour le gardien Leonardo Genoni, 39 ans. Ni pour Roman Josi, meneur d'une belle défense habile et mobile, qui jouait possiblement ses derniers JO à 35 ans. Il fallait enfin remporter une médaille olympique. La défaite en quart de finale contre la Finlande, après avoir mené 2-0 jusqu'à sept minutes de la fin, a été un coup de massue dont il est difficile de se relever.
Comme à Sotchi il y a douze ans, ce sont les Suissesses qui ont rapporté une médaille de bronze dans la Confédération, le meilleur résultat possible pour elles. Les hommes, eux, ont encore échoué. Pour cette génération dont beaucoup de joueurs sont au sommet de leur carrière, et évidemment pour l'entraîneur Patrick Fischer qui quittera son poste cet été, ce sont des occasions qui ne se représenteront plus. La chance, c'est que le championnat du monde aura lieu à Zurich et à Fribourg en mai. Il faut vite se concentrer sur l'objectif suivant pour oublier cette nouvelle immense déception. Mais si n'importe quel métal aurait fait l'affaire à Milan, seule une médaille d'or pourra être une consolation valable lors des Mondiaux à domicile.
Allemagne (6e) : confier les clés à trois stars ne fait pas une équipe
La sixième place de l'Allemagne ne trompe personne. Elle a été obtenue grâce à une deuxième place dans le groupe le plus faible, malgré deux défaites en trois rencontres. Les Allemands ont été la seule équipe à se faire balayer en quart de finale, 2-6 face aux Slovaques, quand tous les autres allaient en prolongation.
Ces Jeux olympiques resteront un tournoi assez décevant. Celle qu'on a appelée la "meilleure équipe d'Allemagne de l'histoire" s'est survendue et a un peu ignoré la qualité des adversaires. L'entraîneur Harold Kreis s'en est totalement remis aux stars NHL, une stratégie qui ne pouvait pas suffire dans une compétititon où tout le monde en avait dans ses rangs. Attention à ne pas se méprendre : contrairement à leurs précédentes apparitions en équipe nationale, Leon Draisaitl et Tim Stützle n'ont pas du tout déçu. Ils ont mené l'équipe offensivement et ont constitué un danger permanent. Mais ils l'ont fait au prix d'un temps de jeu excessif, respectivement de 24 minutes et demie et 22 minutes, qu'aucun pays n'a donné à un attaquant dans ce tournoi. Et en fin de compte, ils se sont retrouvés un peu seuls. Les doubles présences de Draisaitl ont nui à l'équipe allemande dont le reste de l'effectif n'a pas trouvé le bon tempo.
L'identité collective qui fait habituellement la force de la Mannschaft ne s'est jamais vraiment formée. L'homme qui l'incarnait, l'habituel capitaine Moritz Müller, n'était même plus assistant - ce qui avait déjà fait tiquer les fans - car on avait donné les trois lettres aux mêmes joueurs qui ne quittaient plus la glace. L'arrière Moritz Seider a carrément été le joueur le plus utilisé de la compétitions avec plus de 26 minutes par match. Le "talon d'Achille" de la défense, évoqué dans notre présentation, s'est vérifié : en reprise après sa convalescence, Kai Wissmann n'avait pas le rythme de la compétition, essentiel dans un tournoi qui va aussi vite. Avec le cinquième plus gros temps de jeu de l'effectif (20'39") - curieusement là encore - il a fini avec une fiche rédhibitoire de -6 en compagnie de son partenaire berlinois Jonas Müller, moins régulier cette saison.
Suède (7e) : le numéro complémentaire est le...
La triste situation de la Tre Kronor a été cruellement résumée par cette exclamation de Charlotte Girard-Fabre au commentaire sur Eurosport : "Les Suédois, on a l'impression qu'ils jouent pour la première fois ensemble." La consultante arbitre a enfoncé le clou un peu plus tard : "On a l'impression qu'on a mis leurs numéros dans une boîte et qu'on a tiré au sort pour faire les lignes." La faute à qui ? À l'entraîneur Sam Hallam, sûrement, mais peut-être pas uniquement. La faute aussi à ces internationaux qui répondent trop irrégulièrement à l'appel de l'équipe nationale pour créer des automatismes, comme ils existaient autrefois.
Encore une équipe qui a confirmé ce qu'on pensait d'elle. On avait pressenti que ce groupe avec peu de porteurs d'eau et trop de talents aurait du mal à se former. Sam Hallam a sans cesse laissé des joueurs différents sur le banc : Filip Forsberg en début du tournoi, Jesper Bratt ensuite, pour ensuite le réhabiliter et sortir Elias Pettersson et Elias Lindholm au dernier tiers-temps du quart de finale. Pourquoi eux... et pourquoi pas ? Aucun attaquant n'a vraiment tiré l'équipe. Lucas Raymond est capable de passes géniales mais n'est pas un joueur qui donne le tempo à son équipe, en plus d'avoir été très critiqué pour sa pénalité lourde de conséquence face à la Slovaquie (qui a envoyé la Suède contre les Américains).
Si on veut vraiment chercher un chef d'orchestre, ce doit être le défenseur Rasmus Dahlin, dont le jeu très posé et calme incarne l'ADN de cette formation. Mais même lui a commis l'erreur sur le premier but encaissé et n'a bizarrement pas été aligné en prolongation. Le temps de jeu du vétéran Erik Karlsson monta alors, sans faire grand chose pour justifier cette confiance de principe. On peine vraiment à trouver un joueur à ressortir dans cette équipe de Suède, sauf Jacob Markström qui a commencé comme gardien numéro 2 avant de supplanter logiquement le titulaire Filip Gustavsson après quelques erreurs navrantes.
Tchéquie (8e) : le match qui pardonne tout
La République Tchèque finit à sa seconde plus mauvaise place de l'histoire lors des Jeux olympiques (après... la neuvième place au précédent tournoi de 2022). Huitième, c'est aussi son niveau le plus bas en championnat du monde, ça n'a donc rien de glorieux. C'est la place où elle méritait d'être après un premier tour très décevant. On avait l'impression que cette équipe était un peu trop dans la nostalgie, entre rappels de Nagano 1998 par les fans en tribunes et héros de Prague 2024 sur la glace. L'unique vent frais était amené par Filip Chlapik : substitut sur blessure puis réserviste, le joueur du Sparta Prague a fini en deuxième ligne sur un bon trio avec Kämpf et Nečas.
Si ce changement a eu lieu, c'est parce que les lignes offensives ne fonctionnaient pas. La star David Pastrňák ne donnait pas sa pleine mesure aux côtés des décevants Hertl ou Palát, avant de finalement jouer les phases finales avec le duo Červenka-Sedlák. Le talent offensif était présent mais les lacunes défensives restaient patentes et l'équipe tchèque a notamment encaissé un but en infériorité numérique à chaque match. Une faiblesse finalement plus importante que sa force en avantage numérique.
Le tournoi tchèque avait donc tout pour être déprimant... jusqu'au quart de finale d'anthologie contre le Canada. Tout ce qui s'est passé avant a été racheté instantanément. Les Tchèques ont joué les yeux dans les yeux avec les favoris et ont fait vibrer leurs fans et la planète hockey. Ils ont su élever leur niveau pour les phases éliminatoires, une caractéristique des deux derniers titres de championne du monde de la République tchèque (contrairement à l'équipe dominante du tournant du siècle qui était sa classe d'un bout à l'autre du tournoi). Cette fois, il leur aura manqué peu de choses, peut-être un peu de forces à l'instar de l'indispensable défenseur Filip Hronek qui a passé 58 minutes sur la glace en deux jours.
Il y avait de quoi être frustré de la défaite en prolongation. L'entraîneur Radim Rulík l'était tellement qu'il a déclaré à chaud que ses joueurs évoluaient à 5 contre 6, allusion à un arbitrage qu'il jugeait défavorable à cause de quelques fautes non sifflées. Une déclaration revenue comme un boomerang quand on a découvert que c'est son équipe qui jouait littéralement à 6 lors de l'action de but du 3-2. Personne ne s'en était rendu compte, ni les Canadiens... ni même les Tchèques qui ont pourtant célébré ce but à six sans se poser de questions ! Ce surnombre non sifflé a été un élément de ce match un peu fou.
Danemark (9e) : quantité minimale, efficacité maximale
Le Danemark est la seule équipe à avoir maintenu le suspense lors de la journée de barrages qui a lancé la phase éliminatoire et la vraie compétition dans ces JO. Il a inquiété jusqu'au bout les Tchèques (3-2), ce qui n'est presque qu'une demi-surprise. Parmi les grands pays de hockey, la Tchéquie est l'adversaire qui réussit le mieux aux Danois, qu'elle n'avait battus "que" 6 fois sur 11 dans le temps réglementaire. Compétitive à chaque match, l'équipe entraînée par le Suédois Mikael Gath n'a pas réédité les exploits de son Mondial à domicile à Herning mais elle a confirmé sa force. Sa neuvième place correspond à son classement IIHF (elle a été doublée par la Slovaquie qui était anormalement derrière). C'est déjà un exploit pour un pays qui compte 6000 licenciés et qui exploite au maximum son parc de patinoires par la qualité de sa formation.
Ce tout petit réservoir ne l'a pas handicapé. Le premier dimanche des JO, le jour du match d'entraînement contre la France sans arbitres (4-1 avec un deuxième tiers consacré à des phases de 5 contre 4 réciproques pour s'exercer), le Danemark a officialisé l'ultime forfait de ce tournoi olympique, celui d'un de ses attaquants estampillés NHL (mais évoluant plus en AHL), Jonas Røndbjerg. Il a été remplacé par un... défenseur, Malte Setkov, alors que Gath n'avait prévu que sept arrières dans sa liste initiale.
Drafté surtout à cause de sa taille (2m03), Setkov n'avait encore jamais été pris à un championnat du monde, même comme simple réserviste. À 27 ans, celui qui joue pour son club formateur Rødovre dans le championnat danois a impressionné pour ses débuts : autoritaire dans sa zone, il a donné de solides mises en échec et a même opéré ses jonctions offensives à bon escient. Cette révélation tardive est extrêmement importante parce que les deux piliers physiques Oliver Lauridsen et Nicholas B. Jensen auront 37 ans dans moins de deux mois. Même s'il se renouvelle très peu, l'effectif danois n'est donc pas condamné à la chute. On l'a déjà observé avec Nick Olesen, longtemps un joueur anonyme de fond de banc avant son explosion au dernier Mondial et son élection sur l'équipe-type. Olesen a continué sur sa lancée avec 4 buts... en 9 tirs. L'efficacité maximale avec une quantité limitée, c'est décidément la recette de ce Danemark.
Lettonie (10e) : le pari de Harijs
Si la Lettonie termine derrière les Danois, et si elle reste derrière au classement IIHF, c'est uniquement à cause du but en cage vide encaissé contre eux. La décision du coach Harijs Vītoliņš de sortir son gardien face au Danemark est déjà devenu le choix stratégique le plus critiqué de l'histoire du sport letton : il a changé le tableau des Baltes en les envoyant contre la Suède, une équipe qu'ils n'ont jamais battue et contre laquelle ils sont impuissants. Fatigué de devoir se re-justifier le lendemain, Vītoliņš a opposé un argument pertinent : c'est parce que les Allemands avaient sorti leur gardien contre la Lettonie qu'ils avaient réduit l'écart et remporté la différence de buts particulière dans l'égalité à trois entre tous ces pays. Il est facile de refaire l'histoire après coup.
Si Vītoliņš prend tout le feu des critiques, ses adjoints n'ont pas mieux fait, bien qu'ils comprennent les deux plus grandes légendes du hockey letton depuis l'indépendance. Sandis Ozoliņš n'a pas trop amélioré le powerplay toujours problématique. Arturs Irbe n'a pas eu la main chaude dans la gestion de ses collègues gardiens et le choix du titulaire à chaque match : avec ses deux portiers de NHL, la Lettonie a fini à 85,3% d'arrêts, ce qui la place avant-dernière, de peu devant la France. Quant au héros des deux dernières décennies, le capitaine Kaspars Daugavins, il a tenu à participer à ces JO mais a trop tiré sur la corde et a été déclinant. Les frères Bukarts aussi, et le moins qu'on puisse dire est qu'on s'y attendait malheureusement.
Il y a tout de même des notes positives dans le bilan letton. Les débuts remarquables du jeune défenseur Alberts Smits, quatrième plus gros temps de jeu de son équipe à 18 ans seulement (!), sont une satisfaction évidente. Mais la surprise vient de Zemgus Girgensons, qui n'était jamais apparu à un championnat du monde depuis 2017 et qui n'y avait pas laissé des souvenirs impérissables. Vitoliņš ne voulait de lui qu'à l'aile au départ... et il en a fait son centre majeur en raison des circonstances (Abols forfait et Blugers diminué à cause de blessures). Girgensons a prouvé combien il avait mûri au fil de ses 13 saisons en NHL. Non seulement il a neutralisé les meilleures lignes adverses mais avec ses 4 assists il a figuré parmi les trois meilleurs marqueurs baltes. Les deux autres, ce sont le joueur de slot Eduards Tralmaks et un Renars Krastenbergs toujours transcendé sous le maillot grenat. Ces deux-là ont tenté 30% des tirs et marqué 63% des buts de leur équipe. Deux pourcentages aussi improbables l'un que l'autre... qui signifient aussi que les autres attaquants ont eu un impact trop dérisoire.
France (11e) : pas la bonne image
La première qualification - par repêchage - des deux équipes de France aux Jeux olympiques était une occasion majeure pour porter sur le devant de la scène le hockey sur glace sous-médiatisé. Il fallait bien cela car, en dehors de la finale masculine qui clôt traditionnellement les JO sans aucune autre épreuve (ou gala...) à diffuser en parallèle, France Télévisions n'a diffusé aucune minute de hockey sans participation de la France, ce qui en a fait le sport le plus placardisé, réservé à un seul canal internet pour initiés. Et même les Bleus ont été coupés au pire moment, puisque France 2 avait zappé sur le patinage de vitesse juste au moment où ils ont fait vibrer le public français en marquant trois buts en cinq minutes pour passer devant les Tchèques.
L'équipe de France aura malheureusement surtout fait parler d'elle en raison de la bagarre entre Pierre Crinon et Tom Wilson. Une scène qui ne mériterait pas d'épiliguer en soi, et dans laquelle le Canadien a été le premier à jeter les gants, mais aux répercussions disproportionnées. En sortant de la glace, le défenseur de Grenoble a mis sa main à l'oreille et provoqué les spectateurs canadiens qui le huaient. On n'agit pas devant les yeux du monde entier comme dans une obscure patinoire du championnat de France. C'est pour cette "violation manifeste de l’esprit olympique" qu'une décision conjointe du CNOSF et de la FFHG a alors suspendu Crinon pour la fin du tournoi olympique, suscitant l'incompréhension de certains coéquipiers et plus encore de la presse internationale. Celle-ci ne connaissait pas les antécédents, ces coups portés au visage du gardien Matt O'Connor lors d'un Grenoble-Angers puis ses excuses et la promesse de bon comportement après le scandale. Une promesse non tenue qui a même conduit le procureur de Grenoble à rouvrir la procédure pour "violences volontaires avec arme" (son gant) qui avait été classée sans suite. Crinon a beaucoup perdu dans ce nouvel éclat.
Le hockey français aussi, qui tenait absolument à donner une meilleure image. Ce tournoi olympique restera frustrant pour les Bleus. Ses meilleurs joueurs, souvent apparus diminués, n'ont pu donner le meilleur d'eux-mêmes, pour les adieux à 40 ans de Pierre-Édouard Bellemare qui a "mérité cette vague d'amour" reçue à sa sortie selon les propos d'Auvitu recueillis par le site de la NHL, mais dont on aurait aimé qu'on parle plus de lui que de Crinon. Compétitive par moments quand elle était dans son plan de jeu, l'équipe de France a parfois déraillé. Pire exemple : les supériorités numériques, secteur où les Bleus ont marqué 1 but... et en ont encaissé 2 à des moments terribles, sur un changement catastrophique à 3-3 face aux Tchèques, puis sur un dribble impossible de Texier en zone neutre à quelques secondes de rejoindre la pause à 1-2 face au grand Canada.
Le tournoi aura montré le déficit de vitesse des Français, rédhibitoire à ce très haut niveau. Leur autre faiblesse, c'est le pourcentage d'arrêts des gardiens sous les 85%, dernier résultat de la compétition. Ce poste-clé est indispensable pour réussir un tel tournoi. Le choix de lancer deux jeunes cerbères de 21 ans (Antoine Keller) et 20 ans (Neckar) n'a pas fonctionné sur le moment, mais le but du staff, c'est qu'ils aient pu acquérir une expérience précieuse avant les JO dans les Alpes françaises dans quatre ans. Les gardiens sont déjà préparés pour 2030, mais c'est loin d'être le cas des autres secteurs où les grands travaux attendent.
Italie (12e) : la ville olympique gardera-t-elle une patinoire ?
La présence d'un entraîneur aussi réputé que Jukka Jalonen à la tête de l'Italie était un potentiel irritant pour ses confrères. Après un premier match plus difficile que prévu, un journaliste a évoqué avec Sam Hallam ses difficultés à affronter Jalonen, ce à quoi l'entraîneur suédois lui a conseillé de "mieux faire son travail" en faisant valoir qu'il l'avait "presque toujours battu". Le journaliste a vérifié et a compté 9 à 7 pour Hallam sur Jalonen. Ce qui aurait fait tache, cela aurait été un échec de Pennanen face à son prédécesseur Jalonen, mais la Finlande a gagné 11-0. Le sorcier finlandais a eu beau équilibrer les temps de jeu avec une balance de haute précision, il n'a pas fait de miracle car son équipe, portée par la foule en début de tournoi, a fatigué.
Pendant que les femmes se sont qualifiées, l'Italie a donc terminé dernière. Ses deux jeunes gardiens Damian Clara et Davide Fadani, qui évoluent dans de grands championnats européens et sont son principal atout, lui ont presque permis de finir devant la France, il s'en est fallu d'un but. Onzième ou douzième, cela ne change pas grand chose à l'avenir du hockey italien. L'enjeu de ces JO, c'était le retour du hockey sur glace à Milan, ville où ce sport a un siècle d'histoire mais plus aucun lieu de pratique. Même la commune voisine de Sesto San Giovanni a éjecté de sa patinoire le seul club restant, le "HC Milano Devils", qui a fusionné ses équipes de jeunes avec Côme et a pris la gestion d'une patinoire de Madesimo... au fond d'une vallée à plus de 2 heures de route de la métropole lombarde.
La Mairie de Milan évoque maintenant la réouverture fin 2027 de l'Agorà, peut-être à capacité réduite pour louer des locaux et abaisser ainsi les coûts de gestion. Le président de la fédération italienne des sports de glace Andrea Gios a quant à lui officiellement à FieraMilano - qui gère le parc des expositions - de conserver la seconde patinoire olympique à vocation provisoire de Milano Rho, mais cela semble difficile au vu des nombreux évènements déjà programmés sur ce site régulièrement utilisé.
Marc Branchu (photos IIHF)