Bilan et analyse des championnats du monde 2025

 

La fédération suédoise avait été le premier organisateur de l'histoire des championnats du monde à boucler son budget en déficit en 2013 (ce qui est aussi arrivé à la FFHG quatre ans plus tard), à cause d'une politique tarifaire dissuasive et d'une faible résonance du public. Ce ne sera pas le cas cette fois, on s'est approché des 300 000 spectateurs à Stockholm. Ou plutôt, on s'est approché des 300 000 places vendues... Les sièges vides lors de la demi-finale Suisse-Danemark ont un peu fait tache alors que plus aucun billet n'était disponible et que des supporters danois avaient cherché en vain à s'en procurer après la qualification historique de leur pays... L'objectif financier a été atteint, pas tout à fait la fête populaire.

L'atmosphère était plus chaleureuse au Danemark, tout en restant assez intimiste entre fans. L'aréna utilisée, à l'écart de la petite ville de Herning, contribuait à ce relatif vase clos. L'infrastructure y était moins grandiose et plusieurs participants se sont plaints de la minceur des parois entre les vestiaires et de la faible isolation phonique. Dans cette salle où une patinoire a été installée pour la durée du championnat, on a craint le pire quand la glace a été comparée à un bac à sable. Le lendemain soir, l'IIHF annonçait rallonger les pauses entre les tiers-temps sur les deux sites de compétition ("par équité"), de 15 à 17 minutes pour être sûr que la glace prenne bien à Herning. Les organisateurs danois étaient sur la défensive et ont bien pris soin de préciser que c'est une entreprise autrichienne qui avait été embauchée pour mettre en place la patinoire, inspectée par un "maître des glaces" (Eismeister en allemand) de l'IIHF. La situation s'est heureusement améliorée par la suite. Les Canadiens, qui sont juste venus pour y connaître l'élimination la plus retentissante de l'histoire des championnats du monde, ont cité diverses excuses, mais jamais l'état de la glace...

Ce qu'on retiendra de ce tournoi, ce sont donc avant tout ses surprises et ses résultats uniques. Voilà d'agréables rafraîchissements alors que les grands pays habitués des finales alignaient des effectifs de choc ! Nous avons vu un champion qui n'avait jamais connu cela depuis des temps immémoriaux (les États-Unis), un ancien outsider devenu un habitué mais malheureusement aussi un habitué des défaites en finale (la Suisse), un participant totalement inattendu au dernier carré (le Danemark)... Mais aussi deux promus - Slovénie et Hongrie - qui réussissent à se maintenir, évènement rare qui s'était déjà produit en... 2019. Une forme de renouvellement qui, cette année-là comme cette fois-ci, fait très mal à la fierté bleu-blanc-rouge...

Résultats et comptes-rendus des Mondiaux 2025

 

États-Unis (1er) : c'était leur tour, ils n'en ont pas douté

Le manager de l'équipe américaine, Jeff Kealty, a fait valoir à chaque joueur recruté que les États-Unis avaient gagné la Seconde Guerre mondiale plus récemment que les championnats du monde. Au fil du tournoi, les hockeyeurs américains commençaient à se lasser que tous les commentateurs mentionnent sans cesse cette longue séquence d'insuccès. Et ils ont fait en sorte que l'on n'en parle plus jamais.

Au début du championnat, pourtant, certains observateurs avaient ouvertement retiré les Américains de leur liste initiale de favoris en les voyant jouer. Le langage corporel de leur capitaine Clayton Keller n'inspirait pas confiance. On les disait peu concernés et distraits, tout le contraire des Canadiens au comportement très professionnel. C'est la preuve qu'il faut se méfier des impressions du premier tour. Les États-Unis l'ont souvent appris à leurs dépens, mais cette fois cela a tourné à leur faveur.

La première semaine fut un peu laborieuse, mais quand le coach Ryan Warsofsky a trouvé ses lignes, il ne les a plus modifiées. C'est parce qu'elles fonctionnaient parfaitement. Toutes étaient capables d'appliquer ses principes de jeu, auxquels il s'est tenu : beaucoup de palets envoyés en fond de zone, qui étiraient l'adversaire et l'usaient dans sa zone. L'équipe la plus jeune du tournoi avait à la fois l'intensité physique et le patinage pour pratiquer ce jeu.

Frank Nazar a été le meilleur marqueur et le joueur le plus constant de cette équipe, plus que les stars. Le tir de pénalité qu'on ne lui a pas laissé tirer en finale n'a finalement pas eu de conséquence. Les Américains ont eu tout le temps de douter en finale, maintenus à 0 but en 120 minutes par l'équipe suisse alors qu'ils en avaient mis au moins 5 en 60 minutes contre tous les autres adversaires. Mais ils n'ont pas douté, ils ont maintenu la pression. On reconnaît un buteur à sa capacité à placer le tir imparable au moment décisif alors que tout le monde a fini par douter de lui : Tage Thompson est donc bien un buteur, et par conséquent le héros de la finale.

Ce titre a été dédié à Johnny Gaudreau, dont Zach Werenski avait fait en sorte d'apporter le maillot pour le déployer lors des célébrations, lui qui était toujours présent pour le maillot national. Cet état d'esprit durera-t-il maintenant que les Américains ont enfin goûté à l'or ? Après avoir réparé cette anomalie historique, seront-ils encore plus conquérants, ou s'en satisferont-ils ?

 

Suisse (2e) : Ambühl s'en va sans titre suprême

C'eût été une si belle histoire... Que le dernier match de l'immense carrière d'Anders Ambühl fût aussi celui du premier titre de championne du monde de la Suisse, tous les amateurs de hockey en auraient été sincèrement ravis et émus. Mais le recordman des sélections partira à la retraite sans avoir connu l'or, et toute une génération craint de subir le même sort.

Par exemple, Leonardo Genoni, bientôt 38 ans. À chaque fois qu'on le dit déclinant, que ses grandes heures sont passées, il revient encore plus fort. Il a été impérial dans ce championnat du monde, dont il fut le MVP sans contestation possible. Plus de doute, c'est bien lui, le meilleur gardien suisse de tous les temps, au-dessus de tous ceux qui ont œuvré en NHL.

La défense, qui n'a encaissé qu'un but par match, mérite aussi les plus grands éloges. On se disait que la Suisse serait incapable d'atteindre une finale sans Josi, les lignes arrières ont prouvé le contraire avec la manière. Un excellent Dean Kukan a tenu le rôle du défenseur offensif numéro 1. Andrea Glauser a fait un grand tournoi et a endossé le rôle de capitaine après la blessure de Hischier. Les deux éléments de NHL (Jonas Siegenthaler et Janis Jerome Moser) ont tenu leur rang, et avec leurs limitations, les valeureux Christian Marti et Michael Fora ont été solides dans leur zone pour former une vraie paire de contention.

Mais en prolongation à 3 contre 3 (secteur de jeu où la Nati aura concédé ses deux seules défaites), la qualité d'organisation ne suffit plus, il faut ce petit plus de talent. On n'a jamais retrouvé le Kevin Fiala de l'an passé, mais personne n'en veut à ce joueur dont l'arrivée après une fausse couche était déjà un engagement remarquable. Nico Hischier a certainement manqué, ne serait-ce que pour avoir plus de possession et ne pas se retrouver avec l'inexpérimenté Ken Jäger comme homme de confiance pour les engagements-clés en finale (sans rien enlever au quatrième trio Knak-Jäger-Riat qui a été remarquable dans les deux sens de la glace).

L'attaque suisse a été la plus efficace sur l'ensemble de la compétition, mais ce qu'on retiendra, c'est qu'elle a été blanchie dans sa seconde finale consécutive. Il est plus difficile de s'exprimer quand l'intensité monte, quand les joueurs en face en mettent encore plus dans les duels, quand ils sont décidés à vous prendre à la gorge, alors que la Nati n'avait plus eu que des adversaires défensifs depuis deux semaines et qu'elle s'y était déshabituée. C'est encore une déception pour un pays entier (77% de parts de marché à la télévision pour la finale). Le Mondial 2026 à Zurich et à Fribourg n'en prendra que plus d'importance.

 

Suède (3e) : bonjour l'ambiance !

Six championnats du monde consécutifs sans médaille d'or ni d'argent, ce n'était jamais arrivé dans toute l'histoire de l'équipe de Suède. Autant dire que cette seconde médaille de bronze de suite ne peut pas être célébrée comme un succès par le sélectionneur Sam Hallam. Sa tension était visible face aux questions des commentateurs de la télévision suédoise après la défaite en demi-finale face aux Américains. Quand le journaliste l'a interrogé sur la pertinence de la vision stratégique de la fédération (prétendant que la Suède doit devenir la meilleure équipe du monde en 2030), il a répondu ne pas en être l'auteur. Mais quand le consultant Erik Granqvist (ex-entraîneur des gardiens de la Tre Kronor) l'a interrogé sur ses prérogatives de coach, plus précisément sur la séance d'entraînement simplement facultative organisée la veille du match, Hallam a été si agacé qu'il a répliqué "Assieds-toi sur des forums anonymes Erik, maintenant calme-toi un peu". Ce n'était pas du tout un ton de conversation habituel en Suède. "Des mots inappropriés" a reconnu le directeur de la fédération.

L'ex-sélectionneur devenu expert pour la radio nationale Johan Garpenlöv n'a pas été plus tendre avec les joueurs suédois, qu'il a décrits comme "paralysés avec le palet", "sans le moindre engagement physique" et "très paresseux" après la demi-finale. L'équipe alignée sur la glace était composée à 100% de joueurs de NHL, mais ceux-ci n'ont plus l'aura de leurs prédécesseurs. L'opinion commune en Suède est qu'ils sont nonchalants et désintéressés. La réconciliation n'a pas eu lieu, leur lien avec leur pays semble s'être distendu.

Pourtant, la Tre Kronor semblait avoir les ingrédients du succès. Lucas Raymond est la démonstration que la nouvelle génération est encore capable de faire lever les foules par son talent. La bonne interaction sur la glace entre le jeune Leo Carlsson et le vétéran Mika Zibanejad était prometteuse. Le meilleur joueur a été un profil polyvalent, Elias Lindholm. Mais, tout compte fait, le groupe n'a pas pris.

Contrairement à l'an passé où il avait verrouillé l'équipe avant le début des Mondiaux, Sam Hallam a cette fois laissé des places libres à des jokers. Le centre William Karlsson a apporté son style de jeu responsable en défense, et ses qualités de plus en plus affirmées aux mises au jeu. Mais le talentueux William Nylander n'a pas du tout eu l'impact de ses venues précédentes. Quant au défenseur Rasmus Sandin, il a tant diminué le temps de glace de son collègue Erik Gustafsson que celui-ci a ouvertement déclaré qu'il "préfèrerait s'asseoir en tribune" qu'être septième défenseur, après ses 8 minutes de jeu en demi-finale... Au moins, c'est clair ! La Suède ne fait même plus semblant de mettre les egos de côté et de promouvoir des valeurs du collectif !

 

Danemark (4e) : la percée historique

Un entraîneur suédois a réussi ses championnats du monde, même s'il n'a pas remporté de médaille : Mikael Gath, ancien attaquant rugueux de quatrième ligne originaire de Glumslöv en Scanie (juste en face de Copenhague), a conduit le Danemark à la plus grande performance de son histoire. La victoire contre le Canada, qui avait une cote de 20 contre 1 sur les sites de paris, a été proprement renversante, comme les trois dernières minutes du match. Le but vainqueur est venu de Nick Olesen, qui a mérité sa place sur l'équipe-type des médias. Cet attaquant, qui a choisi la voie peu conventionnelle pour un Scandinave en partant jouer cette saison en Extraliga tchèque, n'a pas seulement fait tomber les Canadiens : il a mis 12 points, contre un cumul de 9 jusqu'ici en quatre championnats du monde.

Olesen n'est pas le seul à avoir percé à 29 ans. Au même âge, Mikkel Aagaard, à 29 ans, a enfin démontré en équipe nationale ses capacités offensives connues en club, il a marqué autant de points en un tournoi (7) qu'en six compétitions internationales. Avoir des buteurs est une qualité essentielle, et le Danemark en forme toujours. La qualité de tir est aussi présente chez le joker de NHL/AHL Jonas Røndbjerg (troisième plus jeune joueur à 26 ans). Il est plus facile de transmettre les valeurs de combat nécessaires aux joueurs de l'ombre que d'enseigner ce sens du but qui ne s'apprend pas, ou plutôt qui s'apprend très petit.

Le Danamark continue de récolter les fruits de son excellente formation de base. Ses moins de 18 ans et ses moins de 20 ans sont remontés dans l'élite mondiale cette année. La satisfaction pour l'équipe la plus âgée du tournoi est que ses deux joueurs les plus jeunes ont été remarquables. Talent épatant dans toutes les situations de jeu, Oscar Fisker Mølgaard (20 ans) amène à la fois de la vitesse et du jeu intelligent avec le palet, avec ses entrée de zone en contrôle pleines de maturité. Frederik Dichow (24 ans) a été le héros national des qualifications contre l'Allemagne puis contre le Canada, et a rendu inutile le retour de retraite du vieux Dahm.

Ce pays tire donc le meilleur de ses 17 clubs, où presque chacun fait un excellent travail de développement des jeunes, mais sa neuvième place actuelle au classement IIHF (Russie incluse) ne peut pas durer avec un aussi faible panel. Ce championnat changera-t-il la place du hockey sur glace au Danemark ? C'est toute la question. Tous les Danois ont entendu parler avec une certaine surprise de l'exploit de leur équipe de hockey, le sport a soudain fait la une, mais il reste dans l'ombre.

Le quart de finale a rassemblé 204 000 téléspectateurs, ils étaient à peine plus pour la demi-finale (217 000) et moitié moins pour le bronze. La compétition était diffusée sur une chaîne que tous les Danois ne reçoivent pas (TV3+). Et cela pour un exploit à domicile qui n'est guère reproductible. À titre de comparaison, la finale des Mondiaux de handball a été vue par 2 millions de téléspectateurs - dix fois plus - sur une chaîne nationale, chiffre qui est aussi la norme pour les grandes rencontres de football. Après son "quart d'heure de célébrité", le hockey danois retombera-t-il dans l'anonymat ?

 

Canada (5e) : une baffe salutaire ?

Le championnat du monde de Stockholm s'est très bien passé pour le Canada. Il y avait la meilleure défense et les meilleures statistiques en infériorité numérique. Le groupe était sérieux et motivé, il s'était fait une promesse, celui de donner la plus belle fin de carrière possible au très aimé Marc-André Fleury en le faisant entrer dans le Triple Gold Club (un peu in extremis puisqu'il se serait agi d'une médaille d'or mondiale comme deuxième gardien après une médaille d'or olympique comme troisième gardien).

Tous les Canadiens s'extasiaient de la formidable alchimie constatée sur la glace - comme une passation de témoin entre générations - entre les 37 ans du capitaine Sidney Crosby et le très mature Macklin Celebrini qui a la moitié de son âge et qui a bluffé les joueurs établis ("Je n'ai aucun conseil à lui donner. Il est de loin en avance sur moi à 18 ans, mentalement", dixit MacKinnon).

Le championnat du monde de Herning, lui, ne s'est bien passé du tout. Le petit détour au Danemark pour y affronter le pays co-organisateur en quart de finale n'aurait dû être qu'une formalité. Il s'est transformé en humiliation. Le Canada, qui a tant l'habitude de renverser des situations en sa faveur par des fins de match improbables, s'est trouvé cette fois de l'autre côté de la barrière, subissant la furia d'une équipe constituée - vu de Toronto ou de Montréal - de parfaits inconnus. L'excuse d'un voyage d'une heure et demie d'avion est bien faible pour des pros habitués à bien pire.

La vérité est que le Canada ne pouvait avoir aucune excuse au vu de l'effectif déployé. C'est son meilleur gardien Jordan Binnington qui a encaissé ces deux buts (après avoir subi plus de trente tirs). Ce sont ses deux meilleurs joueurs Sidney Crosby et Nathan MacKinnon - au centre de deux lignes différentes pour étaler le danger - qui ont perdu bien trop de palets face au Danemark. L'effectif avait pourtant tout le leadership nécessaire, avec un Ryan O'Reilly qui a battu au passage le record de matches joués pour le Canada en championnat du monde, et qui s'est mué en ailier pour remplacer Horvat après avoir été le troisième centre. La blessure de Bo Horvat, puisqu'on en parle, n'est pas non plus une excuse décente car ce n'était pas une des stars de l'effectif mais un joueur comme les autres. Mieux vaut d'ailleurs ne pas chercher d'excuses. Habitué à gagner, le Canada a subi une piqûre de rappel qui peut être nécessaire. Les stars canadiennes ont pris une bonne leçon, mais elles l'auront peut-être retenue pour le prochain tournoi olympique. La victoire ne va pas de soi, elle se mérite, à chaque match, et sans négliger aucun adversaire.

 

République Tchèque (6e) : une ligne fantastique et un talon d'Achille

Les Tchèques ont longtemps été portés par l'euphorie de leur titre mondial de Prague. Ils ont remporté leurs six premières rencontres, portés par une première ligne dominante. David Pastrňák a fini meilleur marqueur de ce tournoi, suivi de près par son collègue de ligne et capitaine Roman Červenka, qui a dépassé le record de Kovakchuk (86) pour devenir le meilleur marqueur des championnats du monde au XXIe siècle avec 91 points.

Mais le sélectionneur Radim Rulík ne cachait guère son impatience d'avoir aussi une deuxième ligne performante. Ce ne fut jamais le cas. Martin Nečas y a beaucoup déçu à 5 contre 5, même s'il contribuait très bien à l'avantage numérique (où il se joignait au premier trio Červenka-Sedlák-Pastrňák). Filip Zadina a pour sa part fini en tribune, perdant sa place sur la deuxième ligne au profit de Jakub Flek, clairement la bonne surprise de ces championnats du monde : +8, aucun but encaissé quand il est sur la glace, et 5 buts, sans convertir toutes les occasions que sa vitesse lui procure.

L'autre satisfaction, ce fut le deuxième gardien Daniel Vladař, nouveau venu dont les belles performances (95% d'arrêts) faisaient contraste avec celles du titulaire Karel Vejmelka (90%), sorti avec trois buts encaissés en vingt minutes lors du quart de finale face à la Suède.

Plus que la forme du moment d'un gardien, la faiblesse structurelle des Tchèques est leur défense. En l'absence de Radko Gudas elle est moins à l'aise pour réussir dans l'intimidation physique sans dépasser la dose admissible... et cela aurait peut-être été le cas avec Gudas car la ligne d'arbitrage était plus sévère cette année. Les pénalités restent un problème pour l'équipe tchèque, elle a coûté cher en particulier dans le match qui lui a laissé le plus de regrets, celui face aux Américains (qui a coûté la première place de poule donnant accès à la "voie royale" qui fut celle de la Suisse). Ces lignes arrières semblent fragiles. David Špaček en particulier a été décevant alors que ce joueur d'AHL est censé être un des grands espoirs. Les talents ne se développent pas comme espéré en défense, et faute de renouvellement, ce secteur est de plus en plus le talon d'Achille de la République tchèque, celui qui la met en retrait des autres grands pays de hockey.

 

Finlande (7e) : gagner par ses meilleurs joueurs et non plus par sa structure

Depuis sa victoire à domicile en 2022, la Finlande a vécu trois éliminations consécutives en quart de finale. Une série d'échecs qui ne lui était plus arrivée depuis vingt ans (2003-2005). C'est suffisamment décevant pour que la fédération se sente obligée de préciser qu'Antti Pennanen resterait l'entraîneur des Leijonat la saison prochaine. C'était normalement une évidence, parce qu'il lui reste une seconde année de contrat et que n'importe quel candidat potentiel a des engagements par ailleurs. Mais c'est la preuve que Pennanen n'inspire pas encore beaucoup confiance. C'était néanmoins une saison d'apprentissage, et c'est dans l'année olympique qu'il lui faudra faire ses preuves. Dans le nouveau millénaire, aucun entraîneur finlandais n'a amené les Lions en demi-finale dès son premier championnat du monde (seul le Canadien Shedden l'avait fait). Il faut du temps pour mettre en place sa philosophie.

Certes, le début du tournoi a été compliqué, mais la suite fut plus convaincante. Même dans la douleur, la Finlande a battu toute les équipes moins bien classées qu'elle. Et elle a aussi battu le Canada, le soir où ses supporters ont mis la meilleure atmosphère dans la patinoire. Ce jour-là, la Suède ne jouait pas et le public local n'avait pas préempté les places. Les Finlandais n'ont cessé de se plaindre de l'ambiance chez leurs meilleurs ennemis suédois. Dans une patinoire plus froide, ils ont "juste" été éliminés sur des pénalités en quarts de finale contre les États-Unis, et Pennanen a fait valoir que son équipe s'est fatiguée à tourner à trois centres (parce que Jan-Mikael Järvinen avait été un blessé par un palet au début). Ce bilan n'est pas si dramatique. La Finlande a même de bien meilleures excuses que le Canada, finalement.

Ce que l'on peut déjà dire, c'est que Pennanen ne sait pas faire gagner son équipe sur sa seule structure, comme le faisait son prédécesseur Jukka Jalonen. Mais ce n'est pas donné à tout le monde. En prenant comme critère objectif les points marqués en saison régulière, la Finlande n'avait pas ses 5 meilleurs attaquants (Rantanen, Aho, Barkov, Hintz, Granlund) et ses 3 meilleurs défenseurs (Lindell, Heiskanen, Mikkola), tous concentrés dans trois des quatre équipes présentes en finales de conférence NHL, sans compter Lundell et Luostarinen qui brillent énormément en playoffs.

Les joueurs de premier plan qui étaient présents ont été performants : le gardien Juuse Saros été très solide (et décisif face au Canada), le capitaine Mikko Lehtonen a été dominant en défense, le passeur Teuvo Teräväinen a mis 10 assists et le joueur à la meilleur qualité de tir Eeli Tolvanen a mis 7 buts. Bon, certes, plus de la moitié de ces totaux ont été obtenus dans le seul match contre la petite Slovénie, mais ces deux joueurs ont fait le taf et, sans eux, la Finlande aurait une défaite de plus (contre la France). Les meilleurs joueurs sur le papier ont bien été les meilleurs, ils n'étaient juste pas assez nombreux. Si Pennanen ne sait pas transformer des inconnus en héros, il pourra encore prouver aux JO qu'il peut tirer le meilleur des stars.

 

Autriche (8e) : une qualification qui répare une anomalie

Le sort de l'Autriche dans ce championnat du monde semblait lié à une grossesse. Atte Tolvanen a joué le match d'ouverture contre la Finlande et contre son frère Eeli, mais le lendemain matin, après l'entraînement, sa femme l'a appelé en lui disant que le terme était prévu 3 jours plus tard. Comme convenu à l'avance avec l'équipe, le gardien est donc parti à Helsinki... où il est resté à attendre une naissance qui ne venait toujours pas. Au bout d'une semaine à patienter, les Autrichiens ont obtenu l'autorisation d'utiliser la règle du joker médical pour faire venir un autre gardien à sa place (le junior Oschgan). Tout ça pour ça... Depuis un an, l'hypothèse puis la mise en oeuvre de la naturalisation de Tolvanen a fait couler tellement d'encre en Autriche pour - à l'heure actuelle - un seul match.

Conséquence : le gardien David Kickert, dont on disait qu'il n'avait pas atteint le potentiel qu'on lui prédisait en junior, a fait taire tous ses détracteurs qui voyaient en lui le facteur limitant de l'équipe d'Autriche. Celui qui comptait 2 victoires sur 14 titularisations en championnat du monde avant le tournoi en a obtenu 4 cette année sur 6 rencontres jouées ! Et cela pour un pays qui n'avait jamais obtenu plus de deux victoires en un même Mondial dans ce siècle. Il a été un des héros de ce championnat du monde historique pour l'Autriche, avec la première ligne techniquement douée, qui a combiné les décisions rapides de Marco Kasper et les passes en or de Dominic Zwerger. Au bout du chemin : cette qualification en quart de finale qui avait échappé un an plus tôt.

L'Autriche n'avait plus atteint les quarts de finale depuis 1994, et c'était alors une qualification de raccroc, avec 1 seule victoire. Depuis cette date, si on regarde les qualifications des pays comparables dans le top-8 d'une compétition internationale, on constate que la Lettonie y a été 7 fois, le Bélarus 6, la Norvège et le Danemark 3, l'Italie 3 aussi (à une autre époque au siècle dernier), la France 2 et même la petite Slovénie 1 (aux Jeux olympiques 2014 en éliminant... l'Autriche). L'anomalie dans cette liste, c'est l'Autriche qui était à 0.

Cette qualification répare une anormalité, plus qu'elle ne traduit une progression de fond. Entourée de pays de hockey en Europe centrale, dotée de clubs puissants financièrement et de riches sponsors, l'Autriche a au moins autant de moyens et de potentiel que toutes ces nations listées (du moins en théorie car Bernd Wolf a taclé la fédération en direct à la télévision publique ORF en se scandalisant d'une semaine de camp de l'équipe nationale durant laquelle le médecin n'avait pas été engagé pour la semaine complète).

Ce qui lui a souvent manqué, c'est souvent l'esprit d'équipe, perdu par des manifestations d'individualisme et des entorses aux règles collectifs. Depuis qu'il est en poste, l'entraîneur suisse Roger Bader a inversé ce processus, en se séparant non pas des vétérans en bloc, mais des vétérans les moins investis. Le pari est aujourd'hui réussi car l'Autriche n'a craqué ni dans la concentration ni dans la discipline. Comme son contrat se prolongeait automatiquement en cas de maintien, Bader vivra donc le Mondial dans son pays, en Suisse, ce qui lui tenait à coeur. Et la fédération semble prête à envisager de continuer la collaboration au-delà de cette échéance.

 

Allemagne (9e) : Herning ne lui réussit décidément pas

Après cinq participations de suite aux quarts de finale des championnats du monde, l'Allemagne a connu sa première élimination en phase de poules depuis 2018... et c'était déjà à Herning. À l'époque, le tournoi avait mal commencé avec un échec aux tirs au but face au Danemark et les trois défaites initiales n'avaient pu être rattrapées. Cette fois, au contraire, la Nationalmannschaft a débuté par trois victoires face aux adversaires les plus abordables, tandis que le Danemark comptabilisait trois défaites et semblait bien loin au classement. Mais les résulats se sont inversés quand ils ont échangé leur calendrier. Au match décisif devant un public danois déchaîné, les hommes de Harold Kreis se sont inclinés aux tirs au but.

Une alerte, mais pas encore un drame. Ce groupe de Herning qui paraissait plus facile ne l'était en fin de compte pas tant que ça (avec les deux finalistes et un demi-finaliste). L'Allemagne a manqué de leaders. Le défenseur défensif Jonas Müller a été le meilleur joueur en général, très précieux dans les lignes arrières dépeuplées de vétérans. Dominik Kahun a été le meilleur marqueur et l'attaquant le plus constant. Cela aurait pu être Lukas Reichel qui était très bien parti pour... mais sa blessure au troisième match a laissé un vide.

Hormis le gardien Grubauer irréprochable, les autres renforts nord-américains ont en effet déçu. Pour son premier capitanat, Moritz Seider n'en a pas autant imposé que d'habitude et a commis de mauvais choix par des jeux très risqués. Ce fut d'ailleurs un constat général d'une équipe allemande qui, maintenant qu'elle a gagné un qualité technique, se met à manquer de présence physique devant le but. Arrivé plus tard, Tim Stützle a peiné à s'intégrer et s'est perdu dans des actions individuelles, son autocritique après l'élimination témoigne néanmoins de son sens des responsabilités et il convient de rappeler qu'il n'était pas le seul à zéro but : le MVP de la saison régulière de DEL Leo Pföderl a été fantomatique, passant complètement à côté de son tournoi, comme de ses reprises directes quand il fut servi en bonne position.

 

Lettonie (10e) : l'art de savoir se retirer

La Lettonie était persuadée d'avoir une bonne chance d'atteindre les quarts de finale en battant la Slovaquie, qui paraissait à sa portée. Le défenseur Ralfs Freibergs avait annoncé avoir une motivation supplémentaire pour ce match-clé en raison de la position complaisante du pouvoir politique slovaque actuel par rapport à la Russie, et de la présence de joueurs de KHL dans l'effectif adverse. Les Baltes ont parfaitement géré ce match qu'ils avaient coché (5-1), mais ils auraient dû savoir qu'une poule de huit ne se joue pas sur un seul jour. Ces deux dernières années, c'est à chaque fois le perdant du match Slovaquie-Lettonie qui s'était qualifié en quart de finale en devançant le gagnant ! Cette année, les Baltes, qui pensaient avoir fait le plus dur, ont été pris à leur propre piège, dans le rôle du favori, en manquant des passes élémentaires face à une Autriche bien plus concentrée (1-6).

L'entraîneur Harijs Vītoliņš, encore auréolé de la médaille de bronze de 2023, ne peut pas encore descendre de son piédestal après un seul match raté. Le public letton a un autre bouc émissaire, qui l'a bien cherché : Ville Peltonen, qui avait été recruté comme assistant-coach à la place d'Artis Abols il y a un an, et dont la fédération a annoncé le 21 avril qu'il ne viendrait pas cette année pour "raisons personnelles". En fait de raisons personnelles, Peltonen était à Stockholm pendant la première semaine du Mondial avec l'équipe de Finlande championne du monde 1995, puis s'est rendu assister en personne aux play-offs NHL, expérience enrichissante pour un coach. Néanmoins, ni Peltonen ni son absence ne sont responsables des statistiques en avantage numérique, encore plus catastrophiques que l'an passé (0 but inscrit en 16 opportunités... et même 2 buts encaissés !). Vītoliņš a expliqué que c'est son autre adjoint Lauris Dārziņš qui dessine les schémas de jeu à 5 contre 4.... et que c'était déjà le cas lors du triomphal Mondial 2023.

Lors de son entretien au "Sporta Studija" la télévision lettone, Vītoliņš a ajouté qu'il n'y a "pas de coupables individuels dans l'échec du powerplay parce que c'est la ligne complète assemblée par les entraîneurs qui échoue". Il faisait allusion sans le dire aux critiques qui se sont abattus sur le capitaine Kaspars Daugaviņš, que les Lettons respectent mais qu'ils sont tristes de voir faire l'année de trop, voire les années de trop car il voudrait continuer jusqu'aux JO. Auteur d'une seule assist (sur le dernier but en cage vide contre la Slovaquie), Daugaviņš leur a semblé un peu dans le déni : "D'autres fois, je jouais mal, je me sentais catastrophique, mais tout rentrait. Cette fois, c’est tout le contraire - je me sentais parfaiment bien, mais le sac est vide. [...] Avec zéro but, il est peu probable que quelqu'un m'appelle, mais s'ils le font, je serai prêt. Cela a été un honneur pour moi de jouer pour l'équipe nationale pendant des années et j'avais l'impression que je pouvais encore le faire physiquement. Il ne me reste plus qu'à revenir au goût du but, à l'instinct du leader. On peut le faire en jouant pour un club."

Les Baltes se sont retrouvés avec deux premiers ailiers hors de forme qui ont connu des mois d'arrêt en milieu de saison, Daugaviņš par sa faute parce qu'il a pris sa retraite avant de changer d'avis, et Rudolfs Balcers parce qu'il a été longtemps blessé. Même après l'arrivée en cours du tournoi du centre numéro 1 Rodrigo Abols, les ailiers du premier bloc sont restés muets. Le meilleur marqueur a été Eduards Tralmaks (3+4), qui doit corriger ses pénalités par excès d'engagement, devant le jeune Dans Ločmelis (4+2). La meilleure prestation est sans doute venue du défenseur Kristiāns Rubīns, qui a fini loin devant les autres à +6 dans une équipe au différentiel négatif. La bonne nouvelle est que ces trois joueurs ont moins de 30 ans, et que c'est une bonne chose pour la Lettonie de ne plus se reposer sur des pré-retraités (ou post-retraités ?).

 

Slovaquie (11e) : inefficacité et états d'âme

Depuis l'arrivée de Craig Ramsay, la Slovaquie avait toujours fini au moins neuvième des six derniers Mondiaux, sans compter la médaille olympique qui a forgé sa légende. L'énergie et la passion que le vieux Canadien arrivait à insuffler a sans doute manqué cette année. Difficile d'en vouloir à son remplaçant au pied levé Vladimir Országh, qui a fait avec le matériel à sa disposition.

Sans leurs leaders offensifs habituels, les Slovaques n'ont pas su s'imposer en zone offensive, ni physiquement, ni techniquement, ni par leur créativité. Ils ont fini avec la pire efficacité aux tirs (4,7%). Aucun joueur n'a dépassé les 2 points marqués. Les jeunes attaquants arrivés d'AHL n'ont pas été en mesure de mener l'équipe offensivement. La qualité technique de Samuel Honzek était visible à 20 ans mais la finition lui manque (9 lancers cadrés à peine). Dalibor Dvorský, écarté de l'alignement au match décisif, est encore un peu juste à 19 ans. L'entraîneur et le capitaine ont tenu des discours semblables : attendez deux ans, et ces joueurs auront atteint le haut niveau, pour l'instant ils sont encore en phase d'apprentissage en équipe-ferme puisqu'ils n'ont fait que des apparitions en NHL. La précocité de Šimon Nemec (qui a peiné depuis et vécu une saison difficile) et de Juraj Slafkovský était une exception singulière.

Difficile d'en vouloir aux joueurs présents, le problème venait plutôt des trop nombreux absents. Et ce sujet a été relancé par le manager de l'équipe... tchèque, Jiří Šlégr, dans iDnes.cz : "J'ai rencontré un joueur slovaque et il s'est plaint que personne ne vienne le voir en Amérique. Je l'ai dit à Miro Šatan. Il m'a répondu qu'il ne voulait pas déranger les gars pendant la saison. Il l'a considéré à sa façon. Quand il était disponible, il voulait naturellement venir en sélection, mais je ne pense pas que ce soit totalement vrai aujourd'hui. Une génération différente a grandi. Je lui ai conseillé de reconsidérer sa position."

Les journalistes slovaques se sont emparés de cette interview et y ont confronté Šatan : "J'ai joué avec Jirko [Šlégr], il m'a déjà appelé et s'est excusé pour ce qu'il avait causé. Bien sûr, il ne pouvait pas savoir que nos médias l'utiliseraient comme un reproche ou une critique. Nos situations sont différentes. Jirko est manager pour la première anne, il a un fichier Excel, il voyage outre-Atlantique. Les Tchèques ont 30 joueurs en NHL, nous en avons 5. En tant que joueur, je me souviens qu'un joueur sait s'il veut venir au championnat du monde. Qu'un manager vienne un peu panser ses plaies n'y change rien. Nos joueurs avaient leurs raisons cette année, nous les acceptons. Dans le passé, des managers se déplaçaient et dépensaient beaucoup d'argent. Je ne donnerai pas leurs noms, les gens les critiquaient."

Ce qui est certain est que Šatan, également président de fédération, a bien d'autres choses à faire. Un Mondial 2029 à organiser, bien sûr. Mais aussi rassembler tout le hockey slovaque, car les défiants et les absents (une trentaine au total) étaient bien loin de se limiter aux cinq joueurs de NHL.

 

Norvège (12e) : le coach qui avoue ne pas savoir contrôler ses émotions

"C'est tellement irréaliste que j'ai peur pour le futur du hockey norvégien". Voilà comment l'attaquant-vedette de NHL proche de la retraite Mats Zuccarello a réagi à l'évocation par le président de la fédération Tage Pettersen d'un plan stratégique prévoyant de viser le top-8 mondial en 2030. Ambition un peu grotesque pour un pays qui vient d'échapper à la relégation au dernier match pour la deuxième année de suite. Doubler durablement l'Allemagne ? Comment est-ce possible quand de grandes villes n'ont toujours aucune culture hockey et que le développement du sport reste limité ?

Les vrais experts norvégiens ont bien eu raison d'axer leur critique sur ce problème de fond, et pas sur le cas de l'entraîneur suédois Tobias Johansson. Le président Pettersen a annoncé qu'il procèderait à une évaluation du projet, mais comme le sélectionneur a encore deux ans de contrat, il est improbable qu'une fédération en délicatesse financière le licencie avant terme avec indemnité. "ToJo" a été embauché pour rajeunir l'équipe, il l'a fait. Il a mis en avant des joueurs comme Stian Solberg ou Noah Steen en leur donnant bien plus de responsabilités qu'ils n'en ont en club. Celui qui a avoué à TV2 qu'il "n'arrive pas à contrôler ses émotions" (et que ce niveau de stress était devenu insoutenable avant qu'il ne se découvre récemment souffrir d'un diabète de type 2 et qu'il prenne un ntraitement) a toutefois peut-être déteint sur son équipe. Cinq pénalités mineures par match, plus une expulsion pour Michael Brandsegg-Nygård, ont coûté très cher.

La Norvège, qui a pratiqué un jeu très physique, aurait eu de bien meilleurs résultats avec plus de discipline car elle n'a concédé que 2 buts par match en moyenne à égalité numérique. Sa défense a été remarquable. Un des membres du quatuor majeur (Johannes Johannesen) a été perdu sur blessure, mais les trois autres ont été parmi les quatre joueurs au plus gros temps de jeu par match de tout le championnat du monde. Numéro 1 avec 28'09", Emil Lilleberg, titulaire en NHL mais absolument pas médiatisé du fait de son caractère et de son profil de défenseur défensif. Numéro 2 avec 25'30" (juste devant Werenski), le phénomène Stian Solberg, qui a marqué les esprits avec son improbable hat-trick pour un défenseur de 19 ans face aux futurs champions du monde, et qui peut vite devenir le futur visage connu du hockey norvégien (qu'était Zuccarello). Pour avoir tressé depuis longtemps des louanges envers Solberg, j'ai envie de mettre en lumière numéro 4 avec 24'03", Max Krogdahl, un valeureux guerrier bien moins talentueux, mais incroyable de solidité et de sacrifice cette année, extrêmement fort dans les duels.

S'appuyer sur un petit nombre de défenseurs qui jouent beaucoup a toujours été une constante pour la Norvège. Ce qui manque vraiment, c'est de concrétiser ses occasions. Elle était capable de s'en procurer par sa possession, sa circulation de palet, sa vitesse, sa technique, mais manquait - là encore - de sang-froid. Elle était moins à l'aise quand elle devait faire le jeu, ce qui lui a valu de perdre contre le Kazakhstan et de se faire peur jusqu'à la fin contre la Hongrie. L'an prochain, avec la Slovénie et l'Italie dans sa poule, son ambition doit être de se mettre à l'abri plus tôt pour viser plus haut.

 

Slovénie (13e) : le pari d'Edo Terglav, malade puis triomphant

Edo Terglav s'attendait à ce que son équipe souffre face aux grandes nations, mais peut-être pas à souffrir lui-même autant. Victime de nausées et de malaises, l'entraîneur slovène a dû reposer son corps et son esprit à l'hôtel, laissant son adjoint Andrej Tavželj diriger son équipe contre la Suède et l'Autriche. Terglav tenait absolument à être présent sur le banc pour le rendez-vous décisif face à la France, son pays de résidence : il a parfaitement préparé son coup, bloquant parfaitement les Bleus en zone neutre et exploitant les failles d'une équipe qu'il connaît très bien.

La Slovénie n'avait rien à perdre, elle a donc largement dépassé les attentes. Il y a un an à Bolzano, Terglav s'était ouvertement demandé si la montée ne venait pas un peu trop tôt. Les Lynx n'avaient réussi que deux fois à se maintenir dans l'élite mondiale, en 2002 (déjà en Suède) et en 2005, à chaque fois avec Terglav comme joueur. Après avoir vécu 7 redescentes directes lors des 7 dernières promotions, la Slovénie s'est enfin installée deux ans de suite au plus haut niveau, et elle le doit à ce coach installé en France qui avait rencontré pas mal de scepticisme. Elle le doit aussi à Lukáš Horák, le gardien tchèque dont la naturalisation a fait grincer des dents, mais qui a été décisif et a blanchi la France.

Les vétérans étaient moins nombreux mais ont tenu un rôle important pour encourager et encadrer les jeunes. Terglav a rendu hommage à son capitaine Robert Sabolic (36 ans). Le défenseur le plus âgé Blaž Gregorc (35 ans) a aussi été le meilleur. Mais tout le monde a contribué. Lors d'Autriche-Slovénie, ce sont les rouges qui ont réduit leur rotation à trois lignes au troisième tiers pour tenir le score en tremblant, pas les Slovènes ! Ceux-ci ont bel et bien réussi cet exploit avec 6 débutants en compétition internationale, et 14 joueurs qui n'avaient pas connu l'élite mondiale. Terglav avait donc matière à fanfaronner dans une interview à Delo : "Cette fois j'étais très motivé et je voulais prouver qu'on peut réussir beaucoup même avec une équipe plus jeune. Les Français, par exemple, ont laissé quelques-uns des plus jeunes à la maison, n'osant pas faire le pas suivant." Une allusion évidente à Adel Koudri et Matthias Bachelet, deux attaquants qu'il entraîne à Grenoble et qui ont été les derniers joueurs retranchés par Yorick Treille...

Si Terglav apprécie le culot de cette nouvelle génération, il sait aussi que rien n'est acquis à ce niveau. Il ne cesse de prévenir son pays qu'il sera très difficile de rester à ce niveau tant qu'il n'a que 7 patinoires et pas de possibilité de développer plus de joueurs. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les parents y envoient leur progéniture à l'étranger dès 13 ou 14 ans.

 

Hongrie (14e) : gestion de la fraîcheur pour le maintien

Mardi 20 mai, entre 13h et 14h30. Pendant que l'équipe de France vit sa galère jusqu'au bout à l'aéroport de Hambourg où son avion a été dérouté, l'équipe de Hongrie était à son escale normale à Amsterdam. Sitôt qu'elle a atterri, elle découvre que le Kazakhstan est en train de mener au score contre la Suisse. Chacun se précipite sur son ordinateur ou son téléphone, avant de rassembler autour de Simon Szathmáry, qui a réussi à se connecter à la télévision tchèque, en avance de quelques secondes sur les autres retransmissions. Le retard de 12 minutes à l'embarquemement est accueilli comme une bonne nouvelle car il permet de voir la Nati retourner le score pendant que l'équipe hongroise fait la queue.

À l'écart de ces écrans, le gardien Bence Bálizs et l'entraîneur Gergely Majoross, qui n'aiment pas stresser pour des évènements en dehors de leur contrôle, mais qui entendent les effusions de joie et le résultat avant d'entrer dans l'avion. Ils savaient alors qu'ils seraient accueillis en héros à leur retour : à sa troisième tentative, la Hongrie a obtenu son maintien dans l'élite. Et elle l'a fait avec un staff presque entièrement hongrois (sauf l'entraîneur finlandais des gardiens Samuli Nordman). Celui qui avait traité de "clown" l'ancien sélectionneur canadien Don MacAdam en direct à la télévision, Vilmos Galló (photo), n'avait pas tari d'éloges pour Majoross : "C'est un coach incroyablement intelligent, qui comprend très bien le jeu et nous a établi un bon programme de préparation. Nous avons pu passer beaucoup de temps avec nos familles en Hongrie avant le tournoi. Cela montre qu'il ne nous voit pas seulement comme des hockeyeurs, mais aussi comme des hommes."

Ce que Majoross craignait le plus, c'était la gestion de 7 matches de haut niveau en 10 jours, totalement nouvelle pour ses joueurs. Il a prêté une grande attention à la fraîcheur physique et mentale. Il a utilisé ses quatre lignes de manière équilibrée, mais a réduit sa rotation par moments contre le Kazakhstan pour forcer la décision. De même, il a reposé son meilleur joueur - le défenseur naturalisé Henrik Nilsson - face à la Suisse pour le faire jouer 28 minutes au dernier match contre la Norvège.

Si la Hongrie a gagné le match qu'il fallait pour survivre (face au Kazakhstan), elle n'a pas existé contre les Tchèques (où l'entraîneur adverse a déploré sa faiblesse et sa présence dans l'élite), ni contre la Suisse (0-10 et seulement 6 tirs cadrés). Elle a donc rempli son objectif, mais a encore beaucoup à apprendre au niveau élite, notamment en défense. Ses meilleurs joueurs offensifs (Janos Hári et Vilmos Galló) commettent beaucoup de revirements. Rester longtemps à ce niveau reste encore une gageure, mais le défi semble encore possible l'an prochain. Elle devra cette fois cocher le match contre la Grande-Bretagne... voire contre sa voisine l'Autriche qui lui réussit généralement bien.

 

Kazakhstan (15e) : délégation gonflée, cheville dégonflée... et cassée

Le Kazakhstan a été premier dans une catégorie : la taille de sa délégation ! Le site shaiba.kz s'est amusé à compter les personnes accréditées, en dehors des joueurs et entraîneurs, pour chaque pays. C'est la France en avait le moins (9) et le Kazakhstan qui en avait le plus (15). En plus du médecin, des deux kinés et des deux responsables matériel qui sont un contingent identique partout, le pays d'Asie centrale n'avait qu'une seule responsable communication - la seule anglophone Dinara Baikadamova - mais se distinguait en revanche par un manager général (Boris Ivanishchev, le président du Barys) et cinq "team leaders", dont le président de fédération Askar Mamin venu avec son garde du corps (Zhanserik Takezhanov), qui était déjà son officier de sécurité quand il était premier ministre.

Faut-il vous préciser que ces apparatchiks qui se déplacent à grands frais sans assumer beaucoup de tâches concrètes font un peu gloser au pays ? La loi empêchant le financement des sportifs professionnels sur l'argent public a été promulguée, mais ces dirigeants qui continuent de tirer les ficelles du Barys et de l'équipe nationale sont toujours présents. Ils horripilent sans doute autant les pro-kazakhs et pro-russophones qui se déchirent sur les priorités et la composition de l'effectif.

À vrai dire, le constat est malheureusement assez simple. L'absence des deux meilleurs gardiens n'a pas été le facteur-clé, mais plutôt la faiblesse offensive. Le Kazakhstan a été uniquement porté par sa première ligne, et surtout par le talent de Nikita Mikhailis et du vieux Roman Starchenko. Pour le capitaine, qui vient de fêter ses 39 ans, cela ressemble à la fin mais il n'a pas annoncé sa retraite internationale pour autant. Le reste de l'attaque n'était pas au niveau attendu, notamment le trio Asetov-Likhotnikov-Panyukov. L'entraîneur adjoint Leonids Tambijevs n'a pas amené de changements révolutionnaires et il a surtout critiqué la "piètre condition physique des joueurs" qui n'étaient "prêts que pour la première période".

S'il y a un joueur qui n'était pas dans sa meilleure forme, c'est surtout le défenseur-clé Valery Orekhov, qui avait été blessé par un palet pendant le camp d'entraînement à Astana. Le voir repartir en voiture après le match était étrange, mais son entraîneur se voulait rassurant : "Je pense qu'il est déjà en processus de guérison. Cela se voit dans son jeu, plus dynamique. Il conduit probablement parce qu'il aime ça." En fait, après l'avant-dernier match, une nouvelle IRM a révélé qu'il avait une fracture de la cheville avec déplacement ! Cela avait échappé à l'examen médical initial, masqué par l'hématome et pris d'un mauvais angle. Le staff a précisé que ce n'était pas la faute du médecin de l'équipe, car le diagnostic avait aussi été rendu par un chirurgien expérimenté. En tout cas, Orekhov a joué presque tout le tournoi avec sa cheville cassée !

 

France (16e) : confession sur l'absence des enfants du siècle

À l'heure de tirer le bilan, il convient de regarder l'ensemble du tableau. L'équipe de France a longtemps suscité de beaux espoirs en début de tournoi en rivalisant avec tous les adversaires mieux classés, sans jamais lâcher un match. Elle aurait mérité plus de points au compteur, et a notamment raté une deuxième victoire historique sur la Finlande en ne parvenant pas à gérer son avance miraculeuse de deux buts à deux minutes de la fin. Le système mis en place par Yorick Treille fonctionnait très bien, à une exception déjà manifeste : dès qu'ils se retrouvaient menés au troisième tiers (contre la Lettonie et la Slovaquie), on constatait la totale impuissance des Bleus à remonter le petit but d'écart.

Quand ils sortent de la position d'outsider, comme en fin de match contre la Finlande, les Français voient donc la fébrilité revenir. Et quand il faut faire le jeu face à un adversaire bien organisé défensivement, ils sont démunis et à court de solutions. Deux constats qui ont été payés très cher dans les deux rencontres les plus importantes (Autriche et Slovénie) qui ont totalement ratées dès l'entame, par des erreurs et des indisciplines. Comme en 2019, les Bleus sont donc relégués pour la première saison en fonction du nouveau sélectionneur.

Si Philippe Bozon avait survécu à la descente à l'époque, il serait absurde de démettre Yorick Treille à présent. Les Jeux olympiques sont dans neuf mois à peine, la France sait - enfin - qu'elle y participe, et l'état d'esprit avec lequel elle a abordé ses confrontations avec les grandes nations est à perpétuer. Yorick Treille a le mérite de la lucidité : ses analyses correspondaient à ce que l'on voyait sur la glace, il ne se voilait pas la face, y compris dans son rôle dans la préparation mentale de son équipe. Le meilleur exemple est son constat très juste du jeu de puissance comme "le gros échec du tournoi" alors qu'il aurait pu faire semblant en raison de statistiques flatteuses et trompeuses (la France était 8e sur 16 sans le mériter).

La solution passera par du travail de fond, et pas par des déclarations à l'emporte-pièce. Après un tel échec, on entend tout et n'importe quoi. L'assertion la plus déconnectée de la réalité - le nanar des commentateurs sportifs de canapé - est certainement que ces joueurs peu motivés seraient à remplacer par des jeunes plus volontaires. D'une part, parce que les vétérans n'ont jamais failli par un manque d'engagement. D'autre part, parce que le culot de la jeunesse ne sert à rien quand il s'agit de faire la différence en zone offensive contre un vis-à-vis plus rapide et plus technique... Il ne s'agit pas ici de dire qu'il ne faut pas de renouvellement, qui est bien au contraire urgent, mais de dire qu'il n'aura rien d'évident, et que les valeurs transmises par les anciens devront être préservées, ainsi que leur expérience du haut niveau.

On sent que l'équipe de France a besoin de vitesse, qualité cruciale du hockey moderne. Ce n'est pas un hasard si Jordann Perret a été le meilleur marqueur tricolore malgré sa finition toujours pas à la hauteur de son travail de jambes infatigable. C'est aussi pour ça que la perte de Dylan Fabre après le premier match a été préjudiciable au moment où il venait de marquer son premier but en bleu. Beaucoup d'ailiers accusent le poids des ans. Dès lors qu'il n'est plus le choix prioritaire pour le rôle d'écran devant le filet en avantage numérique, Sacha Treille a perdu son utilité car il n'a plus les jambes pour la chasse au palet dans les coins, que les Bleus ont vainement pratiqué en étant trop rarement les premiers. On se doute bien que les vétérans voudront tous être aux JO et ont mérité d'y être (particulièrement le capitaine Bellemare), mais il faudra vite trouver ces jeunes joueurs aptes au rythme international... qui ne sont pas légion. Le Mondial 2028 à Paris et Lyon arrive très vite, la France est donc assurée d'y être qualifiée... mais pas d'y être prête.

Allez, passons au constat qui fait très mal. La France alignait un seul joueur de champ né au XXIe siècle, Jules Boscq, qui fut encore une fois la note positive du tournoi, sans cesse à porter le palet depuis sa zone pour redonner la dynamique aux Bleus. Faisons le compte maintenant chez les adversaires principaux : le Danemark en avait 1 aussi (mais quel joueur, Mølgaard !), l'Autriche 5, la Norvège 11, le Kazakhstan 4, et pour ce qui est deux promus qui ont arraché leur maintien... la Slovénie 9 et la Hongrie 11 ! Un seul autre "enfant du siècle" a été utilisé dans les Mondiaux précédents, Tomas Simonsen, qui n'a pas progressé dans ses points faibles (intensité et travail défensif) en rejoignant l'environnement plus exigeant de Rouen. Et après ? Ouf, Pierrick Dubé entre à 7 jours près dans cette catégorie, mais ça fait peu.

Le comique de répétition, c'est sympa, mais l'équipe de France des moins de 18 ans qui perd deux ans de suite contre l'Estonie, cela ne fait plus rire personne. Et le 2-11 dans cette catégorie contre la Slovénie en 2024 avait finalement quelque chose de prémonitoire (Jan Goličič, le neveu de Bostjan, est d'ailleurs déjà passé des U18 aux seniors et s'est montré solide). On parle de pays qui ont 10 patinoires ou moins, cela en dit long sur la qualité de formation en France qui en compte plus de 100... Plus que l'énième réforme des championnats de jeunes, les hockeyeurs petits et moins petits ont surtout besoin d'entraînements de qualité, de développer leur technique et leur patinage, puis de se familiariser au fur et à mesure aux exigences du sport de haut niveau. C'est dans les arrière-boutiques que le hockey français progressera. La vitrine qu'est l'équipe de France senior n'en est que le reflet.

 

Marc Branchu, photos d'Emmanuel Giraudeaux

 

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