Preussen Berlin (Capitals)

 

Localisation : Berlin, capitale de l'Allemagne, et plus précisément Berlin-Ouest lors de la partition de la ville pendant la guerre froide.

Nom du club : BFC (Berliner Fußball Club) Preussen puis BSC Preussen (1983-1996) puis Berlin Capitals (1996-2004) puis BSC Preussen (2004-2005)

Fondation du club : 1894 (hockey sur glace en 1909).

Couleurs : noir et blanc (BFC) puis noir, blanc et rouge

Palmarès : Champion de Berlin 1911 et 1912. Demi-finaliste du championnat d'Allemagne 1991, 1992, 1993, 1994, 1995, 1996, 2000.

Numéros retirés : n°16 (Georg Holzmann), n°21 (Stéphane Morin)

 

 

Les BFC Preussen sont à l'origine un club de football, comme son nom l'indique (Fußball Club). Il a été fondé en 1894 par des élèves du lycée Frédéric-Guillaume (Friedrich-Wilhelm-Gymnasium) dans le quartier de Friedrichstadt au centre de Berlin. Ce lycée royal - qui cessera d'exister après la Seconde Guerre mondiale - est alors un établissement très prestigieux qui compte parmi ses anciens pensionnaires le chancelier Bismarck, alors l'homme fort de l'Empire allemand qu'il a contribué à unifier. C'est un des meilleurs clubs de la capitale avant-guerre, cinq fois champion de Berlin jusqu'en 1912, date où il remporte le premier championnat de Berlin unifié (après fusion des fédérations concurrentes qui coexistaient).

Lorsque l'Eispalast de Berlin ouvre ses portes en 1908, le BFC Preussen ne fait pas partie des clubs pionniers qui lancent le hockey sur glace. Mais dès la saison suivante (1909/10), il s'y met et est un des sept membres fondateurs de la fédération berlinoise de patinage. Il est déjà vice-champion de Berlin, battu en finale par le Berliner SC. Pour sa deuxième année de compétition (1910/11), il bat les deux principaux clubs du pays, l'Akademischer de Dresde en match amical puis le BSC en finale du championnat de Berlin dans un match controversé dirigé par un arbitre de football. En fin de saison, il fournit deux joueurs à l'équipe d'Allemagne vice-championne d'Europe, Karl Kolliner et Kurt Träger, qui partagent une position intermédiaire entre le défenseur et les trois attaquants dans le hockey sur glace qui se joue alors à 7 joueurs (dont 1 gardien).

Néanmoins, le BFC Preussen tarde à se remettre au hockey sur glace après la guerre. Il se passe sept ans après l'armistice avant que le club ne rechausse les patins en 1925/26. Il a donc un peu de retard sur les autres clubs berlinois et est environ le cinquième club de la ville dans les années qui suivent.

Pendant deux ans, de 1936 à 1938, le BFC Preussen s'associent à un autre club, le TTC Rot-Weiß, et l'équipe unifiée prend le nom de "Rot-Weiß Preussen". L'expérience finit mal. Lors d'un match amical à Krynica en Pologne, l'équipe quitte la glace pour protester contre une décision arbitrale. Un comportement qui lui vaut d'être suspendue un temps par la fédération de Berlin. En fin de saison, la fusion s'arrête et les joueurs passent alors tous au TTC Rot-Weiß. Mais les BFC Preussen ne s'arrêtent pas là. Ils reforment une équipe pour 1938/39 et battent même le prestigieux Berliner SC 3-1 dans un match de championnat au Sportpalast. Une victoire insuffisante : ils sont deuxième de leur poule dans une égalité à trois : ils doivent donc jouer un match de barrage contre le TTC Rot-Weiß, leur ancien associé. Ils perdent 1-2 et manquent une occasion unique d'accéder à la phase finale du championnat national.

Il n'y en aura pas d'autre. Avec la guerre et la mobilisation, les Preussen n'ont plus assez de joueurs pour concourir seuls. Ils forment une association de guerre avec les Zehlendorfer Wespen, mais elle déclare elle-même forfait au milieu de la saison. De nouveau, la guerre fait disparaître le hockey sur glace au sein du club.

La résurrection vient de Kurt Lück, le meilleur joueur des BFC Preussen lors des années 1930. Parti en Italie après-guerre, où il est devenu boxeur professionnel, Lück reparaît à Berlin en 1953. Après avoir rejoué un an pour le Berliner SC, il reconstitue une section hockey au sein du BFC. Dès qu'ils s'engagent en compétition, les BFC Preussen terminent deuxièmes du championnat de Berlin derrière le Berliner SC. Ils seront aussi le deuxième club de Berlin-Ouest à accéder à une compétition nationale (Gruppenliga, la troisième division).

L'embauche de "Tatze" Borsutzki, l'ancienne star du club-vedette de la ville, marque une nouvelle ambition. En 1967, l'entraîneur aux lunettes de soleil, Gerhard Melerski, arrive chez les Preussen, où il attire un an plus tard quatre de ses anciens joueurs du BSC, Hans-Jürgen "Conny" Anders, Ingo Christmann, Heinz Patrzek et Manfred Oehme. Repêché au même niveau que son concurrent, en Oberliga (deuxième division), le BFC se renforce aussi d'un défenseur de 25 ans arrivé de Suède, Sven-Erik Brännström.

Brève rivalité pour la suprématie sur Berlin-Ouest

Pour la première fois, l'hégémonie de l'historique Berliner Schlittschuh Club sur la ville n'est plus une évidence. En 1968/69, le BFC gagne les deux derbys contre son concurrent (5-2 et 5-4) même s'il finit moins bien classé. Le BSC en crise demande sa rétrogradation et la suprématie berlinoise (de l'ouest) semble alors destinée à passer aux BFC Preussen. En 1970, ils se qualifient pour la première fois pour la poule de promotion en Bundesliga, même s'ils y terminent bons derniers.

La rivalité directe reprend lors de la saison d'Oberliga en poule unique 1970/71 car le BSC est remonté et - après une proposition de fusion - fait des propositions à quatre joueurs des BFC Preussen, Conny Anders, Ferenc Rada, le gardien Horst Grudde et la star suédoise Brännström. Le BFC dépose même une plainte auprès de la fédération, ce qui suscite une certaine incompréhension dans le reste du pays qui en a vu d'autres et estime que les Berlinois devraient régler leurs affaires entre eux. C'est ce qui se produit dans les derbys, extrêmement acharnés. Les supporters divisés en deux camp se livrent à une guerre des chants pendant que les joueurs en viennent parfois aux mains. Les Preussen profitent des pénalités bien plus nombreuses contre leurs adversaires (59 minutes contre 17) pour s'imposer 6-4 avec un triplé d'Ingo Christmann. La presse locale prend parti en leur faveur et donne tort aux méthodes adverses. Oui, le BFC a gagné. Il est un peu devant, tant au classement que dans l'intérêt du public. Mais dans les deux cas, les clubs berlinois sont en bas de tableau... Le derby retour en fin de saison - le 10 mars - se joue devant à peine 400 spectateurs, en dessous de l'affluence moyenne des Preussen, preuve que même le derby ne passionne plus les foules. Le BFC perd 1-6... et jette l'éponge.

L'homme-clé de l'équipe de hockey est le manager Heinz Klopstech, qui jouait au tennis avant de découvrir le hockey dans les années 1930 au Berliner HC puis aux BFC Preussen). Une assemblée générale extraordinaire a été convoquée le lendemain de ce derby retour. Klopstech attend d'y voir si le club dominé par le football lui donnera plus de moyens. Il a créé un cadre si accueillant qu'il a déjà l'accord de Tibor et Ferenc Vozar, deux joueurs d'Oberstdorf - formés à Karlovy Vary en Tchécoslovaquie - convaincus par Ferenc Rada, d'origine hongroise comme eux. Mais la saison s'est bouclée sur un déficit, qui menace de s'aggraver si on veut jouer pour eux. Le BSC a plus de moyens financiers. Klopstech accepte une fusion, apporte toute son équipe en dot (les frères Vozar inclus) et devient directeur sportif de la nouvelle structure, qu'il conduira au titre de champion d'Allemagne en 1974.

Pendant trois ans, il n'y a plus de hockey sur glace au sein des BFC Preussen, mais en 1975, au moment où une nouvelle patinoire ouvre dans son fief de Lankwitz, Heinz Klopstech vient y re-créer une section hockey. Il y encadre l'équipe première réadmise en Oberliga (désormais la troisième division) et confiée à l'entraîneur Heinz Patrzek mais y remet surtout en place un excellent travail de formation des jeunes, qui s'avère bien meilleur que celui du Berliner SC. Ce dernier n'a d'yeux que pour le hockey pro... mais fait faillite en 1982. Il est alors temps pour les Preussen de reprendre le flambeau du hockey de haut niveau : l'ex-star du BSC Lenz Funk donne le signal en revenant à Berlin pour les rejoindre après quelques mois pour la poule de promotion en Bundesliga II. La montée est manquée de peu mais l'élargissement de la deuxième division à deux poules géographiques en 1983 permet au BFC d'y être repêché.

Associés pour un grand club spectaculaire et médiatique

La section hockey des BFC Preussen fonde alors une nouvelle entité détachée du club de football et baptisée "Berliner Schlittschuh Club Preussen Eishockey" pour revendiquer l'héritage des deux clubs. Mais en pratique, si le BFC met à disposition sa licence et ses joueurs à la nouvelle association, ce n'est pas le cas du BSC, qui les monnaye. Le transfert de cinq joueurs, après de longues négociations, coûte 275 000 marks, 20% du premier budget annuel. Même s'il est ancien trésorier du Berliner SC, le président des Preussen, Hermann Windler, a en travers de la gorge l'attitude de ce club de moins en moins omnisports qu'il connaît bien et déclare "vouloir en remontrer à ces prétentieux du tennis". Windler amène le sponsor principal, la "Köpenicker Bank", ce qui rappelle qu'il a une formation de banquier. Mais aujourd'hui, il dirige le restaurant qu'il possède non loin de la patinoire (ASADO). Hermann Windler est souvent lui-même derrière le grill quand il sert des steaks à l'équipe, dans une ambiance de club familiale.

La première saison de ces BSC Preussen, en 1983/84, se joue avec les mêmes maillots que la dernière saison sous l'égide des BFC Preussen. Ce nouveau club n'oublie ni ses racines ni ses fondations. Instituteur et directeur d'école à la retraite, Heinz Klopstech concilie ses deux casquettes en instituant des compétitions de hockey entre les écoles de la ville, avec trois créneaux par semaine. Il incorpore ainsi de nouveaux jeunes hockeyeurs, qui progressent ensuite sous la conduite de Heinz Patrzek, devenu un entraîneur de jeunes réputé qui formera notamment l'international Lasse Kopitz.

L'ambition ne manque pas pour autant, on a promis la montée dans l'élite sous trois ans mais on a échoué au premier essai. Quand le championnat 1984/85 débute par trois défaites, Windler recrute un nouveau gardien Siegfried Suttner et explique à Tony Thiel - qui était apprécié des supporters - qu'il ne sera plus que remplaçant. Thiel noie sa frustration dans l'alcool, prend sa voiture et provoque un accident ! Pour se justifier, il explique au policier qu'il est un sportif de haut niveau venant d'apprendre qu'il a perdu sa place... et on le laisse repartir !

Les BSC Preussen dominent largement la Bundesliga II mais l'enjeu est la poule de promotion. C'est la mission de Jim Setters, d'abord adjoint du capitaine Lenz Funk mais devenu officiellement entraîneur-chef pour cette seconde saison. Mais à l'entraînement du lendemain du premier match de promotion/relégation, un tir de Setters atteint Gary Schwindt à l'œil, qui saigne ! Le colosse germano-canadien de 100 kg, deuxième marqueur de l'équipe aux mises en échec redoutées, doit se faire recoudre la paupière inférieure et passe trois jours à l'hôpital. Sa saison est finie et son absence coûte peut-être la montée.

Cet accident est d'autant plus malheureux que Jim Setters est un entraîneur plutôt en avance sur son temps. Il s'intéresse à la méditation, à la nutrition, à la physiologie. Mais en 1986, il est démis de ses fonctions à quatre journés de la fin, restant au club pour s'occuper des jeunes. Il est remplacé par Franz Funk, qui a le verbe aussi haut que son frère Lenz et promet que les Preussen monteront avec lui. Il faudrait gagner toutes les rencontres restantes mais l'espoir s'envole la semaine suivante avec une nette défaite 6-2 sur la glace du concurrent direct Riessersee. Beaucoup pensent que le club ne survivra pas à ces échecs répétés. Au contraire, les matches à la patinoire de la Jafféstraße (6000 places) sont souvent à guichets fermés et le club a pu ainsi rembourser ses dernières dettes. Les hockeyeurs deviennent l'équipe sportive numéro 1 à Berlin Ouest et l'intérêt dépasse celui du club-phare de football, le Hertha Berlin, qui descend en troisième division en 1986.

Lenz Funk prend uniquement la fonction de coach en 1986/87. On mise tout sur la poule de promotion. À l'avant-dernier match de saison régulière, les joueurs sous le coup d'une suspension en cas de troisième pénalité majeure ont même pour consigne de faire exprès d'en prendre une afin de la purger sur un match sans enjeu et de remettre les compteurs à zéro. Ils y parviennent tous... mais Robert Sullivan en fait trop ! Surnommé "Bacardi-Bob" parce qu'il prend un verre de rhum Bacardi et Cola tout en fumant une cigarette entre chaque tiers-temps, ce Canadien dit de telles amabilités à l'oreille de l'arbitre dès l'engagement qu'il prend une pénalité de match... et deux rencontres de suspension. Raté !

L'absence provisoire de Sullivan relance l'international polonais Andrzej Zabawa, que Windler avait recruté sans rien dire à Funk - pensant lui faire la surprise - et qui s'était retrouvé étranger surnuméraire. Têtu, Funk n'estime guère Zabawa et répond que c'est son meilleur joueur... "s'il n'y a aucun adversaire sur la glace". Il préfère ses Nord-Américains plus physiques, malgré leur hygiène de vie et leur discipline discutables. Campé sur ses choix, il est plus que jamais obligé de réussir. La montée est obtenue, surtout grâce aux 150 points d'Uli Egen - à gauche sur la photo ci-dessus avec Siegfried Reiss au centre et "Bacardi-Bob" Sullivan à droite - sur l'ensemble de la saison. Un Egen que Windler laissera partir parce qu'il exige un contrat long.

Dans l'élite, le "monument" Funk finit par devoir partir

Funk aime se mettre en scène dans une ville portée sur la fête et le spectacle, et son neveu Andreas Brockmann - qui arrive en renfort pour la Bundesliga - le suit quand il s'agit de se déguiser en soldat prussien, en hommage au nom du club (Reiss, Brockmann, Zabawa et Kammerer de gauche à droite sur la photo ci-contre). Les dirigeants du club trouvent aussi que Funk a un peu trop tendance à n'en faire qu'à sa tête à leur goût. Ils veulent faire contrepoids en installant un manager, Stefan Metz, puis - après les sept défaites initiales en Bundesliga - en plaçant à ses côtés comme co-entraîneur. C'est en fait un compromis parce que Windler n'a pas trouvé de majorité pour renvoyer le coach.

Funk a un atout dans sa manche : son immense popularité auprès des fans. Pour le soutenir dans son conflit avec la direction, ceux-ci font un compte à rebours dans les tribunes puis font silence complet - avec la complicité des supporters visiteurs de Düsseldorf entre 15'00" et 20'00" de la première période. Perturbée par ce silence de mort, l'équipe encaisse deux buts pendant ces cinq minutes. Metz sera copieusement sifflé lorsqu'il s'emportera en déclarant que ces fans ont "le QI d'un Knäckebrot", du suédois knäckebrod, un pain croustillant aussi connu sous la marque Vasa.

Et justement, le futur entraîneur viendra lui aussi de Suède ! Avec 5 points en 23 journées du championnat 1987/88, Funk finira quand même par être viré deux mois plus tard et remplacé par Olle Öst, ancien joueur du Berliner SC de 1978 à 1980. Celui-ci sait qu'il arrive en atmosphère hostile ("Lenz est un monument, je suis un étranger") mais ramène un hockey plus sûr, moins désordonné. Il réussit à gagner la poule de relégation après avoir fait revenir le héros de la montée Gary Schwindt - dont on dit qu'il s'était éloigné juste pour mettre 500 kilomètres entre lui et son ex-petite amie canadienne Lisa - et l'attaquant Gaétan Malo en attaque (profitant dans les deux cas de la faillite d'Iserlohn après l'affaire Kadhafi). Il engage aussi à la limite des transferts le jeune gardien Klaus Merk, qui devient vite un chouchou du public pour lequel il fait des intermèdes théâtraux pendant les pauses, ce qui compense un jeu devenu moins spectaculaire

Il ne sera jamais plus question de maintien pour les BSC Preussen qui se mettent alors à recruter à tour de bras : les frères Klaus et Harald Birk arrivent de Francfort et surtout le spectaculaire Georg Holzmann débarque de Mannheim pour devenir une légende du club pendant une décennie. Dans un premier temps, cela ne fonctionne guère en 1988/89 parce que les deux Finlandais Erkki Lehtonen et Erkki Laine n'arrivent pas à déployer tout leur indéniable talent en match, même s'ils alimentent en palets leur ailier gauche Axel Kammerer. À deux matches d'intervalle, Lehtonen se blesse à la cheville et se fait une déchirure de la main gauche après avoir perdu un gant. Ils sont donc tous deux absents en play-offs, comme le capitaine Franz-Xaver Müller victime d'une rupture des ligaments croisés.

Le tueur de Psychose ne cède jamais sa place

Georg Holzmann

Les nouveaux étrangers sont Dave Silk et Tom O'Regan, deux inséparables Américains venus de Boston. Ce ne sont pas des anges. O'Regan est même surnommé dans le vestiaire "Norman Bates", du nom du tueur du film Psychose d'Alfred Hitchcock ! Le jeune compagnon de ligne dont on les affuble, Udo Schmid, ne leur plaît pas, parce que ce jeune Allemand originaire de Düsseldorf ne goûte pas le jeu rude et rentre au banc quand une bagarre éclate. Quand Schmid revient après une blessure, il découvre ses affaires empaquetées dans un sac posé au milieu du vestiaire. Message compris par l'entraîneur Olle Öst, qui laisse Silk et O'Regan avec Gary Schwindt, qui leur est plus proche aussi bien culturellement (il est de Winnipeg) que par sa propension à infliger des mises en échec punitives.

Berlin est solide quatrième en 1990 mais la rumeur selon laquelle Olle Öst aurait signé Mannheim surgit avant le quart de finale contre Schwenningen. Elle est fausse, mais en démentant, le Suédois avoue vouloir quitter Berlin car il estime que trois ans suffisent. Il fait alors un pari avec "Schorsch" Holzmann (en photo ci-contre face à Rosenheim) : il restera si son équipe se qualifie en demi-finale, il partira sinon ! L'avantage de la glace ne sert à rien car les Preussen se font sortir par Schwenningen après une inédite série sans victoire à domicile.

Le nouvel entraîneur suédois Dan Hober est alors imposé par le président Windler. C'est un échec rapide : malgré ses entraînements très intéressants, il n'arrive pas à fédérer ce groupe de stars à cause d'une attitude très arrogante. Windler accepte alors l'autre candidat estival - celui que voulait le manager Stefan Metz - qui s'appelle Craig Sarner. Cet Américain a un principe simple, le hockey est avant tout du plaisir. Et les résultats suivent, les Preussen éliminent Mannheim et se qualifient enfin pour les demi-finales 1991. Mais l'échec au match 5 contre Cologne reste en travers de la gorge de Metz, qui enrage que Tom O'Regan ait joué avec une blessure à l'aine au lieu de se laisser substituer par l'étranger remplaçant Nikolaï Varyanov ("À chaque fois que Tom était sur la glace, c'est comme si nous jouions à quatre. Il nous a coûté la victoire"). Windler lui répond par cette formule amusante : "Les Américains ne laissent entrer les autres que quand ils sont blessés. Mais les Américains ne sont jamais blessés. Malheureusement."

Un jet de clés et des contrats de sponsors déchirés

Avec la réunification allemande, une ère nouvelle a vu naître une rivalité avec le Dynamo Berlin, écrasé 12-0 dès la première confrontation et relégué. Le "Sommerturnier", tournoi d'été qui avait lieu à chaque pré-saison à Berlin-Est, passe alors en 1991 sous organisation commune des deux clubs pour survrivre : le Sénat de Berlin donne 90 000 marks de subvention pour ce qui est un symbole du nouveau lien entre les deux parties de la ville autrefois séparées par le Mur le plus célèbre du monde (et les Preussen gagnent le tournoi).

Cette saison 1991/92 s'achève comme la précédente à la quatrième place. Au cours de la claque finale (9-3) reçue à Rosenheim. le président berlinois Herrmann Windler traite ses joueurs de tous les noms depuis les tribunes, au point que ses moqueries contre sa propre équipe gêne même les dirigeants bavarois. Le soir, son vice-président Axel Friedrich déloge le défenseur Peter Romberg, le responsable matériel Wolfgang Meyer et le masseur Franz Funk - recasés dans une maison voisine - pour donner leurs chambres à des sponsors qui accompagnent un dirigeant car l'hôtel affichait complet. Une dispute éclate au sein de l'encadrement, et l'entraîneur américain Craig Sarner jette les clés de sa chambre aux pieds de Friedrich puis le menace physiquement. Le vice-président va se plaindre à Windler, encore plus furieux, qui quitte les lieux pendant la nuit pour rentrer à Berlin. À son retour, il licencie Sarner. Il en profite pour infliger un blâme au manager Stefan Metz, qui l'agaçait à lui refuser l'entrée du vestiaire.

Stefan Metz se voit retirer la direction de son projet "BSC Preussen big ones", 11 sponsors anonymes qui doivent donner 100 000 marks chacun. Il met alors en scène sa démission de manière théâtrale : il brandit trois lettres qu'il sort de son sac, explique que ce sont trois contrats de sponsoring à 100 000 marks et les déchire sous les yeux de son président. Maintenant que Metz s'est mis lui-même hors-jeu, Sarner, très apprécié des joueurs et des supporters (bien qu'il ait déclaré que "Berlin a le plus mauvais public de Bundesliga" pendant la saison parce que son équipe était sifflée), se réconcilie avec les dirigeants. Son licenciement, qui aurait coûté cher, est annulé ! En fait, il n'est reporté que de quelques mois : Sarner est mis à la porte en novembre après un début de saison 1992/93 raté. Billy Flynn, initialement engagé comme entraîneur des juniors, lui annonce lui-même qu'il le remplace ! Sarner, qui avait déjà été remplacé par Flynn à Schwenningen sept ans plus tôt, le vit comme un coup de poignard dans le dos et refuse toujours le moindre compromis avec le club sur son salaire restant.

L'époque de Billy Flynn est plutôt appréciée par les fans avec deux dénouements identiques : deux sixièmes places, deux renversements de hiérarchie en quart de finale pour éliminer le troisième Krefeld, deux sorties avec les honneurs en demi-finale face au champion dynastique Düsseldorf. Le héros de ces deux saisons est le gardien Klaus Merk qui donne beaucoup d'émotions aux fans et marque de manière incroyable deux buts lors de deux derbys contre les Eisbären (le nouveau nom débarrassé de sa connotation communiste du club de Berlin-Est qui est remonté). On ne fait décidément rien comme tout le monde chez les Preussen puisque le numéro 1 n'est pas porté par Merk mais par un attaquant, Tony Tanti (photo de droite), arrivé directement après dix ans en NHL. Billy Flynn est viré en novembre 1994 parce que, au lieu d'aller voir la Deutschand Cup pendant la trêve internationale, il part en vacances à Majorque... dans la résidence de Helmut Berg, le président des Eisbären, son ennemi ! Ce n'est pas Berg qui cultive l'inimitié entre les deux clubs berlinois : cet ancien sponsor des Preussen (dont l'arrivée avait sauvé le club financièrement en 1988) y est même encore abonné à l'année ! Le conflit avec Flynn portait aussi au sujet du temps de jeu du fils du président, Harald Windler, au niveau objectivement imité pour l'élite même si son père peine à l'admettre.

Son successeur Kevin Primeau reprend une équipe à fort potentiel offensif et fait encore plus prospérer un style de hockey spectaculaire, symbolisé par la première ligne John Chabot - Gaétan Malo - Tony Tanti. Les Preussen finissent premiers de la saison régulière 1994/95... mais cela ne rend que plus frustrante la cinquième élimination consécutive en demi-finale ! En plus, la situation financière est notoirement mauvaise même si le club communique très peu à ce sujet. Le patron de restaurant de grillades Windler atteint ses limites dans le monde du hockey pro et sa tentative d'enregistrer les joueurs comme mannequins pour ne pas payer de charges sociales est un peu ridiculisée. À deux reprises, en 1988 en Bundesliga puis en 1994 dans la nouvelle "DEL", les BSC Preussen ont vu leur licence refusée dans un premier temps avant que leur dossier soit accepté in extremis. Si Windler accepte de transmettre le club à Axel Banghard - le fils du millionnaire Egon Banghard qui a fait fortune dans l'immobilier - c'est parce que celui-ci apporte 6 millions de marks pour annuler les dettes du club en échange de l'actif financier théorique que constituent les droits sur les transferts des clubs (des droits qui ne valent plus rien quelques mois plus tard après l'arrêt Bosman...).

Axel Banghard arrive avec des projets parfois grandioses et souvent irréalistes : la nouvelle méga-salle censée être construite par dessus la gare du stade olympique - une gare vraiment perdue au milieu de rien dans une lointaine banlieue - ou la participation à des ligues internationales imaginaires. Sa première action vraiment concrète est de changer la dénomination des "BSC Preussen" en "Preussen Devils" parce qu'il trouve que ce nom a un formidable potentiel marketing, ce qui n'empêche pas qu'il ne trouve aucun sponsor principal sur le maillot (porté sur la photo ci-contre par John Chabot). En 1996, les Berlinois sont éliminés comme d'habitude en demi-finale : c'est la sixième année consécutive que cela arrive mais c'est la première fois que les fans sifflent, preuve qu'ils commencent à perdre patience.

Banghard fait alors revenir le manager Stefan Metz ! Celui-ci engage comme entraîneur Peter Ustorf (originaire comme lui de Kaufbeuren), négocie une place en EHL - la nouvelle ligue européenne sur invitation - et sort lui aussi un nouveau nom de son chapeau - "Berlin Capitals" - parce qu'il trouve que cela fait plus allusion à la ville. Mais ces deux changements d'identité en deux ans ont surtout fait en sorte qu'une partie du public s'est à chaque fois détourné du club. La perte d'identification se ressent aussi dans le départ du défenseur de 30 ans Marco Rentzsch, formé au club (du temps des BFC Preussen) et jamais parti jusqu'ici. Du changement aussi dans les résultats : les Capitals ne perdent plus en demi-finale ! Malheureusement, c'est parce qu'ils perdent dès le quart de finale 1997 contre l'ennemi juré - les Eisbären - qu'ils battaient jusqu'ici presque toujours et qui leur est passé devant ! C'est pire que tout, les supporters sont déçus comme jamais.

Avant la saison 1997/98, les Capitals annoncent le plus gros budget de DEL à 11 millions de marks... mais n'ont toujours pas de sponsor maillot quand la saison débute. Ils ont plus d'Allemands que les autres (14 !) et sont un peu le dernier des Mohicans quand les concurrents ont des étrangers moins chers après la libéralisation de l'arrêt Bosman. L'entraîneur Peter Ustorf a notamment fait venir son fils Stefan, troisième Allemand passé par la NHL (chez les "vrais" Capitals de Washington). Ustorf devait déjà rejoindre Berlin à 18 ans mais avait jeté son contrat déjà signé dans les toilettes en apprenant les turbulences liées à l'affaire du porte-clés et au départ de Metz. Malgré le recrutement d'une autre vedette, Jan Alston, l'équipe manque de profondeur et n'apparaît pas vraiment parmi les favorites. Fin septembre 1997, l'équipe est seulement onzième. Le président Axel Banghard annonce son retrait, car il dit avoir reçu des menaces contre sa famille, ce que l'entrepreneur de 31 ans trouve injuste car il a perdu ses 6 millions de marks d'apport pendant ses deux ans de mandat.

Metz disparaît aussi, on ne sait plus bien qui dirige, ni qui paye l'arrivée de Brian Bellows en octobre. La superstar NHL vit une mésaventure à son arrivée : après une explosion de la chaudière à la cave de la maison qui lui a été fournie, plusieurs pièces sont polluées par la suie et 4 fanclubs se mobilisent pour la nettoyer ! En attendant il doit déménager à l'hôtel. Peter Ustorf, qui semblait seul aux manettes, est viré de son poste d'entraîneur en novembre mais garde son poste de directeur sportif. Il sera prié de ne plus quitter son bureau pour la suite de son contrat - qui court jusqu'en 1999 - car ses relations sont exécrables avec l'équipe et surtout le gardien Klaus Merk, avec qui il a eu une engueulade publique. Les Capitals ne sont même pas qualifiés en play-offs. Les supporters ne reconnaissent plus leur équipe après la mise à la porte de tous les joueurs qu'ils chérissent le plus, les Tanti, Holzmann, Jürgen Rumrich ou Tom O'Regan (figure du club depuis 9 ans comme attaquant puis peu à peu comme super-défenseur). On croit que le pire est atteint. Non, le pire est encore à vivre en 1998/99 avec une avant-dernière place et le décès tragique de Stéphane Morin : le Canadien s'effondre sur le banc, faisant une crise cardiaque peu après la fin d'une présence en plein match à Oberhausen ; il est transporté dans le coma à l'hôpital et y décède quelques heures plus tard. L'autopsie dévoilera une bronchite chronique non diagnostiquée et un cœur de grosse taille qui avait déjà subi une crise cardiaque passée inaperçue.

Du fils au père, du projet immobilier... à la prison

Egon Banghard, le père d'Axel, vient alors à la rescousse comme investisseur. C'est un choix intéressé : le magnat de l'immobilier espère qu'une salle multi-fonctions verra le jour dans la capitale, il s'est même allié au milliardaire finlandais Harry Harkimo (le constructeur de la Hartwall Arena de Helsinki qui fait référence) pour porter un projet de 18 000 places. Il a donc besoin de garder en vie les Capitals. Il y installe comme manager un influent agent de joueurs de football, Roger Wittmann, et lui donne un budget à peu près illimité pour construire une grosse équipe. Dans ces conditions, c'est plus facile, il recrute par exemple deux membres-clés de la dynastie de Mannheim (championne trois ans de suite), le défenseur belge Mike Pellegrims et le capitaine tchèque Pavel Gross. Les Capitals retrouvent les demi-finales en 1999/2000 et l'optimisme revient chez les supporters. Le retour du surnom "Die Preussen" - fût-ce en simple sous-titre de "Berlin Capitals" est bien perçu.

Pourtant, la grosse équipe constituée en 2000/01 ne livre jamais les performances escomptées et se traîne en milieu de tableau. Qu'est-ce qui gêne le vestiaire ? L'entraîneur Chris Valentine finit par dévoiler le pot-aux-roses - des problèmes de paiement des salaires - et est aussitôt viré. Le centre Pavel Gross, blessé depuis des mois, le remplace : il commence sa carrière d'entraîneur... par une bagarre contre son homologue Bill Stewart lors du quart de finale contre Mannheim. Les combatifs Berlinois sont éliminés en cinq manches et la plupart des joueurs se dispersent pour des clubs moins mauvais payeurs. Les salaires sont toujours censés être versés "la semaine prochaine", expression répétée de semaine en semaine au point d'être ridiculisée et de devenir un gag. Certains employés du club sont contraints de vendre leurs meubles à force d'attendre. Ils doivent aussi déménager leurs postes de travail de l'Eissporthalle (qui doit être détruite pour mettre en place une grande entrée au centre des expositions) vers la patinoire voisine rénovée, la Deutschlandhalle.

En juillet 2001, l'actionnaire principal Egon Banghard présente un plan de financement qui consiste... à fonder une nouvelle société débarrassée des dettes passées. La DEL refuse cette proposition inacceptable qui est la porte ouverte à tous les abus. Elle donne deux semaines pour trouver 10 millions de marks ou les Capitals se verront retirer leur licence. La date limite est le vendredi 10 août... et l'argent est versé in extremis dans l'après-midi. Mais lorsque l'on contacte la banque le lundi pour payer les factures en retard, la somme a déjà disparu ! Banghard a juste gagné du temps. Tout semble perdu... quand Dietmar Hopp, le patron de Mannheim, sauve son ami Banghard en versant 11 millions. Le club berlinois obtient sa licence, avec 100 000 marks d'amende et 6 points de pénalité pour dépassement de délai.

La saison reprend avec des impayés dans l'équipement. L'entraîneur Gunnar Leidborg rit jaune : "Quand un de nos joueurs saigne, il ne peut plus continuer à jouer car il n'y a pas de maillot de remplacement." En janvier 2002, le paiement des salaires s'interrompt de nouveau. En effet, Egon Banghard, qui n'avait cessé de couvrir les dettes du club par ses deniers personnels, vient d'être lâché par Harkimo, qui a choisi plutôt de construire une aréna à Hambourg en s'associant avec le groupe Anschutz qui possède les Eisbären et qui a fait aboutir son propre projet d'aréna dans la capitale. Même s'il comprend alors que tout est perdu, Banghard affirme que son club n'a aucun problème financier et dénonce les rumeurs infondées des médias qui aurait fait fuir un gros sponsor. Il évoque un groupe de joueurs de NHL qui voudraient racheter l'équipe, mais plus personne ne le croit à ce stade. Leidborg encore : "Chez les Capitals, c'est comme au service militaire : tu fais une croix sur chaque journée jusqu'à ce que tu puisses t'en aller."

La DEL retire sa licence au club, mais il doit encore jouer le barrage de relégation 2001/02, pour l'honneur. Les Berlinois poussent Schwenningen jusqu'au septième match, mais l'indispensable gardien biélorusse Andrei Mezin - le seul joueur à avoir toujours reçu son salaire - quitte l'équipe la veille du dernier match pour rejoindre sa sélection nationale alors même qu'il sait que sa doublure Jan Münster est blessée. Il y a en effet un seul vol direct Berlin-Minsk par semaine et Mezin ne veut pas le rater. Il aurait pu partir après le match en passant par Moscou, mais il voulait épargner ce stress à son épouse et à son bébé. Le gardien de la réserve de Regionnalliga, Christian Krüger, est envoyé au feu à 18 ans et Berlin perd ce dernier match 5-7. Le directeur sportif Lorenz Funk : "Nous sommes relégués sportivement et nous ne fanfaronnerons plus. Le club a vécu dix ans au-dessus de ses moyens, maintenant c'est fini."

C'est fini... et pourtant pas forcément. La DEL aurait été prête à renoncer à la relégation sportive et à rendre sa licence au club de Berlin-Ouest s'il avait pu assainir ses finances. Mais il se retrouve dans une situation insoluble avec 25 millions de marks de dettes. Il faudrait de nouveaux actionnaires à hauteur de 10 millions pour s'en sortir. Même le rival Anschutz audite les comptes en juin, envisageant de prendre jusqu'à 20% des parts. Il n'ira pas plus loin. Au fil de l'été 2002, les dirigeants réussissent pourtant à éviter la faillite en payant les factures urgentes, même si les employés ne sont plus payés depuis des mois. Ils font des déclarations plus optimistes mais leur fuite en avant ne convainc plus la ligue qui leur retire la licence le 22 août, décision confirmée par le vote formel du comité directeur une semaine plus tard. Dans l'intervalle, les Capitals jouent encore un match amical, mais pas le second car les joueurs se sont mis en grève. Ils ont compris leur sort et sont déjà en quête d'un autre employeur. Ils n'auraient même plus été autorisés à entraîner dans la Deutschlandhalle car le club ne paye plus son loyer.

Ce maintien mort-né en DEL a fait une diversion inutile à la reconstruction du club pilotée par le président Lenz Funk et l'entraîneur Georg Holzmann. Ils ne sont pas suivis par le sponsor principal pour une inscription en Bundesliga 2 et repartent en Regionalliga, le quatrième niveau. L'équipe conduite sur la glace par Pavel Gross finit championne et réussit un coup médiatique quand Funk rechausse les patins à 56 ans devant 3400 spectateurs. Mais une fois la montée acquise en Oberliga, les problèmes financiers recommencent et les Capitals refont faillite ! L'équipe première se sépare alors du hockey mineur qui continue son existence séparée sous le nom de "ECC Preussen". Une dernière résurrection est tentée en 2004/05 sous le nom de Berliner SC Preussen, en essayant de se réapproprier dans la communication l'héritage des 19 titres du BSC. L'équipe est la favorite de l'Oberliga... mais échoue pour la montée au match 5 de la finale contre les Indians de Hanovre. Le milliardaire de Floride censé investir n'arrive pas et les BSC Preussen disparaissent pour de bon en 2005. Les ECC Preussen, fondés pour échapper à ces désastres financiers, feront à leur tour faillite en 2020.

Dernier élément pour un épilogue pas du tout réussi : en 2004, Egon Banghard a été condamné à 3 ans et demi de prison pour 61 cas d'escroquerie.

Marc Branchu

 

 

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